
La lèpre, ou maladie de Hansen, est une infection chronique due à Mycobacterium leprae et, plus rarement, à Mycobacterium lepromatosis. Elle atteint surtout la peau, les nerfs périphériques, la muqueuse du nez et les yeux, et se soigne par une association d’antibiotiques pendant 6 ou 12 mois selon la forme.
Contrairement à sa réputation, environ 95 % des personnes n’attrapent pas la maladie, et une poignée de main, un repas partagé ou un siège voisin ne suffisent pas à la transmettre.
En 2023, le Merck Manual recense 182 815 nouveaux cas notifiés dans le monde, surtout en Inde, au Brésil et en Indonésie ; les CDC, dans leur page de 2025, parlent d’environ 250 000 diagnostics par an, un ordre de grandeur plus arrondi. Le schéma OMS encore cité en 2026 par ce manuel et par la note britannique de 2023 utilise les trois mêmes médicaments pour toutes les formes. Une plaque pâle ou rougeâtre insensible, un nerf épaissi ou une faiblesse d’une main justifient une consultation.
Qu’est-ce que la lèpre, ou maladie de Hansen ?
C’est une mycobactériose à évolution lente qui s’installe dans la peau, les cellules de Schwann des nerfs périphériques et les muqueuses des voies respiratoires hautes. M. leprae a été identifié au XIXe siècle ; M. lepromatosis n’a été décrit qu’en 2008, d’abord au Mexique, et les deux espèces forment aujourd’hui le complexe M. leprae. Ni l’une ni l’autre ne poussent sur les milieux de culture habituels, ce qui complique le diagnostic de laboratoire.
Le bacille se multiplie très lentement, de l’ordre de deux semaines pour un cycle, d’après le manuel Merck. Cette lenteur explique une incubation longue, souvent de 2 à 6 ans selon la revue de Grijsen et collaborateurs dans Nature Reviews Disease Primers (2024), parfois jusqu’à 20 ans d’après les CDC et le texte britannique de 2023. Quand les signes apparaissent, ils progressent en général de façon insidieuse.
Le tropisme pour les zones plus froides du corps oriente les lésions vers la face, les oreilles, les coudes, les genoux, les mains et les pieds. L’atteinte nerveuse fait perdre le toucher, la douleur et le sens de la température. Les brûlures, coupures et ulcères passent alors inaperçus. Les CDC rappellent que les doigts et les orteils ne « tombent » pas. Les blessures répétées, les infections et, parfois, une résorption osseuse les raccourcissent.
Sans traitement, la maladie peut laisser une main en griffe, un steppage, des ulcères plantaires, une atteinte oculaire jusqu’à la cécité, ou un effondrement de la pyramide nasale. Avec un traitement commencé à temps, l’infection elle-même peut être éliminée ; les lésions nerveuses déjà installées ne régressent pas toujours.

La lèpre est-elle contagieuse ?
Elle l’est peu. Un contact étroit et prolongé, souvent pendant des mois, avec une personne non traitée est en cause, le plus souvent par inhalation répétée de gouttelettes nasales ou buccales, d’après les CDC (2025). Serrer la main, s’asseoir à côté, parler ou partager un repas ne transmettent pas l’infection. Elle ne se transmet pas par voie sexuelle et ne passe pas au fœtus pendant la grossesse.
Environ 95 % des personnes exposées ne tombent pas malades, parce que leur immunité cellulaire contient le bacille. Les soignants qui travaillent des années auprès de patients traités n’attrapent en pratique pas la maladie, précise le manuel Merck. Le risque augmente chez les contacts du foyer, où il est environ deux fois plus élevé que dans la population générale, d’après des cohortes citées par le même ouvrage. MedlinePlus ajoute que les enfants sont plus susceptibles que les adultes.
La personne traitée cesse d’être contagieuse dès le début de la polychimiothérapie, et non après un délai de plusieurs semaines. D’après ce manuel, les patients deviennent rapidement non contagieux une fois les antibiotiques commencés ; la Cleveland Clinic indique qu’il n’y a pas lieu de s’isoler pendant le traitement. La note britannique de 2023 rappelle toutefois que le degré d’infectiosité avant traitement dépend de la charge bacillaire. Les formes multibacillaires non traitées sont celles qui disséminent le plus de bacilles.
