
Les vitamines utiles contre le psoriasis sont surtout des médicaments appliqués sur la peau, pas des gélules achetées en libre-service. Les analogues de vitamine D (calcipotriol, calcitriol) ralentissent le renouvellement des cellules cutanées ; un complément oral de vitamine D, à l’inverse, n’a pas amélioré de façon fiable le score PASI dans les essais récents.
Un essai norvégien publié en 2023 l’a montré de façon nette. Cent vingt-deux adultes avec un psoriasis en plaques ont reçu 20 000 UI de vitamine D3 par semaine pendant quatre mois d’hiver, sans écart de PASI par rapport au placebo. La crème et la gélule portent le même nom de vitamine, mais elles n’ont pas le même effet sur les plaques.
Les recommandations conjointes AAD–NPF de 2021 déconseillent la vitamine D orale comme traitement du psoriasis, alors que le NICE britannique propose d’emblée, pour le tronc et les membres, un dermocorticoïde puissant et un analogue de vitamine D à des moments séparés, jusqu’à quatre semaines. Au-delà de 100 g de calcipotriol par semaine, le risque d’hypercalcémie augmente ; chez l’adulte, la limite supérieure d’apport oral retenue par la fiche NIH sur la vitamine D est de 100 µg (4 000 UI) par jour.
Analogues de vitamine D en crème
Le calcipotriol et le calcitriol sont des médicaments d’ordonnance, pas des compléments. Ils se lient aux récepteurs de la vitamine D dans l’épiderme, freinent la multiplication trop rapide des kératinocytes et aident les cellules à se différencier. Sur une peau psoriasique, ce renouvellement peut tomber à trois ou quatre jours au lieu d’environ trente, ce qui épaissit les plaques et produit les squames.
Les recommandations AAD–NPF de 2021 classent l’usage prolongé de ces analogues (jusqu’à 52 semaines) comme traitement du psoriasis léger à modéré, avec un niveau A. La même ligne privilégie l’association à un dermocorticoïde puissant plutôt que l’un ou l’autre seul. Dans un essai de 52 semaines portant sur 828 personnes, 69 % à 74 % de celles qui appliquaient calcipotriol plus bétaméthasone une ou deux fois par jour étaient claires ou presque claires, contre 27 % avec l’excipient. Au Royaume-Uni, la guidance NICE CG153 (recommandations de 2012, toujours publiées) place ce duo en première intention chez l’adulte pour le tronc et les membres, avec un corticoïde puissant une fois par jour et un analogue de vitamine D une fois par jour, à des heures distinctes, pendant quatre semaines au plus.
Le produit se choisit avec le dermatologue et le pharmacien selon la zone. Le NICE rappelle qu’une crème, une lotion ou un gel conviennent souvent aux surfaces étendues, qu’une solution ou un gel passe mieux dans les cheveux, et qu’une pommade aide lorsque les squames sont épaisses. Le calcitriol irrite parfois moins les zones sensibles que le calcipotriol ; le tacalcitol existe aussi dans certains pays. Les noms commerciaux varient d’un marché à l’autre. En France, c’est le pharmacien qui identifie la spécialité disponible et le schéma local.
Les effets locaux touchent jusqu’à 35 % des utilisateurs (brûlure, prurit, rougeur, dessèchement, desquamation). Ils siègent sur la plaque et autour, et s’atténuent souvent si le traitement se poursuit. L’hypercalcémie et la baisse de parathormone restent rares tant que l’on ne traite pas plus de 30 % de la surface corporelle, que l’on ne dépasse pas la dose prévue et que le calcium ou les reins ne sont pas déjà fragiles. Sur 132 personnes suivies 52 semaines sous calcipotriol, une hypercalcémie légère est apparue chez 3,1 %, sans lien clair avec la durée ni avec la surface de départ.
Quelques précisions d’emploi évitent de saboter l’effet :
- Ces préparations s’appliquent après une séance de photothérapie, pas avant, car les UVA les inactivent.
- L’acide salicylique inactive le calcipotriol s’il est mélangé au même moment sur la plaque.
- Une irritation qui s’aggrave, ou l’absence de progrès, se discute avec le prescripteur avant d’augmenter la dose.
