Spirométrie : à quoi s’attendre aux résultats

Spirométrie : à quoi s'attendre aux résultats

La spirométrie est un test de souffle indolore qui mesure combien d’air vous pouvez expirer et à quelle vitesse cet air quitte les poumons. Elle sert à chercher ou à suivre un asthme, une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une fibrose pulmonaire ou une autre atteinte des voies aériennes, et parfois à vérifier la réserve respiratoire avant une opération.

Dans plusieurs pays, 40 à 50 % des personnes étiquetées BPCO n’ont jamais eu de spirométrie au moment du diagnostic, d’après la revue 2025 du comité scientifique GOLD. Un récit de tabac et de toux ne remplace pas le tracé. À l’inverse, un chiffre isolé, lu sans les symptômes ni les expositions, ne pose pas non plus le diagnostic à lui seul.

L’examen lui-même dure souvent 15 à 30 minutes, avec au moins trois souffles forcés. Pour confirmer une BPCO, GOLD 2025 et NICE exigent un rapport VEMS/CVF inférieur à 0,70 après bronchodilatateur, alors que le standard ERS/ATS 2022 préfère le 5e percentile d’une population saine plutôt que ce seuil fixe. Chez un adulte sans aucun symptôme respiratoire, l’USPSTF a réaffirmé en 2022 qu’un dépistage de BPCO par spirométrie n’apporte pas de bénéfice net.

À quoi sert une spirométrie

Le médecin demande une spirométrie quand le souffle, la toux ou un sifflement font craindre un rétrécissement des bronches ou un poumon trop raide, ou pour suivre une maladie déjà connue. C’est le test de fonction respiratoire le plus courant, réalisable au cabinet, à l’hôpital ou dans un laboratoire d’explorations fonctionnelles respiratoires (EFR).

Les pages 2024 de la Mayo Clinic citent l’asthme, la BPCO, la bronchite chronique, l’emphysème et la fibrose pulmonaire. Celles de la Cleveland Clinic y ajoutent la mucoviscidose, la recherche d’un rétrécissement des voies aériennes, l’effet d’une exposition professionnelle et l’estimation du risque respiratoire avant une chirurgie. NICE, dans le guide NG115, demande d’évoquer une BPCO chez une personne de plus de 35 ans qui a un facteur de risque, le plus souvent le tabac, et au moins un de ces signes persistants.

  • Une dyspnée d’effort qui s’installe progressivement, plus marquée à la marche ou en montant les étages, justifie souvent le test.
  • Une toux chronique, des crachats réguliers ou des « bronchites d’hiver » à répétition orientent vers une BPCO à confirmer.
  • Un sifflement, une oppression thoracique ou une gêne à inspirer à fond font aussi partie des motifs retenus par la Cleveland Clinic.

Une fois le diagnostic posé, le même examen sert à voir si un inhalateur améliore le débit, si la fonction se dégrade d’une année sur l’autre, ou si une poussée a laissé une trace. Le tracé ne dit pas à lui seul s’il s’agit d’asthme ou de BPCO. Il décrit un profil de débit et de volume que le médecin recoupe avec l’âge de début, les allergies, le tabac, l’imagerie et la réponse aux traitements. En France, le médecin traitant ou le pneumologue applique les recommandations locales pour décider du lieu du test et du rythme de suivi.

Test de spirométrie - Évaluation de la fonction pulmonaire

Comment se préparer au test

La préparation vise un tracé comparable d’une visite à l’autre, pas un « bon » résultat. Le prescripteur indique s’il faut interrompre certains inhalateurs. Si l’objectif est de mesurer l’effet du traitement habituel, on les poursuit. S’il s’agit d’un test de réversibilité, le standard technique ATS/ERS 2019 de Graham et coll. propose des fenêtres d’arrêt selon la durée d’action du produit.

Le salbutamol d’action courte est en général arrêté 4 à 6 heures avant. L’ipratropium l’est souvent 12 heures. Un bêta-2 de longue durée d’action comme le formotérol ou le salmétérol est retenu 24 heures. Les bronchodilatateurs d’ultra-longue durée d’action et les anticholinergiques de longue durée d’action (tiotropium, glycopyrronium, uméclidinium) sont arrêtés 36 à 48 heures. Les corticoïdes inhalés et les anti-leucotriènes n’ont pas à être stoppés pour ce motif. Ces délais viennent du document ATS/ERS 2019 et ne s’improvisent pas. Le laboratoire note l’heure de la dernière prise.

