Yeux enfoncés : causes, traitements et enfonces du globe

Yeux enfoncés : causes, traitements et enfonces du globe

Les yeux enfoncés décrivent deux réalités distinctes. Tantôt la peau sous l’œil se creuse et projette une ombre, tantôt le globe recule vraiment dans l’orbite, ce que les ophtalmologistes nomment énophtalmie. Chez l’adulte qui se juge fatigué dans le miroir, le premier tableau, souvent lié à l’âge, à l’hérédité ou à une perte de volume, est de loin le plus fréquent.

Boire deux verres d’eau de plus ne replace pas un globe reculé de 2 mm, et une nuit courte n’expliquera pas un creux brutal d’un seul côté. En revanche, l’OMS classe les yeux enfoncés parmi les signes de déshydratation chez l’enfant diarrhéique, à côté de la soif, du pli cutané et de l’état général. Le même mot recouvre donc un détail de visage et un signe clinique d’urgence pédiatrique.

Une différence de projection de 2 mm entre les deux yeux sert encore de repère usuel, tout en devant être lue avec les symptômes, d’après une revue de 2024. Certaines gouttes contre le glaucome peuvent creuser le sillon palpébral dès le premier mois. Les injections d’acide hyaluronique sous l’œil obtiennent une satisfaction élevée dans les méta-analyses, au prix de bleus et d’un gonflement fréquents.

Énophtalmie ou simple creux sous l’œil ?

L’énophtalmie est un recul du globe dans le plan antéro-postérieur de l’orbite, uni- ou bilatéral, congénital ou acquis. Le terme anglais « sunken eyes » recouvre ce déplacement autant que l’apparence creuse du regard. Le sillon lacrymal, lui, est une dépression cutanée entre la paupière inférieure et la joue, du canthus interne jusqu’à peu près à la verticale de la pupille. Il peut exister avec un globe en place.

Trois mécanismes, décrits par la Cleveland Clinic, expliquent un vrai recul. L’orbite osseuse s’agrandit (fracture, sinus, remodelage lié à l’âge). Le contenu diminue (graisse, muscles, tissus après radiothérapie). Une fibrose tire le globe vers l’arrière, parfois autour d’une métastase. Le résultat visible est un œil plus profond, un sillon palpébral supérieur marqué, une paupière qui tombe, une sécheresse, parfois une vision double.

Le sillon lacrymal naît d’une anatomie différente. La peau y est très mince, presque sans graisse sous-cutanée. Avec les années, les ligaments de retenue se relâchent, la graisse de la paupière peut avancer en « poche » pendant que le rebord osseux et les coussinets de la joue reculent. Le contraste crée un V d’ombre que beaucoup appellent cerne creux. EyeWiki (page revue en 2026) insiste sur ce mélange d’atrophie, de descente des tissus et de résorption du maxillaire.

Pseudo-énophtalmie et vrai recul se ressemblent au premier coup d’œil. Un globe trop petit, une forte myopie d’un seul côté, une ptose qui rétrécit la fente palpébrale, ou un œil opposé trop en avant, donnent l’illusion d’un enfoncement. Le syndrome de Claude Bernard-Horner rétrécit la fente par une ptose légère (moins de 2 mm) et un myosis. L’œil paraît plus petit et plus rentré, alors que le problème est nerveux, pas un simple creux de peau.

Le vocabulaire du quotidien (« yeux creux », « regard fatigué ») mélange donc ombre, pigmentation, poches et position du globe. Distinguer ces couches évite de traiter un sillon comme une fracture, et l’inverse.

  • Un sillon ancien et symétrique oriente d’abord vers l’anatomie et le vieillissement du visage.
  • Un enfoncement d’un seul œil après un choc fait chercher une fracture du plancher.
  • Une ptose avec pupille plus petite et douleur du cou impose un avis urgent.
Femme vérifiant ses yeux et la peau du visage dans un miroir.

Pourquoi le regard se creuse-t-il avec l’âge ?

Chez de nombreuses personnes âgées, la graisse autour de l’orbite fond et le globe s’enfonce, ce que le Merck Manual (révision d’octobre 2025) nomme énophtalmie. Les tissus des paupières se relâchent en même temps, si bien que la graisse peut aussi avancer et donner des poches. Creux et gonflement coexistent souvent sur le même visage, ce qui déroute.

