Viande rouge et cancer colorectal : quels risques

Viande rouge et cancer colorectal : quels risques

Réduire la viande rouge, et surtout la charcuterie et les autres viandes transformées, s’associe à un risque plus bas de cancer du côlon et du rectum. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé la consommation de viande transformée comme cancérogène pour l’être humain (groupe 1) et celle de viande rouge comme probablement cancérogène (groupe 2A).

Le chiffre le plus cité reste celui du communiqué du CIRC de 2015. Chaque portion de 50 g de viande transformée consommée chaque jour s’associe à une hausse d’environ 18 % du risque de cancer colorectal. Le même groupe d’experts précise que le risque individuel reste faible, et qu’il grimpe avec la quantité. Le groupe 1 décrit la force des preuves, pas un danger comparable à celui du tabac.

Le Fonds mondial de recherche contre le cancer fixe un cadre plus concret que le seul classement. Si vous mangez de la viande rouge, visez au plus trois portions par semaine, soit environ 350 à 500 g de poids cuit, et le moins possible de charcuterie. Au Royaume-Uni, le NHS conseille de descendre vers 70 g par jour si vous dépassez 90 g. Aux États-Unis, le dépistage du cancer colorectal commence à 45 ans pour les personnes à risque habituel. Du sang dans les selles, même une ou deux fois, justifie un rendez-vous.

Que recouvrent viande rouge et viande transformée ?

La viande rouge, dans les monographies du CIRC, désigne le muscle des mammifères. Bœuf, veau, porc, agneau, mouton, cheval et chèvre entrent dans cette liste, qu’ils soient frais, hachés ou simplement congelés. Le porc compte donc comme viande rouge, même si la pièce paraît claire dans l’assiette. La volaille et le poisson n’appartiennent pas à cette catégorie.

La viande transformée a subi un salage, un saumurage, une fermentation, un fumage ou un autre procédé destiné à durer plus longtemps ou à changer le goût. Le communiqué du CIRC cite les hot-dogs, le jambon, les saucisses, le corned-beef, le bœuf séché et les préparations en conserve. Le NHS y ajoute le bacon, le salami, les pâtés et les viandes tranchées de type « luncheon meat », y compris celles à base de poulet ou de dinde. Un steak haché frais, seulement haché puis cuit, n’est pas transformé au sens de ces définitions.

Certaines saucisses fraîches hachées peuvent compter, ou non, selon le procédé, précise le WCRF. Le critère n’est pas la couleur après cuisson. C’est le mammifère d’un côté, le procédé de conservation de l’autre.

Quelques exemples aident à classer ce qui arrive dans l’assiette.

  • Un rôti de bœuf ou une côtelette de porc non fumée restent de la viande rouge non transformée.
  • Le jambon, le bacon, le chorizo et le salami relèvent de la viande transformée, quelle que soit la bête.
  • Une tranche de dinde industrielle salée et conservée compte comme viande transformée, pas comme simple volaille.
  • Un hamburger préparé maison avec du bœuf haché frais n’est pas, à lui seul, un produit transformé.

La viande rouge apporte des protéines, du fer, du zinc et de la vitamine B12. Le WCRF rappelle qu’elle n’est pas indispensable. Volaille, poisson, œufs, produits laitiers, légumineuses et céréales peuvent couvrir ces apports si l’assiette est composée avec soin. Le fer des végétaux s’absorbe moins bien que le fer de la viande. Cela n’oblige personne à manger du bœuf tous les jours.

Quel est le niveau de risque pour le côlon et le rectum ?

Le cancer colorectal n’est pas le cancer le plus fréquent de la planète. Une méta-analyse de 2025 portant sur 60 études prospectives le situe au troisième rang des cancers diagnostiqués et au deuxième rang des décès par cancer. Le risque lié à la viande s’ajoute à ce fardeau déjà lourd. Il ne le crée pas à lui seul.

Le CIRC a réuni 22 experts de dix pays et passé en revue plus de 800 travaux. Pour la viande transformée, les données humaines ont été jugées suffisantes. Pour la viande rouge, l’association avec le cancer colorectal existait, mais le hasard, un biais ou un facteur confondant n’ont pas pu être écartés avec la même fermeté. D’où le groupe 2A, appuyé par des mécanismes jugés solides.

