
Le cancer du foie primitif naît dans les cellules de l’organe lui-même, le plus souvent sous la forme d’un carcinome hépatocellulaire (CHC) chez une personne déjà atteinte d’une maladie chronique du foie, en particulier une cirrhose. Les signes (jaunisse, amaigrissement, douleur sous les côtes droites) apparaissent souvent tard, ce qui explique qu’une part importante des tumeurs soit découverte à un stade où la chirurgie n’est plus possible.
Dans les estimations GLOBOCAN pour 2024, cette tumeur occupe le septième rang des cancers les plus fréquents, avec environ 843 000 nouveaux cas, mais le troisième rang des décès par cancer, avec environ 732 000 morts. Trop de tumeurs sont encore vues trop tard.
Chez les personnes à risque, l’American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD) recommande depuis 2023 une échographie du foie associée au dosage de l’alpha-fœtoprotéine (AFP) tous les six mois. Pour un CHC non opérable, l’association atézolizumab-bévacizumab a porté la survie médiane à 19,2 mois contre 13,4 mois avec le sorafénib dans l’essai IMbrave150, d’après la mise à jour de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) en 2024. Une jaunisse récente, un amaigrissement inexpliqué ou un ventre qui gonfle justifient un rendez-vous rapide avec le médecin traitant.
Cancer primitif du foie ou métastase hépatique
Un cancer dit primitif du foie commence dans le foie. Une métastase hépatique est un cancer né ailleurs (côlon, sein, poumon) qui a ensuite essaimé vers cet organe. Le traitement, le pronostic et même le nom de la maladie ne sont pas les mêmes.
Le CHC part des hépatocytes, les cellules principales du foie. Les recommandations de l’European Association for the Study of the Liver (EASL) publiées en 2025 estiment qu’il représente environ 90 % des tumeurs primitives de cet organe. L’AASLD, dans son document de 2023, situe cette part entre 75 et 86 %. La seconde tumeur primitive fréquente est le cholangiocarcinome intra-hépatique, un cancer des voies biliaires situées dans le foie, qui pèse environ 10 à 15 % des cas dans les données GLOBOCAN 2024. L’hépatoblastome concerne surtout l’enfant et sort du cadre de cette page.
Le foie filtre le sang, produit la bile, stocke du glycogène et participe à la coagulation. Il se trouve sous le diaphragme, à droite, derrière les côtes. Parce qu’il reçoit le sang du tube digestif par la veine porte, il est un site fréquent de métastases, comme le rappelle la Mayo Clinic. Un cancer du côlon qui a gagné le foie reste un cancer colorectal métastatique. On ne le traite pas comme un CHC.
La plupart des CHC se développent sur un foie déjà cicatriciel. Plus de 80 % des patients ont une cirrhose, d’après l’AASLD en 2023. Cette double maladie (tumeur et foie malade) explique pourquoi le choix thérapeutique ne dépend pas seulement de la taille du nodule. Il faut aussi savoir ce que le foie restant est capable de faire.

Quels sont les symptômes du cancer du foie
Au début, le CHC ne provoque le plus souvent aucun signe. Les symptômes, lorsqu’ils apparaissent, sont ceux d’un foie qui souffre ou d’une tumeur déjà volumineuse. Ils n’appartiennent pas à cette seule maladie.
En 2023, la Mayo Clinic décrit un amaigrissement involontaire, une perte d’appétit, une douleur de la partie haute de l’abdomen, des nausées, une fatigue, un gonflement du ventre, une jaunisse (peau et blanc des yeux jaunes) et des selles pâles, presque crayeuses. Le National Cancer Institute (NCI), dans sa fiche de 2024, ajoute une masse dure sous les côtes droites, une douleur vers l’omoplate ou le dos, des bleus ou des saignements faciles, des urines foncées et de la fièvre.
Chez une personne qui a déjà une cirrhose, le signal n’est pas toujours un nouveau symptôme. C’est parfois une aggravation inexpliquée. L’ascite (liquide dans le ventre) augmente, l’ictère s’installe, les œdèmes des jambes s’accentuent, ou l’état général bascule en quelques semaines. Ces signes peuvent venir de la cirrhose seule. Ils peuvent aussi révéler un nodule qui s’est développé en silence.
La douleur n’est pas obligatoire. Quand elle existe, elle siège souvent sous les côtes droites, parfois avec une sensation de masse. Elle n’a rien de caractéristique et se confond avec une colique hépatique, une gastrite ou une simple fatigue musculaire. C’est pourquoi le dépistage chez les personnes à risque vise à trouver la tumeur avant ces signes, et non à attendre qu’ils apparaissent.
