
La poliomyélite est une infection intestinale due au poliovirus, le plus souvent sans aucun signe, qui peut rarement détruire les motoneurones et laisser une paralysie flasque. Aucun antiviral n’arrête la maladie une fois installée ; les vaccins, surtout le vaccin inactivé injecté, restent le seul moyen de se protéger contre la paralysie.
La peur d’une jambe inerte en quelques heures est fondée, mais elle concerne une minorité. D’après la vue d’ensemble clinique des CDC, moins de 1 % des personnes infectées développent une faiblesse ou une paralysie, alors qu’environ une sur quatre a un tableau grippal de deux à cinq jours. Le virus sauvage de type 1 ne circule plus à l’état endémique qu’en Afghanistan et au Pakistan, selon le Comité d’urgence RSI de l’OMS (déclaration du 25 août 2026). L’Afrique a été certifiée exempte de virus sauvage autochtone en août 2020.
Chez l’enfant, le Pink Book des CDC (2024) estime environ 70 % d’infections inapparentes et moins de 1 % de paralysie flasque. Un adulte déjà vacciné qui se rend dans une zone où le virus circule peut recevoir une dose unique de rappel de vaccin inactivé, recommandation américaine de l’ACIP actualisée en 2023. Une faiblesse brutale d’un membre avec fièvre, surtout après un voyage, impose un avis médical immédiat.
Comment le poliovirus se transmet-il ?
Le poliovirus entre par la bouche, se multiplie dans la gorge et l’intestin, puis peut passer dans le sang. Les êtres humains sont le seul réservoir connu. La transmission se fait surtout par la voie oro-fécale, et aussi par les gouttelettes de la gorge, précise le Pink Book des CDC (chapitre 18, 2024).
Une personne sans aucun signe peut déjà excréter le virus. Les sécrétions nasopharyngées restent infectieuses une à deux semaines ; les selles peuvent l’être jusqu’à six semaines, parfois davantage chez une personne immunodéprimée, qui peut même devenir porteuse prolongée. Les contacts familiaux d’un enfant infecté séroconvertissent dans près de 100 % des cas, et ceux d’un adulte dans plus de 90 %. Le pic d’infectiosité se situe juste avant et juste après le début des symptômes.
Trois sérotypes existent (PV1, PV2, PV3). Une immunité contre l’un ne protège pas de façon significative contre les deux autres, ce qui explique que les vaccins doivent couvrir les trois types. Le virus est inactivé par la chaleur, le formaldéhyde, le chlore et les ultraviolets. Dans les climats tempérés, les infections se concentrent plutôt en été et en automne.
Les jeunes enfants, surtout là où l’eau et l’assainissement sont précaires, restent le groupe le plus souvent infecté. Toute personne non vaccinée, quel que soit son âge, peut toutefois contracter le virus. La Cleveland Clinic insiste aussi sur les mains non lavées, l’eau souillée et les surfaces contaminées comme voies concrètes du quotidien.
Le manuel Merck (révision 2024, mise à jour 2025) range parmi les facteurs qui aggravent l’atteinte neurologique l’âge croissant, une amygdalectomie récente, une injection intramusculaire, la grossesse, un déficit de l’immunité humorale et un effort physique intense au moment où le système nerveux est envahi. La grossesse figure ici comme un terrain de dégâts nerveux plus graves, pas comme un surcroît de contamination. Le calendrier vaccinal local se discute avec le médecin traitant ou le pharmacien.

Quels symptômes selon la forme de l’infection ?
La plupart des infections passent inaperçues. Quand des signes apparaissent, ils vont d’un malaise de quelques jours à une paralysie flasque. Les CDC distinguent, chez l’enfant, environ 70 % d’infections silencieuses, environ 24 % de maladie mineure dite abortive, 1 à 5 % de méningite aseptique sans paralysie, et moins de 1 % de poliomyélite paralytique.
La forme abortive ressemble à une virose banale. L’incubation de ces tableaux non paralytiques est en général de trois à six jours. Rien, à ce stade, ne permet de reconnaître le poliovirus au lit du malade.
- La fièvre reste modérée et s’accompagne souvent d’un mal de gorge passager.
- Un malaise, des vomissements ou une perte d’appétit peuvent durer quelques jours seulement.
- La récupération est complète en moins d’une semaine, sans signe neurologique durable.