Les chiffres de dose aident à garder les proportions. Cinquante grammes de viande transformée par jour, soit à peu près deux tranches de jambon épaisses ou une saucisse, s’associent à +18 % de risque. Cent grammes de viande rouge par jour, si le lien était causal, s’associeraient à environ +17 %. Le projet Global Burden of Disease, cité par le CIRC, estimait à 34 000 le nombre annuel de décès par cancer liés à une alimentation riche en viande transformée. Le tabac, dans la même comparaison, pesait autour d’un million de décès par cancer.

La méta-analyse d’Ungvari et coll. (2025) actualise l’ordre de grandeur sur des cohortes. La consommation élevée de viande rouge s’associe à un rapport de risques de 1,15 pour le cancer colorectal (intervalle 1,10-1,21). Pour la viande transformée, le rapport atteint 1,21 (1,14-1,28). Les associations restent visibles pour le côlon et pour le rectum, avec des intervalles un peu plus larges. Ce n’est pas une preuve expérimentale. C’est une convergence d’observations.

Le rapport CUP du WCRF, dont le PDF a été remis en ligne en 2024, va dans le même sens avec une lecture dose-réponse. La viande transformée s’associe à +16 % de risque par 50 g et par jour (RR 1,16). Viande rouge et transformée réunies donnent +12 % par 100 g et par jour (RR 1,12). Le panel juge la viande transformée cause convaincante, et la viande rouge cause probable.

Pour le Royaume-Uni, Cancer Research UK estime qu’environ 13 cas de cancer de l’intestin sur 100 sont liés à la viande transformée. Le même organisme attribue 28 cas sur 100 à un manque de fibres, 11 à l’excès de poids, 7 au tabac et 6 à l’alcool. La viande n’est donc qu’un levier parmi d’autres. Elle n’est pas le plus lourd dans ce décompte britannique.

Le CIRC signale aussi des liens limités entre viande rouge et cancers du pancréas et de la prostate. Le dossier le plus solide reste celui du côlon et du rectum.

Combien de viande rouge et de charcuterie par semaine ?

Aucune agence n’a fixé un seuil « zéro risque ». Le CIRC le dit dans ses questions-réponses. Le risque monte avec la quantité, sans ligne claire en dessous de laquelle le danger disparaîtrait. Les recommandations pratiques cherchent un compromis entre protéines, fer et risque de cancer.

Le WCRF et l’American Institute for Cancer Research proposent le cadre le plus utilisé en prévention des cancers. Trois portions de viande rouge par semaine au maximum, soit 350 à 500 g une fois cuite. Cinq cents grammes cuits correspondent à environ 700 à 750 g crus, parce que la pièce perd de l’eau. Pour la viande transformée, la consigne est plus nette. Mangez-en très peu, ou pas du tout. Aucun niveau d’apport n’a été associé à une absence de risque.

Le même ordre de grandeur apparaît chez la Mayo Clinic. Trois portions par semaine, soit environ 340 à 510 g (12 à 18 onces). Une portion raisonnable tient dans un à deux jeux de cartes. Quatre onces crues donnent à peu près trois onces cuites.

Au Royaume-Uni, le NHS parle en moyenne quotidienne, pas en total hebdomadaire. Si vous dépassez 90 g de viande rouge ou transformée cuite par jour, l’avis est de viser 70 g en moyenne. Un jour plus chargé peut être compensé par des jours plus légers. Les poids d’exemple aident à convertir l’assiette.

Aliment (poids cuit, NHS) Poids approximatif
Trois tranches fines de rôti (bœuf, agneau ou porc) 90 g
Steak grillé de 8 oz 163 g
Rumsteck de 5 oz 102 g
Burger « quarter-pound » 78 g
Tranche de jambon 23 g
Petit-déjeuner de 2 saucisses et 2 tranches de bacon 130 g
Tranche de corned-beef 38 g

Soixante-dix grammes par jour font 490 g sur sept jours, soit le haut de la fourchette WCRF si tout est de la viande rouge. Dès que du jambon ou des saucisses entrent dans le total, le WCRF demande de descendre beaucoup plus bas sur cette part transformée. Les deux référentiels ne se contredisent pas. Ils ne découpent pas la semaine de la même façon.

