Saignement interne : symptômes et quand consulter

Saignement interne : symptômes et quand consulter

Un saignement interne est une perte de sang à l’intérieur du corps, sans plaie ouverte qui l’explique. Le sang quitte un vaisseau ou un organe et s’accumule dans une cavité, un tube digestif ou un tissu, ce qui peut menacer la vie en peu de temps si le volume perdu augmente.

Après une chute, un accident de la route ou un effort banal sous anticoagulant, les premiers 15 % du volume sanguin peuvent disparaître sans symptôme, d’après la classification reprise en 2025 par la Cleveland Clinic. Au-delà, vertiges, essoufflement et pouls rapide apparaissent. Une revue systématique de 2025 sur le contrôle préhospitalier des hémorragies (Trentzsch et coll.) place la perte de sang au deuxième rang des décès précoces après un traumatisme grave, derrière le traumatisme crânien, et comme cause d’environ 30 % des décès chez les blessés graves.

Les classes de volume, l’échographie FAST au lit ou le scanner, l’endoscopie dans les 24 heures pour un saignement digestif haut chez un patient stable (recommandation britannique NICE CG141) et les antidotes des anticoagulants oraux directs décrits par l’ISTH en 2024 aident à choisir entre surveillance, transfusion et geste d’hémostase. Les seuils qui justifient d’appeler le 15 ou le 112 sont détaillés plus bas.

Qu’est-ce qu’un saignement interne

Le sang doit rester dans les vaisseaux pour que le cœur, le cerveau et les reins reçoivent de l’oxygène. Quand une paroi se déchire, le sang se collecte à l’intérieur. La Cleveland Clinic, mise à jour en juin 2025, distingue ce qui devient visible (un bleu, des selles noires, des urines roses, des vomissements couleur marc de café) et ce qui reste caché, perceptible seulement par la douleur, la faiblesse ou le malaise.

Aucune perte interne n’est « normale », hors règles menstruelles. Un hématome sous la peau est déjà une fuite. Le même mécanisme, appliqué au foie, à la rate, à l’aorte ou au crâne, change d’échelle. D’après la révision MedlinePlus d’octobre 2025, une suspicion d’hémorragie interne relève des urgences, parce que le volume perdu n’est pas mesurable à l’œil.

On ne peut pas comprimer un saignement interne comme une plaie du bras, rappelle le Manuel Merck (révision de mai 2026). Le premier geste utile n’est pas un pansement, c’est d’obtenir une équipe capable de trouver la source et de la fermer. En attendant, allonger la personne et surélever les jambes peut limiter le malaise si la tension chute, à condition de ne pas bouger un blessé dont on suspecte une lésion du rachis.

Le corps forme parfois un caillot qui ralentit une petite fuite, surtout si la coagulation est intacte et qu’aucun anticoagulant n’est en cours. Cela n’autorise pas à « attendre que ça passe » à la maison. Un bleu qui s’étend, un ventre qui gonfle ou un malaise qui s’aggrave après un choc restent des motifs de bilan médical le jour même.

Ecchymose à la jambe, symbole d'une hémorragie interne.

Quels symptômes doivent vous alerter

Les signes dépendent du siège et de la vitesse de la perte. Jusqu’à 15 % du volume, beaucoup de personnes ne ressentent rien. Entre 15 et 30 %, la Cleveland Clinic décrit surtout des vertiges, une fatigue, des nausées, un essoufflement et une accélération du pouls. Au-delà de 30 %, confusion, convulsions, perte de connaissance et choc hypovolémique deviennent possibles.

Le tableau du choc, d’après MedlinePlus, comprend une peau moite, une pâleur, une tension basse, un pouls rapide, un souffle court, une faiblesse, une confusion ou une baisse de vigilance. Du sang peut aussi sortir par un orifice naturel. Les selles noires, marron ou rouge vif, les urines rouges, roses ou couleur thé, les vomissements rouges ou en marc de café, et un saignement vaginal plus abondant que d’habitude ou après la ménopause font partie de cette liste.

Sur l’hémorragie digestive, la fiche Mayo Clinic de 2026 sépare ce qui se voit (hématémèse, méléna, rectorragie) et ce qui reste occulte. Dans le second cas, on observe plutôt un étourdissement, une gêne à respirer, un évanouissement, une douleur thoracique ou une douleur d’estomac, sans tache de sang évidente. Un saignement digestif qui s’emballe peut alors basculer vers le choc, avec peu d’urine, des lèvres grisâtres et une agitation.

