
Remicade est le nom commercial de l’infliximab, un anticorps monoclonal chimérique (parties murines et humaines) qui bloque le TNF-alpha, un messager de l’inflammation. Il se donne en perfusion veineuse, le plus souvent après l’échec d’autres traitements, pour la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique, la spondylarthrite ankylosante, le rhumatisme psoriasique et le psoriasis en plaques.
Ce blocage du TNF peut calmer la douleur et l’inflammation, mais il affaiblit aussi une voie de défense contre les infections. En février 2022, l’Agence européenne des médicaments a demandé d’attendre 12 mois après la naissance avant tout vaccin vivant (BCG, ROR) chez un nourrisson exposé in utero, alors que la notice américaine révisée en février 2025 retient encore un délai d’au moins six mois. Pour les familles en France, c’est le cadre européen qui s’applique.
La même notice fixe 3 mg/kg avec méthotrexate dans la polyarthrite rhumatoïde et 5 mg/kg dans les autres indications, avec une induction aux semaines 0, 2 et 6. Environ 20 % des patients des essais ont une réaction pendant ou juste après la perfusion. Une tuberculose latente doit être cherchée avant la première dose ; dans la maladie de Crohn, l’absence de réponse à 14 semaines fait discuter l’arrêt.
Qu’est-ce que Remicade et comment agit-il ?
Remicade contient de l’infliximab, un anticorps monoclonal IgG1κ chimérique, c’est-à-dire assemblé de régions constantes humaines et de régions variables murines. Il n’est pas « entièrement humain », contrairement à d’autres anti-TNF. La notice DailyMed (révision février 2025) le décrit comme un bloqueur du facteur de nécrose tumorale (TNF) produit par une lignée cellulaire de myélome murin.
Le TNF-alpha circule et s’exprime à la surface des cellules ; à dose élevée, il entretient l’inflammation des articulations, de la peau ou du tube digestif. L’infliximab se fixe à cette molécule et en neutralise l’effet. L’Agence européenne des médicaments, dans la fiche EPAR mise à jour en 2026, résume le mécanisme ainsi : en bloquant le TNF-alpha, l’anticorps améliore l’inflammation et les symptômes des maladies pour lesquelles le médicament est autorisé.
Le produit se présente en poudre lyophilisée de 100 mg, à reconstituer puis diluer avant une perfusion. Il ne se prend pas par la bouche : une protéine de cette taille serait dégradée dans le tube digestif. La prescription est réservée à un médecin habitué à ces maladies, et le patient reçoit une carte de rappel qui consigne les dates de perfusion et les résultats des tests de sécurité, notamment pour la tuberculose.
Comme tout médicament biologique, l’infliximab peut entraîner la formation d’anticorps anti-médicament. Chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de Crohn sous schéma d’entretien, la notice situe cette incidence autour de 10 % sur un à deux ans. Ces anticorps s’associent à une clairance plus rapide, à une perte d’effet et à davantage de réactions à la perfusion. Un immunosuppresseur concomitant (méthotrexate, azathioprine) réduit souvent cette immunisation, au prix d’autres risques, dont le lymphome T hépatosplénique évoqué plus bas.

Pour quelles maladies l’infliximab est-il prescrit ?
L’infliximab n’est pas un traitement de première intention dans la plupart des cas. Il entre en jeu lorsque les traitements conventionnels n’ont pas suffi, sont mal tolérés ou contre-indiqués. L’autorisation européenne, en vigueur depuis août 1999, couvre six affections de l’adulte et deux indications pédiatriques.
Chez l’adulte, la polyarthrite rhumatoïde se traite en association avec le méthotrexate, pour réduire les signes, ralentir les dégâts articulaires visibles à la radiographie et améliorer la fonction. La maladie de Crohn modérément à fortement active, y compris la forme fistulisante, et la rectocolite hémorragique modérément à fortement active font partie des indications digestives. S’y ajoutent la spondylarthrite ankylosante active, le rhumatisme psoriasique (avec méthotrexate ou seul si le méthotrexate est impossible) et le psoriasis en plaques modéré à grave après échec, contre-indication ou intolérance à un traitement systémique (ciclosporine, méthotrexate ou PUVA).
