Bouche sèche : causes, symptômes et quand consulter

Bouche sèche : causes, symptômes et quand consulter

La bouche sèche, ou xérostomie, est la sensation que la salive ne suffit plus à humidifier la bouche. Ce n’est pas une maladie à part entière, plutôt un symptôme, le plus souvent lié à un médicament, parfois à une radiothérapie de la tête et du cou, à une maladie auto-immune comme le syndrome de Gougerot-Sjögren, ou à un manque d’eau.

Au réveil, la langue colle au palais, le rouge à lèvres reste collé aux incisives, et un verre d’eau sur la table de nuit devient une habitude. Une revue systématique d’Agostini et de ses collègues, portant sur 29 études de population, estime qu’environ 22 % des adultes dans le monde décrivent une sécheresse buccale ou une salive objectivement trop basse.

Cette sensation n’égale pas toujours un déficit mesurable. L’American Dental Association souligne qu’on peut se sentir la bouche sèche avec un débit encore dans les normes. Sans assez de salive, les caries du collet, le muguet et une prothèse qui tient mal deviennent plus fréquents. Un gel fluoré à 1,1 % de fluorure de sodium, côté américain, et un délai d’au moins 12 semaines avant de juger la pilocarpine font partie des leviers documentés, sans promesse de disparition complète.

Xérostomie et hyposialie, deux notions distinctes

La xérostomie désigne ce que vous ressentez, l’hyposialie ce que l’on mesure. Les deux vont souvent ensemble, mais pas toujours, et le soin commence par cette distinction.

Chez une personne en bonne santé, les glandes parotides, sous-mandibulaires et sublinguales, aidées de nombreuses glandes mineures, produisent environ 0,5 à 1,5 litre de salive par jour, d’après l’American Dental Association. Cette association s’appuie notamment sur la revue d’Agostini, parue en 2018 dans le Brazilian Dental Journal, pour une prévalence mondiale d’environ 22 %. Ce liquide, à 99 % de l’eau, transporte aussi calcium, phosphate, bicarbonate, enzymes, mucines et immunoglobulines. Il mouille les aliments, permet de parler, tamponne les acides, rince les sucres et protège la muqueuse contre les frottements et les microbes. Boire de l’eau soulage un instant, mais ne recopie pas ce film protecteur.

Le débit le plus bas de la journée tombe pendant le sommeil. Respirer la bouche ouverte, ronfler ou garder un nez bouché aggrave alors la sensation, que la Mayo Clinic et le NHS relient aussi au stress ponctuel. Une sécheresse qui ne dure qu’un après-midi de sport ou une nuit de fièvre n’a pas le même poids qu’une bouche collante tous les matins depuis des semaines.

Les auteurs de StatPearls (2023) estiment qu’il faut souvent perdre près de la moitié du débit non stimulé avant que la sécheresse devienne évidente. À l’inverse, certains patients se plaignent fort alors que la muqueuse paraît encore humide. Ni l’un ni l’autre n’invalide la plainte. Le NIDCR le rappelle clairement. Ce n’est pas un effet normal de l’âge, même si la gêne est plus fréquente après 65 ans, surtout lorsqu’on prend plusieurs médicaments.

Tas de pilules en paquets

Quelles causes expliquent une bouche sèche ?

Les médicaments arrivent en tête, loin devant les autres causes, selon le Merck Manual (2026). Viennent ensuite l’irradiation cervico-faciale, la déshydratation, la respiration buccale, l’anxiété, et des maladies qui touchent les glandes ou les nerfs qui les commandent.

Le NHS classe aussi le muguet parmi les causes possibles, parce qu’une candidose entretient la brûlure et la soif locale. Le tabac, l’alcool et le cannabis dessèchent. Merck décrit aussi, avec la méthamphétamine, une destruction dentaire très rapide.

Parmi les maladies, le diabète mal contrôlé, l’infection par le VIH, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer et un accident vasculaire cérébral reviennent dans les listes de la Mayo Clinic et de MedlinePlus. Un traumatisme ou une chirurgie cervico-faciale peut couper l’innervation. Les calculs salivaires et les inflammations de glandes gênent l’écoulement. Une radiothérapie thyroïdienne à l’iode radioactif peut, de façon dose-dépendante, léser surtout les parotides, note l’ADA.

