
Le diabète peut troubler la vue de deux manières distinctes. Un pic ou une chute de glycémie rend souvent le flou réversible, alors qu’une atteinte des vaisseaux de la rétine, du cristallin ou du nerf optique peut l’inscrire dans la durée.
Une estimation publiée dans JAMA Ophthalmology pour l’année 2021 a dénombré 9,60 millions de personnes aux États-Unis avec une rétinopathie diabétique, soit environ 26,4 % des personnes diabétiques, dont 1,84 million avec une forme menaçant la vue. Avec le temps, plus de la moitié des personnes diabétiques développent cette atteinte, indique le National Eye Institute.
Un flou de quelques jours à quelques semaines accompagne souvent un changement de traitement. Une glycémie sous 3,9 mmol/L (70 mg/dL) peut aussi brouiller la vue. Les Standards of Care 2025 de l’American Diabetes Association demandent un examen dilaté dès le diagnostic en type 2, et dans les cinq ans après le début en type 1.
Pourquoi le diabète rend-il la vision floue ?
Deux mécanismes différents expliquent le flou. À court terme, une glycémie trop haute fait varier l’eau dans les tissus qui font la mise au point, surtout le cristallin, ce qui déforme l’image pendant quelques jours ou quelques semaines. À long terme, le glucose élevé abîme les petits vaisseaux du fond de l’œil et prépare la rétinopathie, l’œdème de la macula, la cataracte et le glaucome.
Le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases décrit ce premier tableau comme fréquent quand on modifie le plan de soins ou les médicaments. Le liquide entre et sort des structures qui focalisent la lumière ; la forme du cristallin change, d’après les CDC américains. La netteté revient en général quand la glycémie se rapproche de l’objectif fixé avec le médecin.
La deuxième voie est vasculaire. Des mois et des années de glucose trop haut fragilisent les capillaires de la rétine. Les parois se dilatent, fuient ou se bouchent. De nouveaux vaisseaux fragiles peuvent pousser, saigner dans le vitré, tirer sur la rétine ou bloquer l’écoulement du liquide dans l’œil. La Mayo Clinic rappelle que ce processus peut rester silencieux, puis aboutir à des taches, un voile ou une perte de vue.
Une troisième voie passe par le cerveau. Quand la glycémie chute trop bas, le système nerveux manque de carburant. La Mayo Clinic classe la vision trouble ou en tunnel parmi les signes graves d’hypoglycémie, souvent sous 3,9 mmol/L. Le flou s’accompagne en général de tremblements, de sueurs ou d’une confusion. Mesurer la glycémie tout de suite évite d’attribuer à la rétine un trouble qui vient d’un manque de glucose. Le flou osmotique suit les hausses de glycémie, le flou d’hypo arrive en minutes, le flou de la rétine s’installe plus lentement, ou d’un coup s’il y a un saignement. Un fond d’œil reste utile même quand « ça s’est arrangé ».

Le flou est-il temporaire ou durable ?
Le caractère réversible dépend de la cause, pas du seul mot « diabète ». Un flou lié à une glycémie trop haute, sans lésion visible au fond d’œil, dure souvent quelques jours à quelques semaines et s’efface quand le glucose se stabilise, d’après le NIDDK. Un flou d’hypoglycémie se lève en général après 15 à 20 g de glucose, une fois la mesure contrôlée un quart d’heure plus tard.
La rétinopathie, l’œdème maculaire, la cataracte et le glaucome n’obéissent pas à cette horloge courte. La Cleveland Clinic souligne que l’atteinte se soigne mais ne se guérit pas. On peut ralentir les dégâts, parfois récupérer de la netteté, sans effacer toute la lésion déjà faite. Un œdème de la macula trouble la lecture tant que le liquide reste au centre. Une cataracte voile les couleurs jusqu’à une éventuelle opération. Un glaucome ronge d’abord le champ visuel latéral, souvent sans douleur.
Le piège est de croire que « ça va passer » parce que ça a déjà passé. La Mayo Clinic insiste sur l’absence de symptômes aux stades précoces de la rétinopathie. Une rétine déjà abîmée peut coexister avec une acuité encore correcte. Un flou qui dure au-delà de quelques semaines malgré des glycémies plus stables n’est plus un simple gonflement du cristallin. Changer de lunettes pendant une période de glycémies très variables donne souvent une correction fausse, car la réfraction bouge avec l’eau du cristallin.
