Satisfaction sexuelle à long terme : désir et communication

Satisfaction sexuelle à long terme : désir et communication

La satisfaction sexuelle d’un couple qui dure ne se mesure pas au nombre maximal de rapports. Chez les personnes en relation, le lien entre fréquence sexuelle et bien-être n’est plus statistiquement significatif au-delà d’environ une fois par semaine, d’après trois études regroupant 30 645 participants, publiées par Muise, Schimmack et Impett.

Manquer d’intérêt pour le sexe n’a rien d’exceptionnel. Dans la troisième enquête britannique sur les attitudes et les modes de vie sexuels (Natsal-3), 34,2 % des femmes et 15,0 % des hommes sexuellement actifs ont déclaré une période d’au moins trois mois sans intérêt au cours de l’année précédente. Ces pourcentages décrivent un symptôme fréquent, pas un diagnostic à eux seuls, et ils ne signifient pas que les personnes concernées ont « tout perdu » pour toujours.

Ce qui sépare souvent les couples plus à l’aise n’est pas une technique secrète. Une méta-analyse de 93 études, portant sur 38 499 personnes en couple, trouve une corrélation de 0,43 entre la communication sexuelle et la satisfaction sexuelle, plus marquée pour la qualité de l’échange que pour le nombre de conversations. La tendresse autour du rapport, le fonctionnement sexuel (douleur, érection, orgasme) et le dépistage d’une cause médicale, médicament, dépression ou ménopause, pèsent autant que le calendrier.

Combien de rapports par semaine pour un couple épanoui ?

Il n’existe pas de rythme « normal » à viser pour tous. L’analyse de Muise et de ses collègues, parue en 2016 dans Social Psychological and Personality Science, décrit une courbe, pas une droite. Le bien-être déclaré grimpe avec la fréquence jusqu’à environ un rapport par semaine, puis l’association s’aplatit. Avoir des rapports plusieurs fois par semaine n’était pas lié à un surcroît de bonheur par rapport à ce palier.

Les trois études totalisent 30 645 participants. Dans la première, l’association n’apparaît que chez les personnes en couple. Chez les célibataires de cet échantillon, la fréquence sexuelle n’était pas liée au bien-être. Les auteurs rappellent que le lien est corrélationnel. On ne peut pas dire si davantage de rapports rendent plus heureux, ou si un couple déjà solide a plus souvent envie de se toucher. Forcer un quota au-dessus du palier hebdomadaire, surtout sous pression, n’a pas montré de gain de bien-être dans ces données.

Le bon critère n’est donc pas un chiffre magique. C’est l’accord, ou du moins un compromis vivable, entre deux personnes dont les envies bougent avec la fatigue, les enfants, la santé et l’âge. Si l’un des deux souffre du rythme actuel, la question utile n’est pas « combien font les autres » mais « de quoi chacun a besoin, et ce qui bloque ».

Couple heureux partageant un moment intime

Pourquoi le désir sexuel diminue souvent avec le temps

Le désir n’est pas un thermostat figé. Chez beaucoup de femmes, il recule plus nettement au fil des premières années de mariage que chez leur conjoint, d’après deux suivis longitudinaux de couples de jeunes mariés publiés par McNulty, Maxwell, Meltzer et Baumeister en 2019. Le désir moyen des hommes, dans ces échantillons, ne baissait pas. La naissance d’un enfant accentuait l’écart. Elle expliquait une partie, mais pas la totalité, du recul observé chez les femmes. Ces baisses du désir féminin prédisaient ensuite un recul de la satisfaction conjugale des deux partenaires, même après prise en compte de la dépression et du stress, y compris le stress lié à la parentalité.

Ce n’est pas une loi biologique universelle. Les échantillons sont des couples hétérosexuels récemment mariés, aux États-Unis. Ils éclairent une période précise, le début de la vie commune et l’arrivée des enfants, plutôt que les quatre décennies suivantes. Ils montrent surtout que le désir féminin, dans ce contexte, réagit plus fortement aux changements de vie que le désir masculin moyen.

