
Un spasme cricopharyngé survient lorsque le muscle cricopharyngien, qui forme l’essentiel du sphincter œsophagien supérieur, se contracte trop fort. La gêne typique est une boule ou un serrement dans la gorge, souvent plus nette en avalant la salive, alors que les aliments passent encore.
Jusqu’à 45 % des personnes ont déjà ressenti cette impression au cours de leur vie, d’après un guide de médecine générale britannique paru en 2025, qui l’estime aussi à environ 4 % des motifs d’adressage en oto-rhino-laryngologie. Quand on applique les critères Rome IV, beaucoup plus étroits, une enquête mondiale de 2026 sur 54 127 adultes ne retrouve un globus que chez 0,75 % des personnes, et 0,94 % en Europe de l’Ouest.
Le même muscle peut, dans un autre tableau, mal s’ouvrir pendant la déglutition. Il s’agit alors d’une dysfonction cricopharyngée avec une vraie dysphagie, des fausses routes possibles et, dans une série radiologique ancienne citée en 2024, une image de dysfonction chez environ 25 % des patients déjà explorés pour un trouble de la déglutition. Au Royaume-Uni, le NICE juge encore insuffisantes les preuves de la myotomie endoscopique au laser carbonique et la réserve à des équipes spécialisées. Une revue de 2016 chiffrait le succès de la myotomie à 78 % contre 69 % pour la toxine botulique, uniquement dans cette dysphagie documentée.
Qu’est-ce qu’un spasme cricopharyngé ?
Le muscle cricopharyngien entoure le sommet de l’œsophage. Contrairement à la plupart des muscles, il reste fermé au repos, puis se relâche le temps de laisser passer aliments, liquides et salive, comme l’explique la fiche grand public ENT Health de l’American Academy of Otolaryngology. Ce haut de l’œsophage s’appelle aussi sphincter œsophagien supérieur, ou segment pharyngo-œsophagien.
Chez une personne atteinte de spasmes, cette fermeture devient trop forte ou trop durable. La mise à jour de février 2025 de la Cleveland Clinic décrit un tableau où l’on avale encore, mais où la gorge reste inconfortable. Les termes « achalasie cricopharyngée » et « dysfonction cricopharyngée » circulent comme synonymes. Une revue de 2024 souligne pourtant qu’ils recouvrent des mécanismes différents, de la simple impression de globus jusqu’à une barre cricopharyngée qui bloque réellement le bol alimentaire.
Au repos, la pression de cette zone reste modérée. Le tonus de repos tient surtout aux propriétés élastiques du muscle, avec des valeurs souvent citées entre 6 et 18 mm Hg dans la revue de Krekeler et Howell, et non à une contraction permanente de haute intensité. Pendant la déglutition, le complexe hyo-laryngé s’élève vers l’avant, la langue et le pharynx poussent le bol, et le sphincter s’ouvre. Si l’ouverture manque, le transit se fait mal. Si le muscle est seulement irritable ou perçu comme trop tendu, la déglutition reste possible et c’est la sensation qui domine.

Quels symptômes provoquent ces spasmes ?
La gêne va d’un simple inconfort à une angoisse d’étouffement, alors que l’air passe encore. Les personnes décrivent souvent une boule qu’on n’arrive pas à chasser, une pression sous la pomme d’Adam, un serrement ou l’impression d’être étranglé. Ces signes s’atténuent en général pendant les repas et peuvent s’accentuer sous stress, selon la Cleveland Clinic.
Dans un article du British Journal of General Practice de 2025, les patients parlent aussi d’un cheveu, d’une glaire ou d’une « grenouille » coincée. La gêne est souvent pire en avalant à vide qu’en avalant un aliment. Le raclement de gorge répété entretient l’irritation. Le soir, la fatigue et l’attention portée à la gorge rendent le phénomène plus envahissant, sans que cela prouve à lui seul une lésion.
Quelques traits aident à reconnaître un tableau de globus plutôt qu’une obstruction.
- La déglutition des solides et des liquides reste possible, même si la salive met mal à l’aise.
- La gêne fluctue d’un jour à l’autre et s’aggrave souvent après une période de tension.
- Aucune masse n’est palpable dans le cou, et l’examen de la bouche reste banal.
- Une douleur franche à chaque bouchée, une voix cassée durable ou un amaigrissement sortent de ce cadre.
