
La manie dysphorique est un épisode maniaque ou hypomaniaque du trouble bipolaire où l’énergie reste haute pendant que l’humeur est triste, irritable ou sans espoir, souvent sans l’euphorie que l’on imagine. Le manuel DSM-5-TR de l’American Psychiatric Association (2022) n’en fait plus un diagnostic séparé ; il parle d’épisode « avec caractéristiques mixtes ».
Le tableau surprend l’entourage. Une personne peut parler vite, dormir trois heures et lancer plusieurs projets, tout en se sentant vide. Ce mélange d’activation et de désespoir n’est pas un détail. Le Merck Manual (2026) souligne que le risque de suicide y est particulièrement élevé, et Seo et coll. (2016) ont lié les caractéristiques mixtes à un comportement suicidaire avec un odds ratio de 3,39.
Environ 40 % des personnes vivant avec un trouble bipolaire connaissent, à un moment, un épisode mixte, selon une revue de 2015 dans CNS Drugs. Au Royaume-Uni, le NICE (recommandation 1.5.11) traite un état affectif mixte comme une manie et surveille l’apparition d’une dépression. Les recommandations CANMAT/ISBD de 2021 n’identifient aucun médicament de première ligne pour la manie DSM-5 avec caractéristiques mixtes.
Qu’est-ce que la manie dysphorique
La manie dysphorique désigne une manie ou une hypomanie où l’excitation psychique coexiste avec une humeur pénible, sombre ou colérique, plutôt qu’avec une joie expansive. La Cleveland Clinic et la Mayo Clinic parlent d’épisode mixte lorsque des signes maniaques et dépressifs sont présents en même temps. Vous pouvez vous sentir triste, vide ou sans avenir, et pourtant agité, impatient, incapable de rester assis.
Ce n’est pas une maladie distincte du trouble bipolaire. C’est une façon dont un épisode se présente. La Cleveland Clinic (2026) décrit des états mixtes possibles dans le type I, à côté des manies d’au moins sept jours et des dépressions. Le NIMH précise qu’un épisode mixte associe les deux pôles, avec des changements d’énergie visibles pour l’entourage, souvent pendant une semaine ou davantage.
Le mot « dysphorique » ne veut pas dire « un peu maussade ». Il signale un ton affectif douloureux alors que le moteur psychique tourne trop vite. Une personne peut pleurer en parlant trop fort, ou ruminer des idées de mort tout en rangeant la maison au milieu de la nuit. La Mayo Clinic (2026) range ce timing sous l’étiquette mixte.
L’hypomanie mixte existe aussi. L’APA rappelle qu’une hypomanie reste plus limitée qu’une manie, sans psychose et sans rupture nette du fonctionnement. Elle n’en devient pas bénigne si l’humeur est déjà noire, car l’énergie peut pousser à des actes impulsifs.
En France, on dit aussi état mixte, manie mixte ou épisode mixte. L’enjeu n’est pas le label exact, c’est de reconnaître qu’une accélération et un effondrement peuvent habiter la même journée.

Quels symptômes reconnaître au quotidien
On reconnaît souvent ce tableau à la coexistence, la plupart des jours de l’épisode, d’une accélération (parole, idées, activité, besoin de sommeil réduit) et d’un versant dépressif (tristesse, culpabilité, perte de plaisir, pensées de mort). La Cleveland Clinic insiste sur le couple humeur basse et agitation, avec une énergie qui reste haute.
Les signes maniaques habituels restent possibles. Le besoin de sommeil diminue, parfois jusqu’à quelques heures, sans fatigue proportionnelle. Les pensées s’enchaînent, la parole se presse, les décisions deviennent plus risquées (achats, sexualité, conflits). La Mayo Clinic cite aussi l’agitation, le sentiment de toute-puissance et, dans les formes graves, une rupture avec la réalité.
Le versant dépressif n’attend pas que la manie se calme. Il peut s’agir d’une humeur triste persistante, d’une perte d’intérêt, d’une fatigue paradoxale, d’un sentiment de nullité ou d’une rumination suicidaire. Le DSM-5, repris par le Merck Manual, demande au moins trois de ces symptômes dépressifs, présents la plupart des jours, pour parler de caractéristiques mixtes au cours d’une manie ou d’une hypomanie. Irritabilité, agitation et distractibilité, trop partagés entre les deux pôles, ne comptent pas dans ce décompte.