Côté quotidien, la Cleveland Clinic (mise à jour en février 2024) demande d’éviter un repas copieux au moins deux heures avant et un effort intense au moins trente minutes avant, et de porter des vêtements qui n’enserrent pas le thorax. Le NHS (page révisée en juin 2025) ajoute souvent 24 heures sans tabac et 4 heures sans alcool. D’autres fiches patients, aux États-Unis, parlent de 4 à 6 heures sans fumer. Suivez la consigne écrite du centre qui vous reçoit. Si vous portez un dentier, gardez-le. Il aide à coller les lèvres autour de l’embout.

Arrivez avec la liste des médicaments, y compris les sprays « à la demande » et l’heure exacte de la dernière bouffée. Signalez un infarctus récent, une chirurgie de l’œil, du thorax ou de l’abdomen, un pneumothorax, une tuberculose ou une infection respiratoire en cours. Le NHS refuse souvent le test en cas de bronchite aiguë, d’hypertension non contrôlée ou d’accident vasculaire récent, parce que l’effort expiratoire n’est alors ni sûr ni interprétable.

Comment se déroule l’examen

Vous êtes assis, le dos droit, les pieds à plat. Un pince-nez ferme les narines pour que tout l’air passe par la bouche. Après une inspiration aussi complète que possible, vous soufflez d’un coup, fort et longtemps, dans un embout relié au spiromètre, jusqu’à vider les poumons. Les lèvres doivent coller à l’embout. La moindre fuite fausse le volume.

Le geste est répété au moins trois fois. La Mayo Clinic retient la valeur la plus haute parmi trois efforts proches. Le standard ATS/ERS 2019 juge deux souffles reproductibles chez les plus de 6 ans si le VEMS et la CVF des deux meilleurs essais ne diffèrent pas de plus de 0,150 L. Au-delà de cet écart, l’opérateur en demande d’autres, sans multiplier les essais au point de provoquer un vertige. Un effort mou, une inspiration incomplète ou un arrêt trop tôt donnent un faux profil restrictif ou une obstruction inventée.

Un bronchodilatateur d’action courte peut ensuite être inhalé. On attend environ 15 minutes, puis on recommence la série. Ce deuxième passage compare le débit avant et après le médicament. Sans bronchodilatateur, la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic situent la durée autour de 15 à 30 minutes. Avec le délai d’attente, le NHS indique que le rendez-vous tient souvent en moins d’une heure.

Le test n’est pas douloureux. Un étourdissement bref, une toux ou une fatigue passagère sont fréquents et s’estompent. Signalez une douleur thoracique, un malaise ou un essoufflement qui ne cède pas. Le standard 2019 demande d’arrêter la manœuvre en cas de douleur. Après l’examen, vous reprenez vos inhalateurs et vos activités. Le tracé est lu par un professionnel formé. La Cleveland Clinic parle de quelques jours avant le compte rendu. Le NHS évoque parfois plusieurs semaines selon le circuit.

Que mesurent le VEMS et la CVF

Deux volumes portent presque tout le compte rendu. La capacité vitale forcée (CVF) est la quantité totale d’air que vous parvenez à chasser après une inspiration maximale. Le volume expiratoire maximal à la première seconde (VEMS, FEV1 en anglais) est la part de cet air sortie pendant la première seconde. Le rapport VEMS/CVF dit quelle fraction de la capacité vitale sort d’un coup.

Un VEMS bas avec un rapport bas oriente vers une obstruction. L’air est coincé en aval d’un rétrécissement ou d’un collapsus bronchique, comme dans l’asthme ou la BPCO. Une CVF basse avec un rapport normal ou élevé fait plutôt penser que le poumon ou la paroi ne se remplissent pas, comme dans une fibrose, une cyphoscoliose ou une faiblesse musculaire. Ces lectures restent des profils. Le standard ERS/ATS 2022 de Stanojevic et coll. rappelle qu’elles doivent être recoupées avec l’histoire clinique et la qualité du tracé.

Les chiffres ne sont pas des pourcentages magiques valables à tout âge. On les compare à une valeur prédite selon l’âge, le sexe et la taille debout. Le document de 2022 déconseille fortement les seuils ronds de 80 % de la théorique pour le VEMS et de 0,70 pour le rapport, encore très répandus sur les comptes rendus. Ces raccourcis n’épousent pas la variabilité réelle. Pour un homme de taille médiane, le seuil bas de référence du VEMS vaut environ 81 % de la théorique à 10 ans et 68 % à 85 ans. Un même 75 % de la théorique peut donc être banal chez un octogénaire et anormal chez un adolescent.