L’anxiété peut provoquer une sensation de gorge serrée sans lien avec le repas, alors qu’une dysphagie vraie est le sentiment que l’aliment reste coincé, rappelle MedlinePlus. Cette frontière n’est pas toujours nette pour la personne qui la vit. Le médecin s’appuie donc sur le récit précis, repas par repas, plus que sur un mot unique. Chez l’adulte d’âge moyen, le globus reste le tableau le plus souvent rencontré en cabinet. Les enfants peuvent aussi présenter des spasmes, d’après la Cleveland Clinic, mais d’autres causes de gêne pharyngée y sont plus fréquentes et le bilan doit rester spécialisé.
Reflux, tension musculaire et autres causes
Aucune cause unique n’est démontrée pour le globus. Certaines études, résumées dans le Merck Manual d’avril 2026, trouvent une pression élevée du sphincter supérieur ou une motilité hypopharyngée anormale au moment des symptômes, sans mécanisme universel. Le reflux gastro-œsophagien et le reflux laryngopharyngé figurent parmi les pistes les plus citées.
Le guide britannique de 2025 rappelle qu’un reflux à la jonction œso-gastrique peut augmenter le tonus du muscle cricopharyngien et donner une impression de boule. L’acidité, même peu abondante, irrite la muqueuse et rend la gorge plus sensible. Ce n’est pas une preuve que chaque globus est un reflux. L’enquête Rome IV de 2026 ne retrouve un pyrosis concomitant que chez 17,4 % des personnes avec globus strict, alors que 60,5 % ont des symptômes d’anxiété ou de dépression.
La tension des muscles du cou et du pharynx, le raclement habituel, la rhinorrhée postérieure des rhinites et sinusites, et parfois des ostéophytes cervicaux, s’ajoutent à la liste. Une thyroïde augmentée de volume ou un nodule peut comprimer les structures voisines. Le tabac et le vapotage irritent la muqueuse. Les émotions fortes, le deuil notamment, donnent parfois la même impression de gorge nouée, sans que le globus soit pour autant une « maladie mentale ».
À l’autre bout du spectre, un accident vasculaire cérébral, une myosite, une dystrophie musculaire ou les séquelles d’une radiothérapie du cou peuvent empêcher le sphincter de s’ouvrir. NICE décrit alors une dysfonction du muscle, idiopathique ou liée à une maladie neurologique, à une chirurgie de la tête et du cou. Les symptômes ne se limitent plus à une boule. Apparaissent une dysphagie, une odynophagie, des fausses routes, une toux, un amaigrissement.
Confondre ces deux familles de causes conduit à des traitements décalés. Un reflux traité peut calmer un globus. Une toxine botulique ou une myotomie n’ont de place que si l’ouverture du sphincter est réellement défaillante, documentée, et gênante.
Globus pharyngé ou vraie dysphagie
Le globus est une sensation non douloureuse de corps étranger ou de serrement, sans dysphagie, qui peut même s’atténuer pendant les repas, selon la revue ESNM/ANMS de Zerbib et coll. (2020). La dysphagie, elle, n’existe que lorsqu’on tente d’avaler. MedlinePlus insiste sur cette séparation, parce que les examens et l’urgence ne sont pas les mêmes.
Les critères Rome IV du globus, repris dans cette revue, exigent une sensation au moins hebdomadaire, présente depuis des mois, survenant entre les repas, sans lésion à l’examen, à la laryngoscopie ou à l’endoscopie, sans dysphagie ni odynophagie, sans hétérotopie gastrique proximale, sans reflux ou œsophagite à éosinophiles comme cause, et sans trouble moteur majeur de l’œsophage. Beaucoup de « boules dans la gorge » du quotidien ne remplissent pas cette définition, ce qui explique l’écart entre 45 % de souvenirs de gêne et 0,75 % de globus strict.
Une barre cricopharyngée vue sur une radioscopie n’est pas non plus un diagnostic automatique. Krekeler et Howell rappellent qu’une indentation postérieure n’empêche pas toujours le transit, et qu’un patient peut avoir une barre sans plainte, ou une plainte sans barre. La dysfonction musculaire se pose quand des symptômes obstructifs s’associent à une image ou à une manométrie anormale.
Le spasme distal de l’œsophage est un troisième tableau. MedlinePlus le décrit comme des contractions anormales du corps de l’œsophage, avec douleur thoracique ou abdominale haute et vraie difficulté à avaler, parfois déclenchée par des aliments très chauds ou très froids. Cette douleur peut mimer un angor. Elle n’est pas une « boule » haute sous le larynx. Un avis médical s’impose si cette douleur fait craindre un problème cardiaque.