Autour de vous, le contraste frappe davantage que chaque signe isolé.
- La personne marche, range ou téléphone sans relâche, tout en disant que sa vie n’a plus de valeur.
- Elle dort très peu, se sent « branchée », et décrit pourtant un monde gris, sans issue.
- Elle parle vite, coupe la parole, puis fond en larmes ou s’emporte pour un détail.
- Elle prend des risques (dépenses, conduite, rapports non protégés) alors qu’elle se juge déjà indigne.
La durée compte autant que la liste. Un épisode maniaque dure au moins sept jours, ou moins s’il impose l’hôpital, avec des symptômes présents la plus grande partie de la journée. Plusieurs jours d’accélération sombre, visibles par l’entourage, justifient un contact rapide avec le médecin traitant ou le psychiatre.
Ce qui distingue manie, dépression et état mixte
La différence utile est le calendrier des pôles. Dans une manie plus classique, l’humeur est élevée, expansive ou seulement irritable, avec une activité accrue. Dans une dépression, l’élan diminue. Dans un état mixte, les deux logiques se superposent ou s’alternent très vite, ce qui donne une énergie pour agir sur un fond de désespoir.
Ce mélange change le danger quotidien. Une dépression grave peut figer. Une manie euphorique peut faire minimiser les risques. Quand les deux coexistent, la personne a à la fois les idées noires et le moteur pour passer à l’acte. Le Merck Manual range ce risque parmi les points de vigilance majeurs.
Le trouble bipolaire de type I se définit par au moins un épisode maniaque. Le type II associe dépressions et hypomanies, sans manie franche. Un spécificateur mixte peut s’appliquer aux deux. McIntyre et coll. (2015) ont observé des caractéristiques mixtes chez 20,4 % des participants en épisode hypo/maniaque de type I, contre 34,0 % des dépressions de type I et 33,8 % des dépressions de type II.
Le cycling rapide (quatre épisodes ou plus en un an) n’est pas synonyme d’état mixte, mais les deux se croisent. Bartoli, Crocamo et Carrà (2020) trouvent, dans la manie ou l’hypomanie mixte, un odds ratio de 4,23 pour un cours à cycles rapides et de 2,67 pour un trouble anxieux associé.
Pour le quotidien, une grille simple aide l’entourage et le médecin.
| Tableau | Ce que l’on observe souvent | Conduite habituelle |
|---|---|---|
| Manie plus classique | Humeur haute ou irritable, peu de sommeil, parole rapide, prises de risque. | Avis psychiatrique rapide. Le NICE traite d’abord comme une manie. |
| Dépression bipolaire | Tristesse, perte d’élan, fatigue, idées noires, ralentissement. | Ne pas commencer un antidépresseur seul (NIMH, CANMAT). |
| Manie dysphorique | Énergie haute et humeur basse, colère ou agitation dans la même période. | Traiter comme une manie et surveiller la dépression (NICE 1.5.11). |
| Urgence vitale | Idées suicidaires, danger pour soi ou autrui, rupture avec la réalité. | Appeler le 15 ou le 112 et ne pas laisser la personne seule. |
Cette grille ne remplace pas un entretien clinique. Elle évite d’étiqueter « dépression agitée » un tableau qui demande une prise en charge de manie.
Comment le diagnostic a changé
Le diagnostic repose sur l’histoire des épisodes, pas sur une prise de sang ni sur une IRM. L’APA le rappelle. Le clinicien reconstruit les périodes trop hautes et trop basses, leur durée, leur impact, et ce que proches et collègues ont vu. Des examens physiques et biologiques servent à écarter une cause médicale ou un effet de substance, pas à « prouver » le trouble.
Avant le DSM-5 (2013), l’« épisode mixte » exigeait, pendant au moins une semaine, les critères complets d’une manie et d’une dépression majeure en même temps. Beaucoup de personnes restaient hors cadre alors qu’elles avaient déjà trois symptômes de l’autre pôle. Le DSM-5, confirmé par le DSM-5-TR (2022), a remplacé cette catégorie par un spécificateur « avec caractéristiques mixtes », applicable à une manie, une hypomanie ou une dépression.