Deux idées reçues tombent. Le vieillissement n’assèche pas les glandes à lui seul, écrivent le NIDCR et MedlinePlus. Et boire beaucoup ne prouve pas que les glandes fonctionnent, car l’eau n’est pas de la salive. La vraie question, pour le médecin ou le dentiste, est de savoir si le débit a chuté, si un médicament l’explique, ou si une maladie de système se cache derrière.

Médicaments, polypharmacie et sécheresse buccale

Des centaines de spécialités, prescrites ou en vente libre, diminuent la salive. Merck avance l’ordre de 400 médicaments sur ordonnance. Une revue du World Workshop on Oral Medicine VI, reprise par l’ADA, a trouvé 106 molécules avec un niveau de preuve fort à modéré, plus 46 autres avec un niveau faible.

Les classes les plus souvent en cause ont un effet anticholinergique, c’est-à-dire qu’elles bloquent l’acétylcholine sur les récepteurs muscariniques des acini. Y figurent les antihistaminiques, les décongestionnants, les antidépresseurs (surtout les tricycliques), les anxiolytiques, certains neuroleptiques, les diurétiques, des antihypertenseurs, des myorelaxants, des opioïdes, des antispasmodiques urinaires comme la toltérodine, et des antiparkinsoniens. L’ADA y ajoute désormais les agonistes des récepteurs du GLP-1. StatPearls cite, pour plusieurs de ces familles, une fréquence de xérostomie d’au moins 10 %.

Le risque grimpe avec le nombre de comprimés. L’ADA relève une sécheresse plus fréquente au-delà de quatre médicaments prescrits par jour, et environ deux fois plus de xérostomie chez les adultes qui prennent au moins un médicament quotidien par rapport à ceux qui n’en prennent pas. Après 65 ans, jusqu’à 30 % des personnes, et jusqu’à 40 % après 80 ans, décrivent une bouche sèche, surtout pour cette raison.

  • Un antihistaminique acheté pour un rhume peut assécher autant qu’un antidépresseur prescrit depuis des mois.
  • Prendre toute la dose anticholinergique le soir concentre la sécheresse sur la nuit, période déjà pauvre en salive.
  • Les inhibiteurs de recapture de la sérotonine assèchent en général moins que les tricycliques, d’après l’ADA.
  • Le NHS demande de ne jamais interrompre un traitement prescrit sans avis, même si la notice mentionne la bouche sèche.

Le médecin peut parfois changer de molécule, fractionner la dose ou la déplacer le matin, comme le suggère Merck. Le pharmacien, en France, aide à lire la notice et à éviter un second produit en vente libre qui aggrave le tableau. La décision locale appartient au prescripteur, pas à une liste américaine recopiée.

Radiothérapie, chimiothérapie et glandes salivaires

Quand les glandes majeures sont dans le champ d’irradiation, presque tous les patients développent une sécheresse, écrit l’ADA. La chimiothérapie modifie surtout la quantité et la qualité de la salive le temps du traitement. Après l’arrêt, le débit revient souvent. La radiothérapie, elle, peut laisser une lésion définitive.

StatPearls décrit une chute de débit d’environ 50 à 60 % dès 25 à 30 Gy de radiothérapie fractionnée classique, pendant la première semaine, avec un minimum vers la deuxième ou la troisième semaine. Les acini séreux des parotides, qui fabriquent surtout la salive stimulée, sont plus sensibles, et la salive restante devient épaisse. Eisbruch et ses collègues, cités dans cette fiche, ont observé qu’une dose moyenne parotidienne supérieure à 24 à 26 Gy rendait le rétablissement improbable. Les niveaux d’avant traitement ne reviennent en général pas.

La déclaration de pratique MASCC/ISOO de 2024 insiste sur un objectif double, stimuler ce qui reste de glande et, à défaut, mouiller artificiellement. Stimuler d’abord, parce que la salive vraie garde un effet antimicrobien que le gel ne remplace pas. Opioïdes et anticholinergiques, fréquents en oncologie, aggravent le tableau et méritent une relecture d’ordonnance. Les produits alcoolisés, très mentholés ou au laurylsulfate de sodium irritent une muqueuse déjà fragile. Un baume à la lanoline ou à la cire convient mieux aux lèvres gercées.