La méningite aseptique s’installe souvent après un prodrome du même type. Raideur de la nuque, du dos ou des jambes, céphalée, vomissements, sensations anormales dans les membres. Ces signes durent habituellement de deux à dix jours et la récupération est complète. Le Yellow Book des CDC (chapitre d’avril 2025) situe autour de 25 % la part d’infections qui donnent une maladie mineure de courte durée.
La paralysie survient en général sept à vingt et un jours après l’infection. Chez le petit enfant, le cours peut être biphasique. D’abord la maladie mineure, puis un intervalle calme d’un à trois jours, puis la phase majeure avec fièvre, douleurs musculaires et déficit moteur. Chez l’adolescent et l’adulte, le prodrome mineur manque souvent et la douleur est plus vive.
| Forme clinique | Fréquence chez l’enfant (CDC, 2024) | Tableau habituel |
|---|---|---|
| Infection inapparente | environ 70 % | Aucun signe, excrétion possible dans les selles |
| Poliomyélite abortive | environ 24 % | Fièvre, mal de gorge, récupération en moins d’une semaine |
| Méningite aseptique | 1 à 5 % | Raideur de nuque ou de dos, récupération en 2 à 10 jours |
| Poliomyélite paralytique | moins de 1 % | Paralysie flasque asymétrique, réflexes diminués |
| Issue à 12 mois si paralysie | environ deux tiers | Faiblesse résiduelle souvent permanente |
Le Yellow Book ajoute que, selon le sérotype, environ une infection sur 200 à une sur 2 000 s’accompagne de paralysie. La paralysie n’est pas le destin de la majorité des infectés, mais quand elle arrive, elle est souvent définitive.
Paralysie flasque, formes bulbaires et issues
La poliomyélite paralytique se reconnaît à une paralysie flasque, en général asymétrique, plus marquée à la racine des membres, avec réflexes diminués ou abolis et sensibilité conservée. L’intelligence n’est pas atteinte. La progression se fait en deux à trois jours. Après la disparition de la fièvre, le déficit n’avance plus, ou presque plus.
Trois topographies sont décrites. La forme spinale, la plus fréquente (79 % des cas paralytiques américains de 1969-1979 d’après le Pink Book), touche surtout les jambes. La forme bulbaire (2 %) atteint les nerfs crâniens. Voix voilée, fausses routes, salive mal contrôlée, puis parfois les centres de la respiration et de la circulation. La forme bulbospinale (19 %) combine les deux. Une atteinte du diaphragme ou des muscles intercostaux peut imposer une ventilation mécanique.
Le rapport de létalité de la forme paralytique est, toujours selon le Pink Book, de 2 à 5 % chez l’enfant, de 15 à 30 % chez l’adolescent et l’adulte, et grimpe à 25 à 75 % quand le bulbe est atteint. Le manuel Merck souligne que la mortalité s’est améliorée avec les techniques de ventilation. Environ deux tiers des patients paralysés gardent une faiblesse à un an, alors considérée comme permanente.
Pendant la myélite active, rétention urinaire, spasmes et hyperesthésie sont fréquents. Le déficit n’est pas symétrique et ascendant comme dans beaucoup de syndromes de Guillain-Barré. D’autres entérovirus (D68, A71), le virus du Nil occidental, le botulisme ou un infarctus médullaire peuvent donner un tableau voisin. Seul le laboratoire, coordonné avec la santé publique, tranche. Après la phase aiguë, la récupération peut se poursuivre jusqu’à deux ans, avec le plus gros du gain dans les six premiers mois, d’après la revue StatPearls (mise à jour octobre 2024). Chez l’enfant en croissance, rétractions, inégalité de longueur des membres et scoliose apparaissent au fil des années, avec douleur chronique et fractures de fragilité.
Le syndrome post-polio, des années après l’infection
Le syndrome post-polio n’est pas une nouvelle contagion. C’est l’apparition, quinze à quarante ans après une poliomyélite paralytique, d’une faiblesse musculaire lentement progressive, souvent dans les territoires déjà touchés, avec douleurs articulaires et musculaires. Les CDC estiment que 25 à 40 % des personnes qui ont survécu à une polio paralytique en souffrent.
