
Les pupilles ponctuelles, appelées myosis, sont des pupilles anormalement petites, parfois réduites à une tête d’épingle, qui restent étroites même lorsque la lumière baisse. Ce n’est pas une maladie isolée, c’est un signe qui oriente vers un médicament, une inflammation de l’iris, une atteinte nerveuse ou une intoxication.
Devant la glace de la salle de bains, après un comprimé contre la douleur, beaucoup s’inquiètent d’un regard « bizarre ». Le Manuel Merck classe pourtant les collyres miotiques du glaucome comme la cause la plus fréquente d’un myosis des deux côtés, les opioïdes, l’hémorragie du pont et les insecticides venant ensuite.
D’après une fiche des CDC de 2024, la naloxone peut rétablir une respiration trop lente en 2 à 3 minutes. Un myosis d’environ 1 mm chez une personne inconsciente oriente vers une lésion du pont, un opioïde ou un insecticide. Dix à 20 % des personnes ont une légère inégalité pupillaire sans maladie.
Qu’est-ce qu’une pupille ponctuelle ?
C’est une pupille trop petite pour le niveau de lumière, qui ne s’ouvre plus comme prévu quand la pièce s’assombrit. La Cleveland Clinic décrit le myosis comme des pupilles qui restent petites malgré les changements de lumière, à l’inverse de la mydriase, où elles restent trop ouvertes. Les soignants parlent alors de myosis extrême, presque ponctiforme.
Chez l’adulte, la pupille se contracte à la lumière, se dilate dans l’obscurité et se resserre aussi lorsqu’on fixe un objet proche. Deux muscles de l’iris se partagent le travail. Le sphincter, sous contrôle parasympathique, ferme l’orifice. Le dilatateur, sous contrôle sympathique, l’ouvre. Un myosis apparaît si le sphincter se contracte trop, ou si le dilatateur n’est plus innervé.
Dans ses tableaux d’examen du coma, le Manuel Merck parle de pupilles d’environ 1 mm en cas d’hémorragie massive du pont, d’intoxication aux opioïdes ou d’exposition à certains insecticides. Ce chiffre décrit un extrême, pas la taille « normale » de chacun. Une pupille un peu plus petite le soir, après un effort visuel de près, n’a rien d’un myosis pathologique.
Le myosis peut toucher un œil ou les deux. Une différence de taille s’appelle anisocorie. D’après la revue StatPearls de 2023 sur l’anisocorie, une inégalité légère, stable, avec des réflexes lumineux conservés, existe chez environ 10 à 20 % des personnes. Ce n’est pas un myosis de maladie. Ce qui change la lecture, c’est l’apparition brutale, le caractère unilatéral nouveau, et les signes qui l’accompagnent.
Avec l’âge, les pupilles ont tendance à rester plus étroites. La Cleveland Clinic range ce myosis lié à l’âge parmi les causes possibles, tout en conseillant un examen pour ne pas rattacher trop vite le signe au calendrier.

Les opioïdes rétrécissent souvent les deux pupilles
Les opioïdes contractent souvent les deux pupilles en stimulant les récepteurs µ, mais l’absence de myosis n’écarte pas une intoxication. La morphine, l’oxycodone, le fentanyl, la méthadone, la codéine, l’hydrocodone, l’hydromorphone et l’héroïne figurent parmi les substances citées par les CDC. Le myosis est alors habituellement bilatéral.
Dans la revue StatPearls sur la toxicité de l’héroïne, mise à jour en 2025, le tableau classique associe un état mental ralenti, une respiration trop lente et un myosis. Les auteurs soulignent qu’une fréquence respiratoire inférieure à 12 par minute prédit mieux l’intoxication que la seule taille des pupilles. Un mélange avec de l’alcool, une benzodiazépine, un sympathomimétique ou un anticholinergique peut laisser des pupilles normales, voire larges.
L’héroïne n’est pas une cause à part. C’est un opioïde, métabolisé en morphine. Le fentanyl, souvent mêlé à d’autres drogues de rue, appartient à la même famille. Les CDC rappellent que la cocaïne ou la méthamphétamine peuvent être coupées au fentanyl. Le signe oculaire ne dit donc pas « quelle poudre », il dit « possible effet opioïde », à relier à la respiration et à la conscience.
