
La menthe poivrée peut calmer des spasmes digestifs mineurs, surtout sous forme de gélules gastro-résistantes d’huile essentielle évaluées dans le syndrome de l’intestin irritable (SII). L’infusion de feuilles reste un usage traditionnel contre l’indigestion et les gaz, sans le même niveau de preuve, et le menthol peut aggraver un reflux.
Beaucoup de textes mettent sur le même plan la tisane du soir, le chewing-gum et ces gélules. Le National Center for Complementary and Integrative Health (page mise à jour en mai 2025) insiste sur l’écart, car très peu de recherches portent sur la feuille, alors qu’une revue de 2022 a regroupé 10 essais et 1 030 adultes pour l’huile. Le menthol, de son côté, donne surtout une sensation d’air qui passe, sans décongestion mesurée, d’après un point de 2022 de l’American Heart Association.
La recommandation 2021 de l’American College of Gastroenterology sur la menthe poivrée dans le SII est conditionnelle, sur des preuves de faible qualité. L’Agence européenne des médicaments (monographie de 2020) encadre les gélules à 0,2 à 0,4 ml, deux ou trois fois par jour, et les déconseille avant 8 ans. La Mayo Clinic (2025) range la menthe parmi les aliments susceptibles de déclencher un reflux.
Menthe poivrée, menthe verte et formes utilisées
Mentha × piperita est un hybride de menthe aquatique et de menthe verte. On en consomme les feuilles fraîches ou séchées, une infusion, et une huile essentielle obtenue par distillation des parties aériennes fleuries. Ces préparations n’ont ni la même concentration en menthol, ni les mêmes études.
La feuille entre dans la cuisine et dans des tisanes. L’huile est un concentré. Avaler quelques gouttes pures n’est pas l’équivalent d’une gélule gastro-résistante testée dans le SII, et ce n’est pas un geste anodin. Le NCCIH (2025) rappelle que l’huile a surtout été étudiée pour l’intestin irritable, et que l’on manque de données pour juger la feuille dans une indication précise.
La menthe verte (Mentha spicata) parfume taboulés, boissons et dentifrices. Elle est plus pauvre en menthol que la poivrée. Les essais cliniques cités plus bas portent presque tous sur l’essence de Mentha × piperita, pas sur une poignée de feuilles dans un plat. Confondre les deux espèces, ou la feuille et l’huile, conduit à attendre d’une tisane un effet de gélule, ou l’inverse.
Dans l’Union européenne, le comité des médicaments à base de plantes de l’EMA distingue un usage « bien établi » de l’huile (spasmes digestifs mineurs, gaz, douleur abdominale, en particulier dans le SII, et céphalée de tension légère en application locale) et des usages « traditionnels » (symptômes de rhume, douleur musculaire localisée, prurit sur peau intacte). Pour la feuille, le même comité ne retient qu’un usage traditionnel dans l’indigestion et les flatulences, faute d’essais cliniques suffisants.
Quelques points pratiques aident à ne pas mélanger les produits.
- Les feuilles fraîches parfument un plat ou une carafe d’eau, sans remplacer un médicament à base d’huile.
- Une infusion correspond à la feuille, donc à l’usage traditionnel digestif, pas aux essais sur gélules.
- Une gélule gastro-résistante vise l’intestin. Elle doit être avalée entière, sans être croquée.
- L’huile essentielle non diluée n’est pas une « tisane concentrée » à verser dans un verre.

Que contient une portion de menthe fraîche
Deux cuillères à soupe de menthe poivrée fraîche apportent environ 2 kcal, d’après les chiffres du département américain de l’Agriculture repris en 2022 par l’American Heart Association. La même portion fournit 6,8 µg de vitamine A et 0,16 mg de fer, soit une fraction minime des apports quotidiens d’un adulte. En cuisine, la menthe sert surtout d’arôme, pas de source de nutriments.