La prévalence exacte reste floue, faute de biomarqueur. StatPearls situe entre 12 et 20 millions le nombre de survivants dans le monde et reprend l’intervalle 25-40 %. Le diagnostic exige une histoire de polio, une période stable, des signes nouveaux, et l’exclusion d’autres causes (canal lombaire étroit, hypothyroïdie, apnée du sommeil, arthrose). Le mécanisme le plus souvent avancé est l’épuisement des unités motrices géantes formées après la première attaque. Le syndrome n’est pas contagieux. Les personnes concernées n’excrètent pas de poliovirus.
Aucun médicament n’a fait la preuve d’un bénéfice net. La revue Cochrane de Koopman et coll. (2015, 13 essais, 675 participants) n’a pas permis de conclure à un traitement de fond. Les immunoglobulines intraveineuses n’amélioraient pas les limitations d’activité. Pyridostigmine, modafinil, amantadine et prednisone n’apportaient pas de gain démontré. La prise en charge reste multidisciplinaire. Économie d’énergie, exercice non fatigant et surveillé, orthèses, évaluation respiratoire et du sommeil. Un effort trop intense peut aggraver la faiblesse.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le diagnostic de certitude repose sur le laboratoire, pas sur la clinique seule. Une paralysie flasque aiguë d’un ou plusieurs membres, avec réflexes diminués, sans autre cause évidente, sans perte sensitive ni trouble cognitif, fait suspecter une poliomyélite. Il faut alors alerter sans délai les autorités sanitaires, car le cas est une urgence de santé publique.
Les CDC demandent deux échantillons de selles entières, prélevés à au moins 24 heures d’intervalle, idéalement dans les 14 jours après le début de la paralysie. Un prélèvement de gorge (deux, au même rythme) complète le dossier. Les selles restent le meilleur site. Le virus est rarement trouvé dans le liquide cérébrospinal. Un LCR négatif n’élimine donc pas le diagnostic, ce que la Mayo Clinic rappelle aussi. Un test de gorge n’est utile que tôt, pendant la première semaine.
La culture virale, puis la PCR et le séquençage, distinguent virus sauvage, souche vaccinale Sabin et virus dérivé d’une souche vaccinale. La sérologie a peu de place, car les anticorps vaccinaux sont fréquents. Une IRM peut montrer une atteinte de la corne antérieure sans prouver le sérotype. Le diagnostic différentiel inclut le syndrome de Guillain-Barré, souvent symétrique, avec troubles sensitifs et sans fièvre, ainsi que d’autres entérovirus et le virus du Nil occidental. Les CDC notent qu’une paralysie flasque aiguë sans poliovirus survient d’emblée au moins une fois pour 100 000 enfants par an. Chaque cas inexpliqué, surtout chez une personne non vaccinée ou de retour d’une zone encore touchée, doit faire chercher le poliovirus.
Vaccin inactivé et vaccin oral, ce qui les distingue
Deux familles de vaccins existent, avec des usages très différents selon le pays et le niveau de circulation.
- Le vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI) s’injecte et contient des virus tués des trois types.
- Il ne peut pas provoquer de poliomyélite paralytique associée au vaccin, faute de virus vivant.
- Le vaccin oral (VPO, souches Sabin atténuées) se réplique dans l’intestin et induit une immunité muqueuse.
- Cette immunité locale aide à couper la transmission, au prix d’un risque rare de neurovirulence retrouvée.
Aux États-Unis, seul le VPI est utilisé depuis 2000, après le retrait du VPO destiné à éliminer la poliomyélite paralytique associée au vaccin (VAPP). Le Pink Book estime un cas de VAPP pour 2 à 3 millions de doses de VPO trivalent. Le VPI, dans le calendrier américain des CDC, se donne à 2 mois, 4 mois, 6-18 mois, puis 4-6 ans, la dernière dose à 4 ans révolus et au moins six mois après la précédente. Après deux doses, 90 % ou plus des vaccinés sont immuns ; après trois doses, au moins 99 %.
Dans les pays qui utilisent encore le VPO, l’OMS (position 2022, reprise dans le Yellow Book 2025) recommande trois doses de VPO bivalent (types 1 et 3) et deux doses de VPI. Le type 2 sauvage a été déclaré éradiqué en 2015, le type 3 en 2019. En avril 2016, le monde est passé au VPO bivalent pour retirer le type 2 vivant des programmes de routine. Les flambées de virus dérivés de type 2 (cVDPV2) ont malgré tout continué dans des communautés sous-vaccinées. Le vaccin oral novateur de type 2 (nOPV2), préqualifié par l’OMS en décembre 2023, a dépassé deux milliards de doses, d’après le Comité RSI de 2026, avec nettement moins de réversions que le Sabin OPV2.