Les causes concrètes s’accumulent. Le désir, décrit par la Mayo Clinic, mélange santé physique et émotionnelle, expériences, croyances, mode de vie et qualité de la relation. Une grossesse, l’allaitement, la ménopause, une maladie, une image de soi dégradée ou un conflit non réglé peuvent chacun suffire. La fatigue liée aux jeunes enfants ou à un parent dépendant revient souvent. L’enquête Natsal-3 retrouve, du côté des femmes seulement, une association avec la présence d’enfants de moins de cinq ans et avec une grossesse dans l’année.

Stress, anxiété, dépression, trouble de l’érection, sécheresse vaginale, contraception hormonale, alcool, diabète, hypothyroïdie, maladie du cœur ou cancer figurent aussi parmi les pistes du NHS. Rien de tout cela n’est « dans la tête » au sens d’une faiblesse morale. Le désir est une fonction, sensible au sommeil, aux hormones, aux médicaments et au climat du couple.

Qui manque d’intérêt pour le sexe en population générale

Les 34,2 % et 15,0 % de Natsal-3 concernent des adultes de 16 à 74 ans, en Grande-Bretagne, qui ont eu au moins un partenaire (homme ou femme) dans l’année, interrogés entre 2010 et 2012. Le critère est une période d’au moins trois mois sans intérêt, au cours des douze mois précédents. Ce n’est pas « tout intérêt perdu depuis un an de vie commune ». Graham et ses collègues le précisent. Beaucoup de personnes concernées ne consultent pas, et une part ne se dit pas en détresse.

L’âge pèse, mais pas de la même façon. La prévalence est la plus basse entre 16 et 24 ans (11,5 % des hommes, 24,8 % des femmes). Elle culmine chez les hommes de 35 à 44 ans (17,2 %) et chez les femmes de 55 à 64 ans (38,8 %). Chez les femmes, vivre avec un partenaire et une relation de plus d’un an étaient associés à davantage de manque d’intérêt. Chez les hommes, le statut de couple jouait moins.

Santé physique et santé mentale comptent pour les deux sexes. Une dépression actuelle, un traitement pour dépression dans l’année, une santé générale médiocre, une maladie de longue durée ou une difficulté marquée à monter les escaliers allaient de pair avec plus de manque d’intérêt. Avoir déjà reçu un diagnostic d’infection sexuellement transmissible, ou avoir subi des rapports non consentis, aussi. Le statut ménopausique, une fois l’âge pris en compte, n’était pas associé au manque d’intérêt dans cette analyse. Cela ne veut pas dire que la ménopause n’existe pas pour le désir. Cela veut dire que, dans cet échantillon populationnel, d’autres facteurs (santé, relation, humeur) absorbaient une grande part des différences observées.

Le manque d’intérêt coexiste souvent avec d’autres difficultés. Les associations les plus fortes, dans Natsal-3, reliaient le manque d’intérêt à l’absence de plaisir et à l’absence d’excitation pendant le rapport. Un trouble de l’érection, une éjaculation trop rapide, une sécheresse ou une douleur peuvent entretenir un cercle. On évite le sexe parce qu’il s’est mal passé, et le désir recule encore.

Quand l’écart de désir pèse sur le couple

Deux personnes ont rarement le même appétit, le même jour, pendant vingt ans. L’écart devient un problème lorsqu’il se répète, qu’il blesse, et que l’on n’en parle plus. Chez les femmes de Natsal-3, ne pas partager le même niveau d’intérêt que le partenaire (odds ratio ajusté sur l’âge 4,57) ou les mêmes goûts sexuels (2,91) était fortement associé au manque d’intérêt. Ces liens n’étaient pas significatifs de la même façon chez les hommes. Un partenaire lui-même en difficulté sexuelle dans l’année augmentait ce risque dans les deux sexes.