Les techniques modernes (radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité, amifostine, pilocarpine pendant l’irradiation, transfert de glande submandibulaire, acupuncture) ont des résultats mixtes ou une preuve faible pour prévenir l’hyposialie, précisent les mêmes auteurs. Ce n’est pas un soin de routine à attendre. Une réaction chronique du greffon contre l’hôte après greffe de cellules souches peut, elle aussi, tarir les glandes.

Syndrome de Gougerot-Sjögren et autres maladies

Le syndrome de Gougerot-Sjögren, souvent appelé Sjögren dans les textes anglais, est la maladie de système la plus liée à une vraie insuffisance salivaire. Environ 90 % des personnes concernées sont des femmes. La forme primaire toucherait environ une personne sur 70. Si l’on ajoute les formes associées à une autre maladie rhumatismale, ce chiffre double à peu près, d’après l’ADA.

La maladie attaque les glandes exocrines. Bouche et yeux secs vont souvent de pair, avec fatigue et douleurs articulaires. Les parotides peuvent gonfler de façon persistante ou par poussées. StatPearls indique que des anticorps anti-SSA (Ro) ou anti-SSB (La) aident au diagnostic, et qu’une biopsie de lèvre montre souvent un infiltrat lymphocytaire focal. MedlinePlus décrit aussi analyses de sang, imagerie et mesure du débit. Merck réserve surtout la biopsie aux causes encore obscures. Ces examens s’interprètent ensemble, pas un par un.

Une sarcoïdose, une amylose, un lupus, une sclérodermie, une polyarthrite rhumatoïde, une hépatite C, une maladie à IgG4 ou une infection par le VIH peuvent mimer une partie du tableau. Merck recommande d’évoquer Sjögren surtout si s’associent yeux secs, peau sèche, éruption et douleurs articulaires, en particulier chez une femme. La sécheresse isolée d’un nouveau comprimé n’impose pas une biopsie de lèvre.

Symptômes, caries et infections de la bouche sèche

La salive collante, filandreuse, la soif nocturne, la langue fissurée, les commissures fendues et une haleine lourde forment le tableau le plus banal. La Mayo Clinic ajoute le rouge à lèvres collé aux dents, une voix rauque, un goût modifié et une prothèse qui baille. Les aliments secs, épicés ou acides brûlent. Avaler un biscuit sans gorgée d’eau devient un effort.

Sans le rinçage et le tampon de la salive, les bactéries productrices d’acide s’installent. Les caries se logent souvent au collet, sur les racines dénudées et autour des restaurations, décrit l’ADA. La plaque s’accumule, les gencives s’enflamment, une candidose (muguet) apparaît, parfois sous forme de plaques blanches détachables ou d’une rougeur douloureuse. Une perlèche aux coins des lèvres, des aphtes, une langue qui brûle et une infection de glande (sialadénite) complètent la liste. Manger moins, choisir des textures molles et perdre du poids suivent parfois, faute de confort.

  • Les caries du collet qui se multiplient en quelques mois, malgré un brossage régulier, doivent faire chercher une hyposialie.
  • Une plaque blanche, une brûlure persistante ou des commissures fissurées orientent vers une candidose à traiter, pas vers un simple manque d’eau.
  • Une prothèse qui blesse alors qu’elle était stable signale souvent une muqueuse trop sèche et trop fragile.
  • Le goût métallique ou l’intolérance au piment n’est pas « dans la tête », car la salive porte aussi les molécules du goût.

La gêne n’est pas sans conséquence pour les dents, même si le NHS rappelle qu’une bouche sèche est rarement le signe d’une urgence vitale. Le danger, ici, est lent. Il se joue sur l’émail, les racines et les infections de muqueuse.

Gros bouche mâle avec moustache

Comment le diagnostic de bouche sèche se pose

L’interrogatoire et l’examen suffisent souvent. MedlinePlus décrit une revue des symptômes, des maladies, de tous les médicaments (y compris ceux du comptoir), puis un examen de la bouche, du visage et du cou. Le dentiste cherche un lac salivaire au plancher de la bouche, une muqueuse mate et friable, une langue rêche, des caries atypiques, un gonflement de glande.

Merck propose un geste simple. On plaque un abaisse-langue contre l’intérieur de la joue pendant dix secondes. S’il tombe tout seul, le flux est considéré comme conservé. S’il adhère, le débit n’est pas normal. Le rouge à lèvres collé aux incisives oriente vers la même conclusion. Ces tests de cabinet n’équivalent pas une sialométrie, mais ils orientent.