La revue de Fagiolini et coll. (2015) situe autour de 40 % la part de patients bipolaires qui, selon les définitions, traversent des épisodes mixtes. Le DSM-5 a aussi resserré la manie. Il faut une élévation anormale et persistante de l’humeur, expansive ou irritable, et une augmentation de l’énergie ou de l’activité. Le NIMH avertit qu’un premier épisode dépressif traité par antidépresseur seul, si une bipolarité discrète a été manquée, peut basculer vers une manie ou un cycling rapide.
En France, le psychiatre, souvent avec le médecin traitant, pose et ajuste le diagnostic. Les questionnaires de dépistage ne suffisent pas. Le NICE (1.2.3) déconseille de s’en servir en soins primaires pour identifier un trouble bipolaire. Si une manie, une dépression grave ou un danger est soupçonné, un avis spécialisé urgent s’impose. Votre médecin appliquera les règles locales ; les textes cités ici sont britanniques, canadiens ou américains.
Pourquoi le risque suicidaire est plus élevé
Le risque suicidaire est plus élevé dans un état mixte que dans une manie « pure », parce que la tristesse et l’activation sont là en même temps. Le Merck Manual (2026) le classe parmi les points de vigilance majeurs. Seo et coll. (2016), sur 334 dossiers réévalués avec le DSM-5, trouvent un odds ratio de 3,39 (intervalle 1,57 à 7,34) entre caractéristiques mixtes à l’épisode index et antécédent de comportement suicidaire. Dans cette série, le spécificateur mixte était le facteur le plus fortement associé.
La méta-analyse de Bartoli et coll. (2020) agrège huit études et 3 070 personnes. Parmi celles en manie ou hypomanie, les caractéristiques mixtes s’associent à des tentatives antérieures (odds ratio 2,37), à l’anxiété comorbide et au cycling rapide. Le signal de danger est particulièrement documenté quand c’est la manie qui porte le spécificateur.
Le trouble bipolaire, pris dans son ensemble, pèse déjà lourd. Le Merck Manual cite un risque de décès par suicide 8 à 9 fois celui de la population générale pour les troubles de l’humeur, et un risque vie entière d’environ 5 à 6 % chez les personnes concernées. Ces chiffres viennent de cohortes, pas d’une destinée individuelle.
Anxiété, mauvais sommeil, alcool ou autres substances et traits psychotiques s’ajoutent souvent. Le NIMH note que les idées délirantes, quand elles existent, collent souvent à l’humeur. Un état mixte peut combiner une conviction de néant et une agitation qui empêche le repos. La Mayo Clinic rappelle que les pensées suicidaires sont fréquentes dans ce trouble.
Si vous avez des idées de mort, un plan, ou si un proche vous inquiète, appelez le 15 ou le 112. En attendant les secours, restez avec la personne, éloignez médicaments et objets dangereux, et parlez sans hausser le ton. Le NICE demande aussi de regarder l’auto-négligence, les dépenses, la conduite et l’exploitation. C’est une période où les décisions laissent des traces.
Causes, gènes et facteurs déclenchants
On ne connaît pas une cause unique. Le NIMH décrit un croisement entre hérédité, fonctionnement cérébral et environnement. Le trouble circule dans les familles, plusieurs gènes sont impliqués, et aucun gène ne cause à lui seul le trouble. Un parent ou un frère atteint élève le risque, sans le rendre certain. Un traumatisme ou un stress majeur peut contribuer chez une personne déjà vulnérable.
La Mayo Clinic ajoute des différences biologiques observées dans le cerveau, encore mal interprétées, et des facteurs qui peuvent précipiter un épisode, comme un stress intense, un deuil ou l’usage d’alcool ou de drogues. La Cleveland Clinic cite aussi les traumatismes de l’enfance. Le même déclencheur ne produit pas le même tableau chez deux personnes.
Le sommeil occupe une place à part. La Mayo Clinic écrit que les ruptures de sommeil déstabilisent souvent l’humeur bipolaire. Une nuit blanche, un décalage horaire ou un travail posté peuvent précéder une accélération. Dans un état mixte, la fatigue est là, le sommeil ne vient pas, et l’agitation nocturne nourrit le lendemain. Protéger les horaires de lever et de coucher fait partie du traitement.