Le cadre osseux change aussi. Les bords de l’orbite se résorbent de façon inégale, surtout en haut et en dedans, et en bas et en dehors. Le maxillaire recule un peu. Le globe ne grossit pas, mais l’appui sous la paupière inférieure diminue. EyeWiki décrit alors un sillon plus profond, parfois associé à une hernie de graisse palpébrale parce que le septum s’est aminci. Le regard paraît à la fois plus rond, plus bas et plus ombré.

La génétique fixe en grande partie la position du globe et la forme du rebord. Deux personnes de la même famille peuvent avoir le même V sous l’œil sans maladie. Le tabagisme et le soleil accélèrent la perte de collagène d’une peau déjà fine. EyeWiki cite aussi une mauvaise nutrition, certaines chimiothérapies ou corticoïdes, des déséquilibres hormonaux et des maladies auto-immunes (sclérodermie, lupus, syndrome de Sjögren) parmi les facteurs qui peuvent accentuer un creux, sans en faire la cause unique.

Le sexe et l’âge colorent le tableau. Les fractures touchent davantage les hommes jeunes. Le creux lié à l’âge se voit souvent plus tard, parfois de façon plus marquée après la ménopause, parce que la répartition des graisses change. Rien de tout cela n’est une fatalité à « corriger » à tout prix. C’est d’abord une anatomie qui se lit, puis une gêne éventuelle à peser avec un médecin.

La déshydratation suffit-elle à enfoncer les yeux ?

Les yeux enfoncés sont un signe clinique de déshydratation, surtout chez le nourrisson et l’enfant, pas la preuve qu’un adulte « ne boit pas assez » depuis la veille. La fiche OMS de mars 2024 sur les maladies diarrhéiques classe une déshydratation grave si au moins deux signes sont là parmi léthargie ou inconscience, yeux enfoncés, boisson impossible ou très difficile, pli cutané abdominal qui revient en 2 secondes ou plus. Le palier intermédiaire retient l’agitation, les yeux enfoncés et la soif ardente. Un seul regard creux ne suffit pas au classement.

Chez l’adulte, la page NHS sur la déshydratation liste aussi les yeux enfoncés, avec la soif, les urines foncées et rares, les vertiges, la bouche sèche. Chez le bébé s’ajoutent une fontanelle creuse, peu ou pas de larmes, des couches peu mouillées, une somnolence. Ces signes, associés à des vomissements, une diarrhée ou une chaleur intense, demandent une réhydratation, pas une crème contour des yeux.

Une déshydratation légère peut rendre la peau moins rebondie et souligner un sillon déjà là. Elle n’agrandit pas l’orbite et ne détruit pas la graisse profonde. L’idée qu’il faudrait 8 à 10 verres d’eau par jour pour « remplir » les orbites ne figure pas dans ces documents. Le NHS conseille de boire assez pour que les urines restent pâles, davantage s’il fait chaud, si l’on a de la fièvre, si l’on sue ou si l’on a la diarrhée, et d’éviter alcool et caféine dans ce contexte.

Chez l’adulte, un creux qui s’installe en même temps qu’un amaigrissement, une perte d’appétit ou une maladie chronique oriente vers une fonte des graisses du visage, pas seulement vers un oubli de bouteille d’eau.

Sommeil, amaigrissement, tabac et allergies

Une mauvaise nuit change le visage, elle ne recule pas le globe de plusieurs millimètres. Dans une expérience publiée en 2013 dans SLEEP, dix personnes ont été photographiées après une nuit normale puis après 31 heures d’éveil. Quarante observateurs ont jugé les visages plus fatigués, avec des paupières plus tombantes, des yeux plus rouges et plus gonflés, des cernes plus marqués, une peau plus pâle et davantage de ridules. L’œil paraît plus creux parce que l’ombre et la congestion se voient mieux, pas parce que l’orbite a perdu un centimètre cube de graisse.

Depuis sa mise à jour d’août 2015, l’American Academy of Sleep Medicine recommande au moins 7 heures de sommeil par nuit chez l’adulte, de façon régulière. Ce seuil vise la santé générale (accidents, humeur, cœur, diabète), pas un « protocole anti-cernes ». Un sommeil fragmenté, des apnées, un travail de nuit expliquent un regard tiré. Ils n’excluent pas une autre cause si le creux est ancien, familial ou strictement unilatéral.