Une feuille contient aussi des fibres, du potassium et d’autres minéraux si l’on raisonne pour 100 g. Personne ne mange 100 g de menthe d’un coup. La portion réelle reste de l’ordre de quelques grammes. Présenter la menthe comme un aliment « plus antioxydant que la plupart des autres » à dose culinaire n’est pas ce que montrent ces chiffres. L’intérêt alimentaire le plus solide, toujours selon le texte de l’American Heart Association, est de relever un plat à la place d’une pincée de sel.
Les produits sucrés à la menthe ne portent pas les mêmes valeurs. Un sucre d’orge courant apportait 50 kcal et 9 g de sucres ajoutés dans l’exemple USDA cité par l’association américaine. Un grand mocha aromatisé à la menthe y était donné à 440 kcal. Ce n’est plus de la herbe, c’est une pâtisserie parfumée.
La tisane de feuilles, sans sucre, n’apporte pas de caféine. Le NCCIH (2025) la juge d’apparence sûre aux doses alimentaires habituelles. La sécurité d’une consommation élevée et prolongée de feuille n’est pas établie. Si vous cherchez un effet sur le SII, l’infusion n’est pas le produit des essais. Si vous cherchez un parfum sans calories, deux cuillères de feuilles suffisent largement.
L’huile de menthe poivrée aide-t-elle le syndrome de l’intestin irritable ?
Chez l’adulte, des gélules gastro-résistantes d’huile peuvent améliorer les symptômes globaux du SII et la douleur abdominale par rapport au placebo, avec un niveau de preuve très faible et davantage d’effets indésirables. Ce n’est ni un traitement de fond de la maladie, ni un résultat que l’on peut coller à n’importe quelle goutte d’huile.
La méta-analyse d’Ingrosso, Ianiro et al., parue en 2022 dans Alimentary Pharmacology & Therapeutics, a réuni 10 essais randomisés et 1 030 patients. Le risque relatif de ne pas s’améliorer pour les symptômes globaux était de 0,65 (intervalle de confiance à 95 %, 0,43–0,98), soit un nombre de sujets à traiter de 4, avec un intervalle très large (2,5–71). Pour la douleur abdominale, ce nombre passait à 7 (4–24). Les événements indésirables étaient plus fréquents sous huile (risque relatif 1,57). Les auteurs classent la qualité des preuves comme très faible et demandent des essais plus solides en première ligne.
Dans sa recommandation de 2021, Lacy, Pimentel et al. (American College of Gastroenterology) suggèrent la menthe poivrée pour soulager les symptômes globaux du SII, de façon conditionnelle et sur des preuves de faible qualité. Le mécanisme le plus souvent invoqué est le blocage de canaux calciques par le L-menthol, avec relâchement du muscle lisse. D’autres pistes (canaux TRP, effet sur la sensibilité viscérale) restent discutées. Les essais inclus étaient petits et courts (2 à 12 semaines), sans analyse fiable par sous-type (diarrhée, constipation, mixte).
L’essai néerlandais de 2020, déjà commenté dans la recommandation ACG de 2021 (190 personnes, critères de Rome IV), n’a pas atteint le seuil d’une réduction de 30 % de la douleur quotidienne à 4 semaines. L’huile à libération dans l’intestin grêle améliorait toutefois des critères secondaires (score de douleur, inconfort, sévérité). Un essai de 2021 sur 133 participants, repris par le NCCIH, a vu les deux groupes s’améliorer, sans écart statistiquement significatif entre huile et placebo, avec plus d’arrêts pour effets indésirables sous menthe.
Au Royaume-Uni, le NICE (CG61, réexamen du 30 avril 2025) conserve la recommandation de considérer un antispasmodique à la demande, avec les conseils d’alimentation et d’hygiène de vie. Cette préparation à base de menthe entre dans cette famille de médicaments. Le pharmacien français appliquera le cadre local, pas une posologie américaine recopiée. Une gélule n’a de sens qu’après un diagnostic de SII posé par un médecin, pas pour « tester » n’importe quelle douleur de ventre.