Certaines substances et certains médicaments jouent le rôle d’allumettes, notamment l’alcool, les stimulants et les antidépresseurs utilisés seuls. Le NIMH et la Cleveland Clinic convergent. Un antidépresseur sans thymorégulateur peut déclencher une manie ou un cycling rapide. La revue de Fagiolini (2015) ajoute que, pendant un épisode mixte, les antidépresseurs courants peuvent aggraver la manie sans soulager franchement la dépression. CANMAT/ISBD (2021) ne les recommande ni en monothérapie ni en association dans une dépression bipolaire avec caractéristiques mixtes.
Beaucoup d’épisodes surviennent sans cause nette, le NIMH le rappelle. Repérer vos déclencheurs (sommeil, substances, conflits) sert à intervenir plus tôt, pas à vous en rendre responsable.
Quels médicaments sont proposés
Le traitement médicamenteux d’un état mixte se rapproche de celui d’une manie, pas de celui d’une dépression unipolaire. Au Royaume-Uni, le NICE (CG185, recommandation 1.5.11) demande de suivre l’algorithme de la manie et de surveiller l’émergence d’une dépression. Si une manie apparaît sous antidépresseur, il faut envisager d’arrêter cet antidépresseur et proposer un antipsychotique. La lamotrigine n’est pas indiquée pour traiter une manie.
Pour une manie ou une hypomanie, le NICE propose halopéridol, olanzapine, quétiapine ou rispéridone, selon les préférences et les réponses passées. Si le premier antipsychotique est mal toléré ou inefficace, on en change. Le lithium peut être ajouté ensuite ; le valproate n’intervient qu’après. Depuis septembre 2025, le NICE rappelle de ne pas débuter le valproate avant 55 ans, sauf accord documenté de deux spécialistes. Ce cadre est britannique. En France, psychiatre et pharmacien appliquent les règles locales, notamment autour de la grossesse.
Les recommandations CANMAT/ISBD de 2021 comblent un vide des guides de 2018. Aucun agent n’atteint le seuil de première ligne pour une manie ou une dépression DSM-5 avec caractéristiques mixtes. En seconde ligne pour la manie mixte figurent asénapine, cariprazine, divalproex (valproate) et aripiprazole. Pour une dépression mixte figurent cariprazine et lurasidone. Pour les anciens épisodes mixtes DSM-IV, asénapine et aripiprazole sont en première ligne ; olanzapine, carbamazépine et divalproex en seconde. En entretien après un tel épisode, la quétiapine est en première ligne, le lithium et l’olanzapine en seconde.
Ces listes ne sont pas un menu à copier. Le lithium reste central dans le trouble bipolaire en général, et le NIMH note qu’il peut réduire le risque de suicide. Pour la manie mixte aiguë, CANMAT ne le place pas en première ligne du spécificateur DSM-5. Les doses et les contre-indications relèvent de votre prescripteur.
Le NIMH indique que les antidépresseurs ne s’utilisent pas seuls dans le trouble bipolaire, parce qu’ils peuvent déclencher une manie ou un cycling rapide. CANMAT/ISBD (2021) ne les recommande ni seuls ni associés dans la dépression avec caractéristiques mixtes. Si un antidépresseur vous a été prescrit alors que des signes d’accélération étaient déjà là, posez la question au médecin, sans l’arrêter brutalement de vous-même.
Lorsque les médicaments ne suffisent pas, que le risque suicidaire est immédiat ou qu’une catatonie s’installe, le NIMH et la Mayo Clinic citent l’électroconvulsivothérapie, sous anesthésie générale. La stimulation magnétique transcrânienne est moins puissante et surtout étudiée dans la dépression.
Psychothérapie, sommeil et rythme de vie
Les médicaments restent la base. La psychothérapie s’y ajoute, elle ne les remplace pas, comme le rappelle l’APA. La Mayo Clinic et le NIMH décrivent plusieurs formats utiles, toujours en parallèle d’un traitement de fond.
La thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux (IPSRT) s’attaque aux horaires de lever, de repas et de coucher, pour stabiliser l’horloge biologique et les conflits qui désorganisent la semaine. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aide à repérer les pensées et les comportements qui accélèrent ou qui enfoncent. La psychoéducation et la thérapie familiale donnent un vocabulaire commun et rendent visibles les signes d’alerte, souvent plus tôt que par la personne elle-même.