L’amaigrissement rapide, une maladie qui fond les réserves, une lipodystrophie liée au VIH, une sclérodermie ou un syndrome de Parry-Romberg (hémiface) réduisent le volume des tissus autour de l’œil. La Cleveland Clinic range ces situations parmi les changements de contenu de l’orbite. Le tabac altère les fibres élastiques de la peau. Les allergies, en congestionnant les vaisseaux et en poussant à se frotter, assombrissent et gonflent le contour.

Rien de tout cela n’autorise à poser un diagnostic sur une photo de salle de bain. Un creux qui s’atténue après deux nuits réparatrices et une hydratation correcte n’a pas la même signification qu’un enfoncement fixe, surtout s’il ne touche qu’un œil.

Après un choc au visage ou un sinus qui s’affaisse

La cause la plus classique d’énophtalmie unilatérale acquise est une fracture des parois de l’orbite, surtout le plancher, parfois la paroi interne. Un coup de poing, un accident de la route, un ballon, une chute. Le volume de la cavité augmente, la graisse peut glisser vers le sinus maxillaire, le globe recule. Sur le moment, l’œdème masque souvent l’enfoncement. Celui-ci se dessine souvent quand le gonflement tombe, parfois plus tard si une fibrose s’installe.

Ces fractures touchent davantage les hommes, et un avis s’impose après tout choc sur l’œil ou le visage, comme le rappelle la Cleveland Clinic. Une vision double, une douleur à bouger l’œil, un engourdissement de la joue, un globe plus bas (hypoglobus) changent l’urgence. Une revue de 2024 sur la mesure de l’énophtalmie souligne qu’un recul de 2 mm sert souvent de seuil pour discuter une reconstruction, mais que la diplopie, la gêne esthétique et les risques opératoires (vision double persistante, déformation des tissus, cécité exceptionnelle) pèsent autant que le chiffre.

Le syndrome du sinus silencieux, ou atélectasie chronique du sinus maxillaire, produit un tableau voisin sans traumatisme. Le sinus se ventile mal, une pression négative affaisse le plancher, l’œil descend et recule d’un seul côté, parfois avec une diplopie verticale. Il survient chez l’adulte, souvent sans gros antécédent de sinusite évident, d’où le mot « silencieux ». Le diagnostic se fait sur le scanner. Le traitement vise d’abord à rouvrir le sinus. Une réparation du plancher se discute ensuite si le recul reste gênant.

Un enfoncement tardif après un coup oublié, ou un creux spontané d’un seul œil, n’est donc pas un « cerne » à camoufler. C’est une question d’orbite.

Collyres du glaucome et maladies de l’orbite

Certains collyres analogues des prostaglandines, utilisés pour baisser la pression de l’œil, peuvent creuser le regard. Medsafe, l’agence néo-zélandaise du médicament, a consacré en septembre 2022 une mise au point à la périorbitopathie associée aux prostaglandines. Le tableau associe un sillon palpébral supérieur plus profond, un aplatissement des poches inférieures, une ptose, une fonte de la graisse orbitaire, une énophtalmie légère, un peu de sclère visible sous l’iris, des cils plus longs, une peau plus pigmentée.

Le risque paraît plus élevé avec le bimatoprost, plus faible avec le latanoprost. Il a été rapporté chez plus de 10 % des personnes sous bimatoprost. Les changements peuvent apparaître dès le premier mois. Un traitement d’un seul œil crée une asymétrie très visible. L’arrêt ou le changement de molécule peut améliorer en partie l’aspect. On ne stoppe pas un collyre de glaucome sans l’avis de l’ophtalmologiste qui suit la pression.

D’autres maladies reculent le globe. Une radiothérapie de la tête, une chirurgie de l’orbite, un varix qui se vide, une sclérodermie, une lipodystrophie liée au VIH, un syndrome de Parry-Romberg. Des métastases, notamment du sein, peuvent fibroser l’orbite au lieu de la pousser en avant. La Cleveland Clinic cite aussi prostate, poumon, tube digestif, peau et parotide. Ce n’est pas le premier diagnostic d’un sillon chez un quadragénaire. Un creux douloureux, ferme, d’un seul côté, chez une personne suivie pour un cancer, demande un avis rapide.