Une personne qui prend un opioïde prescrit après une opération peut avoir les pupilles plus petites sans être en danger immédiat. Le seuil d’alerte n’est pas le myosis isolé, c’est le trio respiration, éveil et coloration de la peau. Les CDC listent notamment l’impossibilité de réveiller la personne, une respiration lente ou superficielle, des bruits de gargouillis, une peau ou des ongles décolorés, et des pupilles très serrées qui ne réagissent plus à la lumière.
Le pharmacien ou le médecin traitant peut indiquer, en France, comment se procurer de la naloxone si un opioïde est prescrit au long cours ou s’il existe un risque de surdose dans l’entourage. Les règles américaines de vente libre ne s’appliquent pas telles quelles. Le professionnel de santé du lieu de soins applique la recommandation locale.
Que faire face à une surdose d’opioïdes
Si quelqu’un ne se réveille pas, respire trop lentement et a les pupilles réduites à un point, appelez le 15 ou le 112 et donnez de la naloxone si vous en avez, sans attendre l’arrivée des secours. Les CDC décrivent la naloxone comme un médicament qui bloque les récepteurs des opioïdes. Elle peut rétablir une respiration trop lente en 2 à 3 minutes. Elle ne nuit pas si la personne n’a pas pris d’opioïde.
La conduite, d’après la fiche CDC de 2024, tient en gestes simples.
- Administrer une dose de naloxone si elle est disponible, puis appeler le 15 ou le 112.
- Chercher à maintenir la personne éveillée et à préserver sa respiration.
- La placer sur le côté pour limiter le risque d’étouffement par vomissement.
- Rester jusqu’à l’arrivée des secours, car l’effet de la naloxone peut s’estomper.
- Attendre 2 à 3 minutes avant une deuxième dose si la respiration ne revient pas.
Les doses hospitalières, elles, relèvent de l’équipe médicale. StatPearls décrit, dans le contexte américain, une titration dont le but est une fréquence respiratoire supérieure à 12 par minute, pas un réveil complet. Le médecin urgentiste français suivra le protocole du service, pas un schéma lu en ligne. Les voies aériennes, l’oxygène et la ventilation restent la priorité si la naloxone ne suffit pas.
Après une surdose, le travail ne s’arrête pas à l’antidote. StatPearls rappelle que les personnes qui quittent les urgences après une surdose d’opioïde ont un risque élevé de décès dans l’année, et que les traitements de substitution (buprénorphine, méthadone) réduisent ce risque lorsqu’ils sont proposés. En France, c’est le médecin, l’addictologue ou un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) qui discute ces options. Ne pas moraliser le myosis, le relier à la respiration, puis à un soin de fond, protège davantage que de « surveiller les pupilles » sans filet.
Collyres du glaucome, clonidine et autres médicaments
Un collyre qui contracte la pupille, surtout un miotique du glaucome comme la pilocarpine, est la cause la plus fréquente de myosis des deux côtés selon le Manuel Merck, ou d’un seul côté si un seul œil a reçu la goutte. Ce n’est pas une « intoxication ». C’est l’effet recherché du médicament sur le sphincter de l’iris.
La clonidine, un agoniste des récepteurs α2 utilisé contre l’hypertension, figure parmi les médicaments systémiques qui peuvent resserrer les pupilles, avec d’autres agonistes α2. StatPearls ajoute les prostaglandines. La Cleveland Clinic cite aussi les barbituriques. Ces effets sont habituellement bilatéraux, parce que le comprimé circule dans tout le corps. Une goutte tombée dans un seul œil, un aérosol, un patch, peuvent au contraire créer une anisocorie.
Si les pupilles changent après un nouveau traitement, le bon réflexe est d’en parler au prescripteur ou au pharmacien, pas d’arrêter seul un médicament de tension ou un collyre de glaucome. La Cleveland Clinic le rappelle pour le myosis lié aux médicaments. Un antihypertenseur et un collyre n’ont pas le même rôle, même si les deux peuvent rétrécir la pupille.
Un myosis médicamenteux isolé, chez une personne alerte, qui respire normalement et qui connaît sa goutte, n’est pas une urgence vitale. Il le devient si s’y ajoutent une somnolence inhabituelle, une respiration lente, des vomissements, une douleur oculaire ou un ptôsis d’un seul côté. Apportez la boîte, l’ordonnance et, si possible, une photo ancienne des yeux. Le médecin a besoin du nom exact, pas d’un souvenir flou de « gouttes pour les yeux ».
Syndrome de Claude Bernard-Horner
Un myosis d’un seul côté, une paupière un peu tombante et parfois une diminution de la sudation de la même hémiface définissent le syndrome de Claude Bernard-Horner. Il n’existe pas de traitement spécifique du syndrome lui-même. On cherche et on traite la lésion de la voie sympathique qui va de l’hypothalamus à l’œil, comme le résume la Mayo Clinic.