Ne pas se sentir proche émotionnellement pendant le rapport était l’un des signaux les plus nets (odds ratio 3,74 chez les hommes, 4,80 chez les femmes). Le bonheur déclaré dans la relation allait dans le même sens. Un écart de désir n’est donc pas seulement une affaire de hormones. Il dit souvent quelque chose de la sécurité, de la rancune, de la charge mentale ou de la peur de décevoir.

Chacun n’a pas le même désir, et ce désir change au fil de la vie, rappelle la Cleveland Clinic. Jusqu’à un homme sur cinq, et une proportion encore plus élevée de femmes, traversent une période de libido plus basse. Le seuil médical n’est pas un nombre de rapports. C’est la souffrance, personnelle ou de couple, et la durée. Un désir bas qui n’embête personne n’est pas une maladie. Un désir qui va bien mais se heurte à un partenaire exigeant n’est pas non plus, à lui seul, un trouble à « corriger » chez celui qui en a moins envie.

Quelques points aident à démêler l’écart sans en faire un procès.

  • L’écart devient préoccupant s’il dure des mois et que l’un des deux s’en afflige vraiment.
  • Le partenaire qui a moins envie n’est pas automatiquement « le problème à soigner ».
  • Une pression répétée pour « être à la hauteur » peut elle-même faire chuter le désir.
  • Parler des conditions (fatigue, intimité, temps sans écran) vaut souvent mieux que compter les rapports.

Parler de sexe, ce que change la communication

Parler de sexe n’est pas un accessoire. Dans la méta-analyse de Mallory, parue en 2022 dans le Journal of Family Psychology, la communication sexuelle est associée à la satisfaction de couple (r = 0,37) et à la satisfaction sexuelle (r = 0,43) sur 93 études et 209 tailles d’effet. La qualité de l’échange (ouverture, climat de sécurité, satisfaction de la discussion) pèse plus que la fréquence des conversations et plus que le simple fait de révéler des préférences. Pour la satisfaction sexuelle, la qualité atteint r = 0,52, contre 0,31 pour la fréquence et 0,39 pour le fait de dire ses préférences.

Natsal-3 observe le même type de lien. Ceux qui trouvaient « toujours facile » de parler de sexe avec leur partenaire avaient moins souvent un manque d’intérêt, hommes comme femmes, avec un lien un peu plus marqué chez les femmes. Graham en tire un argument clinique. Les baisses transitoires, souvent adaptatives (bébé, deuil, surcharge), ne sont pas la preuve d’un « dysfonctionnement ». En revanche, un couple qui n’a plus aucun canal pour dire ce qui plaît, ce qui fait mal ou ce qui manque, laisse le silence faire le diagnostic à sa place.

Mallory rappelle un chiffre ancien, souvent cité, de Byers. Même dans une relation durable, les partenaires ne connaîtraient que 62 % de ce qui plaît à l’autre, et 26 % de ce qui déplaît. L’observation de conversations de couple montre aussi que le sexe reste l’un des sujets les plus difficiles. Ce n’est pas une raison pour le fuir. C’est une raison de le traiter comme une compétence, pas comme une évidence.

La communication utile est concrète. Elle dit un goût, une limite, un moment de la journée, une caresse qui aide, une douleur à arrêter. Elle évite le procès d’intention (« tu ne m’aimes plus ») et le comparatif humiliant. Chez les échantillons de couples mariés, l’association entre communication sexuelle et satisfaction était plus forte que dans les échantillons mixtes, une fois l’âge et la durée de relation pris en compte. Plus la vie commune s’allonge, plus le fait de pouvoir encore se parler de sexe semble lié au plaisir.

Tendresse, baisers et moments après le rapport

Le rapport n’est pas un acte isolé. Debrot, Meuwly, Muise, Impett et Schoebi ont montré, en 2017, que l’affection ressentie explique une grande part du lien entre activité sexuelle et bien-être. Dans une étude d’échantillonnage quotidien auprès de 106 couples biactifs avec enfants, l’affection médiatisait le lien entre le sexe et l’humeur positive du jour. La force de ce lien quotidien prédisait la satisfaction de couple des deux partenaires six mois plus tard.