Rétinopathie diabétique, stades et signes
La rétinopathie diabétique est l’atteinte des vaisseaux de la rétine par un glucose trop élevé, dans le type 1 comme dans le type 2. Elle reste la cause la plus fréquente de nouvelle cécité chez les adultes d’âge actif dans les pays développés, rappellent les Standards of Care 2025. La durée de la maladie et le niveau moyen de glycémie pèsent plus que l’étiquette « petit diabète ».
Au stade non proliférant, les parois des capillaires s’affaiblissent. De petites dilatations laissent suinter du sang et du liquide. Des vaisseaux se ferment. La macula, zone de la vision fine, peut gonfler. Environ la moitié des personnes qui ont déjà une rétinopathie développent un œdème maculaire, selon les CDC. C’est souvent ce gonflement qui fait rater une ligne de texte.
Au stade proliférant, la rétine mal irriguée fabrique de nouveaux vaisseaux. Ils saignent dans le vitré et laissent des corps flottants, parfois un voile rouge. Le tissu cicatriciel peut tirer et décoller la rétine. S’ils croissent sur l’iris, ils bloquent l’évacuation du liquide (glaucome néovasculaire décrit par la Mayo Clinic).
Les signes, quand ils existent, ne sont pas spécifiques. On décrit une vision floue ou ondulée, des taches, une vue qui change d’un jour à l’autre, des couleurs ternes, des zones sombres, des éclairs. Le National Eye Institute rappelle que les stades précoces sont en général muets, et que des taches en toiles d’araignée doivent faire consulter tout de suite, même si elles semblent s’effacer.
Quelques points concrets aident à relier le vécu et la lésion.
- Une vision qui flotte d’un jour à l’autre oriente d’abord vers la glycémie, pas vers une lunette neuve.
- Des lignes de texte déformées évoquent plutôt un œdème de la macula qu’une simple fatigue d’écran.
- Une pluie soudaine de points noirs ou un éclair peut signaler un saignement ou un décollement, pas un « moucheron ».
- Une bonne acuité à l’opticien n’écarte pas une rétinopathie débutante visible seulement après dilatation.
Œdème maculaire, cataracte et glaucome
L’œdème maculaire diabétique est le gonflement du centre de la rétine par du liquide qui fuit des vaisseaux. Environ une personne diabétique sur quinze le développe au fil du temps, d’après le National Eye Institute. Il détruit la vision nette utile pour lire, conduire et reconnaître un visage. Il apparaît le plus souvent chez des personnes qui ont déjà d’autres signes de rétinopathie, précise le NIDDK.
La cataracte est un cristallin qui se trouble. Le diabète multiplie le risque par deux à cinq et avance l’âge d’apparition, toujours selon le National Eye Institute. Les dépôts liés au glucose rendent les couleurs fades et créent un halo autour des lumières. Ce flou ne suit pas la glycémie heure par heure.
Le glaucome rassemble des affections qui abîment le nerf optique, souvent via une pression trop haute. Le diabète presque double le risque de glaucome à angle ouvert, et peut aussi causer un glaucome néovasculaire quand de nouveaux vaisseaux poussent sur l’iris. La perte commence souvent sur les côtés, sans douleur, ce qui retarde la plainte.
Ces trois atteintes se cumulent. Traiter l’un n’efface pas les autres. Le bilan dilaté cherche le cristallin, la pression, le nerf optique et la rétine dans le même temps, plutôt qu’un seul « test de vue » à l’ordinateur. Le tabac, une tension artérielle trop haute et un cholestérol élevé augmentent encore le risque. L’équipe soignante française appliquera les cibles locales ; les documents américains et britanniques servent de cadre, pas d’ordonnance personnelle.
Quel fond d’œil et à quel rythme ?
Le dépistage utile est un examen dilaté du fond d’œil, pas seulement une mesure d’acuité. Des gouttes élargissent la pupille pour voir une plus grande surface de rétine. La vision reste floue quelques heures. Aux États-Unis, les Standards of Care 2025 demandent cet examen à un ophtalmologiste ou à un optométriste. En France, le médecin traitant oriente en pratique vers un ophtalmologiste ; le rythme exact relève du protocole local, pas d’une copie automatique du texte américain.