Infusion de menthe et digestion
L’infusion de feuille peut être utilisée, selon l’EMA (résumé public de mars 2020), pour soulager des troubles digestifs du type indigestion et flatulences, uniquement sur la base d’un usage traditionnel. Le comité juge l’effet plausible (relâchement du muscle intestinal dans des tests de laboratoire) mais insuffisamment démontré par des essais cliniques. La feuille n’est donc pas un « SII en sachet ».
Cette préparation s’adresse, dans le texte européen, aux adultes et aux enfants de plus de 4 ans. Si les symptômes s’aggravent ou durent plus de deux semaines, il faut consulter un médecin ou un professionnel de santé qualifié. Les effets indésirables rapportés pour les préparations de feuille comprennent l’aggravation d’un reflux et des brûlures d’estomac. En cas de calculs biliaires ou d’autre trouble des voies biliaires, la prudence s’impose.
Un point souvent oublié figure dans la fiche 2025 du NCCIH. Quelques produits associant huile de menthe poivrée et huile de carvi, ou des combinaisons contenant de la feuille, ont été étudiés dans la dyspepsie. Rien de comparable n’existe pour l’huile seule, qui peut au contraire aggraver une digestion difficile chez certaines personnes. Une tisane n’est donc pas un substitut d’un médicament combiné, et une huile avalée « pour la digestion » peut faire l’inverse de l’effet recherché.
NICE, dans les conseils alimentaires du SII, recommande au moins huit tasses de liquide par jour, en privilégiant l’eau et les boissons non caféinées, par exemple des tisanes. Cela n’équivaut pas à prescrire la menthe. Une personne dont le ventre gonfle après les repas peut d’abord espacer les repas, limiter les boissons gazeuses et observer si la menthe calme ou irrite. Tenir un carnet de trois à cinq jours suffit souvent à voir si l’infusion du soir précède des brûlures.
Menthe et reflux gastro-œsophagien
Si vous avez un reflux ou des brûlures d’estomac, la menthe (feuille ou huile) peut aggraver les symptômes. Elle relâche le muscle lisse, y compris le sphincter inférieur de l’œsophage, ce qui facilite la remontée acide. Ce n’est pas un détail rare, c’est le principal effet indésirable digestif des essais et le motif d’arrêt le plus fréquent.
Parmi les aliments et boissons déclencheurs, la Mayo Clinic (page mise à jour le 23 avril 2025) cite explicitement la menthe, aux côtés de l’alcool, du chocolat, de la caféine et des plats gras. Elle conseille aussi d’attendre au moins trois heures après un repas avant de s’allonger, de surélever la tête du lit, et d’éviter les vêtements serrés à la taille. Ces gestes pèsent souvent plus qu’une herbe.
Le texte diététique du 21 mai 2025 de la Cleveland Clinic range aussi la menthe parmi les aliments susceptibles d’alimenter un RGO, en lien avec une production d’acide gastrique. L’EMA, dans la monographie 2020 de l’huile, indique que des patients déjà sujets aux brûlures ou porteurs d’une hernie hiatale voient parfois le symptôme s’exacerber. Dans ce cas, le traitement doit être interrompu. Les gélules gastro-résistantes réduisent le risque de libération trop haute, mais ne l’annulent pas, surtout si l’on croque la gélule ou si l’on prend un antiacide en même temps.
Un reflux qui réveille la nuit, une douleur à la déglutition, un amaigrissement ou un goût aigre fréquent ne se règlent pas en changeant de tisane. Ils justifient un avis médical. Le pharmacien peut aider à trier une simple brûlure ponctuelle et un reflux installé, mais il ne remplace pas l’examen si les signes d’alarme sont là.