Le sommeil n’est pas un à-côté. La Mayo Clinic le place parmi les leviers pour empêcher un petit basculement de devenir un épisode. Des heures stables, y compris le week-end, peu de caféine et d’alcool le soir, et le signalement de plusieurs nuits blanches au médecin aident à tenir ce rythme. La Cleveland Clinic lie aussi les changements de routine de sommeil au cycling rapide.
D’autres habitudes réduisent les allumettes, sans prétendre éteindre la maladie.
- Continuer le traitement prescrit même lorsque l’humeur paraît plus nette, car l’arrêt brutal favorise les rechutes.
- Éviter l’alcool et les drogues, qui aggravent les symptômes et brouillent le diagnostic (Mayo Clinic, Cleveland Clinic).
- Tenir un carnet d’humeur, de sommeil et d’événements, utile au clinicien et à vous-même (NIMH, Mayo Clinic).
- Traiter en parallèle anxiété, usage de substances ou maladie physique, fréquents dans ce trouble (Cleveland Clinic, NICE).
- Convenir avec le psychiatre de la personne à alerter si la parole s’accélère et que l’humeur noircit.
Les approches complémentaires n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché pour le trouble bipolaire, rappelle le NIMH. Aucune ne remplace un thymorégulateur ou un antipsychotique pendant un état mixte. Le travail de fond se fait avec un psychiatre qui connaît ce trouble.
Manie dysphorique, quand consulter un médecin
Il faut consulter dès que l’accélération et l’humeur basse coexistent plusieurs jours, surtout s’il y a des idées de mort, un besoin de sommeil en chute, ou des actes impulsifs. N’attendez pas que le tableau « choisisse » entre manie et dépression. Le NICE (1.2.2) demande un avis spécialisé urgent si une manie, une dépression grave ou un danger pour soi ou pour autrui est soupçonné. En France, cela passe par le médecin traitant, le psychiatre, un CMP, ou, la nuit, les urgences.
Appelez le 15 ou le 112 sans délai si vous (ou un proche) avez des idées suicidaires, un plan, des hallucinations, un délire, ou un comportement qui met en danger. La Mayo Clinic et la Cleveland Clinic placent ces signes du côté de l’hôpital. Un séjour court peut servir à protéger et à ajuster le traitement sous surveillance.
D’autres seuils méritent un appel rapide au prescripteur. Plusieurs nuits avec moins de quatre heures de sommeil ressenti comme suffisant, parole pressée que l’entourage ne reconnaît plus, dépenses inhabituelles, arrêt du traitement ou reprise d’alcool. La Mayo Clinic conseille de convenir à l’avance, avec un proche, des signes qu’il a le droit de signaler, parce que la conscience du trouble diminue souvent pendant l’accélération.
Si vous prenez du lithium, la Cleveland Clinic décrit des signes de toxicité qui imposent un avis immédiat, notamment une confusion, des vomissements importants, des contractions musculaires marquées ou un trouble visuel. N’augmentez pas la dose seul, surtout en cas de fièvre, de déshydratation ou d’anti-inflammatoire commencé ailleurs. Pour le valproate, la Mayo Clinic rappelle le lien avec des malformations en cas de grossesse.
Entre deux crises, le NICE prévoit au moins une revue annuelle en soins primaires. Vous pouvez demander si le spécificateur mixte a été noté, si un antidépresseur est encore justifié, et quel plan de crise est écrit.
Questions fréquentes
La manie dysphorique est-elle un diagnostic séparé du trouble bipolaire ?
Non. C’est une présentation d’un épisode, pas une maladie à part. Le DSM-5-TR (APA, 2022) parle d’épisode maniaque, hypomaniaque ou dépressif « avec caractéristiques mixtes ». Le suivi et le traitement s’inscrivent dans ceux du trouble bipolaire.
Un antidépresseur seul peut-il aggraver un état mixte ?
Oui, c’est un risque documenté. Le NIMH déconseille l’antidépresseur en monothérapie dans le trouble bipolaire. CANMAT/ISBD (2021) ne le recommande ni seul ni associé dans une dépression avec caractéristiques mixtes. N’arrêtez pas un traitement du jour au lendemain. Demandez au prescripteur comment le diminuer, et par quoi le relayer.
Combien de temps dure un épisode mixte ?
Assez souvent une semaine ou plus, parfois davantage, avec des symptômes présents la plupart de la journée. Le NIMH décrit des épisodes d’une à deux semaines, parfois plus longs. Sans traitement adapté, les épisodes peuvent se rapprocher avec le temps. La durée exacte varie d’une personne à l’autre.