La limite inférieure de la normale retenue par l’ERS et l’ATS est le 5e percentile, soit un z-score de −1,645. Cinq personnes en bonne santé sur cent se trouveront sous ce seuil par simple hasard statistique. Tout près de la limite, l’incertitude est grande. Plus le z-score s’éloigne vers −2,5 ou −4, plus l’écart à la population de référence devient marqué. L’ampleur du déficit fonctionnel n’équivaut pas à la gravité de la maladie. La dyspnée, les exacerbations, l’imagerie et les autres maladies pèsent autant que le VEMS.

Obstruction ou restriction : comment lire le tracé

On commence par le rapport VEMS/CVF. S’il tombe sous le 5e percentile, le standard ERS/ATS 2022 parle d’obstruction. GOLD et NICE, pour la BPCO, utilisent encore un seuil fixe de 0,70 après bronchodilatateur. Les deux règles peuvent classer la même personne différemment, surtout aux âges extrêmes. Chez le sujet âgé, le rapport baisse avec le temps même sans maladie. Un seuil fixe de 0,70 risque alors de créer des faux diagnostics. Chez l’adulte jeune, il peut manquer une obstruction débutante.

Si le rapport est bas, on regarde la CVF. Une CVF conservée évoque une obstruction simple. Une CVF basse fait craindre un trouble mixte ou un piège à air qui réduit le volume mobilisable. Seule la capacité pulmonaire totale (CPT), mesurée par pléthysmographie ou dilution gazeuse, confirme une restriction. Une CVF basse avec un rapport normal n’est donc pas un diagnostic de maladie restrictive. C’est un signal pour mesurer les volumes.

Un autre profil, dit non spécifique, associe un VEMS et une CVF bas, un rapport normal et une CPT normale. Chez les fumeurs, les études de population l’ont parfois nommé PRISm (preserved ratio impaired spirometry). Le document de 2022 note qu’au suivi, ce tracé peut rester stable, basculer vers une obstruction ou vers une restriction. Il ne doit ni être ignoré ni étiqueté à la hâte.

Profil Rapport VEMS/CVF CVF Ce qui confirme
Obstruction Bas (LIN ERS/ATS, ou < 0,70 post-bronchodilatateur pour GOLD/NICE) Souvent normale Contexte clinique, parfois volumes
Restriction possible Normal ou élevé Basse CPT basse, pas la spirométrie seule
Trouble mixte Bas Basse CPT basse associée à l’obstruction
Profil non spécifique Normal VEMS et CVF bas CPT normale, puis suivi
Spirométrie normale Dans les limites Dans les limites N’élimine pas un asthme intermittent

Les débits médians du type DEM25-75, encore imprimés sur beaucoup de courbes, sont trop variables pour fonder une décision individuelle, selon le même standard. Un rapport bas avec un VEMS encore dans les normes peut correspondre à une croissance inégale des bronches et du parenchyme (dysanapsis) ou à une obstruction débutante. La probabilité clinique, plus que le chiffre isolé, tranche.

Test au bronchodilatateur et diagnostic de BPCO

Le test de réversibilité n’est pas un juge de paix entre asthme et BPCO. Il mesure la variation aiguë du VEMS ou de la CVF après un bronchodilatateur. Le standard ERS/ATS 2005 demandait une hausse d’au moins 12 % et 200 ml par rapport à la valeur de départ. Le document ERS/ATS 2022 a remplacé ce couple. Une réponse est désormais dite significative si le VEMS ou la CVF augmente de plus de 10 % de la valeur prédite de la personne, ce qui réduit le biais lié à un volume de départ très bas.

GOLD, pour la BPCO, ne s’appuie pas sur l’ampleur de cette hausse. Le diagnostic exige, dans un contexte de symptômes ou d’expositions, un rapport VEMS/CVF restant inférieur à 0,70 après bronchodilatateur. La revue 2025 du comité scientifique GOLD (Singh et coll.) précise le parcours. Un rapport pré-bronchodilatateur supérieur ou égal à 0,70 écarte la BPCO dans la plupart des cas et évite un second passage. Un rapport pré-bronchodilatateur inférieur à 0,70 doit être contrôlé après le médicament pour confirmer une obstruction persistante. Avec les valeurs mesurées après bronchodilatateur, la prévalence de BPCO est jusqu’à 36 % plus basse qu’avec les valeurs avant médicament.