Chez l’enfant et l’adolescent de 6 à 17 ans, l’EMA réserve le médicament à la maladie de Crohn grave et active, et à la rectocolite hémorragique fortement active, après échec d’une corticothérapie, d’un immunomodulateur et, pour le Crohn, d’une nutrition exclusive. La Mayo Clinic (mise à jour du 1er mars 2026) précise que l’utilité n’est pas établie avant 6 ans, ni dans la spondylarthrite, le psoriasis ou le rhumatisme psoriasique de l’enfant, et que le médicament n’a pas montré d’intérêt dans l’arthrite juvénile.
Le guide 2021 de l’American College of Rheumatology place le méthotrexate en tête chez l’adulte qui n’a jamais reçu de traitement de fond ; l’ajout d’un anti-TNF n’est qu’une option conditionnelle, souvent réservée à un terrain de mauvais pronostic. Les biosimilaires y sont considérés comme équivalents à la molécule princeps. Au Royaume-Uni, la recommandation NICE NG130 (mise à jour 2025) positionne l’infliximab parmi les options de la rectocolite de l’adulte après échec du traitement conventionnel, et chez l’enfant de 6 à 17 ans en forme fortement active ; une poussée aiguë grave n’y retient l’infliximab que si la ciclosporine est contre-indiquée ou inadaptée. En France, le rhumatologue, le gastro-entérologue ou le dermatologue applique le cadre local.
Comment se passe la perfusion et à quelle dose ?
L’infliximab princeps se donne en perfusion veineuse dans un établissement équipé pour traiter une réaction d’hypersensibilité. La notice américaine impose une durée d’au moins deux heures, avec un filtre en ligne. La fiche EMA parle d’une perfusion d’une ou deux heures, suivie d’une surveillance d’au moins une à deux heures. Le médecin français suit le résumé des caractéristiques du produit européen et les consignes du service.
Le schéma d’induction est le même pour presque toutes les indications. On donne une dose aux jours 0, 14 et 42, puis un entretien. Les quantités changent selon la maladie, d’après la notice DailyMed de 2025.
| Indication | Posologie (notice DailyMed, 2025) |
|---|---|
| Polyarthrite rhumatoïde, associée au méthotrexate | 3 mg par kilo aux jours 0, 14 et 42, puis un entretien toutes les huit semaines |
| Crohn, rectocolite, rhumatisme psoriasique, psoriasis | 5 mg par kilo selon le même calendrier de départ, entretien toutes les huit semaines |
| Spondylarthrite ankylosante | 5 mg par kilo au départ, puis un entretien plus rapproché, toutes les six semaines |
| Enfant de 6 ans et plus, Crohn ou rectocolite | 5 mg par kilo, calendrier digestif de l’adulte |
| Crohn adulte après perte de réponse | hausse éventuelle à 10 mg par kilo, toujours à un rythme de huit semaines |
Dans la polyarthrite, une réponse incomplète peut faire monter jusqu’à 10 mg par kilo, ou rapprocher les perfusions à un rythme de quatre semaines. La notice souligne que le risque d’infection grave monte avec la dose et la fréquence. Pour le Crohn de l’adulte, cette hausse n’est envisagée que chez ceux qui ont d’abord répondu puis perdu l’effet. Le pharmacien et le médecin indiquent le biosimilaire retenu (Inflectra, Flixabi, Remsima, Zessly et d’autres selon le pays). Cochrane, dans la revue d’induction de 2023, n’a pas trouvé de différence nette de rémission à six semaines entre l’infliximab et le biosimilaire CT-P13, données encore limitées.
Un prétraitement (antihistaminique, paracétamol, corticoïde) peut réduire les réactions mineures. En cas de réaction légère ou modérée, on ralentit ou on arrête la perfusion, puis on peut la reprendre plus lentement. Une réaction grave impose l’arrêt définitif de cette séance.