Voici des situations qui justifient un avis médical.
- Une jaunisse récente, même sans douleur, demande un examen du foie et des voies biliaires.
- Un amaigrissement involontaire de plusieurs kilos en quelques semaines n’a pas à rester sans explication.
- Une douleur ou une gêne persistante sous les côtes droites mérite une échographie si elle dure.
- Un ventre qui gonfle, des selles décolorées ou des urines très foncées orientent vers une atteinte hépatique.
- Chez une personne suivie pour cirrhose, toute dégradation brutale de l’état général doit être signalée à l’équipe qui la suit.
Causes et facteurs de risque du cancer du foie
Le CHC naît presque toujours sur un foie enflammé ou cicatriciel depuis des années. La cirrhose, quelle qu’en soit l’origine, est le terrain le plus net. L’AASLD estime le risque annuel autour de 2 % chez les personnes cirrhotiques. L’alcool, pris avec une hépatite ou une stéatose, peut multiplier ce risque jusqu’à cinq fois.
Les virus des hépatites B et C restent des causes majeures, mais leur poids géographique n’est pas le même. Le NCI (2024) indique que l’hépatite C chronique est la cause dominante en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, tandis que l’hépatite B l’est en Asie et en Afrique. Le virus B peut provoquer un CHC même avant la cirrhose. Le virus C passe le plus souvent par la cirrhose. Un traitement antiviral réduit le risque. Il ne l’annule pas chez les personnes déjà cirrhotiques, qui restent dans un programme de surveillance.
La stéatose associée à un dysfonctionnement métabolique (MASLD, anciennement NAFLD) et sa forme inflammatoire (MASH, anciennement NASH) pèsent de plus en plus. L’AASLD note que cette affection est devenue la cause de CHC qui croît le plus vite chez les candidats à la greffe. Environ un quart à un tiers des CHC liés à la stéatose surviennent sans cirrhose. Pour autant, la surveillance systématique n’est pas recommandée en l’absence de cirrhose, faute de savoir encore quels patients non cirrhotiques ont un risque assez élevé.
L’alcool à fortes doses, sur des années, conduit à la cirrhose. Le NCI souligne un autre chiffre. Les grands buveurs cirrhotiques ont un risque de CHC environ dix fois plus élevé que les grands buveurs dont le foie n’est pas cirrhotique. L’alcool aggrave aussi le risque chez les personnes infectées par le VHB ou le VHC.
D’autres facteurs s’ajoutent, souvent en se renforçant plutôt qu’en s’additionnant simplement.
- Le diabète de type 2 et le surpoids élèvent le risque, y compris via la stéatose.
- Le tabac est lié à une hausse du risque de CHC, de 20 à 86 % selon l’AASLD.
- L’aflatoxine B1, toxine de moisissures sur des céréales ou des noix mal stockées, pèse surtout en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud-Est et en Chine.
- L’hémochromatose héréditaire non traitée, le déficit en alpha-1 antitrypsine, certaines glycogénoses, la porphyrie cutanée tardive et la maladie de Wilson figurent parmi les affections rares associées à un risque accru.
Un homme a plus souvent un CHC qu’une femme. Cela reflète en partie les expositions (alcool, virus, tabac) et non une fatalité liée au sexe. Un parent atteint n’élève pas, à lui seul, le risque autant qu’une cirrhose déjà installée. Certaines maladies héréditaires du foie, elles, l’élèvent réellement.
Comment diagnostique-t-on un cancer du foie
Chez une personne à risque (cirrhose ou hépatite B chronique), un nodule de plus d’un centimètre vu à l’échographie se précise par une tomodensitométrie ou une IRM, réalisée en plusieurs temps d’injection. Si l’image montre une prise de contraste artérielle puis un lavage au temps portal, le diagnostic de CHC peut être porté sans biopsie. Le NCI indique une spécificité de 95 à 100 % pour les nodules de 1 à 3 cm.
Cette règle ne vaut pas pour tout le monde. Hors contexte de risque, ou si l’image n’est pas typique, une biopsie reste nécessaire. L’ESMO, dans sa mise à jour de février 2025, recommande aussi une confirmation histologique avant de commencer un traitement systémique dans les formes avancées. L’AFP, dosée dans le sang, n’est pas un test diagnostique à elle seule. L’AASLD le dit sans ambiguïté. Le taux peut monter dans d’autres maladies du foie, dans un cholangiocarcinome ou pendant une grossesse. Un taux élevé peut toutefois aider à suivre l’évolution une fois le diagnostic établi.