Deux discordances existent. Chez certains, le piège à air baisse la CVF et le rapport pré-bronchodilatateur reste au-dessus de 0,70. Après le médicament, la CVF remonte plus que le VEMS et le rapport passe sous 0,70. Ce sont les « répondeurs en volume ». Chez d’autres, le VEMS grimpe davantage et un rapport d’abord bas se normalise. GOLD 2025 recommande de les suivre, avec un nouveau test souvent à 3 à 6 mois, car beaucoup finissent par présenter une obstruction persistante, surtout s’ils continuent de fumer. Un rapport post-bronchodilatateur entre 0,60 et 0,80 mérite d’être refait un autre jour, à cause de la variation biologique. Sous 0,60, un retour spontané au-dessus de 0,70 est très peu probable.

NICE (NG115) confirme aussi la BPCO par une spirométrie post-bronchodilatateur avec un rapport inférieur à 0,70. Le guide britannique demande d’envisager une autre cause chez la personne âgée sans symptômes typiques, et d’évoquer quand même une BPCO chez un adulte jeune symptomatique même si le rapport reste au-dessus de 0,70. Une hausse de VEMS supérieure à 400 ml, une réponse nette à la prednisolone orale ou une variabilité du débit de pointe d’au moins 20 % oriente plutôt vers un asthme. En France, le médecin applique le document local. Demandez si le chiffre imprimé est un rapport avant ou après bronchodilatateur. Sans cette mention, le 0,70 n’a pas de sens.

NICE classe ensuite l’obstruction selon le VEMS post-bronchodilatateur, une fois le rapport inférieur à 0,70. Un VEMS à 80 % de la théorique ou plus correspond au stade 1. Entre 50 et 79 %, au stade 2. Entre 30 et 49 %, au stade 3. Sous 30 %, au stade 4. L’ERS et l’ATS, eux, notent l’ampleur du déficit en z-score (léger entre −1,65 et −2,5, modéré jusqu’à −4, marqué au-delà). Les deux échelles ne se superposent pas. Le compte rendu devrait indiquer laquelle a été utilisée.

Docteur examinant les résultats de la spirométrie

Faut-il une spirométrie si l’on fume sans symptôme ?

Non, pas en dépistage de masse. L’USPSTF a réaffirmé le 10 mai 2022 une recommandation de grade D contre le dépistage de la BPCO chez les adultes asymptomatiques, y compris par spirométrie. Le groupe américain conclut avec une certitude modérée à l’absence de bénéfice net. Cette position ne concerne pas les personnes qui consultent pour une toux chronique, des crachats, un essoufflement ou un sifflement. Elle ne s’applique pas non plus au déficit en alpha-1 antitrypsine ni à certaines expositions professionnelles toxiques.

NICE, de son côté, ne propose pas un test à tous les fumeurs. Le guide vise les plus de 35 ans qui ont un facteur de risque et au moins un symptôme. Il prévoit aussi une spirométrie chez le fumeur ou l’ex-fumeur de plus de 35 ans qui tousse de façon chronique, et de l’envisager en cas de bronchite chronique, parce qu’une partie de ces personnes évoluera vers une obstruction. Le NHS mentionne parfois un test dans le cadre d’un programme de dépistage du cancer du poumon après 55 ans chez un fumeur, ce qui est un autre objectif que la chasse à la BPCO silencieuse.

Le tabagisme reste le premier levier. L’USPSTF rappelle que l’aide à l’arrêt protège les poumons, que la spirométrie de dépistage soit faite ou non. Si vous fumez et que vous manquez d’air, que vous toussez depuis des semaines ou que vous crachez, le test redevient un outil de diagnostic, pas un dépistage. Le médecin traitant juge alors du bon moment, à distance d’une infection, et de l’intérêt d’une EFR plus complète.

Quand reporter l’examen ou consulter

La spirométrie demande un effort. Elle augmente les pressions dans le thorax, le ventre et le crâne, et accroît brièvement le travail du cœur. Le standard ATS/ERS 2019 ne pose pas d’interdit absolu. Il dresse des contre-indications relatives, à peser avec le bénéfice attendu du tracé. Un infarctus du myocarde datant de moins d’une semaine, une hypotension ou une hypertension marquée, un trouble du rythme important, une insuffisance cardiaque non compensée, une embolie pulmonaire instable ou des malaises déclenchés par la toux font partie de la liste cardiaque.