Combien de temps avant une amélioration ?
Le délai n’est pas de 48 heures pour tout le monde, et aucun libellé réglementaire ne le promet. Dans l’essai ATTRACT de polyarthrite rhumatoïde, une amélioration mesurée par le critère ACR 20 était déjà visible à la semaine 2 et se maintenait jusqu’à 102 semaines. À la semaine 30, environ 50 % des patients sous infliximab et méthotrexate atteignaient un ACR 20, contre 20 % sous méthotrexate seul.
Dans le psoriasis en plaques, l’étude I de la notice rapporte un PASI 75 (baisse d’au moins 75 % du score de surface et de sévérité) à la semaine 10 chez 80 % des patients à 5 mg/kg, contre 3 % sous placebo. Certains malades du rhumatisme psoriasique voyaient déjà un effet cutané dès la semaine 2. Pour les fistules de Crohn, une étude princeps a montré une réponse fistulaire (≥ 50 % de fistules drainantes en moins) chez 68 % des patients à 5 mg/kg contre 26 % sous placebo, avec un délai médian de deux semaines.
La revue Cochrane d’induction (Gordon et coll., novembre 2023, 10 essais, 1 101 adultes) conclut que l’infliximab associé aux analogues des purines (azathioprine ou mercaptopurine) est probablement plus efficace que les purines seules pour obtenir une rémission clinique entre les semaines 24 et 26 (risque relatif 1,92 ; il faut traiter quatre personnes pour qu’une de plus soit en rémission). Seul, l’infliximab peut aussi faire mieux que les purines à la semaine 26, avec une certitude plus basse. La revue d’entretien de février 2024 (9 essais, 1 257 adultes) estime que, chez des patients déjà répondeurs, l’infliximab réduit probablement les rechutes par rapport au placebo (56 % contre 75 % ; une rechute évitée pour cinq personnes traitées).
Une absence de réponse n’est pas une fatalité immédiate, mais elle a un terme. Pour le Crohn, la notice américaine juge peu probable un rattrapage au-delà de la semaine 14 et invite à arrêter. La revue Cochrane de 2024 rappelle qu’il n’existe pas de traitement curatif connu de cette maladie : l’infliximab vise la rémission et son maintien. Le spécialiste français fixe ses propres jalons cliniques, biologiques et, si besoin, endoscopiques.
Quels signes d’infection et de tuberculose surveiller ?
Le risque infectieux est l’avertissement encadré de la notice. L’infliximab augmente le risque d’infections graves pouvant mener à l’hôpital ou au décès, y compris tuberculose, septicémie bactérienne, mycoses invasives (histoplasmose, coccidioïdomycose, candidose, aspergillose, blastomycose, pneumocystose) et infections opportunistes (légionelle, listeria). La plupart des patients concernés prenaient aussi un immunosuppresseur (méthotrexate, corticoïde). Une infection active contre-indique le démarrage ; une infection grave ou un sepsis en cours de traitement impose l’arrêt.
La tuberculose mérite une procédure à part. Elle se présente souvent sous forme extra-pulmonaire ou disséminée, ce qui retarde le diagnostic. Tous les patients doivent être évalués pour les facteurs de risque et testés pour une infection latente avant la première perfusion, puis périodiquement. Un test cutané de 5 mm ou plus est considéré comme positif même après un BCG. Un résultat négatif n’exclut pas une tuberculose plus tard : la surveillance clinique continue. Un traitement de l’infection latente précède l’anti-TNF. L’EMA interdit le médicament en cas de tuberculose active ou d’autre infection grave.
Les personnes âgées, les diabétiques, celles qui ont des infections à répétition ou un terrain immunodéprimé sont plus exposées, d’après la Mayo Clinic. Les enfants des essais de Crohn avaient davantage d’infections que les adultes. Signes qui doivent faire appeler le médecin sans attendre :
- Une fièvre, des frissons, une toux, des sueurs nocturnes ou un amaigrissement peuvent révéler une tuberculose ou une autre infection profonde.