Quand on mesure, l’ADA retient une hyposialie si le débit de salive totale non stimulée est inférieur ou égal à 0,1 mL/min (recueilli 5 à 15 minutes) ou si le débit stimulé par la mastication est inférieur ou égal à 0,7 mL/min (sur 5 minutes). Un résultat normal n’élimine pas Sjögren. Un résultat bas n’en fait pas le diagnostic à lui seul.

Des analyses de sang, une imagerie des glandes (sialographie, parfois IRM) et une biopsie de glande accessoire de la lèvre inférieure servent surtout si la cause reste obscure, si l’on suspecte Sjögren, une sarcoïdose, une amylose ou une tumeur. Merck évoque aussi un test VIH lorsque le contexte le justifie. En France, le médecin traitant, le dentiste ou le rhumatologue choisissent les examens selon la pratique locale.

Gestes à domicile, fluorure et salive artificielle

Le résumé de traitement du BNF, côté NICE, place en première ligne des mesures simples, avec un grade de recommandation élevé. Siroter souvent une boisson froide non sucrée, sucer un glaçon ou une pastille de fruit sans sucre, mâcher un chewing-gum sans sucre. Si cela ne suffit pas, un substitut de salive peut être proposé, encore avec un grade élevé. Certains substituts acides peuvent attaquer l’émail des dents naturelles, ce que le NHS confirme. Demandez au pharmacien un produit de pH neutre si vous avez encore vos dents.

Le NIDCR conseille 2 à 3 litres d’eau par jour, des gorgées pendant les repas, un chewing-gum ou des bonbons sans sucre, de préférence au xylitol, un humidificateur la nuit, et d’éviter tabac, alcool et caféine. MedlinePlus insiste pour respirer par le nez plutôt que par la bouche. Le NHS demande de ne pas dormir avec sa prothèse. Les bains de bouche alcoolisés, les sodas, les agrumes, les plats très épicés ou très sucrés irritent et nourrissent les caries.

Le vrai enjeu, une fois la gêne un peu calmée, est de protéger les dents. L’ADA recommande un brossage doux au moins deux fois par jour avec un dentifrice fluoré, le fil dentaire chaque jour, des visites au moins deux fois par an, un gel de fluorure sur ordonnance (0,4 % de fluorure stanneux ou 1,1 % de fluorure de sodium) chaque jour, un vernis à 0,5 % au cabinet, et de traiter vite une mycose. La MASCC/ISOO, pour les patients traités pour un cancer, va jusqu’à deux à quatre soins professionnels par an et un fluorure concentré de pH neutre au quotidien. Ces concentrations viennent de documents américains et internationaux. En France, le dentiste choisit la spécialité disponible.

Une revue Cochrane de 2011, citée par l’ADA, n’a pas trouvé de preuve solide qu’un spray, un gel, un rince-bouche ou un chewing-gum l’emporte sur les autres pour le confort. Le chewing-gum augmente le débit s’il reste de la glande, sans certitude sur le soulagement ressenti. La préférence du patient compte, avec les effets indésirables. Les substituts (carboxyméthylcellulose, hydroxyéthylcellulose, glycérine, parfois fluorure) durent peu. Ils aident dans l’avion, au coucher, pendant un repas. Ils ne restaurent pas la glande.

Pilocarpine, céviméline et limites des traitements

Si une partie de la glande fonctionne encore, un sialagogue oral peut augmenter le débit. La MASCC/ISOO en fait l’option à envisager avant de se contenter d’humecter. Ces médicaments n’ont aucun effet magique sur une glande entièrement fibrosée.

La notice DailyMed de la pilocarpine (décembre 2024) retient, après une irradiation ORL, 5 mg trois fois par jour au départ, à adapter, pour un total habituel de 15 à 30 mg par jour, sans dépasser 10 mg par prise. Il peut falloir au moins 12 semaines d’usage ininterrompu pour juger. Dans le syndrome de Sjögren, la même notice pose 5 mg quatre fois par jour, avec une efficacité établie à 6 semaines. Le BNF britannique, lui, demande d’arrêter s’il n’y a pas d’amélioration au bout de deux à trois mois. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les schémas ne sont donc pas calqués. En France, le médecin et le pharmacien appliquent l’autorisation locale.