Du côté des pressions, le document retient un anévrisme cérébral, une chirurgie cérébrale de moins de 4 semaines, une commotion encore symptomatique, une chirurgie oculaire de moins d’une semaine, une chirurgie des sinus ou de l’oreille moyenne récente, un pneumothorax en cours, une chirurgie thoracique ou abdominale de moins de 4 semaines et une grossesse à terme. Une infection transmissible, dont la tuberculose, ou des crachats de sang abondants font reculer le rendez-vous pour des raisons de sécurité collective autant qu’individuelle. Le NHS, de son côté, déconseille le test après un infarctus ou un accident vasculaire récent. Signalez tout antécédent. Le prescripteur arbitrera.

Pendant le test, vertige, toux et essoufflement transitoire sont banals. Une douleur thoracique, un malaise, des lèvres bleutées ou une gêne qui ne cède pas imposent d’arrêter et d’être examiné sur place. À la maison, une dyspnée brutale, une douleur thoracique unilatérale, des crachats de sang ou une détresse respiratoire relèvent du 15 ou du 112. Ces signes ne sont pas des suites attendues d’une spirométrie. NICE souligne d’ailleurs que la douleur thoracique et l’hémoptysie sont inhabituelles dans une BPCO et doivent faire chercher une autre cause.

Consultez le médecin traitant, sans urgence vitale, si une toux dure, si l’essoufflement gagne les efforts du quotidien, si les infections hivernales se répètent ou si un inhalateur ne change rien. Le bon moment pour le test est un état stable, à distance d’une exacerbation. Un tracé fait au plus fort d’une bronchite raconte l’épisode aigu, pas la maladie de fond.

Quels examens complètent la spirométrie

La spirométrie ne mesure pas l’air qui reste dans le poumon après une expiration forcée, ni le passage de l’oxygène vers le sang. Quand la CVF est basse, quand le tableau clinique et le tracé divergent, ou quand on suspecte un emphysème, une fibrose ou une hypertension pulmonaire, le laboratoire ajoute d’autres EFR.

La pléthysmographie corporelle, décrite dans le Merck Manual (révision de novembre 2025), place la personne dans une cabine étanche. Les variations de pression permettent de calculer la CPT, le volume résiduel et la capacité résiduelle fonctionnelle. Une CPT basse confirme la restriction. Une CPT haute avec un volume résiduel élevé parle de distension, fréquente dans la BPCO. Une méthode par dilution d’un gaz, souvent l’hélium, existe aussi, un peu moins précise en cas de piège à air.

Le transfert du monoxyde de carbone (DLCO ou TLCO) évalue l’échange alvéolo-capillaire. On inhale une petite quantité de CO, on bloque la respiration environ 10 secondes, puis on expire vers un analyseur. Une DLCO basse s’observe dans l’emphysème, les maladies interstitielles et certaines atteintes vasculaires pulmonaires. Une gazométrie artérielle, une oxymétrie, un test de marche de 6 minutes ou une épreuve d’effort cardiorespiratoire répondent à d’autres questions (oxygène dans le sang, tolérance à l’effort). Chez le jeune enfant incapable de souffler sur commande, d’autres techniques comme l’oscillométrie peuvent être proposées.

Une radio ou un scanner ne remplacent pas le souffle forcé. Ils montrent la structure. NICE prévoit toutefois de reconsidérer le diagnostic et de proposer une spirométrie si un cliché fait pour une autre raison révèle un emphysème ou des signes de maladie chronique des voies aériennes. L’imagerie et l’EFR se complètent. Elles ne racontent pas la même histoire.

Questions fréquentes

Combien de temps dure une spirométrie ?

Le souffle forcé lui-même occupe souvent 15 à 30 minutes, d’après la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic. Si un bronchodilatateur est donné, il faut ajouter un quart d’heure d’attente et une seconde série. Le rendez-vous complet tient généralement en moins d’une heure selon le NHS.

Dois-je arrêter mes inhalateurs la veille ?

Seulement si le prescripteur l’a demandé pour un test de réversibilité. Le standard ATS/ERS 2019 propose 4 à 6 heures d’arrêt pour le salbutamol, 24 heures pour un bêta-2 de longue durée d’action, 36 à 48 heures pour un anticholinergique de longue durée. Les corticoïdes inhalés se poursuivent. Gardez vos traitements si l’objectif est de juger l’effet du schéma actuel.

Une spirométrie normale écarte-t-elle l’asthme ?