- Une plaie qui ne ferme pas, une brûlure en urinant ou une diarrhée fébrile justifient le même appel, sans automédication.
- Un séjour ou un voyage en zone d’histoplasmose ou d’autres mycoses endémiques doit être signalé si un tableau systémique apparaît.
Le virus de l’hépatite B se recherche avant le traitement. Chez un porteur, une réactivation est possible pendant et plusieurs mois après les perfusions ; elle impose d’arrêter l’infliximab et de commencer un antiviral. La Cleveland Clinic rappelle aussi d’éviter les personnes contagieuses et de ne pas « soigner une grippe » sans avis, parce que le TNF masque parfois la fièvre.
Quelles alertes sur le cancer, le cœur et le foie ?
Des lymphomes et d’autres cancers, parfois mortels, ont été rapportés chez des enfants et des adolescents traités par anti-TNF, infliximab compris. Un lymphome T hépatosplénique, rare, d’évolution brutale et le plus souvent fatal, a été observé surtout chez des adolescents et de jeunes hommes atteints de Crohn ou de rectocolite, presque tous exposés à l’azathioprine ou à la mercaptopurine en même temps ou auparavant. La notice demande de peser ce risque avant une bithérapie, en le mettant en balance avec le risque d’anticorps et de perte d’effet si l’on reste en monothérapie.
Le mélanome, le carcinome à cellules de Merkel et, chez la femme, un cancer du col invasif ont aussi été plus fréquents sous infliximab que sous contrôle dans certaines données. Les fumeurs, les patients atteints de BPCO et ceux qui ont reçu une photothérapie prolongée pour un psoriasis sont plus concernés. Toute tache cutanée nouvelle, un saignement vaginal anormal ou des ganglions persistants se signalent sans délai.
L’insuffisance cardiaque illustre un écart entre régulateurs. L’EMA contre-indique le médicament en cas d’insuffisance cardiaque modérée ou grave. La FDA, elle, interdit seulement les doses supérieures à 5 mg/kg dans l’insuffisance de classe NYHA III ou IV (essoufflement au moindre effort ou au repos), après un essai où la dose de 10 mg/kg s’accompagnait d’une mortalité et d’hospitalisations plus élevées à 28 semaines. Des cas d’insuffisance nouvelle ou aggravée, y compris avant 50 ans, ont été notifiés après commercialisation. Un essoufflement inhabituel, des œdèmes des chevilles ou une prise de poids rapide imposent un avis, et souvent l’arrêt.
Des hépatites graves, parfois mortelles ou menant à une greffe, ont été décrites. Un ictère ou une hausse marquée des enzymes fait interrompre le traitement. Des cytopénies, une maladie démyélinisante (sclérose en plaques, névrite optique, syndrome de Guillain-Barré), un lupus médicamenteux et, pendant ou dans les 24 heures après le début de perfusion, des accidents vasculaires, infarctus ou troubles du rythme font partie des alertes de la notice. Les personnes âgées attrapent plus d’infections, rappelle aussi la Mayo Clinic.

Vaccins, grossesse et allaitement
Les vaccins du calendrier se mettent à jour avant la première perfusion. Les vaccins vivants (BCG, ROR, rotavirus, fièvre jaune, zona vivant, et d’autres selon les listes nationales) ne se donnent pas pendant le traitement, ni les agents infectieux thérapeutiques. Un vaccin inactivé reste souvent possible, mais seulement après discussion avec le prescripteur.
Le point qui a changé en Europe concerne le nourrisson. L’infliximab traverse le placenta, surtout au troisième trimestre, et a été détecté dans le sang de l’enfant jusqu’à 12 mois après la naissance. Des infections disséminées, y compris une infection BCG mortelle, ont été rapportées. La communication européenne de 2022 demande d’attendre 12 mois avant un vaccin vivant chez l’enfant exposé in utero, sauf bénéfice clinique net si le taux sérique de l’enfant est indétectable ou si la mère n’a reçu le médicament qu’au premier trimestre. La notice FDA de 2025, elle, maintient « au moins six mois ». En France, le pédiatre suit le cadre EMA, pas le libellé américain.