Séparer ces trois tableaux évite de rassurer à tort une personne qui s’étouffe, autant que d’enchaîner endoscopies et chirurgies pour une gêne fonctionnelle. La revue de 2020 décrit une évolution bénigne du globus, souvent décroissante avec le temps.
Quand les spasmes cricopharyngés justifient une consultation
Une gêne isolée, sans douleur, sans aliment coincé et avec un cou normal, n’est en général pas une urgence. Un globus typique, avec examen normal, ne nécessite pas d’examens complémentaires, selon le Merck Manual. Cela n’interdit pas de voir son médecin traitant. Au-delà de trois semaines, délai retenu par la Cleveland Clinic, beaucoup de personnes vont déjà mieux, mais pas toutes, et une consultation se justifie.
Certains signes changent le calendrier. Ils ne « prouvent » pas un cancer, rare dans un globus isolé, mais ils imposent d’écarter une autre affection. Le guide britannique de 2025 liste notamment une dysphagie persistante ou progressive, une douleur à la déglutition, un amaigrissement inexpliqué, une voix cassée durable, des crachats de sang, une masse du cou, des symptômes strictement unilatéraux ou une otalgie, surtout chez une personne qui fume ou boit beaucoup.
| Élément | Tableau habituel de globus | Signe d’alerte |
|---|---|---|
| Déglutition | Les aliments passent, la gêne baisse souvent en mangeant | Aliments ou liquides bloqués, efforts marqués pour avaler |
| Douleur | Impression non douloureuse, plutôt un serrement | Douleur à chaque bouchée, douleur du cou ou de la gorge |
| Poids et état général | Poids stable, appétit conservé | Amaigrissement inexpliqué, fatigue marquée |
| Voix et sang | Raclement parfois, voix variable | Voix cassée persistante, crachats de sang |
| Cou | Rien de visible ni de palpable | Masse cervicale, ganglions, thyroïde très augmentée |
| Évolution | Fluctue avec le stress, parfois depuis des mois | Début brutal, aggravation continue |
| Respiration | Gêne sans manque d’air | Impossible de respirer ou d’avaler la salive, appel du 15 ou du 112 |
S’y ajoutent, toujours d’après Merck, la faiblesse musculaire et la régurgitation alimentaire. MedlinePlus demande de contacter un soignant sans délai en cas de fièvre, d’essoufflement, d’aggravation, de sang dans les crachats ou de sensation d’étouffement pendant ou après les repas. Si vous ne pouvez plus respirer ou avaler votre salive, appelez le 15 ou le 112.
Le médecin traitant examine la bouche, palpe le cou et le plancher buccal, et observe une gorgée d’eau puis un aliment solide. Un adressage ORL se discute si les signes d’alerte sont là, si la gêne persiste malgré des mesures simples, ou si la gorge n’est pas assez visible. En France, le circuit exact (ORL, gastro-entérologue, orthophoniste) dépend de l’examen et des habitudes locales, pas d’une copie des protocoles britanniques.
Quels examens le médecin peut proposer
Pour un globus typique, l’interrogatoire et l’examen suffisent souvent. Le guide de 2025 déconseille le transit baryté systématique « pour éliminer un cancer », car cet examen est peu utile à cette fin. Il peut toutefois montrer, chez jusqu’à un tiers des personnes concernées, une hernie hiatale, des ostéophytes ou un spasme cricopharyngé, ce qui n’équivaut pas à une indication opératoire.
Quand le doute persiste, la nasofibroscopie chez l’ORL visualise le pharynx et le larynx. Une endoscopie digestive haute cherche une œsophagite, un rétrécissement, une hétérotopie gastrique cervicale. Un enregistrement de pH, parfois avec impédance, se discute si un reflux est suspecté et qu’un essai médicamenteux a échoué. La manométrie mesure les pressions et la coordination. Un examen vidéofluoroscopique de la déglutition, souvent avec un orthophoniste, filme le passage réel des textures.
Pour une dysfonction du muscle, la fiche ENT Health décrit les mêmes outils. Une sténose visuelle du segment n’est pas toujours anormale, ni toujours à traiter. La manométrie peut montrer des pressions élevées au repos ou pendant les déglutitions. L’absence de critères diagnostiques consensuels, soulignée par Krekeler et Howell, explique que deux équipes ne classent pas toujours le même cliché de la même façon.