L’œil atteint a la pupille la plus petite. L’inégalité se voit mieux dans l’obscurité, parce que l’œil sain se dilate et que l’œil atteint tarde à suivre (retard de dilatation). Le ptôsis est souvent discret, moins de 2 mm d’après EyeWiki, car le muscle de Müller est atteint, pas le releveur innervé par le nerf oculomoteur. La paupière inférieure peut être un peu plus haute. Chez l’enfant, un iris plus clair du même côté oriente vers une forme ancienne ou congénitale.
La cause reste inconnue dans 35 à 40 % des cas, selon EyeWiki. Ailleurs, le niveau de la lésion change tout. Un accident vasculaire du tronc, une tumeur de l’apex pulmonaire, une dissection de la carotide interne, des céphalées en grappe, un traumatisme obstétrical ou un neuroblastome chez l’enfant peuvent interrompre le même trajet. Un Horner douloureux d’apparition brutale est une urgence neurologique. Il faut alors chercher une dissection carotidienne, qui élève le risque d’infarctus cérébral.
Les signes habituels, d’après la Mayo Clinic, tiennent en quelques points cliniques.
- La pupille reste petite d’un seul côté, et l’inégalité se voit mieux dans le noir.
- La paupière supérieure tombe un peu, parfois avec une paupière inférieure trop haute.
- La sudation diminue du même côté du visage, de façon souvent discrète.
Des soins d’urgence s’imposent, d’après la Mayo Clinic, si les signes apparaissent soudainement, après un traumatisme, ou avec une baisse de vue, des vertiges, des paroles brouillées, une marche instable, une faiblesse, ou une douleur brutale de la tête ou du cou. L’ophtalmologiste peut confirmer le diagnostic avec un collyre d’apraclonidine à 0,5 %, qui dilate la pupille atteinte par hypersensibilité de dénervation et inverse parfois l’anisocorie. Un test trop précoce peut rester faussement négatif. L’imagerie (IRM, angioscanner, radio ou scanner du thorax) est guidée par les signes associés, pas par un « bilan standard » identique pour tous.
Uvéite antérieure et iritis
Une uvéite antérieure, ou iritis, contracte souvent la pupille de l’œil rouge, douloureux et photophobe. L’iris enflammé se met en spasme. Des adhérences (synéchies postérieures) peuvent ensuite coller l’iris au cristallin et figer une pupille irrégulière. EyeWiki range le myosis pupillaire parmi les signes visibles à la lampe à fente, avec les cellules de la chambre antérieure, le tyndall, parfois un hypopyon.
L’iritis est le type d’uvéite le plus fréquent, d’après la Cleveland Clinic. Beaucoup de poussées restent sans cause identifiée (iritis dite idiopathique). D’autres s’inscrivent dans une spondylarthrite liée à HLA-B27, un rhumatisme psoriasique, une maladie inflammatoire de l’intestin, une sarcoïdose, une infection herpétique, une syphilis, ou un traumatisme. EyeWiki précise que l’uvéite antérieure aiguë est la présentation la plus courante, avec douleur, rougeur et photophobie qui s’installent en quelques jours.
Le traitement de fond n’est pas de « dilater pour dilater ». Les collyres corticoïdes, par exemple l’acétate de prednisolone à 1 % ou le difluprednate à 0,05 %, visent l’inflammation. Un cycloplégique comme le cyclopentolate relâche le spasme, calme la douleur et aide à prévenir les synéchies. Ces doses et ces molécules viennent des pages d’EyeWiki. C’est l’ophtalmologiste qui les choisit et qui surveille la pression de l’œil, car les corticoïdes locaux peuvent la faire monter. Une infection, notamment herpétique, exige en plus un traitement antiviral, pas seulement un stéroïde.
Sans soins, l’iritis peut laisser une cataracte, un glaucome, un œdème maculaire, des synéchies, parfois une baisse de vue durable. La Cleveland Clinic recommande de voir un ophtalmologiste si rougeur et douleur durent plus de quelques jours, et tout de suite en cas de perte visuelle brutale, de douleur intense ou de signes d’infection (fièvre, écoulement). Un myosis dans un œil blanc, indolore, n’est pas une iritis. Un myosis dans un œil rouge qui fuit la lumière l’est assez souvent pour justifier un rendez-vous le jour même, pas un collyre « vasoconstricteur » de pharmacie.