Le bilan ne s’arrête pas au nodule. L’équipe évalue la fonction du foie (bilirubine, albumine, coagulation, ascite, encéphalopathie, score de Child-Pugh), l’état général, et cherche une extension vers les vaisseaux, le thorax ou l’abdomen. Un scanner thoracique fait partie de la cartographie initiale dans les recommandations européennes. Les lésions de moins d’un centimètre, découvertes pendant un dépistage, ne sont en général pas ponctionnées. Le NCI indique un contrôle rapproché, souvent à trois mois, avec la même technique.
La biopsie n’est donc ni toujours indispensable, ni toujours évitée. Elle sert quand l’imagerie ne suffit pas, quand on suspecte un autre type de tumeur, ou avant certains médicaments. L’indication appartient à l’équipe qui suit votre foie. Les pratiques françaises (choix de l’IRM, de l’échographie de contraste) relèvent du médecin, pas d’un document américain lu isolément.
Stades du cancer du foie et classification BCLC
Le stade ne se résume pas à « petite » ou « grande » tumeur. Pour le CHC, le système de Barcelone (BCLC, mise à jour 2022) combine trois dimensions. La charge tumorale (taille, nombre, envahissement vasculaire, métastases), la fonction du foie, et l’état général du patient. C’est ce trio qui oriente le traitement, plus qu’un chiffre romain isolé.
On rencontre aussi une classification en stades I à IV, ou les catégories SEER (localisé, régional, à distance). La Mayo Clinic le rappelle. Ces grilles décrivent l’extension. Elles ne disent pas si une résection est tenable sur un foie cirrhotique, ni si une greffe reste possible. C’est pourquoi les sociétés savantes occidentales s’appuient sur le BCLC pour relier pronostic et option thérapeutique.
| Stade BCLC | Situation typique | Orientation fréquente |
|---|---|---|
| 0 (très précoce) | Un nodule ≤ 2 cm, foie compensé, bon état général | Ablation thermique ou résection |
| A (précoce) | Un nodule, ou jusqu’à trois nodules ≤ 3 cm | Résection, ablation ou greffe si critères remplis |
| B (intermédiaire) | Plusieurs nodules au-delà du stade A, sans métastase | Chimioembolisation, parfois greffe élargie, parfois médicaments |
| C (avancé) | Envahissement vasculaire ou métastases, état encore conservé | Traitement systémique (immunothérapie ou inhibiteurs de tyrosine kinase) |
| D (terminal) | Foie très décompensé, ou état général très altéré | Soins de confort, greffe seulement si elle reste indiquée pour le foie |
Le stade B n’est plus un bloc unique. La version 2022 distingue des patients encore greffables selon des critères élargis propres à chaque centre, des patients accessibles à une embolisation sélective, et des formes diffuses où les médicaments conviennent mieux. Un même malade peut passer d’une option à une autre si la tumeur progresse ou, au contraire, si un traitement locorégional la réduit assez pour ouvrir une greffe. Ces décisions se prennent en réunion pluridisciplinaire.
Les chiffres de survie par stade, utiles pour un ordre de grandeur, ne prédisent pas un parcours individuel. Le programme SEER des États-Unis, pour les cancers du foie et des voies biliaires intra-hépatiques diagnostiqués entre 2016 et 2022, indique une survie relative à 5 ans de 21,9 % tous stades confondus, 37,4 % si la tumeur est localisée, 13,4 % si elle a gagné les structures voisines, et 3,6 % s’il existe des métastases à distance. Environ 45 % des cas américains sont encore vus localisés. Ces données mélangent CHC et cholangiocarcinome et ne préjugent pas d’un dossier français.
Chirurgie, radiofréquence et greffe du foie
Lorsqu’un CHC est unique, que le foie restant suffit et qu’il n’y a pas d’hypertension portale importante, la résection (hépatectomie partielle) peut viser une rémission durable. Le NCI rappelle que seuls 10 à 23 % des patients sont des candidats chirurgicaux à visée curative, et que la survie globale à 5 ans après résection se situe, dans les séries colligées, entre 27 et 70 %. L’écart vient du terrain. Un foie sain supporte une résection large. Un foie cirrhotique, non.