Ces crèmes contrôlent les plaques ; elles ne font pas disparaître la maladie. Le calendrier français (durée, relais le week-end, association fixe ou produits séparés) se discute avec le médecin qui suit le psoriasis, car les schémas américains et britanniques ne se recopient pas mot pour mot.

Un complément oral de vitamine D change-t-il les plaques ?
Non. À des doses qui restent dans une zone raisonnable pour le calcium, la vitamine D avalée n’améliore pas de façon démontrée l’activité cutanée. Les recommandations AAD–NPF le disent sans ambiguïté. La supplémentation orale n’améliore pas directement l’activité de la maladie aux posologies qui évitent l’hypercalcémie et l’hypercalciurie, et elle n’est pas recommandée pour traiter le psoriasis.
L’essai randomisé de Jenssen et coll., paru dans JAMA Dermatology en mars 2023, a testé précisément l’idée inverse. Cent vingt-deux adultes, psoriasis en plaques actif et 25-hydroxyvitamine D plutôt basse, ont reçu soit de la vitamine D3 (20 000 UI par semaine pendant quatre mois d’hiver), soit un placebo. Le PASI moyen de départ était de 3,1. À la fin, le sang contenait davantage de vitamine D dans le groupe traité, mais le PASI, l’évaluation globale du médecin et le DLQI n’ont pas bougé davantage que sous placebo. Les auteurs notent qu’un grand effet paraît peu probable dans un psoriasis encore léger ; l’essai ne clôt pas la question d’un petit bénéfice dans les formes plus étendues.
Une méta-analyse de Dai et coll. (PLOS One, novembre 2023) a regroupé quatre essais randomisés, soit 333 personnes. Les variations de PASI à trois mois et en fin de suivi, de DLQI, d’indice d’incapacité et de CRP ne différaient pas de façon significative. Quelques nausées sont apparues ; aucun effet indésirable grave n’a été retenu dans ces études. Des sous-groupes (forme D2, populations asiatiques) ont suggéré un signal, trop fragile pour fonder un traitement de routine.
Cela n’interdit pas de corriger une carence réelle. La fiche NIH sur la vitamine D fixe l’apport recommandé à 15 µg (600 UI) par jour chez l’adulte jusqu’à 70 ans et à 20 µg (800 UI) au-delà, avec une limite supérieure de 100 µg (4 000 UI) tous apports confondus. Un dosage de 25-hydroxyvitamine D, prescrit pour des raisons osseuses, une malabsorption ou un autre motif médical, reste un geste distinct d’une tentative de « soigner les plaques par la gélule ». Le médecin ou le pharmacien appliquera la règle en vigueur en France, qui peut différer des chiffres américains.
La confusion vient souvent de la photothérapie. Les UVB à spectre étroit, prescrits et dosés, traitent le psoriasis en agissant sur la peau inflammatoire ; ce n’est pas un prétexte pour s’exposer au soleil sans protection dans l’espoir de fabriquer assez de vitamine D. La National Psoriasis Foundation rappelle que trop de vitamine D orale peut être dangereux et que l’aliment reste la source la plus sûre lorsqu’une supplémentation n’est pas indiquée.
Rétinoïdes, vitamine A prescrite plutôt qu’une gélule
Les dérivés de vitamine A qui ont une place dans le psoriasis sont des rétinoïdes d’ordonnance, topiques ou oraux. Une gélule de vitamine A du commerce n’en est pas l’équivalent et, à dose élevée, elle expose à une toxicité propre, y compris des malformations fœtales.
Le tazarotène, rétinoïde à appliquer, ralentit la croissance cellulaire, amincit les plaques et réduit les squames. En gel ou en crème, une ou deux fois par jour selon la fiche Mayo Clinic, il est souvent associé à un dermocorticoïde pour limiter l’irritation et prolonger la rémission. Il est contre-indiqué pendant la grossesse, l’allaitement, ou si une grossesse est prévue. Sécheresse, desquamation, brûlure et photosensibilité sont les effets les plus fréquents. Un écran solaire vestimentaire et un émollient autour de la plaque réduisent souvent la gêne, sans autoriser d’augmenter la dose de soi-même.