L’hospitalisation est-elle parfois nécessaire ?
Oui, lorsque le comportement est dangereux, que des idées suicidaires sont actives, ou qu’une rupture avec la réalité s’installe. La Mayo Clinic présente alors l’hôpital comme un lieu pour sécuriser et stabiliser l’humeur. Ce n’est pas un échec. C’est une étape de protection, parfois brève.
Le lithium est-il toujours le premier choix dans la manie mixte ?
Non, pas pour ce tableau précis. CANMAT/ISBD (2021) ne classe aucun médicament en première ligne pour la manie DSM-5 avec caractéristiques mixtes, et place le lithium plutôt en entretien après d’anciens épisodes mixtes DSM-IV. Le lithium reste précieux dans le trouble bipolaire en général, y compris pour le risque suicidaire selon le NIMH. Le choix se discute au cas par cas.
Peut-on réduire le risque d’un nouvel épisode ?
On peut le diminuer, pas le garantir. Traitement de fond, sommeil régulier, abstention d’alcool et de drogues, carnet d’humeur et recours précoce au médecin, comme le décrivent la Mayo Clinic et le NIMH. Un plan de crise écrit, partagé avec un proche, évite d’improviser pendant l’accélération.
Conclusion
La manie dysphorique n’est pas une manie ratée ni une dépression un peu agitée. C’est un épisode où l’activation et la douleur morale occupent le même temps, avec un risque suicidaire plus élevé que dans une manie sans versant dépressif. Les manuels ont cessé d’exiger deux tableaux complets superposés. Trois symptômes de l’autre pôle, la plupart des jours, suffisent désormais à parler de caractéristiques mixtes.
Le traitement ne consiste pas à « antidéprimer » d’abord. Les textes du NICE (CG185) et de CANMAT/ISBD (2021) poussent vers une logique de manie. Antipsychotique, parfois valproate ou autre thymorégulateur, arrêt prudent d’un antidépresseur isolé, et surveillance de la bascule dépressive. Le lithium n’est plus présenté comme l’évidence unique de ce tableau. La psychothérapie et un rythme de sommeil stable appuient le médicament, ils ne le remplacent pas.
Si ces lignes décrivent vos derniers jours, notez sommeil, parole, dépenses et idées noires sur une feuille, et apportez-la au psychiatre ou au médecin traitant. Demandez si un spécificateur mixte a été envisagé, et si un antidépresseur seul a encore sa place. En cas d’idées suicidaires, de plan, ou de rupture avec la réalité, appelez le 15 ou le 112. Le but n’est pas de tout comprendre avant d’agir. C’est d’interrompre un épisode qui, laissé à lui-même, décide trop vite.
Sources
- Bipolar disorder: assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 2014, mise à jour valproate 2025.
- Yatham LN, Chakrabarty T, Bond DJ et al. : Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) recommendations for the management of patients with bipolar disorder with mixed presentations. Bipolar Disorders, décembre 2021.
- Bipolar disorder – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 mai 2026.
- Bipolar disorder – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 7 mai 2026.
- Bipolar Disorder: What It Is, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 20 avril 2026.
- Overview of Mood Disorders. Merck Manual Professional Edition, janvier 2026.
- Bipolar Disorder. National Institute of Mental Health, mis à jour en 2025.
- Expert Q&A: Bipolar Disorder. American Psychiatric Association, 2022.
- Fagiolini A, Coluccia A, Maina G et al. : Diagnosis, Epidemiology and Management of Mixed States in Bipolar Disorder. CNS Drugs, septembre 2015.
- McIntyre RS, Soczynska JK, Cha DS et al. : The prevalence and illness characteristics of DSM-5-defined « mixed feature specifier » in adults with major depressive disorder and bipolar disorder: Results from the International Mood Disorders Collaborative Project. Journal of Affective Disorders, 1er février 2015.
- Seo HJ, Wang HR, Jun TY et al. : Factors related to suicidal behavior in patients with bipolar disorder: the effect of mixed features on suicidality. General Hospital Psychiatry, mars 2016.
- Bartoli F, Crocamo C, Carrà G : Clinical correlates of DSM-5 mixed features in bipolar disorder: A meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 1er novembre 2020.