Non. Entre les crises, le tracé d’un asthme intermittent peut être banal. Le diagnostic s’appuie aussi sur les symptômes variables, le débit de pointe, parfois un test de provocation. Une spirométrie normale n’interdit pas non plus une maladie débutante. Elle rassure sur le débit du jour, pas sur toute l’histoire respiratoire.

Quelle différence y a-t-il avec une EFR complète ?

La spirométrie est le module de base des EFR. Une EFR complète ajoute en général les volumes pulmonaires et le transfert du CO, parfois des gaz du sang. On la réserve aux tracés ambigus, aux suspicions de restriction ou d’emphysème, et au bilan d’une dyspnée inexpliquée.

Le test est-il douloureux ou dangereux ?

Il n’est pas douloureux. Un vertige ou une toux passagers sont fréquents. Le risque grave est rare. On le réduit en reportant l’examen après un infarctus récent, une chirurgie, un pneumothorax ou une infection contagieuse, comme le détaille le standard de 2019.

Que faire si le rapport est tout près de 0,70 ?

GOLD 2025 conseille de refaire la spirométrie un autre jour lorsque le rapport post-bronchodilatateur se situe entre 0,60 et 0,80, car la variation biologique peut faire basculer le seuil. Apportez les anciens tracés. Un seul chiffre collé à 0,70 ne doit ni rassurer ni alarmer à lui seul.

Test d'oxymétrie de pouls - Mesure des niveaux d'oxygène

Conclusion

Le bon usage de la spirométrie tient en trois vérifications. Le tracé est-il de qualité, avec trois efforts reproductibles à 0,150 L près ? Le rapport imprimé est-il un chiffre avant ou après bronchodilatateur, lu avec la norme annoncée (seuil 0,70 de GOLD et de NICE, ou 5e percentile ERS/ATS 2022) ? Les symptômes, le tabac, l’âge et l’imagerie s’accordent-ils avec la courbe ? Sans ces trois pièces, un pourcentage de VEMS ne décide ni d’un inhalateur à vie ni d’un dédouanement.

Les équations de référence ont changé. Les valeurs NHANES III, encore citées sur d’anciens comptes rendus, classaient les personnes par groupes raciaux. Les équations GLI Global 2022, publiées par Bowerman et coll. en 2023 à partir de 74 185 individus, n’exigent plus ce choix. Elles reposent sur l’âge, le sexe et la taille. Demandez quelle équation a servi. Un même souffle peut passer d’un côté ou de l’autre de la limite selon la table.

Avant le prochain test, notez vos inhalateurs avec l’heure de la dernière prise, et écrivez les deux questions à poser. Le rapport est-il post-bronchodilatateur ? Quelle équation et quel z-score figurent sur le relevé ? Si le souffle se dégrade, si une toux s’installe ou si l’effort du quotidien devient court, prenez rendez-vous. Le 15 ou le 112 restent le bon numéro en cas de détresse respiratoire, de douleur thoracique brutale ou de crachats de sang, que vous ayez ou non un rendez-vous d’EFR dans l’agenda.

Sources

  1. Spirometry – Mayo Clinic. Mayo Clinic, 14 mai 2024.
  2. Spirometry: Purpose, Procedure, Risks & Results. Cleveland Clinic, 8 février 2024.
  3. Graham BL, Steenbruggen I, Miller MR et al. : Standardization of Spirometry 2019 Update. An Official American Thoracic Society and European Respiratory Society Technical Statement. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 15 octobre 2019.
  4. Stanojevic S, Kaminsky DA, Miller MR et al. : ERS/ATS technical standard on interpretive strategies for routine lung function tests. European Respiratory Journal, 13 juillet 2022.
  5. Singh D, Stockley R, Anzueto A et al. : GOLD Science Committee recommendations for the use of pre- and post-bronchodilator spirometry for the diagnosis of COPD. European Respiratory Journal, 6 février 2025.
  6. Chronic Obstructive Pulmonary Disease: Screening. U.S. Preventive Services Task Force, 10 mai 2022.
  7. Chronic obstructive pulmonary disease in over 16s: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 5 décembre 2018, revue le 29 juillet 2026.
  8. Bowerman C, Bhakta NR, Brazzale D et al. : A Race-neutral Approach to the Interpretation of Lung Function Measurements. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 15 mars 2023.
  9. Spirometry test. National Health Service, 19 juin 2025.
  10. Pulmonary Function Testing (PFT). Merck Manual Consumer Version, novembre 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.