En cas de dysphagie, MedlinePlus ajoute une évaluation endoscopique de la déglutition et des examens orientés vers un obstacle, un trouble moteur ou une lésion de muqueuse. Aucun de ces tests ne se prescrit « par confort » sans question clinique. Un globus isolé avec examen normal n’a pas besoin d’une batterie complète. Une dysphagie progressive, elle, ne se surveille pas à l’aveugle.
L’imagerie du cou n’est pas le premier examen d’une sensation de boule sans masse. Si vos doigts sentent réellement une tuméfaction, le problème n’est plus un globus et le parcours devient celui d’une masse cervicale.

Soulager les symptômes au quotidien
Beaucoup d’épisodes s’atténuent d’eux-mêmes. Dans la plupart des cas, d’après la Cleveland Clinic, une amélioration se dessine vers trois semaines, avec une grande variabilité. Comprendre qu’il n’y a souvent rien de coincé réduit l’hypervigilance, qui elle-même entretient la tension.
Quelques gestes, issus des fiches de la Cleveland Clinic sur le spasme et sur le globus, peuvent diminuer la gêne sans remplacer un avis médical.
- Boire par petites gorgées, de préférence une boisson tiède, pour relâcher un peu la gorge.
- Fractionner les repas, afin de moins laisser le sphincter en fermeture prolongée entre de rares bouchées volumineuses.
- Éviter le raclement de gorge répété, qui irrite la muqueuse et relance le cycle.
- Bâiller largement ou mimer une mastication exagérée pour desserrer les muscles du pharynx.
- Respirer un moment dans une vapeur d’eau chaude, par exemple sous la douche, si la gorge est sèche.
- Noter les circonstances (stress, voix prolongée, repas tardifs, tabac) pour les limiter ensuite.
Les techniques de relaxation, la méditation ou un travail sur l’anxiété ont une place quand la tension et le stress aggravent clairement les crises. Le guide britannique mentionne aussi la thérapie cognitivo-comportementale dans les globus très liés à l’anxiété. Un orthophoniste formé à la déglutition peut enseigner des manœuvres de relâchement. Pour une dysfonction vraie, Krekeler et Howell citent des exercices visant l’élévation hyo-laryngée, avec un niveau de preuve encore hétérogène. Ces exercices se font sur prescription, pas d’après une vidéo générique.
Les myorelaxants en vente libre, les compresses de menthol ou la camomille n’ont pas de dossier solide dans les revues et fiches cliniques citées plus haut. Un pharmacien ou un médecin peut dire ce qui est adapté à votre situation, surtout si vous prenez déjà d’autres médicaments.
Traiter un reflux associé (repas moins tardifs, tête de lit un peu surélevée, limitation de l’alcool et des plats très gras) relève du bon sens diététique, pas d’une garantie. Si la gêne dépasse trois semaines ou s’accompagne d’un signe d’alerte, ces mesures ne dispensent pas d’une consultation.
Médicaments, toxine botulique et dilatation
Le traitement vise la cause identifiée, pas un « anti-spasme » universel. S’il existe des symptômes de reflux, un essai d’inhibiteur de la pompe à protons est jugé raisonnable par Zerbib et coll. en l’absence de signes d’alarme, surtout si un pyrosis est présent. Le guide de médecine générale britannique de 2025 propose souvent un essai de plusieurs semaines, parfois associé à un alginate. Ce schéma est britannique. En France, le médecin traitant ou le pharmacien applique la recommandation locale et choisit la molécule.
Un spray nasal stéroïdien ou un antihistaminique peut aider si une rhinite allergique entretient une rhinorrhée postérieure. Des antidépresseurs à faible dose, des neuromodulateurs, sont parfois utilisés dans un globus réfractaire à composante neuropathique ou anxieuse, toujours sur prescription. Zerbib et coll. parlent aussi d’approches complémentaires après les mesures spécifiques. Rien de tout cela ne « guérit à coup sûr ».
La toxine botulique injectée dans le muscle cricopharyngien affaiblit temporairement la contraction, souvent pour trois à six mois d’après ENT Health. NICE la range, avec les myorelaxants de prescription et la rééducation, parmi les traitements médicaux de la dysfonction du sphincter. Dans une revue comparant dilatation, toxine et myotomie, Kocdor, Siegel et Tulunay-Ugur (2016) rapportaient pour la toxine un succès de 43 % à 100 % (moyenne 76 %), et un succès pondéré par le nombre de patients de 69 %, inférieur à celui de la myotomie.