Quelques signes localisent la source assez tôt pour décider d’appeler le 15 sans attendre un diagnostic de salon.

  • Une céphalée en coup de tonnerre, un trouble de la vision ou une faiblesse d’un seul côté oriente vers la tête.
  • Une douleur thoracique, un souffle coupé ou des crachats de sang orientent vers le thorax.
  • Un ventre gonflé, des ecchymoses abdominales ou du sang dans les vomissements, les selles ou les urines oriente vers l’abdomen.
  • Un membre très douloureux, gonflé et dur après une fracture fait craindre un saignement dans une loge musculaire.

Aucun de ces signes ne « prouve » à lui seul l’hémorragie. Leur valeur vient de l’association avec un choc, un traumatisme récent, un anticoagulant ou un saignement visible. C’est cette combinaison, et non un symptôme isolé de fatigue, qui justifie les secours.

Où le sang s’accumule dans le corps

Le crâne n’a pas de réserve de place. Quelques dizaines de millilitres suffisent à comprimer le cerveau. La Cleveland Clinic retient la céphalée brutale, les troubles visuels, la confusion et le déficit d’un hémicorps. Une hémorragie sous-arachnoïdienne peut, dans les semaines suivantes, provoquer un vasospasme et un accident vasculaire. Ce n’est pas un « gros mal de tête » à traiter par un antalgique et une nuit de sommeil.

Dans le thorax, le sang peut remplir la plèvre ou le péricarde. La gêne respiratoire, la douleur et l’hémoptysie sont les signes les plus cités. Une plaie du cou, de la poitrine ou de l’abdomen, même petite, mérite un avis urgent, écrit MedlinePlus, car l’aspect externe trompe alors que le volume interne peut suffire à un choc.

L’abdomen et le pelvis forment un réservoir. La fiche Cleveland Clinic sur l’hémopéritoine (2023) souligne que cette cavité peut contenir beaucoup de sang avant que le ventre paraisse distendu. Foie et rate saignent facilement après un choc. Une grossesse extra-utérine rompue, un kyste ovarien rompu ou un anévrisme font le même tableau sans accident de la route.

Autour d’un fémur ou d’un bassin cassé, le Manuel Merck situe une autre poche de perte. Les fragments osseux déchirent des vaisseaux. Le membre n’est pas « juste douloureux », car le volume perdu dans les parties molles peut atteindre celui d’une hémorragie viscérale. Le tube digestif, lui, laisse parfois une trace (méléna, rectorragie) qui aide à localiser le niveau, haut ou bas, avant même l’endoscopie.

Quelles causes provoquent une hémorragie interne

Le traumatisme reste la cause la plus fréquente, selon la Cleveland Clinic. Choc direct, accident de voiture, chute, plaie par arme ou objet pointu. Le foie et la rate occupent les premiers rangs de l’hémopéritoine traumatique. Une chirurgie récente, une biopsie ou la pose d’un cathéter peuvent, plus rarement, ouvrir un vaisseau. On parle alors de cause iatrogène.

Sans choc, un organe ou une artère peut se rompre de l’intérieur. Le Manuel Merck cite la grossesse extra-utérine et l’anévrisme. La Cleveland Clinic y ajoute le kyste ovarien rompu et l’hémorragie du post-partum. Un anévrisme cérébral, thoracique ou abdominal qui se déchire produit une perte massive en quelques minutes. Tabac et hypertension figurent parmi les facteurs qui fragilisent ces parois, sans que cela autorise à « surveiller un anévrisme » chez soi.

Le tube digestif a ses propres mécanismes. La Mayo Clinic désigne l’ulcère gastroduodénal comme cause la plus fréquente d’hémorragie digestive haute. L’acide, une infection à Helicobacter pylori ou un anti-inflammatoire (ibuprofène, aspirine) lésent la muqueuse. Viennent ensuite les déchirures de Mallory-Weiss après des vomissements répétés, les varices œsophagiennes et la gastropathie d’hypertension portale (souvent liées à une maladie du foie), l’œsophagite de reflux, les angiodysplasies et, plus rarement, une tumeur.

En aval, diverticules, maladies inflammatoires de l’intestin, polypes, tumeurs, hémorroïdes et fissures anales expliquent une grande part des rectorragies. Les hémorroïdes saignent souvent de façon limitée. Du sang rouge abondant avec malaise n’est pas une « crise hémorroïdaire » à traiter par une crème. Chez une femme, un saignement vaginal inhabituel après un retard de règles ou une douleur pelvienne unilatérale fait chercher une grossesse extra-utérine, pas seulement des règles abondantes.