En France, le médecin ou le pharmacien applique le conseil local. Les chiffres ci-dessus viennent de sources britanniques et internationales, pas d’une consigne nationale.

Réduire sans compter chaque gramme reste possible.

  • Remplacez une partie du haché d’un chili ou d’une sauce par des lentilles ou des haricots.
  • Gardez le rôti du dimanche et choisissez volaille, poisson ou œufs les autres soirs.
  • Réservez jambon, lardons et saucisses aux occasions, plutôt qu’au sandwich de tous les midis.

Les plus gros mangeurs ont le plus à gagner, selon le WCRF. Passer d’une charcuterie quotidienne à une consommation occasionnelle pèse davantage que d’enlever la dernière tranche d’un régime déjà sobre.

Pourquoi ces viandes sont-elles liées au cancer colorectal ?

Plusieurs mécanismes se recoupent. Aucun n’explique à lui seul le tableau. Le fer héminique, abondant dans la viande rouge et dans beaucoup de charcuteries, favorise la formation endogène de composés N-nitrosés dans l’intestin. Le WCRF décrit aussi des N-nitrosés apportés tels quels par les produits transformés, notamment via les sels de conservation.

La cuisson à haute température, longue, au gril ou au barbecue, produit des amines hétérocycliques et des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Ces derniers se forment quand la graisse tombe sur la flamme et que la fumée colle à la surface. Des travaux expérimentaux relient ces composés au développement de tumeurs colorectales. Chez l’humain, le CIRC n’a pas eu assez de données pour dire si le mode de cuisson change à lui seul le risque de cancer.

D’autres pistes circulent. Les nitrites et nitrates ajoutés pour limiter le botulisme ou la listériose peuvent participer à la nitrosation. Les viandes transformées sont souvent riches en sel, ce qui pèse surtout sur la pression artérielle, un autre dossier. Le WCRF relie aussi viande rouge et transformée à davantage de décès par maladie coronaire et à davantage de diabète de type 2. Le cancer du côlon n’est pas le seul enjeu.

Le PDQ du National Cancer Institute, mis à jour en 2025, reste plus prudent sur le régime commencé à l’âge adulte. Il juge qu’il n’existe pas de preuve fiable qu’une alimentation alors devenue pauvre en graisses et en viande, et riche en fibres, fruits et légumes, réduise le risque de cancer colorectal d’un degré cliniquement important. Les cohortes observent des associations. Les essais qui changeraient le menu d’adultes déjà formés restent trop faibles pour promettre un effet de grande ampleur. Le WCRF fonde malgré tout une recommandation de santé publique sur un faisceau jugé convaincant pour la viande transformée.

La cuisson au barbecue change-t-elle vraiment le risque ?

Le feu vif produit des composés chimiques, et il n’est pas le cœur du classement du CIRC. Les questions-réponses de 2015 le disent sans détour. Les méthodes très chaudes, surtout au contact d’une flamme ou d’une plaque, produisent davantage d’amines et d’hydrocarbures. Les experts n’ont pas jugé ces données suffisantes pour mesurer un effet propre de la cuisson sur le cancer. Manger la viande crue n’a pas été évalué pour le cancer. Le risque infectieux, lui, reste réel.

Le WCRF décrit pourtant ces composés comme une voie plausible, à côté du fer héminique. Griller souvent jusqu’à la croûte noire n’est pas le geste le plus heureux si vous mangez déjà beaucoup de viande rouge. Ce n’est pas une raison de croire qu’un rôti au four « annule » le risque lié à des saucisses fumées fréquentes.

Quelques habitudes abaissent l’exposition aux composés de haute température, sans en faire une preuve.

  • Évitez de laisser la graisse tomber dans les braises et de badigeonner la pièce avec les jus brûlés.
  • Retournez souvent la viande plutôt que de la laisser carboniser d’un seul côté.
  • Préférez un rôti plus doux, un mijotage ou une cuisson à l’étouffée quand le plat s’y prête.