Heiman et ses collègues, au Kinsey Institute, ont interrogé 1 009 couples de 40 à 70 ans (pour les hommes) au Brésil, en Allemagne, au Japon, en Espagne et aux États-Unis, ensemble depuis 1 à 51 ans, médiane 25 ans. Pour les deux sexes, l’intimité physique (baisers, câlins, caresses) et le fonctionnement sexuel prédisaient la satisfaction sexuelle. Chez les hommes, une activité récente plus fréquente et un plus petit nombre de partenaires sur la vie étaient aussi associés à davantage de satisfaction sexuelle. La durée de la relation prédisait davantage de bonheur conjugal et de satisfaction sexuelle chez les hommes. Les femmes déclaraient une satisfaction sexuelle plus basse en début de relation et plus haute plus tard. Entre 20 et 40 ans de vie commune, elles étaient moins nombreuses que les hommes à se dire heureuses dans la relation.

Ces résultats, déjà anciens, restent utiles parce qu’ils cassent deux clichés. La tendresse n’est pas « un truc de femmes ». Dans cette enquête, l’intimité physique était un prédicteur plus constant et plus saillant pour les hommes. Et le temps qui passe n’écrase pas forcément la vie sexuelle féminine. Une partie des femmes encore en couple après des décennies se disait plus satisfaite sexuellement qu’au début. Ces données ne disent pas pourquoi.

Le message pratique est sobre. Un rapport avalé entre deux messages, sans contact avant ni après, a moins de chances d’alimenter le bien-être que le même rapport entouré de peau, de mots et de temps. L’affection quotidienne reste liée au bien-être, même lorsque le sexe n’est pas le seul vecteur. Ce n’est pas un substitut magique. C’est un appui.

Maladies, médicaments et hormones qui pèsent sur le désir

Avant d’accuser le couple, il faut regarder le corps et l’ordonnance. Le NHS et la Cleveland Clinic dressent des listes proches. Diabète, hypertension, maladie coronaire, hypothyroïdie, cancer, douleur chronique, maladie rénale, taux élevé de prolactine, polyarthrite, trop ou trop peu d’activité physique, tabac, alcool, drogues. Chez l’homme, une testostérone basse liée à l’âge ou à une maladie endocrine, une dysfonction érectile ou une éjaculation trop rapide ou trop tardive peuvent faire reculer l’envie. Chez la femme, périménopause et ménopause, sécheresse et douleur, grossesse, accouchement, allaitement, infections génitales, endométriose, syndrome prémenstruel et, pour certaines, contraception hormonale (pilule combinée, anneau, patch, pilule progestative, implant, injection).

Les médicaments reviennent sans cesse. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), prescrits contre la dépression, sont parmi les plus souvent impliqués, écrit la Mayo Clinic. D’autres psychotropes, certains antihypertenseurs, la chimiothérapie, peuvent aussi peser. Le NHS nomme également les traitements de l’hypertension et la contraception hormonale. On n’arrête pas un antidépresseur ou une pilule sans avis. On en parle, pour ajuster la dose, changer de molécule ou traiter d’abord l’humeur, qui elle aussi coupe le désir.

Côté hormones, les pays ne disent pas exactement la même chose, et la France n’est pas le Royaume-Uni ni les États-Unis. Le bulletin 213 de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (2019) définit le trouble sexuel féminin par une détresse personnelle dans le désir, l’excitation, l’orgasme ou la douleur, et demande aux soignants d’aborder le sujet. Beaucoup de femmes n’en parlent pas si on ne leur pose pas la question.