Menthol, rhume et sensation de nez dégagé
Le menthol donne une impression de nez plus libre. Il n’a pas démontré qu’il dégage objectivement les fosses nasales. L’American Heart Association le rappelait en décembre 2022, en s’appuyant sur des travaux de physiologie respiratoire. Le menthol crée une sensation d’air, pas une décongestion mesurable.
L’EMA classe l’inhalation, l’usage buccal et l’application cutanée de l’huile pour les symptômes de toux et de rhume dans l’usage traditionnel, pas dans l’usage bien établi. Un possible soulagement de la respiration a été observé dans certains travaux, sans conclusion ferme. Les bonbons et pommades au menthol restent donc un confort, utile pour certains, insuffisant pour parler de traitement du rhume.
Chez le nourrisson et le jeune enfant, ce confort peut devenir dangereux. Le menthol peut provoquer une apnée réflexe et un laryngospasme. L’EMA contre-indique l’huile avant 2 ans pour ces voies d’administration et ne recommande pas plusieurs usages entre 2 et 11 ans, faute de données. Appliquer une huile ou une pommade mentholée près du nez d’un bébé est précisément le geste à éviter. Un rhume du nourrisson se discute avec le médecin ou le pharmacien, pas avec un flacon d’huile essentielle.
Une tisane chaude peut hydrater et apaiser la gorge. Cet effet tient à la chaleur et au liquide, pas à une action mucolytique magique de la menthe. Si la fièvre s’élève, si la respiration sifflante apparaît, ou si un enfant refuse de boire, ce n’est plus une question de menthol.

Céphalées de tension, peau et mamelons
Pour une céphalée de tension légère, l’EMA reconnaît un usage bien établi d’une préparation à 10 % d’huile dans l’éthanol, à frictionner sur le front et les tempes, chez l’adulte. Une application, renouvelable deux fois à 15 minutes d’intervalle, une fois par jour. Ce n’est pas indiqué avant 18 ans dans ce cadre. Le contact avec les yeux, via des mains non lavées, peut irriter. Une migraine, une céphalée brutale ou une céphalée avec fièvre et raideur de nuque n’entrent pas dans ce schéma.
Sur la peau intacte, l’usage traditionnel européen couvre une douleur musculaire localisée et un prurit localisé. Les préparations semi-solides ou huileuses se situent, selon l’âge, dans des fourchettes de concentration fixées par la monographie. L’huile ne s’applique pas sur une peau lésée. Des éruptions, un eczéma de contact et une irritation sont possibles. Le NCCIH (2025) décrit aussi des données limitées sur un gel pour réduire le risque d’escarres chez des personnes alitées, trop minces pour en faire une indication courante.
Pendant l’allaitement, des gels ou de l’eau de menthe poivrée ont été étudiés pour prévenir crevasses et douleur du mamelon. La base LactMed (mise à jour du 15 octobre 2026) résume que la plupart des essais trouvaient un bénéfice par rapport au placebo ou au lait tiré, parfois comparable à la lanoline, avec au moins une étude discordante. Une méta-analyse citée dans cette fiche concluait à une réduction du traumatisme du mamelon. La revue Cochrane de 2014 (Dennis, Jackson et al.), sur l’ensemble des traitements de la douleur du mamelon, ne permettait pas de recommander un produit plutôt qu’un autre. Quelle que soit l’application, la douleur baissait souvent vers un niveau léger entre le 7e et le 10e jour après l’accouchement.
Si une mère choisit une préparation à la menthe, le NCCIH et LactMed s’accordent sur la méthode. L’appliquer après la tétée, l’essuyer avant la suivante, jamais près du visage du nourrisson. Un mauvais positionnement du bébé reste la cause fréquente des crevasses. Une sage-femme, une consultante en lactation ou le médecin traitant corrigent d’abord la prise du sein.
Gélules gastro-résistantes, doses et interactions
Les doses qui suivent viennent de la monographie européenne de l’huile (révision du 15 janvier 2020). Elles concernent des formes solides gastro-résistantes, pas des gouttes d’huile essentielle de supermarché. Le médecin ou le pharmacien adapte le produit disponible en France.