Fibres, produits laitiers et autres leviers alimentaires

Baisser la charcuterie laisse de la place dans l’assiette. Le rapport CUP du WCRF juge probable un effet protecteur des aliments riches en fibres, des céréales complètes et des produits laitiers. L’activité physique protège le côlon de façon convaincante. L’alcool au-delà d’environ 30 g par jour, soit à peu près deux verres, et l’excès de masse grasse sont des causes convaincantes.

Au Royaume-Uni, le manque de fibres est chiffré à 28 % des cancers de l’intestin par Cancer Research UK, plus que la viande transformée. Une étude récente, citée par le même organisme, relie environ 300 mg de calcium en plus par jour, l’équivalent d’un grand verre de lait, à un risque plus bas. Le NCI juge les preuves insuffisantes pour les suppléments de calcium. Le WCRF, dans son rapport colorectal, les classait pourtant comme probablement protecteurs. Le calcium des aliments reste le levier le plus simple.

Le WCRF vise au moins 30 g de fibres par jour et au moins 400 g de légumes non féculents et de fruits. Les fibres accélèrent le transit et, une fois fermentées, fournissent du butyrate, étudié pour ses effets antiprolifératifs sur des cellules de côlon. Un régime « riche en fibres » qui garderait du saucisson tous les midis n’est pas le schéma décrit. Moins de charcuterie, plus de pain complet, de légumes secs et de yaourt, moins d’alcool, un poids plus stable.

Le PDQ du NCI rappelle que l’activité physique, dans une méta-analyse de 52 études d’observation, s’associe à une baisse de 24 % de l’incidence (RR 0,76). Ce levier se discute même si vous tenez à un rôti hebdomadaire.

Dépistage et signes qui doivent vous faire consulter

Changer l’assiette ne remplace pas la recherche des polypes. Des amas de cellules, décrits par la Mayo Clinic, peuvent rester silencieux 10 à 15 ans avant de devenir un cancer. Les retirer à temps réduit le risque. Aux États-Unis, l’American Cancer Society a abaissé l’âge de début à 45 ans en 2018. Le U.S. Preventive Services Task Force a suivi en 2021. Les CDC reprennent cet intervalle 45-75 ans pour les adultes à risque habituel. Après 75 ans, la décision devient individuelle.

Environ 93 % des cancers colorectaux sont trouvés à 45 ans ou plus, d’après les CDC. Neuf diagnostics sur dix surviennent après 50 ans, écrit la Mayo Clinic. Les cas avant 50 ans augmentent. En France, c’est le médecin traitant qui fixe le calendrier. L’âge de 45 ans cité ici est américain, pas une consigne nationale.

Un test de selles (FIT) une fois par an ou une coloscopie tous les dix ans figurent parmi les options listées par les CDC. Un résultat anormal d’un test de selles se termine souvent par une coloscopie.

Les symptômes manquent souvent au début. Quand ils apparaissent, ils ressemblent à des troubles banals.

Signe (CDC, Mayo Clinic) Conduite raisonnable
Sang dans ou sur les selles, même une ou deux fois Prendre rendez-vous avec le médecin traitant
Transit qui change (diarrhée, constipation, selles plus étroites) Consulter si le changement dure
Impression que le rectum ne se vide pas En parler au médecin, surtout si c’est nouveau
Douleur, crampes ou ballonnements qui ne passent pas Consulter sans attendre plusieurs mois
Amaigrissement sans régime, anémie, fatigue inhabituelle Bilan avec le médecin traitant
Saignement abondant qui ne s’arrête pas, douleur brutale avec vomissements Appeler le 15 ou le 112

Un antécédent personnel ou familial de cancer colorectal ou de polypes, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin, un syndrome de Lynch ou une polypose adénomateuse familiale avancent souvent l’âge du premier examen. Les CDC le listent clairement. Ce n’est pas un sujet à régler seul avec un régime.

Faut-il arrêter toute viande rouge ?

Non, les grandes agences ne demandent pas d’arrêter toute viande rouge. Le CIRC rappelle que la viande a des bénéfices nutritionnels connus. Le WCRF fixe une quantité modérée, pas une interdiction. Le NHS décrit la viande rouge comme une source utile de fer, de zinc et de vitamines B, à condition de ne pas en abuser. La Mayo Clinic écrit que vous n’avez pas besoin de viande rouge pour couvrir vos besoins, et que des portions limitées restent compatibles avec une assiette raisonnable.