Le calendrier américain, utile pour poser les questions au rendez-vous, tient en quelques lignes. En type 1, le premier examen dilaté a lieu dans les cinq ans après le début de la maladie, parce que la rétinopathie met en général ce délai à apparaître. En type 2, il a lieu dès le diagnostic, car le diabète a souvent déjà duré des années sans nom. S’il n’y a pas de rétinopathie après un ou plusieurs examens annuels et que les indicateurs glycémiques sont dans l’objectif, un rythme de un à deux ans peut être envisagé. Toute rétinopathie ramène au moins à un examen par an, plus rapproché si la vue est menacée.
| Situation | Premier examen (ADA 2025) | Rythme ensuite |
|---|---|---|
| Diabète de type 1 | Dans les 5 ans après le début | Chaque année ; 1 à 2 ans si rétine normale et glycémie dans l’objectif |
| Diabète de type 2 | Dès le diagnostic | Même logique une fois le premier bilan fait |
| Rétinopathie déjà visible | Avis d’un ophtalmologiste expérimenté | Au moins une fois par an, plus souvent si la vue est menacée |
| Œdème maculaire ou rétinopathie au moins modérée | Orientation rapide vers un spécialiste de la rétine | Selon le traitement (injections, laser, chirurgie) |
| Grossesse et diabète préexistant | Avant la conception et au premier trimestre | Selon le stade, parfois chaque trimestre, jusqu’à un an après l’accouchement |
| Diabète gestationnel isolé | Pas d’examen oculaire systématique selon l’ADA | Sauf avis contraire de l’équipe qui suit la grossesse |
La photographie du fond d’œil et certains programmes d’aide au dépistage autorisés aux États-Unis sont, dans ce document 2025, acceptables s’il existe un rendez-vous complet en cas d’anomalie. Une photo ne remplace pas l’examen dilaté. Au Royaume-Uni, NICE NG242 d’août 2024 encadre surtout la prise en charge hospitalière, distincte du dépistage britannique. Ni l’un ni l’autre ne se substituent à la pratique française, que le médecin et l’ophtalmologiste adaptent.
Quels signes visuels imposent de consulter ?
Toute vision qui change soudainement, devient trouble, tachetée ou brumeuse justifie un contact médical rapide, y compris si vous n’avez pas de diabète connu. Un flou isolé peut révéler un diabète encore non diagnostiqué, une hypoglycémie sous traitement, ou toute autre affection oculaire. Attendre que « ça se tasse » fait perdre le moment où un saignement ou un décollement se traite le mieux.
Le NIDDK demande de voir un médecin tout de suite en cas d’éclairs lumineux, de corps flottants beaucoup plus nombreux que d’habitude, ou d’un rideau tiré sur une partie du champ visuel. Ces signes peuvent indiquer un décollement de rétine, une urgence. Une douleur oculaire intense ou une perte de vue brutale relèvent aussi des urgences, d’après la Cleveland Clinic. En France, appelez le 15 (SAMU) ou le 112 si la vue s’éteint d’un coup, si un voile noir progresse, ou si des éclairs s’accompagnent d’une pluie de taches.
Un flou qui s’installe sur plusieurs jours, une difficulté nouvelle à lire, une vision déformée ou des couleurs lessivées se gèrent en rendez-vous rapide chez le médecin traitant ou l’ophtalmologiste, sans attendre le créneau annuel. La Mayo Clinic recommande aussi de ne pas négliger un changement pendant la grossesse, période où une rétinopathie déjà là peut s’aggraver.
Avant d’attribuer le trouble à l’œil, mesurez la glycémie. Sous 3,9 mmol/L, le NIDDK indique de prendre 15 à 20 g de glucose (comprimés de glucose ou un petit verre de jus sucré), d’attendre quinze minutes, de revérifier, et de répéter si besoin. Si vous perdez connaissance, l’entourage ne doit pas injecter d’insuline ni faire boire ; le glucagon prescrit et les secours (15 ou 112) prennent le relais. Une fois la glycémie redressée, le flou d’hypoglycémie recule en général. S’il reste, l’œil doit être examiné.
Quelques seuils aident à trancher sans paniquer.
- Un flou de quelques heures qui part avec la glycémie peut attendre si l’examen annuel est récent.