L’allaitement n’est pas un interdit automatique. L’infliximab passe dans le lait à de faibles concentrations (jusqu’à 5 % du taux maternel dans des données limitées citées par l’EMA) et a parfois été détecté chez le nourrisson. Un vaccin vivant n’est pas recommandé tant que la mère reçoit le médicament, sauf si le taux de l’enfant est indétectable. La décision d’allaiter se prend avec le médecin, au cas par cas.
Une grossesse en cours ou un projet de grossesse se disent avant de commencer. Le prescripteur pèse l’activité de la maladie, qui a elle aussi des risques obstétricaux, et le passage placentaire. Après la naissance, le pédiatre doit savoir que la mère a reçu de l’infliximab : c’est lui qui décale le BCG ou le ROR. La carte patient EMA invite à la conserver au moins 12 mois après la naissance.
Quels médicaments ne pas associer à l’infliximab ?
On ne combine pas deux biothérapies qui visent la même inflammation. Le gain clinique n’a pas été démontré, alors que le surplus d’infections graves, lui, l’est. La notice et la Mayo Clinic déconseillent formellement l’anakinra (anti-IL-1), l’abatacept (modulateur des lymphocytes T) et le tocilizumab (anti-récepteur de l’IL-6), ainsi que les autres anti-TNF (adalimumab, étanercept, golimumab, certolizumab). Les vaccins vivants, déjà cités, relèvent de la même logique d’immunosuppression cumulée.
Le méthotrexate, au contraire, est l’associé prévu dans la polyarthrite rhumatoïde. Il réduit la formation d’anticorps anti-infliximab et augmente les concentrations du biologique. Dans le Crohn, l’azathioprine ou la mercaptopurine améliorent probablement la rémission, d’après Cochrane 2023, mais ce couple est aussi celui des cas de lymphome T hépatosplénique. Le choix n’est donc pas « plus d’immunosuppresseurs pour plus d’effet », c’est un arbitrage que seul le spécialiste peut faire.
D’autres interactions figurent dans les monographies, avec des preuves plus minces, parmi lesquelles ciclosporine, warfarine et théophylline, selon la Cleveland Clinic. Toute liste de médicaments, y compris les produits sans ordonnance et les plantes, se montre au prescripteur et au pharmacien. Avant une chirurgie ou des soins dentaires, l’équipe doit savoir qu’un anti-TNF est en cours, parce que la cicatrisation infectieuse peut être plus délicate.
Les corticoïdes et les AINS, souvent déjà prescrits pour la maladie de fond, ne sont pas des contre-indications. Ils ajoutent toutefois leur propre risque infectieux et digestif. Un arrêt brutal de corticoïde n’est pas un substitut à l’infliximab. Les deux relèvent de plans distincts.
Effets indésirables fréquents et réactions à la perfusion
Les effets les plus courants, vus chez plus d’un patient sur dix dans les essais, sont les infections (voies aériennes hautes, sinusite, pharyngite), les réactions liées à la perfusion, les céphalées et les douleurs abdominales. L’EMA y ajoute les infections virales de type grippe ou bouton de fièvre, les nausées et les douleurs. Chez l’enfant, infections et certains effets sont plus fréquents que chez l’adulte.
Une réaction à la perfusion, dans les essais, était tout événement pendant la perfusion ou dans l’heure suivante. Environ 20 % des patients sous infliximab en ont eu une, contre 10 % sous placebo. Parmi ceux qui en avaient déjà eu pendant l’induction, 27 % en ont eu une autre en entretien ; parmi les autres, 9 % seulement. Les signes vont d’une rougeur du visage, des maux de tête et d’une éruption jusqu’à l’urticaire, la chute de tension, le bronchospasme ou l’anaphylaxie. La plupart des réactions d’hypersensibilité graves surviennent pendant la perfusion ou dans les deux heures.