Un réservoir animal existe dans le sud des États-Unis, où certains tatous à neuf bandes portent M. leprae. Les CDC jugent le risque pour l’humain très bas, sauf contact répété (chasse, dépeçage). Ce mode n’a pas de rôle décrit en France métropolitaine. L’homme reste le réservoir principal dans les zones d’endémie.
Quels symptômes doivent alerter ?
Le premier signe est souvent une tache cutanée plus claire, plus rouge ou plus sombre que la peau voisine, qui ne démange pas et qui a perdu le toucher, la douleur ou le chaud-froid. Les CDC (2025) listent aussi des nodules fermes, une peau épaisse, sèche ou raide, des ulcères indolores sous la plante des pieds, un gonflement du visage ou des lobules d’oreille, et une chute des sourcils ou des cils. Un nez bouché et des saignements de nez traduisent l’atteinte de la muqueuse.
Du côté des nerfs, il faut retenir un engourdissement localisé, une faiblesse ou une paralysie des mains et des pieds, et des troncs nerveux palpables, surtout au coude, au genou et sur le côté du cou. Des picotements ou une maladresse pour boutonner un vêtement peuvent précéder une infirmité visible. L’œil est menacé lorsque le clignement s’affaiblit. La cornée sèche, s’ulcère, et la vue peut baisser.
Les lésions de lèpre ne sont en général ni prurigineuses ni douloureuses au début, ce qui les distingue de beaucoup d’eczémas. Une tache qui persiste des semaines ou des mois, surtout si la sensibilité y est diminuée, n’est pas une mycose qui traîne. MedlinePlus insiste sur des lésions plus claires que la peau habituelle, une sensibilité diminuée au toucher, à la chaleur ou à la douleur, et une faiblesse musculaire des membres.
Devant une peau ou un nerf inhabituels, ces signes comptent.
- Une plaque pâle ou rougeâtre, non prurigineuse, qui reste des semaines mérite un examen de la sensibilité.
- Un nerf élargi au coude, au genou ou au cou, associé à une faiblesse, n’est pas un simple canal carpien.
- Un ulcère indolore sous le pied, surtout après un séjour en zone d’endémie, doit faire évoquer une anesthésie plantaire.
- Une chute des sourcils, des nodules du visage ou des saignements de nez répétés s’ajoutent parfois aux signes cutanés.
- Une rougeur brutale des anciennes taches, une fièvre ou une douleur nerveuse pendant le traitement peuvent signaler une réaction immunitaire.
Formes paucibacillaire et multibacillaire
La présentation dépend de la réponse immunitaire de l’hôte, pas seulement du bacille. D’un côté du spectre, une immunité cellulaire vigoureuse limite le nombre de bactéries. C’est la lèpre paucibacillaire, souvent proche de l’ancienne forme tuberculoïde, avec peu de plaques et une anesthésie franche. De l’autre, une immunité cellulaire faible laisse pulluler les bacilles. C’est la forme multibacillaire, proche de l’ancienne forme lépromateuse, avec de nombreuses lésions, une infiltration diffuse et une contagiosité plus élevée avant traitement. Entre les deux s’étendent les formes interpolaires, autrefois dites dimorphes.
Pour décider de la durée du traitement, l’OMS classe les cas de façon opérationnelle. Un cas paucibacillaire correspond à 1 à 5 lésions cutanées, sans bacille au frottis. Un cas multibacillaire correspond à plus de cinq lésions, ou à une atteinte nerveuse (névrite pure ou lésions plus névrite), ou à la présence de bacilles au frottis, quel que soit le nombre de taches. Le manuel Merck et la note britannique de 2023 reprennent cette grille.