Le syndrome de Claude Bernard-Horner n’est pas un problème de graisse. Ptose, myosis, parfois absence de sueur du même côté. Un Horner douloureux, d’apparition brutale, avec mal de tête ou douleur du cou, est une urgence neurologique. EyeWiki (page revue en 2026) demande d’éliminer une dissection de la carotide interne, car le risque d’infarctus cérébral est réel. Chez l’enfant, un Horner sans traumatisme fait chercher, entre autres, un neuroblastome.

Homme souffrant d'insomnie et de mauvais sommeil, étendu au lit.

Comment un médecin mesure un œil enfoncé ?

Le diagnostic commence par l’histoire et l’inspection, surtout si un seul œil est touché. On compare les deux cornées de face et depuis le bas (menton levé). On note la fente palpébrale, un sillon supérieur, une paupière trop basse ou trop haute, un globe trop bas, une rougeur, une sécheresse. L’acuité, les pupilles, la motilité, le fond d’œil cherchent une souffrance du nerf ou un muscle coincé.

L’exophtalmométrie (appareil de Hertel le plus souvent) mesure la distance entre le rebord orbitaire externe et le sommet de la cornée. Une différence de 2 mm entre les deux côtés est encore le seuil le plus cité pour parler d’énophtalmie significative. Mayo et Schubert, dans Craniomaxillofacial Trauma & Reconstruction (2024), rappellent qu’une asymétrie de 1 à 3 mm existe déjà chez beaucoup de personnes sans maladie, et que le chiffre seul ne dicte pas l’opération. Le scanner est devenu une référence pour mesurer le recul et voir les parois. L’IRM sert davantage aux parties molles, à la graisse, à la fibrose, à une masse.

Aucun de ces outils n’est un « test de cernes ». Ils répondent à une question précise. Y a-t-il un déplacement du globe, une fracture, un sinus collabé, une atrophie, une tumeur ? Pour un sillon lacrymal isolé, l’examen clinique et des photos standardisées suffisent souvent avant d’évoquer un produit de comblement. Le médecin traitant oriente. L’ophtalmologiste, parfois un chirurgien maxillo-facial, poursuit si le globe, la vision ou le sinus sont en jeu.

Apporter la liste des collyres, des traitements du VIH, d’une radiothérapie ancienne, d’un cancer du sein, et des photos d’il y a quelques années, accélère le raisonnement plus qu’un questionnaire de « remèdes naturels ».

Quand le creux des yeux justifie une consultation

Un sillon ancien, symétrique, familial, sans trouble visuel, n’est pas une urgence. Un enfoncement nouveau, d’un seul côté, après un choc, avec une vision double, une douleur, une paupière qui tombe et une pupille plus petite, l’est. La Cleveland Clinic demande de consulter après tout accident impliquant les yeux ou le visage, et dès qu’une vision floue ou double apparaît.

Chez l’enfant, des yeux enfoncés avec diarrhée, vomissements, peu de larmes, somnolence ou fontanelle creuse relèvent de la déshydratation. Le NHS décrit aussi, comme signes de choc, une peau marbrée ou froide, une respiration difficile, une confusion, une difficulté à réveiller l’enfant. En France, on appelle le 15 ou le 112. Un adulte âgé qui ne garde plus les liquides, qui a les urines très foncées et qui se tient mal debout, relève du même circuit, pas d’une crème de nuit.

Situation Signes d’orientation Conduite
Creux ancien des deux côtés Sillon sous l’œil, parents similaires, vue inchangée Médecin traitant si la gêne persiste
Déshydratation possible Soif, urines foncées, enfant irritable ou somnolent Réhydrater ; pharmacien pour soluté ; 15 ou 112 si choc
Un seul œil, installation rapide Asymétrie, vision double, douleur, globe plus bas Ophtalmologiste ou urgences selon l’intensité
Après un coup au visage Diplopie, enfoncement quand l’œdème tombe Consultation et souvent scanner
Collyre de glaucome Sillon palpébral plus profond d’un côté En parler à l’ophtalmologiste, sans arrêter seul
Ptose, pupille serrée, douleur du cou Possible Claude Bernard-Horner aigu Appeler le 15 ou le 112

Un Horner douloureux ne se « surveille » pas 48 heures à la maison. À l’inverse, vouloir « réparer » un sillon génétique avant d’avoir écarté un sinus ou un collyre fait perdre du temps et expose à une injection inutile.