Deux médicaments non hormonaux sont autorisés par la Food and Drug Administration américaine pour certaines femmes non ménopausées présentant un trouble du désir. La Cleveland Clinic nomme la flibansérine, comprimés au quotidien, et le brémélanotide, injection avant un rapport. Ils ne sont pas autorisés après la ménopause dans ce pays, et ils n’ont pas vocation à devenir le premier réflexe. En France, la disponibilité et l’indication se discutent avec le médecin ou le pharmacien, selon les règles locales.

Pour la testostérone chez la femme, la Société internationale pour l’étude de la santé sexuelle des femmes (ISSWSH) a publié en 2021 une recommandation de pratique. Après une évaluation biopsychosociale, une testostérone transdermique peut être envisagée chez des femmes ménopausées dont le trouble du désir hypoactif n’est pas surtout lié à un conflit de couple ou à un trouble psychique. Le bénéfice attendu est modéré. Un taux de testostérone totale ne sert pas à poser le diagnostic. Il sert de base de suivi, pour rester dans la fourchette physiologique d’une femme avant la ménopause. Les produits dits « composés » (préparations magistrales sans données d’efficacité et de sécurité suffisantes) ne sont pas recommandés. La sécurité à long terme n’est pas établie.

Le NICE britannique (recommandation NG23 de 2015, page revue en 2026) propose d’envisager une supplémentation en testostérone si le traitement hormonal de la ménopause seul ne suffit pas à redresser un désir bas lié à la ménopause. C’était un usage hors autorisation de mise sur le marché en 2015. Ni cette ligne britannique ni la ligne américaine ne s’appliquent telles quelles en France. Le médecin traitant, le gynécologue ou l’endocrinologue indiqueront ce qui est possible ici, après avoir cherché une cause relationnelle, une dépression, une douleur ou un médicament.

Baisse de libido, quand consulter un médecin

Consultez si la baisse de désir vous inquiète, si un médicament ou une contraception vous semble en cause, ou si le désir ne revient pas après une grossesse. C’est le cadre du NHS, formulé pour le médecin généraliste. La Cleveland Clinic y ajoute le cas où la libido plus basse abîme le bien-être ou la relation. La Mayo Clinic précise qu’il n’est pas nécessaire de coller à la définition du trouble de l’intérêt et de l’excitation sexuels pour demander de l’aide. Un manque d’intérêt pour toute activité sexuelle, y compris la masturbation, des fantasmes devenus rares, et une tristesse liée à cette absence, suffisent à ouvrir la discussion.

Le premier interlocuteur, en France, est le médecin traitant. Il peut orienter vers un gynécologue, un urologue, un endocrinologue, un psychologue, un sexologue ou un thérapeute de couple. Un examen pelvien cherche une cause locale (sécheresse, douleur, dermatose). Une prise de sang peut explorer thyroïde, diabète, cholestérol, foie ou hormones, sans que le laboratoire « prouve » à lui seul un trouble du désir.

Situation Conduite raisonnable
La baisse de désir vous inquiète ou pèse sur le couple Prenez rendez-vous avec le médecin traitant.
Un médicament ou une contraception hormonale vous semble en cause Parlez-en au médecin ou au pharmacien, sans arrêter seul le traitement.
Le désir ne revient pas après une grossesse Consultez le médecin traitant.
Douleur, sécheresse vaginale ou trouble de l’érection Faites évaluer la cause. Un traitement local ou spécifique peut aider.
Tristesse, anxiété ou épuisement depuis plusieurs semaines Parlez-en au médecin. Dépression et stress abaissent souvent le désir.
Détresse psychique brutale ou idées suicidaires Appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Une consultation n’oblige personne à « reprendre une vie sexuelle normale ». Elle sert à trier ce qui relève d’un couple fatigué, d’un deuil, d’un ISRS, d’une douleur, d’une dépression ou d’un trouble du désir qui justifie un suivi. Tant que personne ne pose la question, beaucoup de patientes et de patients se taisent, souligne le bulletin de l’ACOG.