L’acitrétine est un rétinoïde oral réservé au psoriasis grave de l’adulte, lorsque les topiques ne suffisent pas. La fiche MedlinePlus décrit une prise une fois par jour avec le repas principal ; le bénéfice cutané peut demander deux à trois mois, et les plaques peuvent d’abord s’aggraver. C’est un médicament systémique, avec une surveillance de laboratoire, pas un complément de vitamine A.
Le risque majeur est tératogène. La fiche MedlinePlus (États-Unis, révisée en mars 2026) impose deux tests de grossesse négatifs avant le début, deux méthodes de contraception un mois avant, pendant le traitement et pendant trois ans après l’arrêt, plus des tests réguliers sur toute cette période. L’alcool est interdit pendant le traitement et deux mois après, parce qu’il transforme l’acitrétine en étrétinate, plus persistant. Il ne faut ni donner son sang pendant trois ans, ni ajouter de vitamine A (y compris dans un multivitamines) sans avis, ni associer méthotrexate ou cyclines. Hépatotoxicité, lipides, vision nocturne, sécheresse muqueuse et chute de cheveux font partie de la surveillance. En France, le programme de prévention de la grossesse et la durée de contraception après l’arrêt sont ceux que le dermatologue et le pharmacien appliquent localement ; ils peuvent différer du libellé américain.
La fiche NIH sur la vitamine A fixe la limite supérieure de rétinol préformé et de ses esters à 3 000 µg d’équivalents rétinol par jour chez l’adulte, seuil aussi retenu pour le risque de malformations. Le bêta-carotène des légumes n’a pas ce risque tératogène, mais de fortes doses en gélules ont augmenté le cancer du poumon chez des fumeurs dans de grands essais. Ce n’est pas un substitut « naturel » à l’acitrétine.
Vitamines C, E et B orales
Aucun essai solide n’établit, dans les revues NPF et NCCIH, que la vitamine C, la vitamine E ou les vitamines B orales réduisent le PASI. La mise à jour NPF de février 2025 écrit qu’il n’existe pas de lien direct entre vitamines ou compléments alimentaires et maladie psoriasique, même si beaucoup de patients en prennent.
Une synthèse 2021 du National Center for Complementary and Integrative Health range la vitamine D orale, la B12 et le sélénium parmi les pistes aux résultats contradictoires. Cette formule est un avertissement, pas une invitation à empiler les gélules « au cas où ». Un déficit documenté de B12, par exemple, se corrige pour des raisons hématologiques ou neurologiques, pas comme un traitement de plaques.
La vitamine C et la vitamine E intéressent parce que le stress oxydatif accompagne l’inflammation cutanée. Passer de cette biologie à une posologie qui change les lésions est un saut que les recommandations AAD–NPF et NPF ne franchissent pas. Les crèmes « antioxydantes » vendues hors circuit dermatologique n’ont pas le statut du calcipotriol ni des rétinoïdes.
Un multivitamines pris pour l’alimentation générale peut contenir du rétinol. Chez une personne sous acitrétine, ou chez une femme qui pourrait concevoir, ce détail d’étiquette compte davantage que l’espoir d’un effet sur les squames. Le pharmacien peut lire la composition avec vous avant d’ouvrir une boîte achetée pour « la peau ».
Les vitamines hydrosolubles en excès se perdent surtout dans les urines, ce qui n’en fait pas des produits neutres à haute dose. Troubles digestifs, interactions, coût, et surtout le risque de retarder un topique ou un systémique qui, lui, a des preuves, restent réels. Si un bilan montre une carence vraie, on la traite pour ce qu’elle est.
Oméga-3, sélénium et autres nutriments
L’huile de poisson et les oméga-3 EPA/DHA diminuent certains médiateurs de l’inflammation, d’où l’intérêt théorique dans le psoriasis. Les données cliniques ne suivent pas. Une méta-analyse de 13 essais randomisés (625 participants), citée par le NCCIH en 2021, n’a pas trouvé de baisse significative du PASI. La NPF, en 2025, parle de résultats mixtes et demande des essais plus longs. Les recommandations AAD–NPF de 2021 évoquent un possible appoint, sans le même niveau de preuve que le calcipotriol topique. Pour les plaques, l’absence d’effet PASI dans la méta-analyse reste l’argument le plus net.
L’huile de poisson peut fluidifier le sang. La NPF demande d’en parler au médecin avant de commencer, surtout sous warfarine ou autre anticoagulant. Un produit « contrôlé » n’efface pas l’absence de bénéfice cutané clair.