Hydratation, sommeil et soins locaux

Corriger ce qui est réversible n’efface pas une énophtalmie de fracture, mais peut atténuer un regard fatigué. Boire pour des urines pâles, reprendre 7 heures de sommeil ou plus, traiter une rhinite allergique, arrêter de fumer, protéger la peau mince du soleil, limiter l’alcool lors d’un épisode de gastro-entérite. Ces gestes ont une base dans les documents déjà cités. Ils n’équivalent pas à un comblement.

  • Buvez assez pour que les urines restent pâles, davantage s’il fait chaud ou en cas de fièvre.
  • Visez au moins sept heures de sommeil régulier, seuil retenu par l’AASM pour l’adulte.
  • Traitez une rhinite allergique plutôt que de frotter chaque jour le contour de l’œil.
  • Arrêtez le tabac, qui accélère le relâchement d’une peau déjà très mince.

Les compresses froides peuvent diminuer un gonflement transitoire. Les rondelles de concombre ou de pomme de terre crue n’ont pas d’essai solide sur le volume de l’orbite. Le jus de citron sur la paupière irrite une peau déjà fragile et n’a rien à voir avec une énophtalmie. Ouvrir une capsule d’huile de poisson pour la tartiner sous l’œil n’est pas un traitement. L’huile d’amande nourrit éventuellement la surface. Elle ne replace pas un millimètre de graisse profonde.

Une carence vraie en fer, en protéines ou un état de dénutrition se voient ailleurs que sur une photo de cerne. Ils se corrigent par l’alimentation et, si besoin, par un bilan prescrit. Attribuer un sillon lacrymal à un manque de vitamines C ou K, sans autre signe, sort des sources cliniques. EyeWiki mentionne une nutrition pauvre comme facteur possible de perte de volume du visage, pas comme une ordonnance de citron.

Pour les produits appliqués près de l’œil, paupières fermées, aucun contact avec le globe, arrêt si brûlure ou rougeur. Un pharmacien peut aider à choisir un soin hydratant. Il ne remplace pas l’examen d’un enfoncement unilatéral.

Injections et chirurgie du regard creux

Le traitement d’une énophtalmie est celui de sa cause. Fracture, sinus, collyre, maladie générale. Le traitement d’un sillon lacrymal est une option esthétique, jamais une obligation. EyeWiki décrit les injections d’acide hyaluronique, le transfert de graisse, les implants d’appui maxillaire et la blépharoplastie inférieure avec transposition de graisse.

Une revue systématique de Gorbea, Kidwai et Rosenberg (Aesthetic Surgery Journal, 2021) a regroupé 28 études et 1 956 personnes. La satisfaction à court terme atteignait 84,4 %, et 76,7 % au-delà de six mois. Des effets indésirables mineurs survenaient chez 44 % des personnes, surtout des bleus (12,9 %) et un œdème (9,2 %). Une canule s’accompagnait de moins d’ecchymoses qu’une aiguille (7 % contre 17 %).

Une méta-analyse de 2024 portant sur 2 556 participants retrouve une satisfaction groupée de 91 % pour l’acide hyaluronique dans le sillon. L’œdème concernait environ 19,2 % des cas, les bleus 18,4 %, une teinte bleutée (effet Tyndall) 0,9 %. EyeWiki indique une durée souvent de l’ordre de 9 à 12 mois, variable selon le produit et le métabolisme. L’acide hyaluronique a l’avantage d’être dissoluble par la hyaluronidase si le résultat déplaît ou si un vaisseau est menacé.

Les complications graves restent rares et néanmoins décrites.

  • Une occlusion artérielle peut nécroser la peau ou, très rarement, menacer la vision d’un œil.
  • Un œdème de la pommette peut apparaître des mois plus tard, parfois longtemps après l’injection.
  • Une injection trop superficielle donne une teinte gris-bleu, dite effet Tyndall.
  • L’acide hyaluronique peut être dissous par la hyaluronidase si le résultat déplaît.

L’acte demande un praticien qui connaît l’anatomie péri-oculaire. Ce n’est pas un soin de cabine anodin.