Insecticides organophosphorés et toxiques cholinergiques
Les organophosphorés et les carbamates, fréquents dans certains insecticides, bloquent les cholinestérases. L’acétylcholine s’accumule. Le tableau muscarinique, décrit par le Manuel Merck dans sa revue d’avril 2025, se reconnaît à un faisceau de signes, pas à la seule pupille.
- La salivation, les larmes, les sueurs, les urines et les selles augmentent de façon marquée.
- Le myosis s’accompagne souvent d’une vision trouble et d’une gêne à la lumière.
- La bronchorrhée, le bronchospasme et la bradycardie menacent la respiration et le rythme.
- Une faiblesse, des fasciculations, parfois une mydriase, peuvent coexister et brouiller le tableau.
Un document de l’OMS, daté de 2024, estime à 385 millions le nombre annuel d’intoxications aiguës non intentionnelles par pesticides dans le monde, dont environ 11 000 décès. L’organisme estime aussi que 15 à 20 % des suicides mondiaux sont liés à l’ingestion volontaire de pesticides très toxiques. Ces chiffres décrivent un fardeau mondial, surtout dans les pays où ces produits restent en vente libre, pas une épidémie française de myosis. Ils rappellent toutefois que le myosis n’est ici qu’un fragment d’un toxidrome qui peut tuer par sécrétions bronchiques et paralysie respiratoire.
Le traitement hospitalier repose d’abord sur l’oxygène, l’aspiration des sécrétions et l’atropine. Le Merck indique une dose initiale de 2 à 3 mg par voie veineuse chez l’adulte (0,05 mg/kg chez l’enfant), à doubler toutes les 3 à 5 minutes si besoin, jusqu’à tarir le bronchospasme et la bronchorrhée. On ne cherche pas à normaliser la taille des pupilles ni la fréquence cardiaque. Des grammes d’atropine sont parfois nécessaires. La pralidoxime (2-PAM), 1 à 2 g chez l’adulte, vise ensuite la toxicité neuromusculaire. Ces schémas sont ceux du Manuel Merck, destinés aux soignants. Un particulier ne « dose » pas l’atropine à la maison.
Avant l’hôpital, l’enjeu est de ne pas se contaminer. Il faut retirer les vêtements, rincer la peau, garder les emballages pour les pompiers, puis appeler le 15 ou le 112. Si la personne vomit, la position latérale limite l’inhalation. Le charbon activé n’a d’intérêt que dans un cadre médical, tôt après une ingestion, et après protection des voies aériennes. Le myosis isolé, sans gêne respiratoire, n’est pas le signal pour remplir quelqu’un d’atropine.
Hémorragie du pont, AVC et traumatisme crânien
Des pupilles d’environ 1 mm, chez une personne comateuse, font chercher une hémorragie massive du pont, une toxicité aux opioïdes ou un insecticide, d’après le tableau Merck d’interprétation des réponses pupillaires. L’hémorragie pontique interrompt les voies sympathiques descendantes qui dilatent les pupilles. Le tableau neurologique est brutal, souvent avec tétraparésie et réflexes vifs, pas seulement un regard « bizarre ».
Le traumatisme crânien et l’engagement cérébral dilatent plus souvent une pupille qu’ils ne la ferment. Une mydriase unilatérale aréactive évoque une compression du troisième nerf crânien, par exemple par engagement temporal. Des pupilles en mi-position, fixes, orientent vers le mésencéphale. Confondre ces trois images (myosis pontique, mydriase d’engagement, pupilles moyennes du mésencéphale) retarde le scanner. La Cleveland Clinic range néanmoins les traumatismes crâniens et les AVC parmi les causes possibles de myosis, parce qu’une lésion peut aussi toucher les voies sympathiques.
Un Horner après un choc cervical, une douleur du cou et un myosis unilatéral n’est pas « un petit traumatisme de l’œil ». C’est le scénario de dissection carotidienne déjà cité. Un coma avec deux pupilles minuscules, sans collyre et sans opioïde connu, n’est pas un motif de rassurance. C’est un motif d’appel au 15, d’oxygénation et d’imagerie, pendant que l’équipe écarte aussi une intoxication.
Les pupilles d’Argyll Robertson, petites, irrégulières, qui se contractent à la vision de près plus qu’à la lumière, appartiennent à un autre chapitre, historique de la neurosyphilis. Merck et la Cleveland Clinic les mentionnent encore. Elles n’expliquent pas un myosis brutal avec fièvre ou raideur de nuque, tableau qui fait plutôt chercher une méningite et un avis urgent.