Anticoagulants, AINS et troubles de la coagulation

Deux grands facteurs rendent une fuite plus grave, d’après la Cleveland Clinic. Un trouble de la coagulation (par exemple une hémophilie) et les médicaments qui empêchent le sang de cailler, anticoagulants, antiplaquettaires ou AINS à dose élevée, prolongent le temps pendant lequel un vaisseau rompu continue de saigner. Un choc « mineur » suffit alors.

Les anticoagulants oraux directs (AOD) tels que l’apixaban, le rivaroxaban, l’édoxaban et le dabigatran ont un risque d’hémorragie intracrânienne plus bas que les antivitamines K, écrit le comité scientifique de l’ISTH en 2024. Le saignement reste pourtant leur effet indésirable le plus fréquent. Les recommandations ISTH de 2024 actualisent le document de 2016. L’idarucizumab (5 g par voie veineuse) est l’antidote du dabigatran en cas d’hémorragie grave ou de chirurgie qui ne peut pas attendre ; l’andexanet alfa vise l’apixaban et le rivaroxaban lors d’une hémorragie majeure.

Ces antidotes ne sont pas un « contre-poison de poche ». L’ISTH les réserve aux saignements qui menacent la vie ou un organe critique, ou à une opération urgente à haut risque. Un saignement digestif que l’endoscopie peut arrêter, une intervention que l’on peut différer, ou un taux élevé de médicament sans saignement ne justifient pas, dans ce texte, une réversion systématique. Les agents de réversion s’accompagnent d’un risque thromboembolique rapporté entre 4 % et 10 %. Le plasma frais n’est pas un antidote des AOD.

Le guide britannique CG141, dont le lien sur l’andexanet alfa a été mis à jour en 2025, propose un concentré de complexe prothrombinique si le patient sous warfarine saigne encore, et retient l’andexanet alfa pour un saignement digestif non contrôlé sous apixaban ou rivaroxaban. La pratique française peut différer sur les produits disponibles et les indications, et le médecin de l’urgence ou le pharmacien hospitalier applique alors la recommandation locale. Arrêter un anticoagulant chez soi, sans avis, expose à une thrombose. Apporter la boîte et l’heure de la dernière prise accélère la décision.

Perte de volume et choc hypovolémique

Le volume sanguin d’un adulte de 70 kg vaut environ 5 litres, soit près de 7 % du poids, d’après la fiche Cleveland Clinic sur le choc hypovolémique (2022). Une perte supérieure à environ 20 % peut empêcher le cœur d’irriguer les organes. Le cerveau et le myocarde sont alors privilégiés, ce qui refroidit les mains et les pieds.

Les stades utilisés dans cette fiche recoupent les classes d’hémorragie. Au stade 1 (environ 750 ml, 15 %), pouls et tension peuvent rester normaux. Au stade 2 (750 à 1 500 ml), le cœur et la respiration s’accélèrent. Au stade 3 (1 500 à 2 000 ml, 30 à 40 %), la tension s’effondre et l’urine se raréfie. Au-delà de 2 000 ml, le choc est profond, avec un pouls très rapide et peu ou pas d’urine. Ces volumes sont des ordres de grandeur pour un adulte de 70 kg, pas un compteur à installer chez soi.

Moins d’une personne sur 1 000 présente un choc, tous types confondus, selon la même source. Le choc hypovolémique arrive au deuxième rang et reste le plus fréquent chez l’enfant dans les pays où les diarrhées graves sont courantes. Une hémorragie interne n’est qu’une des portes d’entrée, avec les brûlures, les vomissements ou une pancréatite. Dans tous ces cas, les organes manquent d’oxygène.

Le temps compte. Trentzsch et coll. (2025) rappellent que la mort par exsanguination survient souvent avant l’hôpital, et qu’une hémorragie non reconnue est la cause évitable la plus fréquente de décès traumatique. La onzième édition de l’Advanced Trauma Life Support, résumée par Ramasamy en 2026, a déplacé le « x » (contrôle de l’hémorragie qui vide le patient) avant la séquence ABCDE classique. Hypotension permissive, limitation des solutés cristalloïdes et transfusion précoce font partie de ce même virage, destiné aux équipes, pas à un soin à domicile.

Intervention des services d'urgence après une blessure traumatique.

