
L’hépatite B est une infection du foie due au virus de l’hépatite B (VHB), présent dans le sang et certains liquides biologiques. Chez la plupart des adultes, l’épisode reste aigu et le système immunitaire élimine le virus en moins de six mois ; chez le nourrisson, environ 90 % des infections deviennent chroniques.
Beaucoup de lecteurs redoutent surtout une jaunisse brutale. Le risque le plus lourd se joue plus tard. En 2022, l’Organisation mondiale de la Santé estimait à 254 millions le nombre de personnes vivant avec une infection chronique, et à 1,1 million les décès, surtout par cirrhose et cancer du foie. Fin 2022, seulement 13 % des personnes infectées de façon chronique avaient reçu un diagnostic.
Un dépistage unique à l’âge adulte figure depuis 2023 dans les recommandations américaines du CDC, via une triple sérologie. La vaccination de tous les adultes de 19 à 59 ans y a été étendue dès 2022. Les lignes directrices OMS de 2024 élargissent aussi le traitement antiviral, avec un objectif de couvrir au moins 50 % des personnes AgHBs positives contre environ 8 à 15 % auparavant. Une exposition récente peut encore bénéficier d’une prophylaxie dans les 24 heures. En France, le médecin traitant ou le pharmacien applique le calendrier et les médicaments prévus sur place.
Aiguë ou chronique, ce que le virus fait au foie
Le VHB est un virus à ADN qui se multiplie surtout dans les cellules du foie. L’infection aiguë dure moins de six mois. Si l’antigène de surface (AgHBs) persiste au-delà, on parle d’infection chronique. Cette distinction, retenue par le CDC et le NIDDK, oriente ensuite le suivi et l’éventuel traitement.
L’âge au moment de la contamination pèse plus que l’intensité des premiers symptômes. Environ 90 % des nourrissons infectés restent chroniques, contre environ 5 % des adultes, d’après l’aperçu clinique du CDC. Entre les deux, le risque diminue à mesure que l’enfant grandit. Un adulte peut se sentir très malade et pourtant éliminer le virus. Un bébé, souvent sans aucun signe, garde l’infection pour des décennies.
Parmi les personnes chroniques, 15 à 25 % développent une maladie grave du foie (cirrhose, insuffisance hépatique ou cancer), toujours selon le CDC. Ces complications n’apparaissent parfois qu’à l’âge adulte, longtemps après une contamination à la naissance. D’où l’intérêt d’un dépistage même en l’absence de jaunisse. Le CDC situe autour de 640 000 le nombre d’adultes américains vivant avec une infection chronique.
Le virus reste infectieux au moins sept jours sur une surface, même sans sang visible. Cette stabilité explique les contaminations par un rasoir, une brosse à dents ou du matériel d’injection mal stérilisé. Elle n’en fait pas pour autant une maladie « de l’air » ou de la vaisselle. Les voies utiles à connaître sont le sang, les rapports sexuels et le passage de la mère à l’enfant.
Une forme fulminante, avec arrêt brutal des fonctions du foie, reste rare. Le NIDDK la range parmi les complications possibles de l’épisode aigu. Elle impose un avis hospitalier immédiat. Dans la grande majorité des cas de l’adulte, l’épisode aigu se termine par une guérison immunitaire, avec apparition d’anticorps protecteurs.

Comment le virus se transmet, et ce qui ne le transmet pas
Le VHB passe lorsqu’un liquide infecté, surtout du sang, du sperme ou des sécrétions vaginales, entre en contact avec le sang ou une muqueuse d’une personne non immunisée. Les trois voies principales retenues par le CDC sont l’accouchement, les rapports sexuels et le partage de matériel d’injection. Le sang contient les plus fortes concentrations de virus.