- Un flou de plus de deux semaines malgré des glycémies plus stables mérite un fond d’œil.
- Des éclairs, un rideau, une pluie de taches ou une douleur forte ne se surveillent pas à la maison.

Injections, laser et chirurgie de la rétine
Les traitements visent à stopper la perte de vue et, parfois, à récupérer de la netteté. Ils ne « réparent » pas une rétine comme on change un objectif. La Cleveland Clinic précise que l’affection se soigne mais ne se guérit pas. Commencer tôt change le pronostic plus que n’importe quelle technique isolée.
Pour un œdème maculaire qui touche le centre et baisse l’acuité, les injections intravitréennes d’anti-VEGF (médicaments qui bloquent le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire) sont le traitement de première intention dans la plupart des yeux, selon les Standards of Care 2025. Le ranibizumab, l’aflibercept, le bévacizumab et d’autres molécules de cette famille réduisent la fuite et la pousse de vaisseaux anormaux. Le rythme habituel est une injection toutes les quatre à huit semaines pendant la première année, puis plus espacé si l’œdème reste calme. Le laser maculaire et les corticoïdes injectés dans l’œil restent des recours si l’anti-VEGF ne suffit pas ou ne peut pas être utilisé, par exemple pendant une grossesse.
Pour une rétinopathie proliférante à haut risque, la photocoagulation panrétinienne au laser réduit le risque de perte visuelle grave. Dans l’essai historique Diabetic Retinopathy Study, rapporté par le document ADA 2025, ce taux passait de 15,9 % des yeux non traités à 6,4 % des yeux traités. Les injections d’anti-VEGF sont une alternative raisonnable au laser pour certaines personnes, avec moins de perte du champ visuel périphérique dans certains essais, au prix de visites plus fréquentes. Une revue Cochrane mise à jour en 2023 (preuves jusqu’en juin 2022) trouve que l’anti-VEGF, avec ou sans laser, améliore un peu l’acuité par rapport au laser seul, d’une ampleur souvent trop petite pour être perçue, et qu’il diminue probablement les hémorragies du vitré.
La vitrectomie enlève le gel du centre de l’œil quand un saignement ne se résorbe pas ou qu’un tissu cicatriciel décolle la rétine. Au Royaume-Uni, NICE NG242 discute ce geste dans le cadre hospitalier, avec des délais propres au système britannique. En France, l’indication, le délai et la molécule d’anti-VEGF relèvent de l’ophtalmologiste et des autorisations locales, pas d’une copie des protocoles américains ou anglais. Une cataracte, de son côté, se traite par remplacement du cristallin une fois que le voile gêne vraiment la vie quotidienne ; le résultat dépend aussi de l’état de la rétine derrière.
Glycémie, tension et lipides pour protéger la vue
Le meilleur levier reste d’approcher les objectifs de glucose, de tension artérielle et de lipides fixés avec le médecin. Les grands essais randomisés cités par les Standards of Care 2025 montrent qu’une prise en charge intensive, visée près de la normoglycémie, prévient ou retarde la rétinopathie, réduit le besoin de chirurgies oculaires et peut améliorer la fonction visuelle déclarée. Ce n’est pas une promesse de vue parfaite. C’est une baisse de risque mesurée sur des années.
L’HbA1c, moyenne sur deux à trois mois, sert de boussole, à côté des mesures quotidiennes ou du capteur. Le chiffre cible n’est pas universel. Une personne âgée, sujette aux hypoglycémies, n’a pas le même objectif qu’un adulte jeune sans hypoglycémie. Forcer une descente trop rapide peut, paradoxalement, aggraver une rétinopathie déjà là pendant une période courte. Le document 2025 demande donc de connaître l’état de la rétine avant d’intensifier fortement le traitement.
La tension et les lipides comptent autant que le glucose pour les vaisseaux de l’œil. Une pression trop haute accélère les fuites. Un cholestérol élevé s’associe à la progression. Le tabac ajoute un risque vasculaire. Arrêter de fumer, bouger, et prendre les traitements de tension ou de lipides prescrits protège la rétine autant que le cœur. Les seuils chiffrés précis sont ceux de votre dossier, pas ceux d’une page écrite pour d’autres systèmes de soins.