Le sélénium apparaît dans d’anciennes séries où des patients psoriasiques avaient un taux sérique bas. Le NCCIH classe sa supplémentation parmi les preuves contradictoires, au même titre que la B12 orale. En faire un traitement des plaques n’est pas justifié.
La glucosamine et la chondroïtine, souvent achetées pour les articulations, n’ont pas montré d’effet sur le rhumatisme psoriasique dans la revue NPF. Arthrose et rhumatisme psoriasique ne se soignent pas avec les mêmes gélules.
Deux réflexes utiles avant d’ajouter un nutriment :
- Signalez au médecin et au pharmacien chaque gélule déjà prise, y compris les produits dits naturels.
- Un topique, une photothérapie ou un biomédicament ne se remplacent pas par un complément sans effet PASI.
Un poisson gras dans l’assiette, dans une optique cardiovasculaire retenue par la NPF, n’est pas la même chose qu’un flacon d’huile de foie de morue à haute dose.

Doses, hypercalcémie et interactions
Les chiffres qui suivent viennent de fiches officielles américaines ou de la ligne AAD–NPF ; le prescripteur français adaptera la spécialité et la quantité. Ils servent à cadrer ce qui est trop, pas à se doser soi-même.
| Produit | Usage documenté dans le psoriasis | Ordre de grandeur | Vigilance principale |
|---|---|---|---|
| Calcipotriol / calcitriol (peau) | Traitement local recommandé | Ne pas dépasser 100 g/semaine ni 30 % de surface | Hypercalcémie, irritation locale |
| Vitamine D orale (complément) | Carence osseuse, pas les plaques | AJR adulte 15–20 µg ; limite 100 µg (4 000 UI)/j | Nausées, soif, calculs, rythme cardiaque |
| Tazarotène (peau) | Rétinoïde local, souvent avec corticoïde | Couche mince, 1 à 2 fois/j selon ordonnance | Grossesse, photosensibilité, irritation |
| Acitrétine (voie orale) | Psoriasis grave sur ordonnance | 1 prise/j avec le repas principal | Tératogénicité, foie, lipides, vitamine A ajoutée |
| Oméga-3 / huile de poisson | Pas d’effet PASI démontré | Pas de dose « anti-psoriasis » validée | Saignement, anticoagulants |
L’excès de vitamine D vient presque toujours des compléments, pas du soleil, car la peau plafonne sa propre synthèse. Nausées, vomissements, faiblesse musculaire, confusion, douleur, perte d’appétit, déshydratation, urines abondantes, soif et calculs rénaux peuvent alors apparaître ; les formes extrêmes vont jusqu’à l’insuffisance rénale, un trouble du rythme et le décès. Les diurétiques thiazidiques, qui retiennent le calcium, augmentent ce risque si on y ajoute de la vitamine D, surtout chez la personne âgée ou insuffisante rénale.
Pour le calcipotriol, la zone rouge est quantitative. Plus de 100 g par semaine, plus de 30 % de surface, une maladie rénale ou un trouble du calcium déjà présents élèvent le risque. Une irritation vive, une poussée paradoxale ou des symptômes évocateurs d’hypercalcémie (soif, nausées, confusion) imposent d’arrêter d’en remettre et de contacter le prescripteur. La NPF rappelle qu’aux États-Unis la FDA n’autorise pas les compléments comme médicaments avant commercialisation, donc l’étiquette n’équivaut pas à une AMM. En France, le pharmacien reste le bon interlocuteur pour la qualité du produit et les interactions, sans que cela transforme une gélule en traitement des plaques.
La vitamine A préformée au-dessus de 3 000 µg d’équivalents rétinol par jour chez l’adulte sort de la zone de sécurité, en particulier en cas de grossesse possible. Sous acitrétine, tout apport supplémentaire de rétinol (multivitamines, huile de foie de morue très dosée) se discute avant d’être avalé.
Alimentation, soleil et carence avérée
Aucun régime ne guérit le psoriasis, écrit la NPF. Manger mieux peut toutefois réduire le poids, l’inflammation générale et le risque cardiovasculaire, plus élevé chez les personnes qui ont un psoriasis. La fondation propose un cadre de type « cœur », avec poissons gras, viandes maigres, produits laitiers moins gras, moins d’aliments ultra-transformés et un alcool limité. Le médecin français indiquera la consigne locale sur l’alcool.