D’autres expositions sont moins fréquentes, mais documentées. Une piqûre d’aiguille, un matériel médical mal stérilisé, le partage d’un rasoir ou d’une brosse à dents, un contact avec une plaie ouverte, la dialyse ou une greffe figurent sur cette liste. Dans un foyer où quelqu’un est AgHBs positif, le CDC recommande de tester les proches. Un partenaire ou un enfant qui partage la salle de bains n’est pas « à l’abri » par le simple fait de bien se porter.
Le virus ne se transmet pas par la toux, les éternuements, une accolade, une poignée de main, l’eau, les aliments, les couverts ou un baiser, précise le CDC. L’allaitement n’est pas une voie de transmission lorsqu’on a pris les mesures de protection du nouveau-né. La salive peut contenir du virus, mais pas à un niveau qui ferait du partage d’un verre un mode efficace.
Quelques situations concrètes reviennent souvent en consultation.
- Un rapport sexuel sans préservatif avec une personne porteuse du VHB peut transmettre l’infection, même en l’absence de symptômes.
- Le partage d’une seringue, d’une cuillère ou d’un filtre déjà utilisé expose au sang infecté de façon très efficace.
- Un tatouage ou un piercing réalisé avec du matériel non stérile peut suffire si du sang a contaminé l’aiguille.
- Un professionnel de santé se piquant avec une aiguille souillée relève d’un accident d’exposition, à déclarer sans délai.
Le diabète ajoute un risque particulier dans certains établissements, lorsque des lecteurs de glycémie ou des lancettes sont partagés. Le CDC a enquêté sur plusieurs épidémies de ce type. À la maison, chacun garde son matériel. Voyager dans une région de forte endémie n’infecte pas par l’air du pays ; le risque passe par les soins, les rapports sexuels ou le partage d’objets coupants.
Symptômes et situations qui imposent un avis médical
Beaucoup de personnes infectées n’ont aucun signe, surtout les enfants de moins de cinq ans. Jusqu’à la moitié des adolescents et des adultes peuvent en revanche ressentir l’épisode aigu, d’après le CDC. Les symptômes, lorsqu’ils existent, commencent souvent entre un et quatre mois après l’exposition, selon la Mayo Clinic. Ils durent en général quelques semaines, parfois jusqu’à six mois.
Le tableau ressemble à une hépatite virale « classique ». Fatigue marquée, fièvre, nausées, vomissements, perte d’appétit, douleurs du haut du ventre, urines très foncées, selles pâles et jaunisse (yeux ou peau) reviennent le plus souvent. Des douleurs articulaires sont possibles. Chez une personne déjà chronique, la même fatigue, les mêmes douleurs ou une jaunisse peuvent signaler une poussée, une cirrhose ou une réactivation, parfois des décennies plus tard.
Une exposition connue ne se gère pas à la maison. La Mayo Clinic et le NIDDK demandent un contact médical immédiat, car une prophylaxie (vaccin, et parfois des immunoglobulines spécifiques) est plus efficace si elle est donnée dans les 24 heures. Attendre « pour voir si une jaunisse apparaît » fait perdre cette fenêtre.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Piqûre, rapport non protégé ou contact avec du sang dans les 24 heures | Contactez un médecin ou les urgences le jour même pour une prophylaxie. |
| Jaunisse, urines très foncées et selles pâles, avec fatigue intense | Prenez rendez-vous le jour même pour une sérologie et un bilan hépatique. |
| Confusion, somnolence, saignements, ventre très gonflé ou détresse | Appelez le 15 (SAMU) ou le 112. |
| Vous vivez avec une personne AgHBs positive, sans vaccin connu | Demandez un dépistage et une vaccination au médecin traitant. |
| Traitement immunosuppresseur, chimiothérapie ou antiviral contre l’hépatite C | Signalez tout antécédent d’hépatite B avant de commencer le traitement. |
Appelez le 15 ou le 112 si la personne ne répond plus, saigne sans s’arrêter, a le ventre dur et douloureux, ou devient confuse. Ces signes peuvent correspondre à une insuffisance hépatique, rare mais grave. Une simple fatigue après un voyage n’est pas une urgence, mais un test reste utile si un risque d’exposition existe. Le pharmacien peut orienter vers un laboratoire ; il ne pose pas le diagnostic à lui seul.