Comment le médecin examine les pupilles
Le médecin mesure les deux pupilles à la lumière puis dans la pénombre, pendant que vous fixez au loin, pour savoir quelle pupille est anormale. Si l’écart grandit dans le noir, c’est souvent la petite pupille qui n’arrive pas à se dilater (Horner, collyre miotique). S’il grandit à la lumière, c’est plutôt la grande qui n’arrive pas à se fermer. Un écart stable, ancien, inférieur à 1 mm environ, avec des réflexes conservés, oriente vers une anisocorie physiologique.
On n’éclaire pas l’œil en demandant de regarder la lampe. La vision de près contracte la pupille et masque une inégalité. On note la forme (ronde, irrégulière, déformée par une synéchie ou un traumatisme de l’iris), la vitesse de la réaction, et le réflexe consensuel (l’autre œil se contracte-t-il quand on éclaire le premier). Un collyre d’apraclonidine, de cocaïne ou d’hydroxyamphétamine n’a de place qu’en consultation spécialisée, jamais en automédication.
L’interrogatoire pèse autant que la règle millimétrée. Quels collyres, y compris un échantillon donné chez l’orthoptiste ou l’ophtalmologiste la veille. Quels patchs, quels sprays nasaux. Quels opioïdes, quelle clonidine. Quel insecticide, quel travail agricole. Quelle douleur du cou, quelle céphalée en grappe, quel cancer du sommet du poumon connu. De vieilles photos, même un cliché pris par vous-même en basse lumière, datent le signe mieux qu’un souvenir.
Selon le contexte, le bilan peut aller de la lampe à fente (uvéite) à l’angioscanner des troncs supra-aortiques (dissection), l’IRM encéphalique et médullaire (lésion centrale), le scanner thoracique (apex pulmonaire), un dosage de cholinestérase, ou rien d’autre qu’un contrôle clinique si le collyre explique tout. Il n’existe pas un même bouquet d’examens pour tous les myosis. Le bon examen est celui que le signe associé désigne.
Quand le myosis justifie une consultation
Un myosis isolé, expliqué par un collyre connu, chez une personne qui parle et respire normalement, se signale au médecin ou au pharmacien. Un myosis avec trouble de conscience, détresse respiratoire, douleur du cou, œil rouge douloureux ou signes d’AVC se traite comme une urgence, en appelant le 15 ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Inconscience, respiration lente, myosis extrême des deux côtés | Appelez le 15 ou le 112, naloxone si disponible, position latérale. |
| Myosis d’un côté, paupière tombante, douleur brutale du cou | Urgences, on cherche notamment une dissection carotidienne. |
| Œil rouge, douloureux, photophobe, pupille serrée | Ophtalmologiste le jour même, pas un collyre « anti-rougeur ». |
| Salivation, vomissements, sueurs, gêne à respirer après un insecticide | Appelez le 15, évitez le contact avec les vêtements souillés. |
| Myosis des deux côtés après un collyre de glaucome, personne alerte | Signalez-le au prescripteur, n’arrêtez pas le traitement seul. |
| Petite inégalité ancienne, photos identiques, pas d’autre signe | Anisocorie physiologique possible, contrôle si le doute persiste. |
Les seuils concrets tiennent dans peu de phrases. Une fréquence respiratoire qui tombe, une personne qu’on ne réveille pas, des lèvres ou des ongles gris, un vomissement chez quelqu’un qui ne protège plus ses voies aériennes. Une douleur de nuque en coup de poignard avec un ptôsis nouveau. Une baisse de vue brutale. Ce ne sont pas des « second avis le mois prochain ». Ce sont des motifs d’appel immédiat.
À l’inverse, une pupille un peu plus petite le soir, après la lecture, sans douleur, n’impose pas un scanner. Le piège est de coller une cause unique (la drogue, le glaucome, le « stress ») sur un signe qui n’a de valeur qu’avec le reste du tableau. Le médecin traitant, l’ophtalmologiste ou les urgences tranchent selon ce tableau, pas selon une photo de pupille envoyée seule sur un téléphone.
Questions fréquentes
Les pupilles en tête d’épingle veulent-elles forcément dire une drogue ?
Non. Les opioïdes sont une cause classique de myosis des deux côtés, surtout avec une respiration lente, mais le Manuel Merck place les collyres miotiques du glaucome en tête des causes de constriction bilatérale. Une uvéite, un syndrome de Horner, un organophosphoré ou une hémorragie du pont peuvent donner le même signe oculaire.