Une revue Cochrane actualisée en 2015 (Davies et Thompson, trois essais, 298 participants) trouve une réponse chez 42 à 51 % des patients après radiothérapie. La pilocarpine fait mieux qu’un placebo et au moins aussi bien qu’une salive artificielle. Les effets indésirables, sueurs, nausées, rhinite, diarrhée, rougeur, envie fréquente d’uriner, maux de tête, sont fréquents. De 6 à 15 % des personnes sous 5 mg trois fois par jour arrêtent pour cette raison. Le taux de réponse ne grimpe pas clairement avec la dose, contrairement aux effets indésirables. La notice américaine contre-indique la molécule en cas d’asthme non contrôlé, d’iritis aiguë et de glaucome à angle étroit, et appelle à la prudence en cas de maladie cardiaque ou pulmonaire.

L’ADA indique que la céviméline, autre agoniste muscarinique approuvé aux États-Unis, se prescrit souvent à 30 mg trois fois par jour pendant au moins trois mois. La sueur reste l’effet le plus souvent rapporté. La disponibilité et le remboursement en France se vérifient à l’officine, sans transposer une notice américaine.

Changer le médicament coupable, traiter un diabète, un muguet ou un nez bouché, rester chez le dentiste, voilà le socle. Ni la thérapie génique ni l’acupuncture ne font partie des soins validés pour le quotidien. La MASCC/ISOO classe encore la prévention par acupuncture du côté des preuves faibles ou mixtes.

Bouche sèche, quand consulter un médecin

Une sécheresse qui revient chaque jour, qui gêne les repas ou qui s’accompagne d’autres signes mérite un rendez-vous, même si vous vous sentez « à peu près bien ». Le NHS, dans sa fiche de 2023, fixe des critères concrets, non urgents, pour voir un médecin.

Situation Conduite proposée dans les sources
Sécheresse seule, vous vous sentez bien Médecin ou dentiste dans la semaine (Merck)
Parole, repas ou goût durablement gênés, ou échec des soins d’officine après quelques semaines Médecin traitant (NHS)
Caries étendues ou d’apparition rapide, surtout au collet Examen dentaire sans tarder (Merck, ADA)
Yeux secs, éruption, douleurs articulaires, peau très sèche Médecin rapidement, piste de Sjögren (Merck)
Plaques blanches, brûlure, bouche rouge, gonflée ou qui saigne Médecin ou dentiste (MedlinePlus, NHS)
Soif intense, envies d’uriner très fréquentes Médecin, piste d’un diabète (NHS)
Impossibilité d’avaler les liquides, confusion, déshydratation marquée 15 ou 112, ou urgences

MedlinePlus ajoute le trouble de la déglutition et la brûlure persistante. Apportez la liste complète des comprimés, gouttes, inhalateurs, tisanes et produits du comptoir. Signalez une radiothérapie passée, un diabète, des yeux qui grattent depuis plus de trois mois, ou un partenaire dont le statut VIH n’est pas connu si le contexte le justifie. Le pharmacien peut proposer un gel, un spray ou des pastilles en attendant le rendez-vous. Il ne remplace pas l’examen des dents ni la relecture d’ordonnance.

Questions fréquentes

La bouche sèche est-elle normale avec l’âge ?

Non. Le NIDCR et MedlinePlus indiquent que le vieillissement, à lui seul, n’explique pas une xérostomie. La fréquence augmente après 65 ans surtout parce que les maladies et les médicaments s’accumulent. Une sécheresse nouvelle à 70 ans justifie la même enquête qu’à 40 ans, à commencer par la liste des traitements.

Faut-il arrêter un médicament qui assèche la bouche ?

Non, pas de votre propre initiative. Le NHS le dit sans ambiguïté. Beaucoup de ces molécules restent nécessaires. Le médecin peut parfois en changer, en baisser la dose ou déplacer la prise le matin. Un second produit en vente libre (antihistaminique, décongestionnant) vaut souvent la peine d’être retiré en premier, avec un avis pharmaceutique.

Le chewing-gum sans sucre suffit-il à traiter la xérostomie ?

Il aide souvent s’il reste de la glande à stimuler, et le BNF le place parmi les gestes de première intention. Il ne répare pas une glande détruite par la radiothérapie et ne remplace pas le fluorure contre les caries. Si la gêne dure plusieurs semaines malgré gomme, eau et produits d’officine, un médecin ou un dentiste doit reprendre le dossier.

Comment sait-on qu’il s’agit d’une hyposialie et pas seulement d’une sensation ?