Retirer toute une famille d’aliments sans diagnostic n’a pas de bénéfice cutané attendu et appauvrit souvent l’assiette. Un changement de régime reste un appoint du traitement dermatologique, pas un remplaçant.
Le soleil fabrique de la vitamine D, mais il brûle et favorise les cancers cutanés. L’exposition prolongée n’est pas un traitement. Une photothérapie UVB se fait par doses calculées, avec un suivi, ce n’est pas un bronzage libre. Le calcipotriol et le calcitriol s’appliquent après la séance.
Une carence avérée se voit sur un dosage de 25-hydroxyvitamine D. La fiche NIH considère qu’un taux d’au moins 20 ng/mL (50 nmol/L) suffit pour la plupart des gens sur le plan osseux. Ce seuil américain ne dicte pas à lui seul la conduite en France ; il montre surtout qu’un chiffre « un peu bas » n’autorise pas une automédication à très haute dose pour « blanchir » les plaques.
Si le dosage est prescrit, demandez à quoi il sert (os, fatigue explorée, malabsorption, ou simple curiosité liée au psoriasis). La réponse change la suite (supplémentation courte surveillée, simple conseil alimentaire, ou rien). Les champignons exposés aux UV, les poissons gras et les produits enrichis aident à rester dans les apports recommandés sans viser une hypervitaminose.
Psoriasis étendu, quand consulter
Le psoriasis n’est pas une simple « peau sèche ». Un avis médical s’impose si vous pensez en avoir un, et aussi si les lésions deviennent graves ou étendues, douloureuses, gênantes pour l’apparence, ou si un traitement déjà en cours n’améliore rien, selon les critères de la Mayo Clinic. Attendre qu’une gélule fasse le travail retarde des topiques, une photothérapie ou un traitement systémique qui, eux, ont des schémas validés.
Certaines formes ne relèvent plus de l’officine. Le psoriasis érythrodermique, le plus rare, peut recouvrir le corps d’un décollement squameux avec prurit ou brûlure intense. Le psoriasis pustuleux généralise des vésicules de pus sur une peau inflammatoire, parfois en quelques heures. Fièvre, malaise, frissons, douleur cutanée majeure ou peau qui se desquame sur une très grande surface justifient d’appeler le 15 ou le 112. Il s’agit d’une urgence médicale, pas d’un ajustement de vitamines.
Environ une personne sur trois avec un psoriasis développe un rhumatisme psoriasique. Un réveil articulaire, un gonflement de doigt en « saucisse », un talon douloureux ou une raideur matinale durable méritent un avis rhumatologique sans attendre la disparition des plaques. Gratter jusqu’au sang aggrave la lésion et ne remplace pas un traitement.
Quelques seuils concrets aident à décider du prochain rendez-vous :
- Les plaques qui gagnent, saignent ou résistent plusieurs semaines demandent une reprise avec le médecin traitant.
- Ongles détruits ou cuir chevelu invalidant imposent un avis dermatologique, sans attendre un complément.
- Une grossesse possible sous rétinoïde exige un contact immédiat avec le prescripteur.
Ces signes articulaires ou cutanés étendus pèsent davantage, au long cours, qu’un flacon de vitamine E.
Questions fréquentes
Un complément de vitamine D du commerce peut-il remplacer une crème prescrite ?
Non. Le calcipotriol et le calcitriol en crème sont des médicaments dont l’effet sur les plaques est documenté ; la gélule orale n’a pas montré le même bénéfice sur le PASI. Interrompre un topique pour une supplémentation « naturelle » laisse les lésions sans traitement actif.
Faut-il doser la vitamine D uniquement parce qu’on a un psoriasis ?
Pas de façon automatique. Un dosage se discute s’il existe un risque de carence (peu d’exposition, malabsorption, os fragiles) ou un autre motif médical. Un résultat bas se corrige pour la santé osseuse, sans promettre une baisse des plaques.
Une crème à la vitamine D peut-elle aller sur le visage ?
Pas sans ordonnance adaptée. Le calcitriol irrite parfois moins les zones sensibles que d’autres analogues, d’après la Mayo Clinic. Le visage et les plis se traitent avec le produit et le rythme que le dermatologue a choisis, pas avec le tube prévu pour les coudes.