Comment les médecins localisent le saignement

Le bilan commence par l’interrogatoire (choc, ulcère, foie, anticoagulants, grossesse possible) et l’examen. La tension, le pouls, la couleur de la peau, le ventre et l’état de conscience donnent déjà une classe de gravité. Des prises de sang mesurent l’hémoglobine, les plaquettes, la coagulation et, souvent, la fonction du foie et des reins. MedlinePlus et la Mayo Clinic citent aussi l’analyse d’urine ou de selles quand le sang n’est pas franc.

Devant un traumatisme instable, l’échographie FAST (Focused Assessment with Sonography for Trauma) cherche du liquide libre dans le péritoine ou le péricarde, au lit du patient, sans attendre le scanner. La fiche hémopéritoine de la Cleveland Clinic la décrit comme un examen ciblé, rapide, pour décider s’il faut ouvrir le ventre. Un FAST négatif n’élimine pas une fuite rétropéritonéale ni une lésion d’organe solide encore peu abondante. Si la personne est stable, le scanner injecté précise l’organe, le volume et une extravasation de produit de contraste.

Pour le tube digestif, la Mayo Clinic (page diagnostic, 2026) énumère fibroscopie haute, coloscopie, vidéocapsule, entéroscopie, lavages nasogastriques, tests de selles et angiographie. L’endoscopie sert à voir et, souvent, à traiter dans le même temps (clip, coagulation, ablation d’un polype). Si rien n’apparaît et que le saignement continue, une chirurgie d’exploration reste rare mais possible.

Aucun examen ne doit retarder la réanimation d’un choc. L’ISTH le dit aussi pour les AOD. Les dosages de médicament aident mais ne priment pas sur le tableau clinique d’une hémorragie qui menace la vie. En France, le médecin choisit la séquence (salle de déchocage, scanner, bloc, endoscopie) selon la stabilité et les appareils disponibles, pas selon un protocole unique lu sur internet.

Quels traitements arrêtent une hémorragie interne

Le traitement vise à la fois à rétablir un volume qui circule et à fermer la fuite. La Cleveland Clinic cite les solutés veineux, la transfusion, parfois la vitamine K, et la chirurgie quand la source l’exige. La vitamine K n’est pas un remède universel. Le NICE la couple, pour la warfarine, à un concentré de complexe prothrombinique tant que le saignement digestif haut est actif. Pour les AOD, l’ISTH privilégie l’antidote spécifique s’il est indiqué et disponible, sinon un complexe prothrombinique.

Selon CG141, un saignement massif se transfuse d’après le protocole local de transfusion massive. La décision repose sur tout le tableau, pas sur un seul chiffre d’hémoglobine, car une transfusion excessive peut nuire autant qu’une transfusion trop timide. Des plaquettes sont proposées si le patient saigne encore et que le taux est inférieur à 50 × 10⁹/l. Du plasma frais est envisagé si le temps de Quick, l’INR ou le TCA dépasse 1,5 fois la normale ; un fibrinogène qui reste sous 1,5 g/l malgré le plasma oriente vers le cryoprécipité. Le facteur VII activé recombinant n’est pas un recours de première ligne.

L’endoscopie, l’embolisation radiologique et l’opération se partagent ensuite la source. Un ulcère peut recevoir un clip ou une coagulation pendant la fibroscopie. Un vaisseau du foie ou du bassin peut être embolisé. Un organe crevé, une grossesse extra-utérine rompue ou un anévrisme ouvert passent au bloc. La onzième édition ATLS (2025) et les protocoles de chirurgie de contrôle lésionnel visent d’abord à arrêter l’hémorragie et à corriger la coagulopathie, plutôt qu’à tout réparer dans la même heure.

Une petite fuite peut se tarir si la coagulation est normale, écrit la Cleveland Clinic. « Peut » n’égale pas « va ». Du sang dans les selles ou les urines, même en petite quantité et sans cause connue, mérite un avis médical. Ce n’est pas une indication à boire davantage et à se reposer en espérant un caillot. Sans professionnels, on n’arrête pas une hémorragie interne, écrit le Manuel Merck.

Scores et délais pour une hémorragie digestive

L’hémorragie digestive haute de l’adulte a un circuit propre, mieux cadré que le saignement « quelque part dans le corps ». CG141 demande un score de Blatchford dès le premier examen, puis un score de Rockall complet après l’endoscopie. Un Blatchford à 0 avant l’endoscopie peut faire discuter une sortie précoce. Ces scores aident l’équipe ; ils ne remplacent pas le jugement au lit.