Le VPI contient des traces de streptomycine, néomycine et polymyxine B. Une allergie grave à l’un de ces antibiotiques, ou une anaphylaxie après une dose, contre-indique les doses suivantes, indiquent la Mayo Clinic et les CDC.
- Une douleur ou une rougeur au point d’injection reste la réaction la plus banale après le VPI.
- Une maladie aiguë modérée ou grave fait reporter la vaccination jusqu’à l’amélioration.
- La grossesse est une précaution ; on évite le VPI par principe, sauf risque immédiat d’exposition.
Le médecin ou le pharmacien applique le calendrier en vigueur en France, qui n’est pas celui des CDC.

Voyage, rappels et personnes à risque
Un adulte vacciné dans l’enfance n’a, en général, pas besoin d’une nouvelle série. Les CDC estiment que la plupart des adultes vaccinés dans l’enfance aux États-Unis peuvent considérer leur protection comme acquise. En revanche, une personne non vaccinée ou incomplètement vaccinée doit terminer une primovaccination par VPI. Trois doses. La deuxième un à deux mois après la première, la troisième six à douze mois après la deuxième. Si le départ est proche, un schéma accéléré existe (une, deux ou trois doses selon le délai), à compléter ensuite.
Les adultes déjà correctement vaccinés et exposés à un risque accru peuvent recevoir une dose de rappel unique de VPI dans leur vie. C’est la mise à jour ACIP de 2023, reprise par les recommandations vaccinales des CDC. Le risque accru recouvre le voyage vers un pays où le poliovirus (sauvage ou dérivé) circule, le travail de laboratoire sur des échantillons susceptibles de contenir le virus, et le soin à une personne infectée. Le Yellow Book (23 avril 2025) ajoute les soignants et humanitaires dans des pays frontaliers d’une zone de circulation, s’ils sont très exposés.
Depuis 2014, la circulation internationale du poliovirus est une urgence de santé publique de portée internationale. Les pays infectés peuvent exiger, pour les séjours de plus de quatre semaines, une preuve de vaccination entre un et douze mois avant la sortie du territoire, inscrite sur le certificat international. La liste change tous les trimestres. Il faut la vérifier avant le départ, pas de mémoire.
Les personnes avec un déficit immunitaire humoral grave ne doivent pas recevoir de VPO et doivent éviter le contact avec un enfant vacciné par VPO dans les six semaines, précise le Yellow Book. Le VPI, sans virus vivant, peut être donné en cas d’immunodépression, même si la réponse anticorps n’est pas garantie. Le lavage des mains après les selles et les changes, et une eau sûre en voyage, ne remplacent pas le vaccin.
Soins de soutien une fois l’infection installée
Il n’existe pas de traitement antiviral autorisé contre le poliovirus. Les soins visent le confort, la prévention des complications et la rééducation. La Mayo Clinic (juin 2024) liste le repos, les antalgiques, les compresses chaudes et humides contre les spasmes, la ventilation portable si la respiration faiblit, la kinésithérapie pour limiter les déformations, et les attelles pour aligner rachis et membres.
Le manuel Merck ajoute que, pendant la myélite, il faut prévenir thrombose, atélectasie, infection urinaire et rétractions. Une atteinte bulbaire ou respiratoire relève des soins intensifs. Les antibiotiques n’agissent pas sur le virus. Ils n’ont de place que devant une surinfection bactérienne documentée. Deux antiviraux sont en essai pour les personnes immunodéprimées qui excrètent longtemps un virus dérivé du vaccin, d’après le Yellow Book. Ils ne font pas partie du soin courant. La rééducation, puis parfois la chirurgie orthopédique, visent le meilleur fonctionnement possible avec les motoneurones restants. Le poumon d’acier historique a cédé la place à des ventilateurs portables.
Où le virus circule encore aujourd’hui
Le poliovirus sauvage de type 1 ne reste endémique que dans deux pays, l’Afghanistan et le Pakistan. Le Comité d’urgence RSI de l’OMS, dans sa déclaration du 25 août 2026, a recensé 52 cas de WPV1 en 2025 (21 en Afghanistan, 31 au Pakistan) et quatre cas en 2026 à la date des données de la réunion de mai. Les foyers se concentrent dans le sud de l’Afghanistan, le sud du Khyber Pakhtunkhwa et Karachi.