Il existe aussi des tableaux retardés, de type maladie sérique, avec fièvre, éruption, maux de gorge, douleurs musculaires et articulaires, œdème des mains ou du visage, gêne à avaler, en général 3 à 12 jours après une perfusion, surtout après une interruption puis une reprise. Dans les essais de psoriasis, environ 1 % des patients ont présenté un tel tableau, parfois assez grave pour une hospitalisation. Une reprise après une longue pause, surtout sous la forme d’une nouvelle induction aux semaines 0, 2 et 6, augmente ce risque ; pour le psoriasis, la notice recommande de reprendre par une dose unique puis l’entretien.
Des anticorps antinucléaires apparaissent chez environ la moitié des patients négatifs au départ, et des anti-ADN natif chez environ un cinquième. Un vrai lupus médicamenteux reste peu fréquent ; s’il survient, on arrête l’infliximab. Un psoriasis paradoxal (plaques nouvelles ou aggravées) se signale aussi, même lorsque le produit est prescrit pour le psoriasis.
Quand voir le médecin pendant un traitement par Remicade
Le suivi n’est pas une formalité administrative. C’est le filet de sécurité du traitement. Entre deux perfusions, certains signes relèvent du médecin traitant ou du spécialiste le jour même ; d’autres, d’un appel au 15 ou au 112.
| Signe | Conduite |
|---|---|
| Fièvre, toux, sueurs nocturnes, amaigrissement | Appeler le prescripteur le jour même, évoquer tuberculose ou infection |
| Urticaire, gêne respiratoire, malaise pendant ou juste après la perfusion | Arrêter la perfusion ; si choc ou détresse, appeler le 15 ou le 112 |
| Essoufflement, œdèmes, prise de poids brutale | Avis urgent (insuffisance cardiaque possible) |
| Jaunisse, urines foncées, douleur de l’hypocondre droit | Avis urgent (foie, réactivation d’hépatite B) |
| Faiblesse d’un côté, trouble de la parole ou de la vision, douleur thoracique | Appeler le 15 ou le 112 (AVC, infarctus, trouble du rythme) |
| Saignements, pâleur, fièvre persistante, ganglions, tache cutanée nouvelle | Avis rapide (sang, lymphome, peau) |
Une éruption en ailes de papillon qui s’aggrave au soleil, des picotements, une diplopie ou des convulsions relèvent aussi d’un contact médical rapide (lupus, atteinte neurologique). Ne pas attendre la prochaine date de perfusion pour le dire.
Apporter la carte de rappel, la liste des médicaments et le carnet de vaccinations, y compris celui d’un nourrisson si la mère a reçu de l’infliximab pendant la grossesse ou l’allaitement. Demander clairement si le dépistage de la tuberculose et de l’hépatite B a été fait, et à quelle date. Ces deux questions évitent plus d’accidents que n’importe quelle recherche d’effets « rares » sur internet.
Questions fréquentes
Remicade et infliximab, est-ce la même chose ?
Oui. Remicade est le nom de marque du premier infliximab autorisé. D’autres spécialités, dites biosimilaires, contiennent le même principe actif sous d’autres noms. Le médecin et le pharmacien indiquent laquelle vous recevez ; la revue Cochrane de 2023 n’a pas vu d’écart net de rémission à six semaines entre l’infliximab et le biosimilaire CT-P13, certitude encore faible selon GRADE.
Peut-on se faire vacciner pendant le traitement ?
Les vaccins inactivés restent souvent possibles, après avis du prescripteur. Les vaccins vivants (BCG, ROR, fièvre jaune, rotavirus, zona vivant) sont à éviter tant que l’infliximab est en cours. Idéalement, le calendrier se met à jour avant la première perfusion. Pour un nourrisson exposé in utero, l’EMA demande 12 mois avant un vaccin vivant, sauf exception documentée.
Que faire en cas de fièvre sous Remicade ?
Appeler le médecin le jour même, sans prendre un antibiotique de votre propre initiative. Une fièvre, une toux, des sueurs nocturnes ou une fatigue brutale peuvent signaler une tuberculose, une pneumonie ou une mycose invasive. Le TNF bloqué peut atténuer les signes habituels d’infection, ce qui retarde le diagnostic si l’on « attend que ça passe ».