La viande transformée est le dossier le plus net. « Très peu, voire aucune » est la formule du WCRF. Le jambon blanc du commerce, les lardons de la quiche du soir et les saucisses du barbecue du dimanche pèsent plus, à portion égale, que le rumsteck. Les charcuteries de volaille ne sortent pas du compte si elles ont été salées, fumées ou additionnées de conservateurs.

Devenir végétarien n’a pas été comparé tête-à-tête par le groupe du CIRC. Les végétariens diffèrent souvent par le poids, l’alcool et le reste du menu. Une assiette sans viande mal composée n’est pas, par magie, protectrice.

Les personnes qui ont déjà eu un cancer du côlon n’ont pas de consigne spécifique dans l’évaluation de 2015. Les données ne permettaient pas de trancher. Le suivi, les examens et le menu se discutent avec l’équipe qui vous connaît.

Autres facteurs de risque à ne pas laisser de côté

L’âge reste le facteur le plus lourd. Le NCI écrit que le risque grimpe nettement après 50 ans et que 90 % des cancers colorectaux sont diagnostiqués après cet âge. Un parent au premier degré atteint, surtout avant 55 ans, double à peu près le risque. Les maladies inflammatoires de l’intestin l’élèvent fortement à partir d’environ huit ans d’évolution. Lynch et polypose adénomateuse familiale pèsent beaucoup, même s’ils expliquent moins de 5 % des cas.

Le tabac s’associe à davantage de cancers colorectaux. Une synthèse de 106 études d’observation, citée par le NCI, donne un risque relatif de 1,18 chez les fumeurs actuels par rapport aux personnes qui n’ont jamais fumé. Cancer Research UK attribue 7 % des cancers de l’intestin britanniques au tabac. L’alcool au-dessus d’environ 45 g par jour donnait un risque relatif de 1,41 dans une analyse groupée de huit cohortes. Le WCRF place le seuil de cause convaincante autour de 30 g par jour.

L’excès de poids est une cause convaincante dans le rapport CUP. Au Royaume-Uni, 11 % des cancers de l’intestin y sont liés. Au moins 30 minutes d’activité la plupart des jours, une limite d’alcool d’un verre par jour pour les femmes et de deux pour les hommes (repères américains de la Mayo Clinic), et l’arrêt du tabac font partie des leviers cités. Ces chiffres d’alcool ne sont pas ceux de la Santé publique française. Votre médecin les traduira.

L’aspirine au long cours réduit l’incidence et la mortalité du cancer colorectal après 10 à 20 ans dans des méta-analyses d’essais conçus pour le cœur, selon le NCI. Elle augmente aussi les hémorragies digestives. Ce n’est pas une prévention pour une personne à risque habituel.

Un menu plus sobre en charcuterie ne corrige pas un syndrome génétique, ni un polype déjà là, ni dix ans de tabac. Il s’ajoute à ces leviers.

Questions fréquentes

Le porc est-il une viande rouge ?

Oui. Le CIRC et le WCRF classent le porc avec le bœuf, le veau, l’agneau et le mouton, parce qu’il s’agit de muscle de mammifère. La couleur plus claire d’une escalope n’en fait pas une viande blanche au sens de ces évaluations. Une côtelette non fumée reste de la viande rouge. Un jambon ou une saucisse de porc deviennent de la viande transformée.

Un steak haché frais est-il de la viande transformée ?

Non, s’il s’agit seulement de muscle haché, éventuellement congelé, sans salage, fumage ni conservateurs. Le CIRC range ce produit avec la viande rouge. Dès que le haché entre dans une saucisse assaisonnée, un steak haché industriel additionné de sel et de conservateurs, ou une préparation en sauce longue conservation, le classement bascule souvent vers la viande transformée. Le WCRF le dit pour certaines saucisses fraîches, « parfois, mais pas toujours ».

La charcuterie de poulet ou de dinde compte-t-elle aussi ?

Oui, dès qu’elle a été salée, fumée, saumurée ou additionnée de conservateurs. Le NHS range les viandes tranchées de poulet et de dinde parmi les viandes transformées. Le CIRC précise que la viande transformée peut contenir de la volaille, des abats ou des sous-produits. La bête de départ ne protège pas si le procédé est le même.