Masturbation et vie sexuelle du couple

La masturbation n’est ni un poison du couple ni une preuve d’épanouissement. Dans Natsal-3, le manque d’intérêt était un peu plus fréquent chez les hommes qui s’étaient masturbés récemment, et moins fréquent chez les femmes qui l’avaient fait. Graham propose une lecture prudente. Chez beaucoup d’hommes, la masturbation compenserait un recul des rapports. Chez beaucoup de femmes, elle s’inscrirait plutôt dans un répertoire plus large, sans remplacer le partenaire. Ce n’est qu’une hypothèse, sur des données transversales. On ne peut pas dire que « se masturber fait baisser le désir » ou l’inverse.

Chez la femme, le manque d’intérêt peut aussi concerner la masturbation elle-même, note la Mayo Clinic. Moins d’envie de tout contact, y compris seul, oriente davantage vers un recul global du désir que vers un simple décalage de couple.

Le sujet mérite d’être nommé sans leçon de morale. Si l’un des deux se sent concurrencé, évité ou comparé, le problème n’est pas l’existence de la masturbation. C’est le secret, la honte, ou l’usage qui isole. Si au contraire la masturbation aide à connaître son corps et à formuler une demande, elle peut nourrir le dialogue décrit plus haut. Les études populationnelles ne tranchent pas un verdict unique. Elles interdisent surtout les slogans.

Un geste unique suffit-il à la satisfaction sexuelle

Non. Les travaux de Heiman, de Mallory, de Debrot et de Graham convergent vers un faisceau. Fonctionnement sexuel (peu de douleur, érection possible, orgasme possible pour qui le souhaite), intimité physique, communication de qualité, santé mentale et physique, et un rythme qui n’humilie personne. Aucune de ces études ne désigne un type de rapport, un type d’orgasme ou une fréquence héroïque comme clé universelle.

Un couple qui tient vingt ans n’a pas le même scénario qu’au troisième mois. Il peut encore avoir du plaisir, plus lent, plus tendre, parfois moins fréquent, parfois relancé par une nouveauté consentie. Heiman montre que, passé un certain temps, une part des femmes encore en couple se dit plus satisfaite sexuellement qu’au début. Cela n’efface pas celles qui souffrent. Cela interdit le récit unique de la chute.

Le singulier (« le » secret) est déjà un signal d’alerte. Graham souligne que les baisses transitoires, souvent adaptatives, ne prouvent pas un dysfonctionnement, et que le manque d’intérêt se comprend dans un contexte de couple, de genre et de santé, plutôt que comme un déficit à combler à tout prix.

Questions fréquentes

Quelle fréquence de rapports est normale dans un couple ?

Aucune norme médicale ne fixe un nombre par semaine. L’étude de Muise indique seulement qu’au-delà d’environ un rapport hebdomadaire, le bien-être déclaré ne progresse plus en moyenne. Le rythme utile est celui que les deux tiennent sans humiliation ni contrainte.

Une baisse de désir après quelques années est-elle grave ?

Souvent non, surtout autour d’un enfant, d’une maladie ou d’une surcharge. Elle le devient si elle dure, si elle fait souffrir, ou si elle s’accompagne de douleur, d’un trouble de l’érection, d’une dépression ou d’un médicament suspect. Le NHS invite alors à voir un médecin.

Faut-il augmenter le nombre de rapports pour être plus heureux ?

Pas automatiquement. Forcer la fréquence au-dessus du palier observé par Muise n’a pas montré de gain de bonheur. Un couple déjà en tension peut même y perdre, si le sexe devient une corvée. Mieux vaut d’abord parler du désir, de la tendresse et d’éventuels obstacles médicaux.

La masturbation éloigne-t-elle du partenaire ?

Les données de Natsal-3 ne permettent pas cette conclusion. Le manque d’intérêt était un peu plus souvent déclaré par les hommes qui s’étaient masturbés récemment, et moins souvent par les femmes dans le même cas. Le sens de la causalité reste ouvert. Le dialogue compte davantage que l’interdit.