Les trois marqueurs du dépistage sanguin
Le diagnostic ne se lit pas sur la peau. Il repose sur une prise de sang. Depuis 2023, le CDC recommande, pour un premier bilan chez l’adulte, un trio de marqueurs plutôt que l’AgHBs seul. Ce trio comprend l’antigène de surface (AgHBs), l’anticorps anti-HBs et l’anticorps total anti-HBc. Ensemble, ils distinguent une infection active, une infection ancienne guérie, une vaccination et une personne jamais exposée.
L’AgHBs positif signifie en pratique que la personne est infectieuse, sauf juste après une dose de vaccin, où un AgHBs transitoire peut brouiller la lecture. L’anti-HBc apparaît en cas d’infection vraie, jamais après une vaccination seule. L’IgM anti-HBc oriente vers une infection récente. Un anti-HBs présent après une série vaccinale complète est lu, dans les textes du CDC, comme un marqueur de protection.
| Profil usuel | Lecture habituelle |
|---|---|
| AgHBs+, anti-HBc+, IgM anti-HBc+ | Infection aiguë récente, encore contagieuse. |
| AgHBs+, anti-HBc+, IgM anti-HBc− | Infection chronique, à évaluer (ADN viral, ALAT, foie). |
| AgHBs−, anti-HBs+, anti-HBc− | Réponse vaccinale, sans infection passée. |
| AgHBs−, anti-HBs+, anti-HBc+ | Infection ancienne éliminée, immunité naturelle. |
| Les trois marqueurs négatifs | Personne non immunisée, vaccination à discuter. |
Un AgHBs qui reste positif plus de six mois confirme la chronicité. Le médecin ajoute alors l’ADN du VHB (charge virale), l’antigène HBe, les transaminases (ALAT) et une estimation de la fibrose. L’élastométrie transitoire (FibroScan) et le score APRI servent à cette estimation. La méta-analyse de Liguori, Zoncapè, Casazza et coll., publiée en 2025 dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology, a nourri les seuils OMS 2024. Un APRI supérieur à 0,5 ou une élastométrie au-dessus de 7 kPa oriente vers une fibrose significative.
Le sang du dépistage devrait être prélevé avant une dose de vaccin, car l’AgHBs vaccinal transitoire brouille la lecture. Le CDC insiste pourtant pour que l’absence de laboratoire le jour même ne retarde pas la première injection chez une personne encore exposée. On vaccine, puis on teste à une visite suivante.
Qui devrait se faire tester, même sans symptôme
Un dépistage au moins une fois dans la vie pour tous les adultes de 18 ans et plus figure depuis 2023 dans les recommandations américaines du CDC, avec un test AgHBs à chaque grossesse, de préférence au premier trimestre. Toute personne qui demande un test devrait l’obtenir, même si elle ne veut pas détailler un risque. Ces règles ne s’imposent pas telles quelles en France. Elles rappellent surtout qu’un dépistage limité aux seuls facteurs de risque déclarés laisse passer trop de porteurs silencieux.
Le NIDDK reprend la même logique. Beaucoup de malades chroniques n’ont aucun symptôme tant que la cirrhose n’est pas là. Un test unique, puis des contrôles si le risque continue, change le pronostic. Les groupes classiquement plus exposés restent valables partout. Nouveau-nés de mère AgHBs positive, partenaires sexuels, personnes qui s’injectent des drogues, hommes ayant des rapports avec des hommes, dialysés, soignants exposés au sang, personnes nées ou ayant vécu dans une région de forte endémie, co-infection VIH ou hépatite C.