Faut-il devenir végétarien pour protéger son côlon ?

Non, ce n’est pas la conclusion du CIRC ni du WCRF. Une quantité modérée de viande rouge, dans une assiette riche en fibres et pauvre en charcuterie, reste compatible avec leurs textes. Les régimes sans viande peuvent convenir s’ils apportent fer, B12, protéines et calcium. Ils n’ont pas été jugés, dans l’évaluation de 2015, comme forcément plus sûrs que les régimes omnivores sobres.

Le dépistage remplace-t-il une baisse de viande ?

Non. Le dépistage cherche des polypes ou un cancer déjà là. Baisser la charcuterie vise un risque qui s’accumule sur des années. Les deux gestes se complètent. Un FIT négatif n’autorise pas un plateau de saucissons quotidien. Une assiette très sobre n’autorise pas à ignorer du sang dans les selles ou un courrier de dépistage.

Le groupe 1 du CIRC veut-il dire que la charcuterie est aussi dangereuse que le tabac ?

Non. Le document de questions-réponses le dit en toutes lettres. Le groupe 1 signifie que les preuves humaines sont suffisantes. Il ne classe pas les agents par intensité de danger. Le tabac tue beaucoup plus de personnes par cancer chaque année que la viande transformée. Cela n’efface pas le +18 % associé à 50 g de charcuterie par jour.

Conclusion

Le lien entre charcuterie, viande rouge et cancer colorectal repose sur des cohortes, des méta-analyses et un classement officiel du CIRC, pas sur un essai qui interdirait le rôti. La viande transformée a le dossier le plus solide. La viande rouge reste dans le probable, avec un effet dose plus difficile à isoler. Les portions du WCRF (350 à 500 g cuits par semaine) et le rappel du NHS (descendre vers 70 g par jour si vous dépassez 90 g) donnent une cible plus utile qu’un slogan « plus jamais de viande ».

Le reste de l’assiette compte autant, parfois plus, dans les fractions britanniques de Cancer Research UK. Fibres, poids, alcool et tabac pèsent lourd. Le NCI refuse de promettre qu’un régime commencé tard inverse à lui seul le risque d’un degré spectaculaire. Cette prudence n’annule pas le conseil de limiter jambon, lardons et saucisses.

Si votre semaine ressemble encore à de la viande rouge tous les soirs et à de la charcuterie à midi, commencez par compter deux ou trois jours, puis remplacez. Demandez à votre médecin traitant où vous en êtes du dépistage, surtout après 45 ans ou s’il existe un cas dans la famille. Du sang dans les selles, un transit qui change durablement ou un amaigrissement sans explication valent un rendez-vous, pas un changement de menu à l’aveugle.

Sources

  1. IARC Monographs evaluate consumption of red meat and processed meat. International Agency for Research on Cancer, 26 octobre 2015.
  2. Q&A on the carcinogenicity of the consumption of red meat and processed meat. International Agency for Research on Cancer, 26 octobre 2015.
  3. Limit consumption of red and processed meat. World Cancer Research Fund, mis à jour en 2024.
  4. World Cancer Research Fund, American Institute for Cancer Research : Diet, nutrition, physical activity and colorectal cancer. World Cancer Research Fund Continuous Update Project, 2018.
  5. Meat in your diet. National Health Service, mis à jour en 2024.
  6. Colon cancer – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 10 septembre 2026.
  7. Screening for Colorectal Cancer. Centers for Disease Control and Prevention, 17 juin 2026.
  8. Symptoms of Colorectal Cancer. Centers for Disease Control and Prevention, 17 juin 2026.
  9. Colorectal Cancer Risk Factors. Centers for Disease Control and Prevention, 17 juin 2026.
  10. Risks and causes of bowel cancer. Cancer Research UK, 3 janvier 2025.
  11. Colorectal Cancer Prevention (PDQ®) – Health Professional Version. National Cancer Institute, 11 avril 2025.
  12. Ungvari Z, Fekete M, Varga P et al. : Association between red and processed meat consumption and colorectal cancer risk: a comprehensive meta-analysis of prospective studies. GeroScience, 10 avril 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.