Pour les adolescents, les adultes et les personnes âgées, la posologie indiquée est de 0,2 à 0,4 ml par prise, pour une dose quotidienne de 0,6 à 1,2 ml répartie en deux ou trois fois. Entre 8 et 11 ans, 0,2 ml trois fois par jour (0,6 ml par jour) est mentionné. L’usage n’est pas recommandé avant 8 ans pour ces gélules, faute de données de sécurité et d’efficacité. Les gélules se prennent 30 minutes avant les repas, entières, avec de l’eau. Les croquer libère l’huile trop tôt et irrite la bouche et l’œsophage.
La durée habituelle va jusqu’à la disparition des symptômes, en général une à deux semaines. Si les symptômes persistent, la monographie autorise de poursuivre, sans dépasser trois mois par cure. Au-delà, ou si rien ne change, il faut revoir le diagnostic plutôt que d’allonger le flacon.
Les contre-indications de cette indication digestive sont nettes. Elles comprennent l’hypersensibilité à l’huile ou au menthol, une maladie du foie, une cholangite, une achlorhydrie, des calculs biliaires et tout autre trouble biliaire. L’huile semble augmenter la production de bile. C’est précisément pourquoi elle est contre-indiquée quand les voies biliaires sont malades.
Les antiacides, les antihistaminiques H2 et les inhibiteurs de la pompe à protons pris en même temps peuvent faire fondre l’enrobage trop tôt. Un repas peut avoir le même effet. Signalez au pharmacien vos médicaments de l’estomac avant d’acheter des gélules. Un peu d’inhibition du CYP3A4 a été décrite dans une étude avec l’huile et une étude avec le menthol. Ce n’est pas une raison de tout arrêter, c’est une raison d’en parler si vous prenez un médicament à marge étroite.
Le tableau ci-dessous résume ce que les documents permettent de comparer, sans inventer d’équivalence entre tisane et gélule.
| Préparation | Usage documenté | Preuve | Vigilance principale |
|---|---|---|---|
| Feuilles ou infusion | Indigestion, gaz | Usage traditionnel EMA, 2020 | Reflux, calculs biliaires, plus de 4 ans |
| Gélules gastro-résistantes | Spasmes, SII | ACG 2021 conditionnel, Ingrosso 2022 | Brûlures, enfants de moins de 8 ans |
| Huile essentielle non diluée | Pas un usage alimentaire | NCCIH, 2025 | Toxicité, visage du nourrisson |
| Menthol en inhalation ou pommade | Toux, rhume | Usage traditionnel EMA, 2020 | Apnée avant 2 ans, effet surtout subjectif |
Les effets indésirables fréquents dans les essais d’huile par voie orale comprennent brûlures d’estomac, brûlure périanale, vision floue, bouche sèche, nausées et vomissements. Des réactions allergiques au menthol (éruption, céphalée, bradycardie, tremblements, ataxie, choc anaphylactique) ont été rapportées, à fréquence indéterminée. Un surdosage peut provoquer diarrhée, ulcération rectale, convulsions, apnée et troubles du rythme. Ce n’est plus de l’automédication, c’est une urgence.
Menthe chez l’enfant, pendant la grossesse et l’allaitement
Avant 2 ans, l’essence de menthe poivrée est contre-indiquée, parce que le menthol peut déclencher une apnée réflexe et un laryngospasme. Entre 2 et 11 ans, plusieurs usages (inhalation, application nasale, certaines formes orales) ne sont pas établis. Les gélules gastro-résistantes pour l’intestin ne sont pas recommandées avant 8 ans. La feuille en préparation traditionnelle n’est retenue par l’EMA qu’après 4 ans. Un bonbon à la menthe n’est pas un médicament, mais il n’autorise pas non plus un baume mentholé sur le visage d’un bambin.