La forme tuberculoïde se manifeste souvent par une ou quelques macules hypoesthésiques à bords nets ; la forme lépromateuse disséminée donne des nodules ou plaques souvent symétriques, une neuropathie plus étendue, parfois une atteinte nasale, testiculaire ou rénale. Cette classification sert à choisir la durée des antibiotiques et à anticiper les réactions. Les formes multibacillaires exposent davantage à l’érythème noueux lépreux ; les formes interpolaires, aux réactions de type 1 avec neurite. Le trio d’antibiotiques reste le même. Seule la durée change dans le schéma OMS.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Dans les pays d’endémie, le diagnostic est d’abord clinique. L’OMS retient au moins un des trois signes cardinaux, repris par le manuel Merck. Il s’agit d’une perte franche de sensibilité sur une plaque pâle ou rougeâtre ; d’un nerf périphérique épaissi, avec anesthésie ou faiblesse du territoire correspondant ; ou de bacilles acido-résistants au frottis cutané. Un seul de ces signes suffit à traiter.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, où la maladie est rare, la confirmation par biopsie est la règle. Les CDC (2025) demandent une biopsie de peau ou de nerf, une coloration acido-résistante, parfois un frottis des lobules d’oreille, des coudes et des genoux. Une PCR peut appuyer le diagnostic lorsque clinique et histologie restent ambiguës, surtout dans les formes paucibacillaires précoces, mais elle n’est disponible que dans des laboratoires spécialisés. Le texte britannique de 2023 exige une confirmation microscopique ou histologique dans chaque cas. Les sérologies IgM sont spécifiques mais peu sensibles, et le bacille ne pousse pas en culture.
En France, la maladie est rare. Un médecin traitant, un dermatologue ou un service de maladies infectieuses posera le diagnostic selon la pratique locale, souvent avec biopsie. Aucun chiffre français officiel n’est repris ici. Un séjour prolongé en zone d’endémie, un contact familial ou un travail auprès de personnes non traitées orientent l’examen d’une plaque anesthésique qui, sinon, est prise pour un vitiligo, un eczéma nummulaire ou une neuropathie banale.
Traitement par polychimiothérapie
L’infection se traite par trois antibiotiques associés, jamais par un seul, afin de limiter les résistances. Les lignes directrices OMS de 2018 ont aligné les deux formes sur le même trio (rifampicine, dapsone, clofazimine) pendant 6 mois pour la forme paucibacillaire et 12 mois pour la forme multibacillaire. Auparavant, la forme paucibacillaire ne recevait que deux médicaments. Le manuel Merck (2026) et la note britannique de 2023 décrivent désormais le schéma à trois médicaments pour tous les patients.
Chez l’adulte, ce schéma OMS, repris par ces deux sources, comporte une prise mensuelle supervisée de rifampicine 600 mg et de clofazimine 300 mg, plus dapsone 100 mg par jour et clofazimine 50 mg par jour. Les durées restent 6 mois (paucibacillaire) et 12 mois (multibacillaire). L’OMS fournit ces combinaisons gratuitement dans les pays d’endémie, d’après les pages institutionnelles citées par le manuel.
Aux États-Unis, le National Hansen’s Disease Program (HRSA, mise à jour 2026) n’utilise plus la rifampicine quotidienne, à cause des interactions. Le schéma mensuel actuel associe rifampicine 600 mg, moxifloxacine 400 mg et minocycline 100 mg, pendant 12 mois (paucibacillaire) ou 24 mois (multibacillaire). Les CDC parlent d’une durée habituelle d’un à deux ans. Ces durées américaines ne s’appliquent pas telles quelles en France. Le médecin ou le pharmacien suivra le protocole local, souvent proche du schéma OMS utilisé au Royaume-Uni.
| Critère | Forme paucibacillaire | Forme multibacillaire |
|---|---|---|
| Définition OMS (lésions, frottis, nerf) | 1 à 5 plaques, frottis négatif | Plus de 5 plaques, ou nerf atteint, ou frottis positif |
| Durée OMS (document 2018, encore cité en 2026) | 6 mois, trois médicaments | 12 mois, trois médicaments |
| Durée aux États-Unis (NHDP, 2026) | 12 mois (prise mensuelle de trois antibiotiques) | 24 mois (prise mensuelle de trois antibiotiques) |
| Rifampicine adulte (OMS) | 600 mg en prise mensuelle | 600 mg en prise mensuelle |
| Dapsone et clofazimine (OMS, adulte) | 100 mg/j et 50 mg/j, plus 300 mg/mois de clofazimine | Mêmes doses quotidiennes et mensuelles |
Les antibiotiques tuent le bacille ; ils ne réparent pas un nerf déjà détruit. D’où l’intérêt d’un traitement complet, même lorsque les taches pâlissent en quelques semaines. La rifampicine peut colorer en orange les urines, la sueur et les larmes pendant quelques heures, et perturber le foie ; la clofazimine assombrit la peau de façon réversible, parfois pendant des mois après l’arrêt ; la dapsone peut hémolyser, surtout en cas de déficit en G6PD, et provoquer des éruptions allergiques. Ces effets, décrits par le manuel Merck et le programme américain, restent peu fréquents aux posologies de la polychimiothérapie, mais ils imposent un suivi. Un pharmacien vérifiera les interactions, notamment avec la rifampicine (contraception orale, antivitamines K, corticoïdes).