Les virus dérivés d’une souche vaccinale, surtout le type 2, causent aujourd’hui la majorité des paralysies dans le monde. En 2025, 238 cas de cVDPV ont été notifiés, dont 66 cVDPV2 au Nigeria, qui n’est plus un pays d’endémie du virus sauvage mais reste un réservoir de virus dérivés. En 2026, au 30 avril, 32 cas de cVDPV avaient déjà été rapportés. Une couverture trop basse laisse le virus atténué du VPO circuler assez longtemps pour retrouver une virulence.
En 2022, un adulte non vacciné de l’État de New York a développé une poliomyélite paralytique due à un cVDPV2. Des eaux usées positives ont montré une circulation silencieuse. Le Royaume-Uni et Israël ont aussi détecté des virus dérivés dans des égouts. Tant qu’un enfant reste infecté quelque part, l’importation reste possible dans un quartier sous-vacciné. L’initiative mondiale d’éradication a fait chuter les cas de virus sauvage de plus de 99 % depuis 1988, année où l’on estimait 350 000 paralysies dans plus de 125 pays. Les types sauvages 2 et 3 ont disparu. Ce n’est plus l’épidémie d’été de 1952, plus de 21 000 cas paralytiques aux États-Unis, mais ce n’est pas une maladie close.
Paralysie brutale et signes qui imposent de consulter
Une faiblesse flasque d’installation rapide, surtout d’une jambe ou d’un bras, avec fièvre récente, troubles digestifs ou voyage, n’est pas une crampe. Elle justifie un avis médical le jour même, et le signalement aux autorités sanitaires si le médecin suspecte un poliovirus. Il faut appeler le 15 ou le 112 si la respiration, la voix ou la déglutition se dégradent, si la personne bleuit ou ne peut plus avaler sa salive.
Chez une personne qui a eu la polio il y a des décennies, une nouvelle fatigue musculaire lente n’est pas une urgence contagieuse. Elle mérite toutefois un bilan pour ne pas manquer une cause traitable (apnée, thyroïde, canal étroit, chute, fracture). Le syndrome post-polio se discute en consultation programmée, pas aux urgences, sauf détresse respiratoire.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Faiblesse flasque brutale d’un membre, fièvre, non vacciné ou voyage récent | Médecin sans délai, prélèvements coordonnés avec la santé publique |
| Détresse respiratoire, fausses routes, voix éteinte, salive non contrôlée | Appeler le 15 ou le 112 |
| Réaction allergique grave dans les minutes après un VPI (urticaire, gêne à respirer, malaise) | Appeler le 15 ou le 112 |
| Statut vaccinal inconnu avant un départ vers une zone de circulation | Médecin ou centre de vaccinations internationales, plusieurs semaines à l’avance |
| Nouvelle faiblesse lente chez un ancien poliomyélitique, sans fièvre | Médecin traitant, bilan d’exclusion, pas une contagion |
| Enfant du foyer avec selles liquides après un VPO reçu à l’étranger | Hygiène des mains renforcée, avis si déficit immunitaire dans la maison |
Les soignants en contact avec un cas suspect doivent eux-mêmes être à jour de leur vaccination. À la maison, les selles d’un malade restent le principal vecteur pendant des semaines. Les couches se jettent avec soin et les mains se lavent tant que le clinicien n’a pas levé les précautions.
Questions fréquentes
La poliomyélite existe-t-elle encore en France ?
La circulation autochtone du virus sauvage a disparu des Amériques en 1991 et n’est plus endémique en Europe. Un cas importé ou un virus dérivé d’une souche vaccinale reste possible tant que le virus circule ailleurs, surtout dans un groupe sous-vacciné.
Un adulte vacciné dans l’enfance a-t-il besoin d’un rappel ?
Pas en routine, d’après les CDC, si la série primaire est complète et si le risque d’exposition est négligeable. Un rappel unique de VPI dans la vie est prévu pour les voyageurs vers une zone de circulation, les soignants exposés et les personnels de laboratoire. Le médecin vérifie le carnet, car la règle française d’application peut différer du schéma américain.