Un test n’est pas fiable dans les tout premiers jours après un risque. Les marqueurs mettent un peu de temps à apparaître. Le médecin choisit la date du prélèvement et, si besoin, le répète. Après une exposition nette, on n’attend pas le résultat pour commencer la prophylaxie.
Si le résultat montre une infection chronique, un bilan du foie et un avis spécialisé (hépato-gastro-entérologie) s’imposent. Le CDC demande aussi de vacciner contre l’hépatite A, de chercher une hépatite C, et souvent un VIH et un virus delta. L’entourage du foyer et les partenaires sexuels relèvent d’un dépistage, puis d’une vaccination s’ils n’ont jamais rencontré le virus. Ne pas donner de sang, de sperme ni d’organes tant que l’AgHBs est positif.
Antiviraux, ce qu’ils font et ce qu’ils ne font pas
Il n’existe pas de traitement spécifique de l’épisode aigu. Le CDC et le NIDDK décrivent des soins de soutien (repos, hydratation, alimentation, surveillance). La plupart des adultes guérissent sans antiviral. L’hospitalisation se discute au cas par cas, surtout s’il existe une jaunisse intense, une confusion ou une impossibilité de s’alimenter.
L’infection chronique est une autre affaire. Les antiviraux ne constituent pas une guérison qui chasse le virus de toutes les cellules. Ils peuvent fortement diminuer la réplication, calmer l’inflammation et réduire le risque de cirrhose et de cancer. Dans la formulation du CDC, le traitement n’est « pas considéré comme curatif », mais le suivi et les médicaments diminuent la morbidité et la mortalité. Arrêter un antiviral sans avis expose à une réactivation.
Les lignes directrices OMS de 2024 ont élargi les indications. On ne réserve plus le traitement aux seules cirrhoses ou aux charges virales très hautes. Quatre portes d’entrée, dont une seule exige un dosage d’ADN, visent au moins 50 % des personnes AgHBs positives, contre environ 8 à 15 % avec les critères plus anciens. Un adulte ou un adolescent de 12 ans ou plus peut relever d’un traitement s’il a une fibrose significative, un ADN au-dessus de 2 000 UI/ml avec des ALAT élevées, une co-infection, un diabète, une stéatose métabolique, des antécédents familiaux de cancer du foie, ou, faute d’ADN disponible, des ALAT anormales de façon répétée.
Les molécules préférées, toujours selon l’OMS 2024, sont le ténofovir disoproxil et l’entécavir, retenus pour leur barrière élevée à la résistance. D’autres analogues, plus anciens, laissent davantage de place aux résistances et ne sont plus le premier choix de ces textes. Le médecin français choisit la spécialité et la dose selon l’autorisation locale, la fonction rénale et une éventuelle grossesse. N’interrompez pas un comprimé parce que « les transaminases sont devenues normales ».
Le suivi ne se limite pas à la boîte de comprimés. Une alimentation équilibrée, un poids stable, peu ou pas d’alcool, et la prudence avec les plantes et l’automédication protègent un foie déjà sollicité. Le CDC demande aussi une activité physique en cas de surpoids. Ces mesures n’éliminent pas le virus. Elles évitent d’ajouter une seconde maladie du foie à la première.
Grossesse, accouchement et protection du nouveau-né
Une femme enceinte AgHBs positive peut transmettre le VHB à l’enfant surtout au moment de l’accouchement. Avec vaccin et immunoglobulines à la naissance, puis achèvement de la série vaccinale, environ 1 % des nouveau-nés s’infectent encore, d’après le Pink Book du CDC. Les charges virales maternelles les plus hautes restent le principal facteur d’échec.
L’OMS conserve, depuis les textes de 2020 repris en 2024, une prophylaxie par ténofovir disoproxil chez la femme AgHBs positive dont l’ADN dépasse 200 000 UI/ml ou dont l’AgHBe est positif, de préférence à partir du deuxième trimestre, jusqu’à l’accouchement ou la fin de la série vaccinale du nourrisson. En 2024, une option conditionnelle s’ajoute. Si l’ADN et l’AgHBe ne sont pas disponibles, un ténofovir peut être proposé à toutes les femmes AgHBs positives. Ces schémas internationaux ne remplacent pas la conduite du gynécologue et de l’hépatologue qui suivent la grossesse en France.