Réactions immunitaires et atteinte des nerfs
Une réaction n’est pas un échec des antibiotiques. C’est une inflammation déclenchée par le système immunitaire face au bacille, vivant ou déjà tué. Le programme américain (HRSA, 2026) insiste pour que la polychimiothérapie ne soit pas interrompue. Les patients craignent souvent que le traitement ne marche plus. C’est l’inverse, et l’arrêt expose à la résistance et à la reprise de la contagiosité.
La réaction de type 1, ou réaction inverse, correspond à une remontée brutale de l’immunité cellulaire. Les plaques déjà présentes rougissent, gonflent, deviennent douloureuses ; un nerf peut s’enflammer en quelques heures. Le manuel Merck indique un traitement par prednisone à dose élevée (40 à 60 mg par jour au début) pendant plusieurs mois lorsque le nerf est en jeu ; une simple inflammation cutanée minime peut se passer de corticoïde. Une revue Cochrane (Van Veen et al., 2016) n’a pas montré, à un an, de bénéfice clair de la prednisolone par rapport au placebo sur la fonction nerveuse lorsque l’atteinte était légère ou déjà ancienne (6 à 24 mois). Les corticoïdes restent toutefois utilisés en pratique pour une neurite aiguë, parce que le nerf peut se perdre en quelques jours.
La réaction de type 2, ou érythème noueux lépreux, survient surtout dans les formes multibacillaires. Elle donne des nodules douloureux, de la fièvre, parfois une atteinte des yeux, des testicules, des articulations ou des reins. Aux États-Unis, le thalidomide est un recours pour les formes graves, mais il est tératogène. Le manuel Merck note que l’ajout de clofazimine au schéma a rendu ces épisodes moins fréquents. La conduite exacte relève du spécialiste et de la pratique du pays.
Une neurite qui s’installe, une main qui s’ouvre mal, un pied qui cloche, un œil qui ne cligne plus, sont des urgences de la lèpre, même si le bacille est déjà sous antibiotiques. Le texte britannique de 2023 demande qu’une réaction soit vue dans les 24 heures par le référent. En France, le médecin traitant, les urgences ou le 15 orientent vers le service compétent.
Quand consulter pour une plaque insensible
Toute plaque cutanée persistante, surtout si elle est insensible, et toute faiblesse inexpliquée d’une main ou d’un pied justifient un rendez-vous, sans attendre une « défiguration ». La Cleveland Clinic (2025) indique que des plaies, un engourdissement ou une faiblesse musculaire doivent faire consulter, que la cause soit la lèpre ou une autre maladie. Le critère n’est pas la peur du mot, c’est la durée et le caractère anesthésique de la lésion.
Un séjour de plusieurs mois en zone d’endémie, un contact familial avec une personne non traitée, ou une origine dans ces régions, renforcent l’indication. MedlinePlus invite à contacter un professionnel en cas de symptômes, surtout après un contact. En métropole, le premier interlocuteur reste le médecin traitant, qui pourra adresser vers la dermatologie ou l’infectiologie.