Remicade est-il possible pendant la grossesse ?
Le médicament traverse le placenta, surtout en fin de grossesse, et peut rester dans le sang de l’enfant jusqu’à un an. La poursuite ou l’arrêt se décide avec le spécialiste, en pesant l’activité de la maladie. Si vous avez reçu de l’infliximab enceinte, le pédiatre doit le savoir avant tout vaccin vivant du bébé.
Combien de temps dure une séance de perfusion ?
Il faut compter au moins deux heures de perfusion d’après la notice américaine, une à deux heures d’après la fiche EMA, plus une surveillance d’une à deux heures. Une réaction peut encore survenir dans les 24 heures (malaise, douleur thoracique, trouble du rythme). Mieux vaut ne pas partir sans le feu vert de l’équipe.
Faut-il arrêter dès que l’on se sent mieux ?
Non, pas seul. Dans le Crohn, l’entretien réduit probablement les rechutes par rapport à l’arrêt, d’après Cochrane 2024. Au Royaume-Uni, le NICE demande une réévaluation au moins annuelle de la rectocolite sous anti-TNF. En France, c’est le spécialiste qui fixe le rythme, une éventuelle pause et les critères de reprise.

Conclusion
L’infliximab reste un anti-TNF de référence, chimérique, donné en perfusion, capable de réduire l’activité de plusieurs maladies inflammatoires lorsque les traitements classiques ont échoué. Les chiffres des essais sont nets (ACR 20 à 50 % contre 20 % dans l’ATTRACT, PASI 75 à 80 % contre 3 % dans une étude de psoriasis, moins de rechutes de Crohn sous entretien), mais ils ne disent rien d’une personne en particulier. Le pendant de cette efficacité est un risque infectieux réel, un dépistage obligatoire de la tuberculose et de l’hépatite B, et un écart réglementaire important sur les vaccins vivants du nourrisson : 12 mois en Europe depuis la communication de 2022, six mois encore sur le libellé américain de 2025.
Avant la prochaine perfusion, il est utile de vérifier avec le service que les tests de tuberculose et d’hépatite B sont à jour, que le carnet vaccinal (le vôtre et, le cas échéant, celui de votre enfant) a été relu, et que la carte de rappel est dans votre sac. Toute fièvre, tout essoufflement nouveau, toute réaction cutanée ou tout projet de grossesse se dit au prescripteur. Le pharmacien et le médecin sauront adapter le cadre français ; ce texte ne remplace pas leur avis.
Si une détresse respiratoire, une douleur thoracique ou un malaise brutal survient pendant ou juste après une perfusion, l’équipe sur place arrête le produit ; hors établissement, composez le 15 ou le 112.
Sources
- REMICADE- infliximab injection, powder, lyophilized, for solution. DailyMed, 3 juin 2025.
- Remicade | European Medicines Agency (EMA). European Medicines Agency, 16 octobre 2026.
- Infliximab (Remicade, Flixabi, Inflectra, Remsima and Zessly): Use of live vaccines in infants exposed in utero or during breastfeeding. European Medicines Agency, 10 février 2022.
- Infliximab (intravenous route) – Side effects & uses. Mayo Clinic, 1er mars 2026.
- Infliximab Injection: Uses & Side Effects. Cleveland Clinic, mis à jour en 2026.
- Gordon M, Sinopoulou V et al. : Infliximab for the maintenance of successful treatment in Crohn’s Disease. Cochrane Database of Systematic Reviews, 19 février 2024.
- Gordon M, Sinopoulou V et al. : Infliximab for medical induction of remission in Crohn’s disease. Cochrane Database of Systematic Reviews, 20 novembre 2023.
- Ulcerative colitis: management. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour en 2025.
- Fraenkel L, Bathon JM et al. : 2021 American College of Rheumatology Guideline for the Treatment of Rheumatoid Arthritis. Arthritis Care & Research, 8 juin 2021.