Peut-on ajouter des gélules de vitamine A à un rétinoïde ?
Non, sauf avis contraire écrit du prescripteur. L’acitrétine et le tazarotène sont déjà des dérivés de vitamine A ; un complément de rétinol augmente le risque d’hypervitaminose et, pour l’acitrétine, le risque fœtal. Le bêta-carotène alimentaire des légumes n’équivaut pas à ces médicaments.
Au bout de combien de temps une crème à la vitamine D agit-elle ?
Le NICE réévalue souvent dès quatre semaines le duo corticoïde plus analogue sur le tronc et les membres. La ligne AAD–NPF autorise ensuite un analogue sur des durées beaucoup plus longues, jusqu’à 52 semaines. L’absence de tout progrès, ou une irritation croissante, se signale avant d’épuiser le tube à l’aveugle.
Les oméga-3 suffisent-ils si les plaques restent étendues ?
Non. La méta-analyse de 13 essais (625 personnes) citée par le NCCIH n’a pas montré de baisse du PASI, et la NPF juge les données mixtes. Des plaques étendues relèvent d’un avis dermatologique (photothérapie, systémique), pas d’une huile de poisson à haute dose.
La glucosamine aide-t-elle si les articulations font mal ?
La NPF ne dispose pas d’études montrant un bénéfice dans le rhumatisme psoriasique. Une douleur articulaire durable demande un diagnostic, pas un essai de gélules destinées à l’arthrose.

Conclusion
Les seules « vitamines du psoriasis » qui ont un statut de traitement sont des médicaments, le calcipotriol ou le calcitriol sur la peau, parfois le tazarotène, et l’acitrétine dans les formes graves. La gélule de vitamine D a échoué à faire baisser le PASI dans l’essai de 2023 et dans la méta-analyse des quatre essais randomisés ; la NPF ne relie pas non plus C, E ou un cocktail vitaminique à la maladie psoriasique. Garder cette frontière évite de payer cher une hypercalcémie ou un retard de prise en charge.
Le geste le plus utile, si les plaques gênent encore, est d’apporter au dermatologue la liste de tout ce que vous appliquez et avalez, y compris les compléments, et de demander si un calcipotriol associé à un dermocorticoïde, selon un schéma compatible avec la pratique française, a déjà été essayé correctement. Un dosage de 25-hydroxyvitamine D n’a de sens que s’il existe une raison osseuse ou une carence probable, pas comme test « anti-psoriasis ».
Si la peau se desquame sur une grande surface, si des pustules s’étendent, si la fièvre s’en mêle, ou si une grossesse est possible sous rétinoïde, le 15 ou le 112 et le prescripteur passent avant toute vitamine. Pour le quotidien, un poisson gras, un émollient et le traitement prescrit pèsent plus qu’une nouvelle boîte achetée pour « fortifier » la peau.
Sources
- Elmets CA, Korman NJ et al. : Joint AAD-NPF guidelines of care for the management and treatment of psoriasis with topical therapy and alternative medicine modalities for psoriasis severity measures. Journal of the American Academy of Dermatology, février 2021.
- Psoriasis: assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 24 octobre 2012.
- Jenssen M et al. : Effect of Vitamin D Supplementation on Psoriasis Severity in Patients With Lower-Range Serum 25-Hydroxyvitamin D Levels: A Randomized Clinical Trial. JAMA Dermatology, 29 mars 2023.
- Dai Q, Zhang Y et al. : Efficacy and safety of vitamin D supplementation on psoriasis: A systematic review and meta-analysis. PLOS One, 15 novembre 2023.
- Vitamin D – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 27 juin 2025.
- Vitamin A – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 10 mars 2025.
- Acitretin: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 mars 2026.
- Psoriasis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 17 décembre 2025.
- Psoriasis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 17 décembre 2025.
- Dietary Modifications. National Psoriasis Foundation, 3 février 2025.
- Skin Conditions and Complementary Health Approaches: What the Science Says. National Center for Complementary and Integrative Health, août 2021.
- Psoriasis: What It Is, Symptoms, Causes, Types & Treatment. Cleveland Clinic, 15 septembre 2022.