Certaines situations ne doivent pas attendre le créneau de la semaine suivante. Une douleur brutale d’un nerf, une faiblesse qui s’aggrave en quelques heures, un œil rouge douloureux, une paupière qui ne ferme plus, une fièvre avec nodules douloureux sous traitement, ou un ulcère plantaire infecté avec fièvre, relèvent d’une prise en charge le jour même. En cas de détresse, de sepsis suspecté ou d’œil menacé, appelez le 15 ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Plaque pâle ou rougeâtre insensible depuis des semaines | Médecin traitant, en précisant les voyages et les contacts |
| Nerf douloureux, main ou pied qui s’affaiblit en quelques jours | Consultation le jour même (médecin, urgences) |
| Œil rouge douloureux, paupière qui ne ferme plus, baisse brutale de vue | Appeler le 15 ou le 112 |
| Fièvre et nodules douloureux pendant un traitement antilépreux | Ne pas arrêter les antibiotiques ; voir un médecin le jour même |
| Ulcère plantaire indolore, sans fièvre | Consultation programmée rapide, protection du pied |
| Ulcère avec fièvre, rougeur extensive ou confusion | Appeler le 15 ou le 112 |
Prévention auprès des contacts
Le levier le plus efficace reste le traitement précoce de chaque cas, car une personne sous polychimiothérapie ne transmet plus. Le dépistage des contacts du foyer, des voisins et de l’entourage social, recommandé par l’OMS et rappelé par Grijsen et al. (2024), vise à trouver d’autres plaques anesthésiques avant qu’un nerf ne se perde. La note britannique de 2023 prévoit l’examen des contacts intrafamiliaux, en particulier des enfants, par un clinicien expérimenté.
La chimioprophylaxie n’est pas universelle. L’OMS, dans son document de 2018, propose une dose unique de rifampicine aux contacts âgés de 2 ans et plus, après avoir écarté une lèpre clinique et une tuberculose, et seulement si le cas index accepte que son diagnostic soit communiqué. Le manuel Merck reprend cette recommandation. Au Royaume-Uni, le mémorandum de 2023 ne la retient pas en routine, car il n’y a pas de transmission locale démontrée et les essais portent sur des pays d’endémie. En France, c’est le médecin qui appliquera la conduite nationale. Il ne faut pas improviser une dose de rifampicine « au cas où ».
Le vaccin BCG, conçu contre la tuberculose, confère une protection partielle, documentée par des essais cités dans la revue de 2024. Le texte britannique le propose aux contacts intrafamiliaux de moins de 16 ans qui ne l’ont pas reçu. Il n’existe pas de vaccin spécifique largement déployé. Un enfant du foyer avec une tache insensible doit être examiné, même si l’adulte index est déjà sous traitement.
Stigmatisation, travail et vie quotidienne
La maladie n’impose plus l’isolement. Les CDC (2025) écrivent qu’on peut vivre, travailler et aller à l’école pendant et après le traitement. La Cleveland Clinic ajoute que la plupart des patients sont suivis en ambulatoire. Les anciennes « colonies » existent encore dans certains pays, souvent par héritage social plutôt que par nécessité médicale.
La peur du mot « lèpre » retarde encore le diagnostic. Des personnes cachent une plaque anesthésique et perdent un nerf, ce qui alimente le préjugé. Nommer la maladie de Hansen et rappeler qu’une poignée de main ne transmet pas l’infection change le délai avant la première consultation. Une fois les bacilles tués, il reste parfois une anesthésie, une griffe ou un ulcère plantaire, qui relèvent de la rééducation et de l’auto-soin (inspecter ses pieds, protéger ses mains de la chaleur). En France, le secret médical s’applique. Une personne sous traitement n’est pas un danger pour ses collègues. Dès le début des antibiotiques, la contagiosité s’arrête.
Questions fréquentes
Peut-on vraiment guérir de la lèpre ?
L’infection elle-même peut être guérie si la polychimiothérapie est prise jusqu’au bout, ce que les CDC formulent clairement. Les taches s’améliorent souvent en quelques semaines, mais le calendrier de 6 ou 12 mois (schéma OMS), parfois plus long aux États-Unis, vise aussi à limiter les rechutes. Une infirmité nerveuse déjà installée peut rester.
Faut-il s’isoler pendant le traitement ?
Non. La Cleveland Clinic et les CDC indiquent qu’une personne sous traitement n’a pas à être isolée de sa famille, de l’école ou du travail. La contagiosité chute dès le début des antibiotiques. Les précautions utiles concernent surtout la personne non encore traitée, et uniquement en cas de contact étroit et prolongé.
Existe-t-il un vaccin contre la lèpre ?