Peut-on avoir une intoxication aux opioïdes sans myosis ?
Oui. StatPearls indique que l’absence de myosis n’exclut pas une toxicité de l’héroïne, surtout en cas de mélange avec d’autres substances. Les CDC insistent sur l’éveil, la respiration et la coloration de la peau. Une fréquence respiratoire trop basse pèse davantage que la taille des pupilles.
Comment reconnaître un syndrome de Claude Bernard-Horner ?
Il associe un myosis d’un seul côté, un ptôsis souvent discret et parfois une anhidrose de la même hémiface. L’inégalité se voit mieux dans le noir. Une apparition brutale avec douleur du cou justifie un avis urgent, à la recherche d’une dissection carotidienne, comme le soulignent EyeWiki et la Mayo Clinic.
Faut-il arrêter un collyre ou un opioïde prescrit si les pupilles sont petites ?
Non, pas de votre propre initiative. Un myosis peut être l’effet attendu d’une pilocarpine ou d’un opioïde bien dosé. La Cleveland Clinic rappelle de ne pas interrompre un traitement sans avis. Parlez-en au prescripteur, surtout si s’y ajoutent somnolence, respiration lente ou douleur oculaire.
Un myosis d’un seul œil est-il plus inquiétant ?
Il l’est davantage lorsqu’il est nouveau. Un seul œil oriente vers un Horner, une goutte tombée d’un côté, une iritis unilatérale ou un traumatisme local, pas vers un opioïde systémique. S’y ajoutent un ptôsis, une douleur du cou ou une rougeur douloureuse, le délai de consultation se compte en heures, pas en semaines.
Les pupilles rétrécissent-elles avec l’âge ?
Souvent un peu, oui. La Cleveland Clinic décrit un myosis lié à l’âge, à distinguer d’un changement brutal. Une pupille qui se ferme progressivement des deux côtés chez une personne âgée, sans autre signe, n’a pas la même urgence qu’un myosis unilatéral d’apparition soudaine.

Conclusion
Les pupilles ponctuelles racontent un déséquilibre entre le muscle qui ferme l’iris et celui qui l’ouvre. Parfois, c’est une goutte de glaucome. Parfois, c’est un opioïde, une iritis, une voie sympathique coupée ou un toxique agricole. Le signe ne se soigne pas « pour lui-même ». On traite la cause, et on ne promet pas que la pupille redeviendra identique à celle d’à côté.
Le prochain geste utile dépend du tableau, pas d’une angoisse vague. Photographiez les deux yeux dans une pièce un peu sombre, sortez une vieille photo, et posez les boîtes de collyres et d’antalgiques sur la table du médecin. Demandez-lui quelle pupille est anormale, à la lumière et dans le noir, et si un avis ophtalmologique ou une imagerie du cou est justifié maintenant.
Si la personne ne se réveille pas et que sa poitrine se soulève trop peu, le numéro à composer est le 15 ou le 112, avec de la naloxone dès qu’elle est à portée de main. Attendre que « les pupilles se rouvrent » n’est pas un traitement.
Sources
- 5 Things to Know About Naloxone. Centers for Disease Control and Prevention, 2 mai 2024.
- Horner syndrome – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 13 mai 2022.
- Miosis (Constricted Pupils): What It Is & Treatment. Cleveland Clinic, 5 mai 2026.
- Iritis: What It Is, Symptoms, Treatment & Causes. Cleveland Clinic, 11 novembre 2025.
- Organophosphate Poisoning and Carbamate Poisoning. Merck Manual Professional Edition, avril 2025.
- Table: Common Pupillary Abnormalities. Merck Manual Professional Edition, mis à jour en 2025.
- Table: Interpretation of Pupillary Response and Eye Movements. Merck Manual Professional Edition, mis à jour en 2025.
- Horner Syndrome. EyeWiki, American Academy of Ophthalmology, 10 mai 2026.
- Acute Anterior Uveitis. EyeWiki, American Academy of Ophthalmology, 16 août 2026.
- Oelhaf RC, Azadfard M : Heroin Toxicity. StatPearls, 15 octobre 2025.
- Payne WN, Blair K, Barrett MJ : Anisocoria – StatPearls – NCBI Bookshelf. StatPearls, 8 août 2023.
- Preventing suicide by phasing out highly hazardous pesticides. World Health Organization, 30 juillet 2024.