Le délai d’endoscopie dépend de la stabilité. Un patient instable avec un saignement haut grave est endoscopé juste après la réanimation. Les autres le sont dans les 24 heures suivant l’admission. Le NICE déconseille l’adrénaline seule pour un saignement non variqueux ; il faut un moyen mécanique (clips), une coagulation thermique ou de la fibrine/thrombine, associés à l’adrénaline. Les inhibiteurs de la pompe à protons ne sont pas donnés « au cas où » avant l’endoscopie dans cette indication ; ils le sont après, s’il existe des stigmates de saignement récent.

Pour des varices suspectées, le même guide britannique propose de la terlipressine dès l’arrivée et une antibioprophylaxie, puis une ligature élastique des varices œsophagiennes. Un shunt portosystémique intra-hépatique par voie transjugulaire (TIPS) entre en discussion si la ligature échoue. Ces produits et ces délais sont ceux du NICE ; l’équipe française suit les protocoles du service et les autorisations locales.

Après l’hémostase, le NICE recommande de poursuivre l’aspirine à faible dose si elle était prescrite en prévention secondaire d’un événement vasculaire. Les autres AINS, y compris les inhibiteurs de COX-2, sont arrêtés dans la phase aiguë. Le clopidogrel se discute avec le cardiologue ou le neurologue, parce que le risque de thrombose de stent ou d’accident vasculaire pèse contre le risque de resaignement. Apporter l’ordonnance complète évite d’interrompre le mauvais comprimé.

Saignement interne, quand voir un médecin

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 dès qu’un choc, un anticoagulant ou un saignement visible s’associe à un malaise, une pâleur moite, un pouls rapide, une confusion, une douleur brutale du crâne, du thorax ou du ventre, des vomissements de sang, des selles noires ou un arrêt des urines. MedlinePlus et la Mayo Clinic placent ces tableaux du côté de l’urgence, pas du rendez-vous de la semaine suivante.

Situation Signes repris des sources Conduite
Après un choc ou une chute Vertiges, peau moite, pouls rapide, ventre douloureux Appeler le 15 ou le 112
Sang issu d’un orifice Vomissements rouges ou marc de café, selles noires ou rouges, urines roses Urgences sans délai
Tête Céphalée en coup de tonnerre, déficit d’un côté, confusion Appeler le 15 ou le 112
Thorax ou abdomen Douleur, gonflement, crachats ou selles sanglants Appeler le 15 ou le 112
Anticoagulant, AINS ou trouble de coagulation Les mêmes signes, même après un choc minime 15 ou 112, avec la liste des médicaments
Tableau de choc Peu d’urine, lèvres grisâtres, perte de connaissance 15 ou 112 ; allonger, jambes surélevées si le rachis paraît indemne

En attendant les secours, le Manuel Merck demande d’allonger la personne, de surélever les jambes si le malaise évoque une chute de tension, de décrire clairement l’évolution à l’opérateur, et de ne pas raccrocher avant qu’on vous y invite. Ne donnez rien à boire ni à manger. N’essayez pas de « remettre en place » un organe qui affleure une plaie. Pour une plaie externe associée, MedlinePlus demande une pression directe, sans retirer un objet planté.

Un bleu isolé après un coup, sans malaise et sans traitement anticoagulant, peut se discuter avec le médecin traitant le jour même plutôt qu’avec le SAMU. Du sang rouge sur le papier toilette après une selle dure, chez une personne stable connue pour des hémorroïdes, relève aussi souvent du médecin de ville, à condition qu’il n’y ait ni malaise ni volume important. Le doute, surtout sous anticoagulant ou après 50 ans, se tranche aux urgences plutôt qu’au téléphone.

Questions fréquentes

Une hémorragie interne peut-elle passer inaperçue ?

Oui, surtout tant que la perte reste sous 15 % du volume, seuil où la Cleveland Clinic ne décrit souvent aucun symptôme. La douleur de l’organe peut aussi être masquée par d’autres blessures, ou la personne peut être trop confuse pour la décrire, note le Manuel Merck. L’absence de sang visible n’écarte donc pas une fuite récente après un choc ou sous anticoagulant.

Faut-il arrêter un anticoagulant dès le premier doute ?

Non, pas seul à la maison. L’ISTH réserve la réversion aux hémorragies graves ou à une chirurgie qui ne peut pas attendre, et rappelle un risque de caillot de 4 à 10 % après antidote. Apportez la boîte et l’heure de la dernière prise au 15 ou aux urgences. Le médecin décidera s’il faut suspendre le traitement, le contrer, ou le reprendre dès que le saignement est contrôlé.