Il n’existe pas de vaccin spécifique d’usage courant qui protège à lui seul. Le BCG, vaccin antituberculeux, offre une protection partielle, suffisante pour que la note britannique de 2023 le propose aux jeunes contacts intrafamiliaux non vaccinés. La prévention repose surtout sur le traitement des cas et, dans les programmes d’endémie, sur le dépistage des contacts.
Les doigts et les orteils tombent-ils ?
Non. Les CDC corrigent ce mythe. Le bacille anesthésie les extrémités ; les brûlures, coupures et infections répétées, parfois une résorption osseuse, raccourcissent ensuite les doigts. Protéger une main ou un pied insensible évite l’essentiel de ces dégâts. Ce n’est pas une chute spontanée des phalanges.
Combien de temps après le contact les signes apparaissent-ils ?
Souvent plusieurs années. Grijsen et al. (2024) situent l’incubation typique entre 2 et 6 ans ; les CDC et le texte britannique retiennent une fourchette qui va jusqu’à 20 ans, parfois plus. Une tache apparue longtemps après un séjour en zone d’endémie n’écarte donc pas le diagnostic.
La lèpre existe-t-elle encore en France ?
Oui, mais elle y est rare, surtout en métropole. Les foyers mondiaux restent l’Asie du Sud, le Brésil et l’Indonésie, d’après les CDC (données 2023). Les cas vus en Europe de l’Ouest sont le plus souvent liés à un séjour, une naissance ou un contact en zone d’endémie, comme le décrit le mémorandum britannique pour le Royaume-Uni. Le médecin appliquera la conduite française ; les schémas détaillés ici sont ceux de l’OMS, des États-Unis et du Royaume-Uni.

Conclusion
La lèpre n’est plus une maladie sans recours, et elle n’est pas la contagion foudroyante que son nom évoque encore. C’est une mycobactériose lente, peu transmissible, que trois antibiotiques peuvent éteindre en 6 ou 12 mois dans le schéma OMS, plus longtemps dans la pratique américaine. Le vrai enjeu, en 2023 comme dans les notifications plus récentes, n’est plus l’absence de médicament. C’est le délai avant la première plaque reconnue comme anesthésique, et le nerf qu’on laisse enfler sans corticoïde ni protection.
Si une tache pâle ou rougeâtre ne démange pas, reste des semaines et a perdu le toucher, un rendez-vous s’impose. Il est utile de mentionner un séjour en zone d’endémie, un contact familial, une faiblesse de la main ou du pied, et de demander si une biopsie ou un avis hospitalier est utile. Une polychimiothérapie déjà prescrite ne doit pas être interrompue parce que les plaques rougissent, car cela peut être une réaction, pas un échec.
Les doigts ne tombent pas, la grande majorité des personnes exposées ne tombent pas malades, et une personne traitée n’a pas à quitter son travail. Il reste une surveillance de la peau et des nerfs, un calendrier d’antibiotiques à respecter, et un appel au 15 ou au 112 si un œil, un sepsis ou une paralysie brutale s’installe. Le médecin appliquera la pratique française à partir des schémas OMS, britanniques ou américains rappelés ici.
Sources
- About Leprosy (Hansen’s Disease). Centers for Disease Control and Prevention, 5 décembre 2025.
- Signs and Symptoms of Leprosy. Centers for Disease Control and Prevention, 5 décembre 2025.
- Clinical Testing and Diagnosis for Leprosy (Hansen’s disease). Centers for Disease Control and Prevention, 5 décembre 2025.
- Leprosy: Causes, Symptoms, Treatment & Prevention. Cleveland Clinic, 3 avril 2025.
- Leprosy: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 5 août 2025.
- Croix M : Leprosy (Hansen Disease; Hansen’s Disease). Merck Manual Professional Edition, mis à jour en octobre 2026.
- Memorandum on leprosy 2023. GOV.UK, 1 novembre 2023.
- Treatment of Hansen’s Disease. Health Resources and Services Administration, mis à jour en octobre 2026.
- Grijsen ML, Nguyen TH, Pinheiro RO et al. : Leprosy. Nature Reviews Disease Primers, 28 novembre 2024.
- Van Veen NHJ, Nicholls PG, Smith WCS et al. : Corticosteroids for treating nerve damage in leprosy. Cochrane Database of Systematic Reviews, 23 mai 2016.