Un dosage de testostérone suffit-il à expliquer une libido basse ?

Non. L’ISSWSH rappelle qu’un taux de testostérone totale ne pose pas le diagnostic de trouble du désir hypoactif chez la femme. Chez l’homme, une vraie insuffisance androgénique se discute avec un médecin, après d’autres causes. Le laboratoire ne remplace pas l’histoire du couple et des médicaments.

Un sexologue est-il utile si le bilan médical est rassurant ?

Oui, souvent. La Mayo Clinic et la Cleveland Clinic placent l’éducation sexuelle, la thérapie de couple et la sexothérapie au centre, avant ou à côté d’un médicament. Un bilan « normal » n’annule pas un écart de désir, une douleur anticipée ou des années de non-dits.

Conclusion

Le couple durable n’a pas à gagner une compétition de fréquence. Les données les plus solides, de Muise à Mallory, montrent un palier autour d’un rythme hebdomadaire moyen, un poids net de la qualité de la parole sur le sexe, et un rôle de la tendresse avant et après le rapport. Le désir qui recule, surtout chez beaucoup de femmes après le mariage ou un enfant, n’est pas une trahison. C’est un signal à lire, médical et relationnel.

Si ce recul vous pèse, commencez par une liste courte à apporter au médecin traitant. Depuis quand, quels médicaments (y compris contraception et antidépresseur), douleur ou trouble de l’érection, humeur, sommeil, et ce que chacun attend du sexe. Demandez si un ISRS, une sécheresse, une dépression ou une hormonothérapie de ménopause peuvent jouer, plutôt que de chercher un miracle de fréquence.

Deux personnes peuvent ensuite décider d’un rythme, d’un temps sans écran, et d’un mot pour dire stop ou encore. Quand la souffrance reste là, le 15 ou le 112 existent pour une crise psychique. Pour le reste, un rendez-vous banal, posé, avec un soignant qui ose poser la question, est déjà une forme de soin.

Sources

  1. Low sex drive (loss of libido). National Health Service, 26 mai 2026.
  2. Low sex drive in women – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 mars 2024.
  3. Low Libido (Low Sex Drive) Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 21 avril 2025.
  4. Graham CA, Mercer CH et al. : What factors are associated with reporting lacking interest in sex and how do these vary by gender? Findings from the third British national survey of sexual attitudes and lifestyles. BMJ Open, 13 septembre 2017.
  5. Muise A, Schimmack U et al. : Sexual Frequency Predicts Greater Well-Being, But More is Not Always Better. Social Psychological and Personality Science, 18 novembre 2015.
  6. Mallory AB : Dimensions of couples’ sexual communication, relationship satisfaction, and sexual satisfaction: A meta-analysis. Journal of Family Psychology, avril 2022.
  7. American College of Obstetricians and Gynecologists’ Committee on Practice Bulletins—Gynecology : Female Sexual Dysfunction: ACOG Practice Bulletin Clinical Management Guidelines for Obstetrician-Gynecologists, Number 213. Obstetrics & Gynecology, juillet 2019.
  8. Parish SJ, Simon JA et al. : International Society for the Study of Women’s Sexual Health Clinical Practice Guideline for the Use of Systemic Testosterone for Hypoactive Sexual Desire Disorder in Women. The Journal of Sexual Medicine, mai 2021.
  9. Heiman JR, Long JS et al. : Sexual satisfaction and relationship happiness in midlife and older couples in five countries. Archives of Sexual Behavior, août 2011.
  10. Debrot A, Meuwly N et al. : More Than Just Sex: Affection Mediates the Association Between Sexual Activity and Well-Being. Personality and Social Psychology Bulletin, 9 janvier 2017.
  11. McNulty JK, Maxwell JA et al. : Sex-Differentiated Changes in Sexual Desire Predict Marital Dissatisfaction. Archives of Sexual Behavior, 30 août 2019.
  12. Menopause: identification and management. National Institute for Health and Care Excellence, 15 avril 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.