Le nourrisson reçoit, dans les textes de l’OMS, une première dose de vaccin le plus tôt possible après la naissance, puis deux ou trois doses pour achever la série. Le Pink Book américain y ajoute des immunoglobulines pour un enfant né d’une mère AgHBs positive, injectées sur un autre site que le vaccin. Le NIDDK demande d’avertir l’équipe de la salle de naissance. Un enfant de faible poids de naissance peut nécessiter une dose supplémentaire. Le calendrier exact, en France, est celui du médecin ou de la sage-femme.
L’allaitement reste possible après ces mesures de protection, d’après le NIDDK. On évite de nourrir au sein si les mamelons sont crevassés et saignent. Le partenaire et les autres enfants du foyer relèvent d’un dépistage, puis d’une vaccination s’ils ne sont pas immunisés. Une grossesse n’est pas le moment d’interrompre un ténofovir déjà indiqué pour la santé de la mère. Le prescripteur adapte la molécule ; il ne laisse pas une charge virale haute sans discussion.
Vaccination des enfants et des adultes non immunisés
Le vaccin est le moyen le plus fiable d’éviter l’infection. Il ne transmet pas le VHB. Chez les personnes vaccinées dans la petite enfance, le CDC estime que des anticorps protecteurs persistent au moins 30 ans. La réponse vaccinale est plus faible chez certains adultes plus âgés, ce qui peut justifier un schéma adapté, choisi par le médecin. Une série incomplète ne se discute pas comme une protection acquise.
Le schéma comporte le plus souvent trois injections sur six mois. Certains vaccins adultes, autorisés aux États-Unis, se font en deux doses. Le CDC accepte de terminer une série commencée avec une marque par une autre marque, sans recommencer à zéro. Une réaction locale (douleur, rougeur) est l’effet indésirable le plus fréquent. Une allergie vraie à une dose précédente, à un composant ou à la levure contre-indique une nouvelle injection. Un simple rhume n’oblige pas à reporter.
Depuis 2022, le comité américain ACIP recommande de vacciner tous les adultes de 19 à 59 ans, plus les personnes de 60 ans et plus qui ont un facteur de risque, les autres pouvant aussi recevoir le vaccin si elles le souhaitent. Cette universalité vise à ne plus dépendre d’aveux parfois difficiles (injections, partenaires multiples, incarcération). En France, l’indication chez l’adulte se discute avec le médecin ou le pharmacien. Le carnet de vaccination, un ancien résultat de sérologie et le métier (soins, laboratoires, secours) pèsent dans la décision.
Après une exposition, le vaccin, et parfois des immunoglobulines, se donnent de préférence dans les 24 heures. Cette prophylaxie ne supprime pas une infection déjà installée. Elle réduit le risque qu’une contamination récente prenne. Un soignant, un partenaire, un usager de drogues ou un voyageur non immunisé a donc intérêt à ne pas attendre le prochain bilan annuel. Une série commencée se termine. Une seule dose ne suffit pas.
Réactivation, virus delta et surveillance du foie
Même après une infection « ancienne », le VHB peut se réveiller. Le CDC décrit une réactivation lorsque l’ADN réapparaît chez une personne inactive ou considérée comme guérie, souvent avec une remontée des transaminases. Le risque est plus élevé sous chimiothérapie, sous traitements qui visent les lymphocytes B, sous corticoïdes prolongés, sous anti-TNF, après greffe, en cas d’arrêt d’antirétroviraux actifs sur le VHB, ou pendant un traitement de l’hépatite C par antiviraux d’action directe. Un AgHBs et un anti-HBc devraient être connus avant ces traitements.