La chirurgie (transposition de graisse, greffe, implant, réparation de plancher) vise un résultat plus durable. Elle expose à l’infection, à l’asymétrie, à une diplopie, à une mauvaise cicatrice, exceptionnellement à une perte visuelle. Mayo et Schubert rappellent que l’opération se discute à partir du retentissement, pas d’un millimètre isolé. En France, les indications, les produits autorisés et le cadre (médecin qualifié, information, délai de réflexion pour l’esthétique) relèvent de la pratique locale. Une revue américaine ne remplace pas cet entretien.

Questions fréquentes

Les yeux enfoncés sont-ils graves ?

Le plus souvent, non. Un sillon lacrymal lié à l’âge ou à l’hérédité gêne le regard, pas la santé de l’œil. Un recul vrai du globe, surtout d’un seul côté, peut signaler une fracture, un sinus, un collyre, une maladie générale, et mérite un examen.

Boire plus d’eau fait-il disparaître les yeux creux ?

Une déshydratation réelle creuse le regard, surtout chez l’enfant malade, et se corrige en restaurant l’eau et les sels. Chez l’adulte, des urines pâles suffisent comme repère. L’eau ne comble pas un sillon osseux ni une graisse atrophiée.

Cernes creux et énophtalmie, est-ce la même chose ?

Non. Le cerne creux est une ombre de peau et de volume sous l’œil. L’énophtalmie est un déplacement du globe vers l’arrière, mesurable. Les deux peuvent coexister. Seul l’examen dit laquelle domine.

Les gouttes pour le glaucome peuvent-elles creuser le regard ?

Oui, surtout les analogues des prostaglandines. Medsafe décrit une périorbitopathie possible dès le premier mois, plus fréquente avec le bimatoprost. Parlez-en à l’ophtalmologiste. N’arrêtez pas le collyre de votre propre chef.

Les injections d’acide hyaluronique tiennent-elles longtemps ?

Souvent de l’ordre de 9 à 12 mois dans le sillon, parfois davantage. Les études de 2021 et 2024 rapportent une satisfaction élevée et des bleus ou un gonflement fréquents. Une occlusion vasculaire reste rare mais grave.

Un enfant a les yeux enfoncés, que faire ?

Cherchez d’autres signes de déshydratation (diarrhée, vomissements, peu de larmes, somnolence, fontanelle creuse). Réhydratez. Appelez le 15 ou le 112 si l’enfant est difficile à réveiller, marbré, ou ne boit plus. Un Horner de l’enfant se discute avec un médecin, sans attendre un « cerne ».

Personne versant de l'eau de la cuisine dans le verre.

Conclusion

Le mot « yeux enfoncés » recouvre un sillon de peau, un globe reculé, un signe de soif chez l’enfant, parfois l’effet d’un collyre. Les trois questions utiles sont la durée, le côté (un œil ou les deux) et les signes associés (vue, douleur, amaigrissement, diarrhée, gouttes de glaucome). Les millimètres de l’exophtalmomètre, le scanner et les photos datées répondent mieux qu’une liste de fruits à coller sous les paupières.

Si le creux est ancien, symétrique et isolé, un médecin traitant peut d’abord écarter une cause médicale, puis, si la gêne reste esthétique, orienter vers un ophtalmologiste rompu au contour de l’œil. Si le creux est nouveau, unilatéral, ou s’accompagne d’une diplopie, d’un choc, d’une ptose avec pupille serrée, le 15, le 112 ou les urgences ophtalmologiques priment sur tout projet d’injection.

Avant la consultation, notez vos collyres, un amaigrissement récent, un accident de visage, et prenez deux photos de face à la même heure, lumières comparables. La question à poser n’est pas « comment tout faire disparaître », c’est « s’agit-il d’un sillon, d’une énophtalmie, ou des deux ».

Sources

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  10. Prostaglandin-associated periorbitopathy. Medsafe, 1er septembre 2022.
  11. Mayo J, Schubert W : Enophthalmos: Historical Perspective on Definitions, Measurement Devices, and Clinical Significance. Craniomaxillofacial Trauma & Reconstruction, 23 février 2024.
  12. Horner Syndrome. American Academy of Ophthalmology, 10 mai 2026.
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