La dilatation, c’est-à-dire l’étirement du sphincter, est un essai souvent transitoire. Elle permet de tester si relâcher la zone améliore la déglutition, parfois sous sédation légère, parfois sous anesthésie générale. Le succès pondéré était de 73 % dans la revue de 2016, sans différence statistiquement nette avec la myotomie ou la toxine. Les récidives sont fréquentes. Chez une personne âgée ou fragile, toxine et dilatation sont souvent préférées à une chirurgie d’emblée.
Ces procédures concernent une dysphagie cricopharyngée documentée, pas un globus isolé avec examen normal. Les doses, le produit exact et les contre-indications relèvent de l’équipe qui injecte, pas d’une page d’information. En cas de reflux mal contrôlé, affaiblir le sphincter supérieur peut aussi majorer des régurgitations. C’est une des raisons pour lesquelles un essai de dilatation ou de toxine précède parfois une myotomie, afin de juger du bénéfice et des effets indésirables.
Myotomie cricopharyngienne, indications et limites
La myotomie consiste à sectionner le muscle pour l’empêcher de se refermer trop fort. Elle se fait par voie endoscopique (par la bouche, au laser, à la diathermie ou à l’agrafeuse) ou par une courte incision du cou. La recommandation britannique HTG406 (texte de 2016, migré en janvier 2026 sans changement de fond) vise la dysphagie oropharyngée par dysfonction du muscle, et non le diverticule de Zenker. Les symptômes retenus sont la dysphagie, la douleur à la déglutition, l’étouffement, la régurgitation, la toux, les fausses routes et la perte de poids.
Les preuves de la myotomie au laser carbonique restent, pour le NICE, insuffisantes en quantité et en qualité. La procédure ne doit y être proposée que dans un cadre de gouvernance, d’information écrite du patient et d’audit, par une équipe multidisciplinaire de la dysphagie. Ce cadre est britannique. Un chirurgien ORL en France appliquera les règles de son établissement et les indications locales.
Dans la revue de 2016, le succès pondéré de la myotomie atteignait 78 %, supérieur à celui de la toxine (69 %). La voie endoscopique avait un meilleur taux de succès que la voie ouverte, avec un rapport de cotes de 2,2. Ces chiffres viennent de séries hétérogènes, sans essai randomisé de grande taille. Une autre revue, citée par Krekeler et Howell, jugeait les données encore trop faibles pour figer une pratique unique.
Le diverticule de Zenker est un trouble voisin, pas le même diagnostic. Il s’agit d’une hernie muqueuse au-dessus d’un muscle trop résistant, avec une incidence annuelle d’environ 2 pour 100 000 dans la revue de 2024. Les études longitudinales y montrent souvent une aggravation, alors qu’une barre cricopharyngée isolée peut rester stable. La chirurgie du diverticule n’est pas le traitement d’une boule dans la gorge sans dysphagie.
Une myotomie n’est donc pas l’étape suivante naturelle d’un spasme gênant. Elle se discute après échec des mesures conservatrices, devant une obstruction documentée, chez une personne informée des incertitudes. Les questions utiles pour le chirurgien portent sur le risque de fausse route, sur l’alternative dilatation ou toxine, et sur ce qui se passe si l’on n’opère pas.
Questions fréquentes
La boule dans la gorge est-elle un cancer ?
Presque jamais lorsqu’elle est isolée, fluctuante et sans masse palpable. Le cancer de la gorge ou de l’œsophage se manifeste plutôt par une dysphagie qui s’aggrave, une douleur, un amaigrissement, une voix cassée persistante ou une tuméfaction. Ces signes imposent un examen, pas un diagnostic par internet.
Peut-on encore avaler malgré un spasme cricopharyngé ?
Oui, dans le tableau habituel décrit par la Cleveland Clinic, les aliments passent et la gêne baisse souvent pendant le repas. Si chaque bouchée bloque, si vous toussez en buvant ou si vous perdez du poids, il ne s’agit plus de ce tableau. Il faut alors chercher une dysphagie vraie.
Un traitement contre le reflux suffit-il ?
Parfois, lorsque des brûlures, des régurgitations ou un reflux laryngopharyngé sont associés. Un essai d’inhibiteur de la pompe à protons est jugé raisonnable par la revue ESNM/ANMS de 2020 en l’absence de signes d’alarme. L’enquête de 2026 montre pourtant qu’une minorité seulement des globus stricts s’accompagne d’un pyrosis fréquent. L’échec d’un IPP n’infirme donc pas le globus.