Même avec une HbA1c dans l’objectif, l’examen dilaté reste nécessaire. La Mayo Clinic le rappelle aux personnes qui « voient bien » et qui reportent le rendez-vous. Une lésion muette se traite mieux qu’une hémorragie massive.
Grossesse, baisses rapides d’HbA1c et GLP-1
Une grossesse sur un diabète de type 1 ou de type 2 déjà connu peut faire progresser la rétinopathie, surtout si la glycémie était haute autour de la conception ou si des lésions existaient déjà. Les Standards of Care 2025 demandent un examen avant la grossesse et au premier trimestre, puis un suivi parfois chaque trimestre et jusqu’à un an après l’accouchement, selon le stade. Les choix de laser ou d’injections pendant ces mois se discutent avec l’ophtalmologiste, car les documents américains ne se copient pas tels quels.
Le diabète gestationnel isolé, apparu pendant la grossesse chez une personne sans diabète préalable, n’impose en général pas d’examen oculaire dédié selon le même document, car il ne semble pas augmenter le risque de rétinopathie pendant ces mois. Le National Eye Institute, en 2025, range pourtant aussi le diabète gestationnel parmi les situations à risque élevé. Un doute sur un diabète méconnu avant la grossesse modifie le suivi ; l’équipe obstétricale tranche.
Les agonistes des récepteurs du GLP-1 (liraglutide, sémaglutide, dulaglutide, entre autres) ont été associés, dans des essais, à une aggravation légère de la rétinopathie. Une méta-analyse citée par l’ADA n’a pas lié la classe au risque en soi, hors l’effet d’une baisse moyenne d’HbA1c à trois mois et à un an. Le texte 2025 demande de faire le point sur la rétine avant d’intensifier, parce qu’une chute rapide d’HbA1c peut transitoirement empirer des lésions. Ces médicaments restent utiles pour le glucose, le poids et le cœur. Mieux vaut ne pas les débuter sans avis sur l’œil si le dernier fond d’œil est ancien ou montrait déjà une rétinopathie.
Toute baisse brutale de glycémie, par insuline, par sulfamide ou par un GLP-1, peut aussi donner le flou osmotique des premiers jours. Ce n’est pas une preuve que le produit a « abîmé l’œil ». C’est une raison de ne pas changer de lunettes dans la semaine, et de signaler un flou qui dure à l’ophtalmologiste.
Autres causes de vision floue à ne pas négliger
Le diabète n’a pas le monopole du flou. Une myopie non corrigée, un œil sec devant un écran, une migraine, un médicament, une inflammation du nerf optique ou une presbytie donnent le même mot au patient. Un flou d’écran s’améliore en clignant ; un flou d’hypoglycémie s’accompagne de sueurs et d’une glycémie basse ; un flou de névrite optique s’associe souvent à une douleur lors des mouvements de l’œil.
Chez une personne diabétique, ces causes s’ajoutent au risque spécifique. Un œil sec n’exclut pas une rétinopathie. Après un effort, le flou peut venir d’une hypo ou d’une baisse de tension. Le bon réflexe est de mesurer la glycémie, de noter l’heure, un œil ou les deux, la douleur, les éclairs, les taches, et d’apporter ces éléments au médecin. Un premier diabète se révèle parfois par un flou et une soif. Un diabète ancien se révèle parfois par un fond d’œil déjà avancé alors que la vue « allait bien ».
Questions fréquentes
Une vision floue veut-elle dire que j’ai du diabète ?
Non. Le flou a beaucoup de causes, du simple besoin de lunettes à la sécheresse oculaire. Chez une personne qui a aussi soif, urine beaucoup, maigrit ou a un parent diabétique, une glycémie à jeun et une HbA1c s’imposent, mais l’œil seul ne pose pas le diagnostic.
Faut-il changer de lunettes dès que la vue se trouble ?
Pas tant que la glycémie oscille fortement. Le cristallin change d’épaisseur avec l’eau, d’après le NIDDK et les CDC, et une correction mesurée en hyperglycémie sera fausse une fois le glucose stabilisé. Un flou qui dure après cette stabilisation, lui, mérite un fond d’œil avant un nouvel équipement.
L’examen du fond d’œil est-il douloureux ?
Non. Les gouttes dilatent la pupille, la lumière éblouit, la vue reste floue quelques heures, mais l’examen lui-même ne pique pas. Vous ne pourrez pas conduire tout de suite ; prévoyez un accompagnant. C’est encore le moyen le plus sûr de voir une rétinopathie avant qu’elle ne donne des symptômes.