L’ablation thermique, par radiofréquence ou micro-ondes, détruit le nodule par la chaleur, souvent sous contrôle échographique. Pour une tumeur de 2 cm ou moins, les résultats de survie se rapprochent de ceux de la résection, avec un geste moins lourd. Au-delà, le risque de laisser un reliquat augmente. L’ESMO, en 2025, écarte l’injection d’alcool dans la tumeur. La destruction chimique donne de moins bons résultats que la chaleur et n’a plus de place de routine.
La transplantation hépatique traite à la fois la tumeur et la cirrhose. Les critères de Milan restent le cadre international de référence. Une tumeur unique de 5 cm au plus, ou deux à trois tumeurs de 3 cm au plus, sans envahissement vasculaire ni métastase. Dans ces conditions, le NCI situe la survie globale à 5 ans entre 44 et 78 %. Les listes d’attente, les contre-indications (état général, autres maladies, alcool non pris en charge) et le nombre limité de greffons font que seule une minorité de patients y accède. Certains centres acceptent des critères élargis, ou une réduction tumorale par chimioembolisation avant inscription. En France, c’est l’équipe de transplantation qui applique ces règles.
Après une résection ou une ablation à visée curative, la surveillance de la récidive reste la norme. Un essai d’atézolizumab-bévacizumab en adjuvant (IMbrave050) a montré un bénéfice de survie sans récidive qui ne s’est pas maintenu dans l’analyse suivante, d’après l’ESMO. Il n’existe pas, à ce jour, de traitement adjuvant systémique approuvé en routine. Le calendrier des contrôles (imagerie, AFP) est fixé par l’équipe. Il n’est pas optionnel.

Chimioembolisation et traitements médicamenteux
Quand la chirurgie, l’ablation ou la greffe ne sont pas possibles, on dispose de gestes qui ciblent la tumeur dans le foie, et de médicaments qui agissent dans tout le corps. Le choix dépend du nombre de nodules, de la perméabilité de la veine porte, de la fonction hépatique et de l’état général.
La chimioembolisation transartérielle (TACE) consiste à injecter un cytotoxique dans l’artère qui nourrit le nodule, puis à occlure ce vaisseau. Elle concerne surtout le stade intermédiaire, avec un foie encore compensé et des nodules accessibles de façon sélective. La radioembolisation (microsphères chargées d’yttrium-90) et la radiothérapie stéréotaxique sont des alternatives dans des situations précises, par exemple un nodule unique de taille intermédiaire. Ces techniques ne « remplacent » pas les médicaments lorsque la maladie est diffuse ou a déjà franchi le foie.
Le changement majeur des années récentes concerne le traitement systémique. Pendant plus de dix ans, le sorafénib a été le seul médicament à prolonger la survie dans le CHC avancé. Les recommandations ASCO de 2024, qui actualisent le document de 2020, placent désormais en première ligne, pour un foie Child-Pugh A et un état général conservé (ECOG 0 ou 1), l’association atézolizumab-bévacizumab ou l’association durvalumab-trémélimumab. Dans IMbrave150, la survie médiane est passée de 13,4 mois avec le sorafénib à 19,2 mois avec atézolizumab-bévacizumab. Le schéma durvalumab-trémélimumab (essai HIMALAYA) a aussi allongé la survie par rapport au sorafénib. L’ESMO reprend ces deux options.
Le bévacizumab augmente le risque de saignement. L’essai IMbrave150 exigeait une endoscopie récente pour chercher et traiter des varices œsophagiennes. Cette précaution reste d’actualité. En cas de contre-indication à ces associations (maladie auto-immune grave, greffe d’organe, risque hémorragique non maîtrisé), le sorafénib, le lenvatinib ou le durvalumab seul peuvent être proposés, selon l’ASCO. En deuxième ligne interviennent notamment le régorafénib, le cabozantinib, le ramucirumab si l’AFP est d’au moins 400 ng/ml, ou d’autres combinaisons d’immunothérapie. La chimiothérapie classique, injectée dans une veine, n’est plus le traitement de fond du CHC.
Ces molécules ont des effets indésirables (hypertension, diarrhée, syndrome main-pied, toxicités immunitaires). Le médecin et le pharmacien expliquent ceux du schéma retenu. Les protocoles français peuvent différer des textes américains.
Dépistage du cancer du foie en cas de cirrhose
Le dépistage ne s’adresse pas à la population générale. Il vise les personnes dont le risque annuel de CHC est assez élevé pour que le bénéfice (trouver une tumeur encore traitable) l’emporte sur les inconvénients (fausses alertes, examens supplémentaires). L’AASLD, en 2023, inscrit dans ce cadre la cirrhose Child-Pugh A ou B de toute cause, et certaines hépatites B chroniques même sans cirrhose. Le Child-Pugh C n’en bénéficie que si une greffe reste envisageable. Sinon, le risque de mourir de l’insuffisance hépatique dépasse celui de manquer une tumeur opérable.