L’hépatite D (virus delta) ne s’installe que si le VHB est déjà là. Une co-infection ou une surinfection accélère souvent la fibrose. L’OMS 2024 recommande de chercher les anticorps anti-HDV chez les personnes AgHBs positives, ou au minimum dans les groupes et les régions où le delta est plus fréquent. Un ARN du HDV confirme ensuite une infection active. Ce n’est pas un détail de laboratoire. Cela change le pronostic et, parfois, le traitement.
La surveillance du cancer du foie reste un rendez-vous à part. L’OMS maintient une échographie abdominale et un dosage d’alpha-fœtoprotéine tous les six mois chez les personnes cirrhotiques et chez celles qui ont un cancer du foie dans la famille. L’hépatologue peut élargir ce rythme selon l’âge, la charge virale et le pays d’origine. L’objectif n’est pas d’inquiéter. C’est de trouver un nodule petit, encore accessible à un traitement.
Quelques réflexes aident le suivi au long cours.
- Conservez vos résultats AgHBs, anti-HBc et charge virale, ils serviront avant une chimiothérapie ou une biothérapie.
- Signalez une jaunisse nouvelle, des chevilles gonflées ou un ventre qui augmente de volume.
- Demandez si une recherche du virus delta a déjà été faite, surtout en cas de fibrose plus rapide que prévu.
- Ne donnez pas de sang tant que l’AgHBs est positif, et informez le dentiste comme le médecin traitant.
Une greffe de foie reste rare, réservée aux insuffisances terminales ou à certains cancers. Des antiviraux et des immunoglobulines protègent alors le greffon. Pour la grande majorité des personnes chroniques, le quotidien se joue ailleurs. Un comprimé bien pris, un dépistage de l’entourage, un vaccin pour ceux qui n’ont jamais rencontré le virus, et une échographie au rythme prévu.
Questions fréquentes
L’hépatite B se transmet-elle par les couverts, les baisers ou l’allaitement ?
Non. Le CDC indique que le virus ne passe pas par les couverts, les aliments, l’eau, un baiser, une accolade, la toux ou l’allaitement lorsque le nouveau-né a reçu les mesures de protection. Le partage d’un rasoir ou d’une brosse à dents, lui, reste un risque parce que du sang peut s’y trouver. Un préservatif réduit le risque sexuel sans l’annuler complètement.
Peut-on guérir d’une hépatite B chronique ?
La plupart des adultes éliminent une infection aiguë. L’infection chronique, elle, n’a pas aujourd’hui de traitement qui chasse le virus de façon stérilisante. Les antiviraux peuvent rendre la charge virale indétectable et protéger le foie. Une perte de l’AgHBs, parfois appelée « guérison fonctionnelle », survient chez une minorité de patients. N’arrêtez pas un traitement parce que les analyses se sont améliorées.
Faut-il se faire vacciner à l’âge adulte si l’on n’a jamais été immunisé ?
Oui, si vous n’avez pas de preuve d’une série complète ou d’une infection ancienne guérie. Aux États-Unis, tous les adultes de 19 à 59 ans sont concernés depuis 2022. En France, parlez-en au médecin ou au pharmacien, surtout avant un voyage, un métier exposé, une grossesse ou en cas de partenaire AgHBs positif. Un dépistage préalable est utile, mais ne doit pas retarder la première dose si le risque est immédiat.
Que faire après une piqûre d’aiguille ou un rapport non protégé ?
Contactez un médecin ou les urgences le jour même, de préférence dans les 24 heures. Une dose de vaccin, et parfois des immunoglobulines, peut encore empêcher l’infection de s’installer. Emportez tout document de vaccination. Une sérologie de départ, puis un contrôle plus tard, font partie du protocole. Désinfecter la peau ne remplace pas cette consultation.
Un porteur chronique peut-il vivre en couple et travailler ?