Combien de temps durent les spasmes ?
Souvent quelques semaines. La Cleveland Clinic situe une amélioration fréquente vers trois semaines, avec des formes qui durent des mois, voire plus. Le globus de la revue de 2020 a une évolution bénigne, sans séquelle à long terme, même si l’intensité peut flotter. Une durée longue n’est pas à elle seule un signe de gravité, mais elle justifie un avis si la gêne empêche de vivre normalement.
La toxine botulique est-elle utile pour un globus isolé ?
Elle a surtout été étudiée dans la dysfonction cricopharyngée avec dysphagie, où l’effet est temporaire (souvent trois à six mois d’après ENT Health) et le succès inférieur à celui de la myotomie dans la revue de 2016. Un globus isolé, sans obstruction documentée, se traite d’abord par explication, mesures simples et, le cas échéant, reflux ou tension. L’injection n’est pas un confort de premier recours.
Comment parler de ces symptômes au médecin ?
Dites si la gêne arrive entre les repas ou seulement en avalant, si l’eau et la viande passent, s’il existe un amaigrissement, une voix cassée, une douleur, du sang ou une masse. Précisez tabac, alcool, reflux et niveau de stress. Cette description oriente vers un globus, une dysphagie oropharyngée ou un spasme plus bas dans l’œsophage, et évite des examens inutiles autant qu’un retard.

Conclusion
Le mot « spasme cricopharyngé » mélange deux réalités. L’une, fréquente, est une tension du haut de l’œsophage qui donne une boule, souvent liée au reflux, à l’irritation et au stress, et qui laisse encore avaler. L’autre, plus rare, est une ouverture insuffisante du sphincter, avec une dysphagie vraie, un risque de fausse route, et des traitements instrumentaux dont les taux de succès, autour de 69 % à 78 % selon la revue de 2016, ne concernent que ce second groupe.
Si votre gêne dure plus de trois semaines, ou si avaler devient réellement difficile, prenez rendez-vous chez votre médecin traitant. Décrivez si les aliments passent ou seulement la salive, et signalez tout amaigrissement, toute douleur, toute voix cassée ou toute masse du cou. En cas d’étouffement ou d’impossibilité d’avaler la salive, appelez le 15 ou le 112.
Le prochain geste utile n’est pas d’acheter un myorelaxant au comptoir. C’est d’obtenir, si besoin, un examen de la gorge et une phrase claire. Globus à surveiller et à soulager, ou dysfonction à explorer. Cette phrase évite à la fois l’inquiétude sans fin et une procédure trop précoce.
Sources
- Cricopharyngeal Spasms: Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 25 février 2025.
- Globus Sensation (Lump in Throat): Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 15 octobre 2024.
- Globus Sensation. Merck Manual Professional Edition, avril 2026.
- Endoscopic carbon dioxide laser cricopharyngeal myotomy for relief of oropharyngeal dysphagia. National Institute for Health and Care Excellence, 23 mars 2016.
- Watson A, Chopra R, Muddaiah A : Globus: a practical guide for general practice. British Journal of General Practice, mai 2025.
- Zerbib F, Rommel N, Pandolfino J et al. : ESNM/ANMS Review. Diagnosis and management of globus sensation: A clinical challenge. Neurogastroenterology & Motility, 23 avril 2020.
- Krekeler BN, Howell RJ : Cricopharyngeus muscle dysfunction: a poorly defined disorder from diagnosis to treatment. European Archives of Oto-Rhino-Laryngology, 7 mai 2024.
- Kocdor P, Siegel ER, Tulunay-Ugur OE : Cricopharyngeal dysfunction: A systematic review comparing outcomes of dilatation, botulinum toxin injection, and myotomy. The Laryngoscope, janvier 2016.
- Swallowing difficulty. MedlinePlus, 22 juillet 2025.
- Cricopharyngeal Muscle Dysfunction. ENT Health (American Academy of Otolaryngology–Head and Neck Surgery), janvier 2019.
- Raymenants K, Van de Bruaene C, Jandee S et al. : Putting Globus Into Context: Prevalence, Characteristics, and Overlap With Other Disorders of Gut-Brain Interaction. United European Gastroenterology Journal, septembre 2026.
- Esophageal spasm. MedlinePlus, 30 octobre 2024.