L’examen recommandé est l’échographie du foie tous les six mois, associée au dosage de l’AFP. Une méta-analyse citée par l’AASLD donne une sensibilité de 53 % pour le CHC de stade précoce avec l’échographie seule, et de 63 % lorsque l’AFP est ajoutée. Un essai randomisé ancien chez des personnes infectées par le VHB a montré une baisse de la mortalité liée au CHC (rapport de risques 0,63). Chez les cirrhotiques, les cohortes colligées retrouvent surtout un diagnostic plus précoce, sans essai randomisé de même ampleur.
Un rythme trimestriel n’a pas fait mieux que le semestre. Un rythme annuel fait moins bien. Le scanner ou l’IRM ne sont pas l’outil de dépistage de première intention, en raison du coût, de l’irradiation (pour le scanner) et de la capacité des services d’imagerie. Ils peuvent remplacer l’échographie si celle-ci voit mal le foie, notamment en cas d’obésité. Un nodule de moins d’un centimètre se surveille de près. Un nodule d’un centimètre ou plus, ou une AFP qui s’élève, bascule vers une imagerie en coupe avec injection.
Après guérison virologique d’une hépatite C, le risque persiste si la cirrhose est déjà là. L’AASLD conseille de poursuivre la surveillance. En revanche, elle ne recommande pas de dépistage de routine après guérison en cas de fibrose avancée sans cirrhose, ni en cas de stéatose non cirrhotique. Si vous avez une cirrhose, demandez si vous êtes dans un programme d’échographie et d’AFP tous les six mois, et quelle est la prochaine date.
Comment réduire le risque de cancer du foie
On ne dispose pas d’un geste unique qui abolisse le risque. On dispose de leviers qui réduisent la cirrhose, donc le terreau du CHC, et de traitements qui abaissent le risque chez les personnes déjà infectées.
La vaccination contre l’hépatite B, dès le nourrisson, a fait baisser l’incidence du CHC dans plusieurs pays d’Asie. Le NCI le range parmi les facteurs protecteurs documentés. Il n’existe pas de vaccin contre l’hépatite C. La prévention passe par l’absence de partage de matériel d’injection, des soins avec du matériel stérile, et un préservatif si le statut du partenaire n’est pas connu. Un traitement par antiviraux d’action directe guérit aujourd’hui la grande majorité des hépatites C. Pour l’hépatite B, les analogues nucléosidiques ou nucléotidiques (entécavir, ténofovir) diminuent le risque de CHC d’après les méta-analyses reprises par l’EASL, sans l’annuler.
Réduire ou arrêter l’alcool protège le foie, que la maladie soit alcoolique, virale ou métabolique. L’EASL, avec un niveau de preuve modéré, recommande aussi l’arrêt du tabac et une perte de poids en cas d’obésité. Le café apparaît dans le même document comme pouvant être associé à un risque plus bas de CHC. Ce n’est pas un traitement du nodule. Le médecin traitant traduit ces pistes en objectifs adaptés (alcool, poids, tabac).
Limiter l’exposition aux aflatoxines concerne surtout les régions où les céréales et les oléagineux se conservent dans des conditions chaudes et humides. En France métropolitaine, ce levier pèse peu par rapport à l’alcool, aux virus et à la stéatose. Traiter une hémochromatose, un diabète ou une stéatose n’efface pas à coup sûr le risque de tumeur. Cela ralentit la fibrose, ce qui reste l’objectif le plus solide.
Signes d’alerte du cancer du foie et moment de consulter
Les signes d’alerte ne sont pas spécifiques. Ils deviennent pressants lorsqu’ils s’installent, s’aggravent, ou surviennent chez une personne qui a déjà une maladie du foie. Le médecin traitant est le premier interlocuteur pour une jaunisse, un amaigrissement, une douleur haute à droite ou une fatigue qui n’a pas d’explication.