Le vaccin oral peut-il provoquer une paralysie ?
Très rarement. Le Pink Book des CDC estime un cas de poliomyélite paralytique associée au vaccin pour 2 à 3 millions de doses de VPO trivalent. Le VPI, utilisé seul dans de nombreux pays à haut niveau d’assainissement, ne contient pas de virus vivant et ne provoque pas cet accident. Le nOPV2, plus stable, a réduit mais non aboli le risque de virus dérivés de type 2.
Le syndrome post-polio se transmet-il à l’entourage ?
Non. Ce n’est pas une infection. Les CDC soulignent que les personnes concernées n’excrètent pas de poliovirus. Les signes nouveaux, faiblesse, fatigue, douleurs, tiennent à l’usure des unités motrices restantes. L’entourage n’a pas à s’isoler. Un bilan sert à écarter une autre maladie neurologique ou générale.
Peut-on vacciner une femme enceinte ?
La grossesse est une précaution pour le VPI, pas une contre-indication absolue. Les CDC n’ont pas documenté d’effet indésirable fœtal, mais évitent la vaccination par principe. Si un voyage vers une zone de circulation ne peut pas être reporté, le VPI peut être administré selon le schéma adulte. L’allaitement n’est pas une contre-indication.
Combien de temps une personne infectée reste-t-elle contagieuse ?
Le virus est présent dans la gorge une à deux semaines et dans les selles jusqu’à six semaines, parfois plus longtemps en cas de déficit immunitaire. L’infectiosité est maximale juste avant et juste après le début des signes. Une personne sans symptômes peut transmettre, d’où l’hygiène des selles même en l’absence de fièvre.
Conclusion
La poliomyélite n’est plus l’épidémie d’été des années 1950, mais le poliovirus n’a pas disparu. Moins de 1 % des infections paralysent, deux tiers de ces paralysies laissent une faiblesse durable, et 25 à 40 % des anciens malades paralysés verront, des décennies plus tard, un syndrome post-polio non contagieux. Le VPI protège contre la paralysie sans risque de virus vaccinal vivant. Le VPO, encore indispensable là où le virus circule, explique la plupart des flambées actuelles de virus dérivés.
Deux pays seulement restent endémiques pour le virus sauvage de type 1 en 2025-2026, l’Afghanistan et le Pakistan, avec 52 cas de WPV1 en 2025. Le Nigeria n’est plus un foyer de virus sauvage depuis la certification africaine de 2020, tout en restant concerné par des cVDPV2. Un cas new-yorkais en 2022 a montré qu’un quartier sous-vacciné d’un pays riche n’est pas à l’abri d’une importation.
Avant un départ, le carnet de vaccination et une question au médecin sur une dose unique de VPI pour la destination du moment suffisent souvent à clarifier le statut. Devant une faiblesse flasque brutale avec fièvre, surtout au retour d’une zone à risque, la consultation le jour même s’impose. Si la respiration ou la déglutition lâche, le 15 ou le 112. Le geste utile n’est pas un antiviral introuvable. C’est un statut vaccinal à jour et un prélèvement de selles fait assez tôt pour que la santé publique puisse encore agir.
Sources
- Clinical Overview of Poliomyelitis. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour en 2024.
- Estivariz CF, Link-Gelles R, Shimabukuro T : Chapter 18: Poliomyelitis. Centers for Disease Control and Prevention, 16 juillet 2024.
- Estívariz CF, Kidd S, Kovacs SD : Poliomyelitis (CDC Yellow Book). CDC Yellow Book, 23 avril 2025.
- Polio Vaccine Recommendations. Centers for Disease Control and Prevention, 29 juillet 2024.
- Statement of the Forty-fifth Meeting of the Polio IHR Emergency Committee. World Health Organization, 25 août 2026.
- Polio – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 20 juin 2024.
- Polio – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 20 juin 2024.
- Polio: Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 19 juin 2025.
- Messacar K : Poliomyelitis (Merck Manual Professional). Merck Manual Professional Edition, avril 2025.
- Wolbert JG, Rajnik M, Swinkels HM et al. : Poliomyelitis (StatPearls). StatPearls, 6 octobre 2024.
- Koopman FS, Beelen A, Gilhus NE et al. : Treatment for postpolio syndrome. Cochrane Database of Systematic Reviews, 18 mai 2015.