Pendant la grossesse, les quantités alimentaires (plat, infusion peu concentrée) sont jugées probablement sans particularité par le NCCIH (2025). Les quantités « médicinales » d’huile par voie orale n’ont pas assez de données. L’EMA ne recommande pas l’huile pendant la grossesse ni pendant l’allaitement, faute de sécurité établie. Le pharmacien et le médecin appliqueront la notice du produit français, plus proche de ce cadre européen que d’un blog.
À l’allaitement, le menthol et le 1,8-cinéole passent dans le lait en petites quantités, selon LactMed (2026). Les autres constituants n’ont pas été bien étudiés. Des doses élevées peuvent donner brûlures, nausées et vomissements chez la mère. Des travaux cellulaires et animaux, cités dans la même fiche, montrent qu’à haute dose la menthe peut diminuer la production de lait. Ce n’est pas une preuve chez la femme, mais c’est un argument contre les cures d’huile « pour augmenter le lait » parfois colportées, et contre l’inverse (grandes quantités pour tarir) sans avis professionnel.
À la maison, cela donne une règle simple. On ne laisse pas de flacon d’huile sur la table à langer, on ne donne pas de gélules d’adulte à un enfant de 6 ans, et toute préparation concentrée pendant la grossesse se discute avant d’être commencée.
Symptômes digestifs qui imposent de consulter
Une tisane ou une gélule ne remplace pas un diagnostic. Le NICE (CG61) demande d’examiner toute personne qui se présente pour un possible SII à la recherche de signes d’alarme, notamment ceux qui font craindre un cancer (selon le guide NICE sur les signes évocateurs) et les marqueurs d’une maladie inflammatoire de l’intestin. L’apparition de ces signes en cours de suivi doit relancer les investigations.
Consultez votre médecin traitant sans attendre l’effet d’une menthe dans les situations suivantes.
- Vous perdez du poids sans le chercher, ou une anémie a été mise en évidence, alors que le ventre reste douloureux.
- Du sang apparaît dans les selles ou dans les vomissements, même de façon intermittente.
- Avaler fait mal, ou les aliments « coincent », ce qui n’est pas un simple reflux.
- Les symptômes digestifs durent plus de deux semaines sous feuille, ou s’aggravent sous gélules.
- Une fièvre, une douleur brutale intense, ou un ventre dur s’installent. Appelez le 15 ou le 112.
- Un nourrisson a du mal à respirer après un produit mentholé. C’est une urgence, pas une « réaction passagère ».
Le pharmacien est le bon premier interlocuteur pour choisir entre une infusion, une gélule gastro-résistante et l’absence de menthe en cas de brûlures. Le médecin pose le diagnostic de SII, élimine une maladie cœliaque ou une inflammation (NICE prévoit notamment NFS, CRP ou VS, et sérologie de maladie cœliaque). En France, les recommandations précises de la HAS ou de l’ANSM peuvent différer du texte américain ou britannique. C’est le soignant qui les applique, pas une page web.
Questions fréquentes
Peut-on boire du thé à la menthe tous les jours ?
Aux quantités alimentaires habituelles, une infusion de feuilles paraît sûre pour la plupart des adultes, d’après le NCCIH (2025). La sécurité d’une consommation élevée et prolongée de feuille n’est pas connue. Si des brûlures apparaissent, arrêtez et parlez-en au pharmacien.
L’huile essentielle de menthe poivrée s’avale-t-elle en gouttes ?
Non, pas sous forme de gouttes pures « pour la digestion ». Les essais et la posologie européenne portent sur des gélules gastro-résistantes dosées. Avaler l’huile concentrée expose à une irritation, à un reflux et, à dose élevée, à une toxicité.
Combien de temps avant un effet sur le syndrome de l’intestin irritable ?
Les essais duraient en général 2 à 12 semaines. L’EMA décrit une amélioration habituelle en une à deux semaines pour les formes gastro-résistantes. Si rien ne change, il faut revoir le diagnostic plutôt que d’augmenter la dose.