Un saignement digestif est une autre affaire. Les varices œsophagiennes, fréquentes en cas d’hypertension portale, peuvent saigner abondamment. L’essai IMbrave150 exigeait une endoscopie avant le bévacizumab pour cette raison. Vomir du sang, avoir des selles noires, perdre connaissance ou confondre brutalement les mots sont des urgences. En France, on appelle le 15 (SAMU) ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Jaunisse, amaigrissement involontaire, douleur persistante sous les côtes droites | Prendre rendez-vous avec le médecin traitant |
| Ventre gonflé, selles pâles, urines foncées, fatigue inhabituelle, surtout si cirrhose connue | Consulter rapidement, sans attendre le prochain contrôle de routine |
| Vomissements de sang, selles noires, malaise brutal, confusion soudaine | Appeler le 15 ou le 112 |
| Nodule hépatique découvert par hasard, ou AFP qui s’élève | Revoir l’hépatologue pour une imagerie en coupe injectée |
Les derniers bilans du foie, les comptes rendus d’échographie et la liste des traitements, alcool compris, aident dès le premier rendez-vous. Si une cirrhose est déjà connue et que le rythme des six mois a glissé, le rattrapage de l’échographie est le premier geste utile.
Questions fréquentes
Le cancer du foie se soigne-t-il ?
Certains CHC de stade précoce peuvent être traités à visée curative par résection, ablation thermique ou greffe. Les formes plus avancées relèvent de traitements qui visent à ralentir la maladie et à préserver la qualité de vie, avec des survies médianes désormais mesurées en mois, parfois en années, selon le terrain. Aucun schéma ne garantit une guérison.
Faut-il une biopsie du foie pour confirmer le diagnostic ?
Pas toujours. Chez une personne à risque, un nodule de plus d’un centimètre avec prise de contraste artérielle puis lavage portal sur une imagerie dynamique de qualité peut suffire, d’après le NCI et l’AASLD. Hors de ce cadre, ou avant un traitement systémique, l’ESMO recommande souvent une preuve histologique.
Une hépatite C guérie élimine-t-elle le risque ?
Non, si une cirrhose est déjà présente. Le risque de CHC baisse après une réponse virologique soutenue, mais il persiste assez pour justifier une surveillance indéfinie, selon l’AASLD. Sans cirrhose, le dépistage de routine n’est pas recommandé après guérison.
Quelle est l’espérance de vie avec un cancer du foie ?
Les statistiques de groupe ne prédisent pas un cas. Aux États-Unis, la survie relative à 5 ans (SEER, diagnostics 2016-2022) est de 21,9 % tous stades, 37,4 % si la tumeur est localisée, et 3,6 % s’il y a des métastases à distance. Après greffe dans les critères de Milan, le NCI rapporte 44 à 78 % à 5 ans. L’immunothérapie de première ligne a allongé la survie médiane des formes non opérables par rapport au sorafénib seul.
La greffe de foie est-elle possible à tout âge ?
Non. Outre les critères de Milan (ou les critères élargis du centre), il faut un état général compatible avec l’opération et les immunosuppresseurs à vie, et l’absence de métastase ou d’envahissement vasculaire. L’âge n’est pas un seuil unique dans les documents internationaux. Chaque équipe fixe ses limites. La pénurie de greffons restreint l’accès.
Le café protège-t-il vraiment contre cette tumeur ?
L’EASL, avec un niveau de preuve faible à modéré, indique que la consommation de café peut être associée à un risque plus bas de CHC et peut être recommandée. Ce n’est pas un traitement du nodule, ni une raison de négliger l’alcool, le virus ou le poids.

Conclusion
Le CHC est une tumeur du foie malade plus souvent que du foie sain. Les symptômes arrivent tard. C’est le dépistage semestriel chez les personnes cirrhotiques, et le traitement des hépatites, de l’alcool et de la stéatose, qui déplacent réellement le pronostic. Les chiffres mondiaux de 2024 (environ 843 000 cas, 732 000 décès) montrent encore un cancer trop souvent vu trop tard.
Les options ont changé. La destruction à l’alcool n’est plus une technique de référence. Le sorafénib n’est plus le seul médicament de première ligne. L’atézolizumab-bévacizumab et le durvalumab-trémélimumab, pour les patients dont le foie et l’état général le permettent, ont allongé la survie médiane. La greffe et la résection restent les voies les plus ambitieuses, réservées à une minorité.
Si vous vivez avec une cirrhose ou une hépatite B, vérifiez la date de votre prochaine échographie et le dernier dosage d’AFP. Si une jaunisse, un amaigrissement ou un ventre qui gonfle apparaissent, voyez le médecin traitant sans attendre le prochain créneau de routine. En cas de vomissements de sang ou de malaise brutal, composez le 15 ou le 112.
Sources
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