Oui, avec des précautions ciblées. Le partenaire devrait être testé et vacciné s’il n’est pas immunisé. Le préservatif reste recommandé tant que le statut du partenaire n’est pas clair. Au travail, hors métiers de soin exposés au sang, aucune éviction n’est décrite dans les textes grand public du CDC ou du NIDDK. Ne partagez pas rasoir, brosse à dents ni coupe-ongles. Dites-le aux professionnels de santé qui vous soignent.
Combien de temps le virus reste-t-il infectieux hors du corps ?
Au moins sept jours à température ambiante, d’après le CDC, même sans sang visible. Un plan de travail, une seringue usagée ou un rasoir peuvent donc encore contaminer une personne non vaccinée. Lavez à l’eau et au savon, portez des gants pour essuyer du sang, et jetez les objets piquants dans un collecteur adapté. La vaccination de l’entourage reste la mesure la plus solide.
Conclusion
L’hépatite B n’est plus seulement « une jaunisse de quelques semaines ». Chez le nourrisson elle s’installe trop souvent pour la vie ; chez l’adulte elle passe souvent inaperçue, alors que 15 à 25 % des formes chroniques finissent par une maladie grave du foie. Les chiffres de 2022 (254 millions de personnes infectées de façon chronique, 1,1 million de morts, 13 % seulement de diagnostics) montrent surtout un déficit de tests, pas une fatalité biologique.
Deux leviers ont changé la donne. Le vaccin, dont la protection se mesure encore des décennies plus tard, et des antiviraux de première ligne (ténofovir disoproxil, entécavir) désormais proposés à une part beaucoup plus large de patients dans les textes OMS 2024. Ni l’un ni l’autre n’efface le besoin d’un prélèvement. La triple sérologie dit si vous n’avez jamais rencontré le virus, si vous êtes vacciné, guéri ou encore porteur.
Si vous n’avez jamais été testé, demandez à votre médecin traitant une sérologie AgHBs, anti-HBs et anti-HBc, et sortez votre carnet de vaccination. Si l’AgHBs est positif, posez trois questions précises. Quel est l’ADN viral, où en est la fibrose, et faut-il chercher le virus delta ? Après une exposition de moins de 24 heures, ne tardez pas. La fenêtre de la prophylaxie se ferme plus vite que celle des symptômes.
Sources
- Guidelines for the prevention, diagnosis, care and treatment for people with chronic hepatitis B infection. World Health Organization, 29 mars 2024.
- Viral hepatitis B and C burden of disease, policy adoption and implementation status in WHO regions, 2024. World Health Organization, 2024.
- Clinical Overview of Hepatitis B. Centers for Disease Control and Prevention, 29 août 2025.
- Conners EE, Panagiotakopoulos L, Hofmeister MG et al. : Screening and Testing for Hepatitis B Virus Infection: CDC Recommendations — United States, 2023. MMWR Recommendations and Reports, 10 mars 2023.
- Weng MK, Doshani M, Khan MA et al. : Universal Hepatitis B Vaccination in Adults Aged 19–59 Years: Updated Recommendations of the Advisory Committee on Immunization Practices — United States, 2022. MMWR, 1er avril 2022.
- Hepatitis B Basics. Centers for Disease Control and Prevention, 29 août 2025.
- Hepatitis B Vaccine Administration. Centers for Disease Control and Prevention, 18 septembre 2025.
- Haber P, Schillie S : Chapter 10: Hepatitis B. Centers for Disease Control and Prevention, 9 mai 2024.
- Hepatitis B – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 14 janvier 2026.
- Hepatitis B – NIDDK. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, mis à jour en décembre 2024.
- Liguori A, Zoncapè M, Casazza G et al. : Staging liver fibrosis and cirrhosis using non-invasive tests in people with chronic hepatitis B to inform WHO 2024 guidelines: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Gastroenterology & Hepatology, 18 février 2025.