La menthe verte a-t-elle les mêmes effets que la menthe poivrée ?
Non. Les études cliniques du SII concernent surtout l’huile de Mentha × piperita. La verte, plus pauvre en menthol, parfume les plats. On ne peut pas lui attribuer le nombre de sujets à traiter calculé pour l’huile poivrée.
La menthe aide-t-elle les allergies saisonnières ?
Les données humaines souvent citées pour l’acide rosmarinique portent sur un extrait d’une autre plante (Perilla), pas sur la tisane de menthe. Le NCCIH juge les preuves insuffisantes pour les indications hors SII, digestion étudiée et quelques usages locaux. Une allergie au pollen se traite avec les moyens validés, pas avec une menthe.
Peut-on en donner à un enfant de 5 ans ?
Pas d’huile essentielle, pas de gélules gastro-résistantes (non recommandées avant 8 ans). Une infusion de feuille n’entre dans le cadre européen traditionnel qu’après 4 ans, à condition que les symptômes soient bénins et brefs. En cas de doute, demandez au pharmacien ou au pédiatre.
Conclusion
Feuille, tisane, gélule et huile essentielle ne racontent pas la même histoire. L’effet le mieux documenté reste celui de gélules gastro-résistantes d’huile de menthe poivrée sur les symptômes globaux du SII, avec un nombre de sujets à traiter de 4 dans la méta-analyse de 2022, des preuves de très faible qualité, et plus d’effets indésirables qu’avec un placebo. L’infusion relève d’un usage traditionnel pour l’indigestion et les gaz. Le menthol du rhume console surtout le nez, il ne le débouche pas de façon mesurée.
L’autre face est claire. Reflux, hernie hiatale, maladie du foie ou des voies biliaires, enfant de moins de 2 ans, visage d’un nourrisson, grossesse pour les doses médicinales. Ces limites viennent de l’EMA (2020), du NCCIH (2025) et des textes de la Mayo Clinic et de la Cleveland Clinic sur le RGO (2025). Deux cuillères de feuilles dans un plat, elles, restent un aromate de 2 kcal.
Si votre ventre vous gêne depuis des semaines, le prochain geste utile n’est pas d’ouvrir un flacon. Notez pendant quelques jours ce que vous buvez, si des brûlures suivent la menthe, et si des signes d’alarme (sang, amaigrissement, gêne à avaler) sont là. Apportez cette liste au médecin traitant ou au pharmacien, et demandez explicitement si une gélule gastro-résistante a un sens dans votre cas, ou si la menthe est précisément ce qu’il faut retirer.
Sources
- Peppermint Oil: Usefulness and Safety. National Center for Complementary and Integrative Health, mai 2025.
- Ingrosso MR, Ianiro G et al. : Systematic review and meta-analysis: efficacy of peppermint oil in irritable bowel syndrome. Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 9 août 2022.
- Lacy BE, Pimentel M et al. : ACG Clinical Guideline: Management of Irritable Bowel Syndrome. The American Journal of Gastroenterology, 1er janvier 2021.
- European Union herbal monograph on Mentha x piperita L., aetheroleum. European Medicines Agency, 15 janvier 2020.
- Peppermint leaf Mentha x piperita L., folium. European Medicines Agency, 4 mars 2020.
- Gastroesophageal reflux disease (GERD) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 23 avril 2025.
- Foods To Eat and Avoid if You Have GERD. Cleveland Clinic, 21 mai 2025.
- It’s the flavor of the season, but be wary of peppermint platitudes. American Heart Association, 14 décembre 2022.
- Peppermint – Drugs and Lactation Database (LactMed). Drugs and Lactation Database (LactMed), 15 octobre 2026.
- Irritable bowel syndrome in adults: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour le 30 avril 2025.
- Dennis C-L, Jackson K, Watson J : Interventions for treating painful nipples among breastfeeding women. Cochrane Database of Systematic Reviews, 15 décembre 2014.