Une hypo peut-elle troubler la vue sans lésion de l’œil ?
Oui. La Mayo Clinic range la vision trouble ou en tunnel parmi les signes graves d’hypoglycémie, souvent sous 3,9 mmol/L. Le NIDDK propose 15 à 20 g de glucose, puis un contrôle à quinze minutes. Si le flou reste une fois la glycémie redressée, l’œil doit être regardé pour une autre cause.
Le diabète gestationnel abîme-t-il la rétine ?
Pendant la grossesse, ce n’est en général pas le cas, d’après les Standards of Care 2025, si le diabète n’existait pas avant. Un diabète de type 1 ou 2 déjà connu est une autre situation : l’examen a lieu avant la conception et au premier trimestre, puis selon les lésions. Un doute sur un diabète antérieur se discute avec l’équipe.
Les injections dans l’œil restaurent-elles une vue nette ?
Elles peuvent stopper la perte et parfois améliorer l’acuité dans l’œdème maculaire, où l’anti-VEGF est le traitement de première intention selon l’ADA 2025. Elles ne guérissent pas la rétinopathie. Le rythme est souvent toutes les quatre à huit semaines au début, puis plus espacé. Le résultat dépend du stade au moment où l’on commence.

Conclusion
Le lien entre vision floue et diabète n’est pas un seul diagnostic. C’est une aiguille de glycémie qui gonfle le cristallin, un cerveau à court de glucose sous 3,9 mmol/L, ou une rétine dont les vaisseaux fuient après des années. Les chiffres américains de 2021 (environ 26 % de rétinopathie parmi les personnes diabétiques) et le constat du National Eye Institute (plus de la moitié au fil du temps) rappellent que le sujet est fréquent, pas exceptionnel.
Le geste le plus utile, si la vue se trouble, est de mesurer la glycémie tout de suite. Une hypo se traite avec 15 à 20 g de glucose, comme l’indique le NIDDK, puis un nouveau contrôle un quart d’heure plus tard. Des éclairs, un rideau, une pluie de taches ou une perte brutale relèvent du 15 ou du 112. Un flou qui dure, ou un diabète sans fond d’œil récent, se discute avec le médecin traitant pour un examen dilaté, dès le diagnostic en type 2, dans les cinq ans en type 1, plus tôt si une grossesse est prévue.
Aucun texte étranger ne remplace l’avis de l’ophtalmologiste qui voit votre rétine. Les Standards of Care 2025, la fiche du National Eye Institute et la recommandation NICE NG242 d’août 2024 s’accordent sur l’essentiel. Dépister avant les symptômes, traiter l’œdème du centre d’abord par anti-VEGF quand il est indiqué, garder le laser pour les formes proliférantes à risque, et ne pas intensifier un GLP-1 ou une insuline à l’aveugle si le dernier fond d’œil est ancien. La suite tient dans deux rendez-vous, l’un pour la glycémie, l’autre pour la pupille dilatée.
Sources
- American Diabetes Association Professional Practice Committee : 12. Retinopathy, Neuropathy, and Foot Care: Standards of Care in Diabetes—2025. Diabetes Care, janvier 2025.
- Diabetic Retinopathy. National Eye Institute, 11 septembre 2025.
- Diabetic retinopathy – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 13 août 2025.
- Diabetic hypoglycemia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 15 août 2025.
- Diabetic Eye Disease. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, mai 2017.
- Low Blood Glucose (Hypoglycemia). National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, juillet 2021.
- Lundeen EA, Burke-Conte Z, Rein DB et al. : Prevalence of Diabetic Retinopathy in the US in 2021. JAMA Ophthalmology, 15 juin 2023.
- Martinez-Zapata MJ, Salvador I, Martí-Carvajal AJ et al. : Injections of anti-vascular endothelial growth factor for advanced diabetic retinopathy. Cochrane Database of Systematic Reviews, 20 mars 2023.
- Diabetes-Related Retinopathy. Cleveland Clinic, 26 février 2024.
- Diabetic retinopathy: management and monitoring. National Institute for Health and Care Excellence, 13 août 2024.
- Vision Loss and Diabetes. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour en 2024.