Par la mesure du débit, la sialométrie. L’ADA parle d’hyposialie sous 0,1 mL/min au repos ou sous 0,7 mL/min après mastication. On peut se sentir la bouche sèche avec un débit encore normal, et l’inverse existe. Le traitement symptomatique peut commencer sur la plainte, sans attendre ce chiffre.

La salive artificielle remplace-t-elle la vraie salive ?

Non. Elle lubrifie un temps, souvent moins de quelques heures. Elle n’apporte pas les défenses antimicrobiennes de la salive vraie. La MASCC/ISOO préfère stimuler le résidu de glande quand c’est possible. Évitez les formules acides si vous avez vos dents naturelles, d’après le NICE et le NHS.

Une radiothérapie laisse-t-elle forcément la bouche sèche pour toujours ?

Pas toujours, mais souvent si les glandes étaient dans le champ et si la dose parotidienne a dépassé environ 24 à 26 Gy. La chimiothérapie, elle, assèche surtout le temps des cycles. Après une irradiation, le suivi dentaire se compte en années, avec fluorure concentré et visites fréquentes, comme le rappelle la MASCC/ISOO en 2024.

Bouche d'une vieille femme fermée

Conclusion

La xérostomie dit d’abord que la salive, ce mélange d’eau, de minéraux et de protéines, ne joue plus son rôle de film, de tampon et de rince-bouche. Chez la plupart des adultes, un médicament, parfois plusieurs, suffit à l’expliquer. Chez d’autres, une radiothérapie, un syndrome de Gougerot-Sjögren, un diabète ou un nez bouché toute la nuit tiennent le premier rôle. L’âge n’est pas une cause, les caries du collet et le muguet sont des conséquences, et l’eau n’est pas un substitut complet.

Les chiffres utiles tiennent en peu de lignes. Environ 22 % des adultes, dans la synthèse d’Agostini et de ses collègues. Un débit de repos à 0,1 mL/min ou moins. Quatre comprimés par jour qui font monter le risque. Douze semaines avant de juger la pilocarpine, avec une réponse chez à peu près une personne sur deux après radiothérapie, et des sueurs qui font arrêter le traitement chez 6 à 15 % d’entre elles. Un gel à 1,1 % de fluorure de sodium, dans les documents américains, pour des dents qui n’ont plus leur rince-bouche naturel.

Le geste le plus utile, maintenant, est d’écrire la liste de tout ce que vous avalez, y compris l’antihistaminique du rhume, et de la poser sur le bureau du médecin traitant et du dentiste. Demandez si un fluorure concentré de pH neutre a un sens chez vous, et si les yeux secs qui durent depuis plus de trois mois méritent une piste de Gougerot-Sjögren. Si avaler l’eau devient impossible, si la confusion s’installe ou si la déshydratation est marquée, composez le 15 ou le 112.

Sources

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  2. Agostini BA, Cericato GO, Silveira ER et al. : How Common is Dry Mouth? Systematic Review and Meta-Regression Analysis of Prevalence Estimates. Brazilian Dental Journal, novembre-décembre 2018.
  3. Dry Mouth | NIDCR. National Institute of Dental and Craniofacial Research, octobre 2024.
  4. Dry mouth: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 1er avril 2025.
  5. Dry Mouth (Xerostomia). Merck Manual Consumer Version, octobre 2026.
  6. Dry mouth – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 19 décembre 2023.
  7. Dry mouth – NHS. National Health Service, 29 novembre 2023.
  8. Dry mouth | Treatment summaries | BNF | NICE. BNF, National Institute for Health and Care Excellence, mis à jour en 2026.
  9. Talha B, Swarnkar SA : Xerostomia – StatPearls – NCBI Bookshelf. StatPearls, 24 mars 2023.
  10. Hong C, Beier Jensen S, Vissink A et al. : MASCC/ISOO Clinical Practice Statement: Management of salivary gland hypofunction and xerostomia in cancer patients. Supportive Care in Cancer, 25 juillet 2024.
  11. Davies AN, Thompson J : Parasympathomimetic drugs for the treatment of ‘dry mouth’ due to radiotherapy. Cochrane Database of Systematic Reviews, 5 octobre 2015.
  12. SALAGEN- pilocarpine hydrochloride tablet, film coated. DailyMed, U.S. National Library of Medicine, 20 décembre 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.