Les selles noires viennent-elles toujours de l’estomac ?

Souvent d’un saignement plus haut dans le tube digestif, qui noircit au contact de l’acide, selon la Mayo Clinic. Du fer, du bismuth ou certains aliments foncent aussi les selles. Associées à un malaise, une pâleur ou un anticoagulant, des selles goudronneuses restent un motif d’urgence, pas d’attente d’un rendez-vous lointain.

Que peut-on faire avant l’arrivée du SAMU ?

Allonger la personne, surélever les jambes si elle est consciente et qu’on ne suspecte pas de lésion du dos, la couvrir, et ne rien lui donner à boire, d’après le Manuel Merck. Une plaie externe se comprime ; une hémorragie interne ne se comprime pas. Gardez la ligne avec le 15 jusqu’à ce que l’opérateur termine.

Un bleu après un choc est-il déjà une hémorragie interne ?

Oui, au sens strict, du sang a quitté des vaisseaux sous la peau, écrit la Cleveland Clinic. Un hématome limité, sans malaise, n’a pas la même gravité qu’un saignement dans le ventre ou le crâne. Un bleu qui s’étend très vite, un membre dur et très douloureux, ou le même bleu sous anticoagulant change la conduite.

L’hémorragie interne guérit-elle sans opération ?

Parfois, si la fuite est petite et que la coagulation est intacte. La Mayo Clinic note qu’un saignement digestif s’arrête souvent de lui-même, et qu’un geste pendant l’endoscopie ou la coloscopie suffit dans bien des cas. Une rupture d’anévrisme, une grossesse extra-utérine ouverte ou un organe massivement lésé exigent en revanche un geste d’hémostase. Seule l’équipe qui voit l’imagerie peut trancher.

Imagerie médicale pour diagnostiquer une hémorragie interne.

Conclusion

Le danger d’un saignement interne tient à ce qu’on ne voit pas le volume. Quinze pour cent peuvent partir sans symptôme ; au-delà, le pouls s’accélère, puis la tension et la conscience chutent. Traumatisme, ulcère, anévrisme, grossesse extra-utérine et médicaments qui empêchent de cailler recouvrent l’essentiel des causes documentées par les encyclopédies cliniques de 2025-2026, loin d’une liste fourre-tout de « facteurs de mode de vie ».

Les équipes ont changé leur ordre de priorité. L’ATLS 2025 place le contrôle de l’hémorragie qui vide le patient avant le reste de la séquence, et l’ISTH 2024 a précisé pour quels AOD un antidote sert vraiment, au prix d’un risque de thrombose. Le même guide britannique fixe un délai d’endoscopie (immédiat après réanimation si instable, sinon 24 heures) et encadre plaquettes, plasma et complexe prothrombinique. En France, c’est le médecin de l’urgence qui adapte ces principes aux produits du service.

Si vous avez un doute après un choc, sous anticoagulant, ou devant du sang dans les vomissements, les selles ou les urines, composez le 15 ou le 112 plutôt que d’attendre un caillot. Sinon, le jour même, apportez à votre médecin traitant la liste des médicaments, l’heure de la dernière prise et le récit précis des signes. Il pourra décider d’un scanner, d’une endoscopie ou d’un simple suivi, et vous dire s’il faut interrompre un comprimé.

Sources

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  2. Bleeding: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus Medical Encyclopedia, 14 octobre 2025.
  3. Gastrointestinal bleeding – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 14 mai 2026.
  4. Gastrointestinal bleeding – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 14 mai 2026.
  5. NICE : Acute upper gastrointestinal bleeding in over 16s: management. National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour en mars 2025.
  6. Jordan J : Internal Bleeding. Merck Manual Consumer Version, mai 2026.
  7. Hypovolemic Shock: Causes, Symptoms and Treatment. Cleveland Clinic, 16 avril 2022.
  8. Ramasamy A : Advanced trauma life support 2025: A brief review of updates. Injury, avril 2026.
  9. Levy JH, Shaw JR, Castellucci LA et al. : Reversal of direct oral anticoagulants: guidance from the SSC of the ISTH. Journal of Thrombosis and Haemostasis, 17 juillet 2024.
  10. Trentzsch H, Goossen K, Prediger B et al. : Stop the bleed “ – Prehospital bleeding control in patients with multiple and/or severe injuries – A systematic review and clinical practice guideline. European Journal of Trauma and Emergency Surgery, 5 février 2025.
  11. Hemoperitoneum: What It Is, Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 11 décembre 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.