Trop de sport chez l’adolescent : risques et signes

Trop de sport chez l'adolescent : risques et signes

Le sport reste utile à l’adolescence, mais le volume n’a pas qu’un plancher. Au-delà d’un certain nombre d’heures, le bien-être et le corps peuvent reculer au lieu de progresser. Une enquête suisse auprès de 1 245 jeunes de 16 à 20 ans, parue dans les Archives of Disease in Childhood, a décrit une relation en U inversé, avec un pic de bien-être autour de 14 heures de sport par semaine et un risque plus élevé de mal-être au-dessus de 17,5 heures, du même ordre que celui des plus sédentaires.

Ce n’est pas le tableau le plus fréquent. Les lignes directrices de l’OMS publiées en 2020 rappellent que 81 % des adolescents n’atteignent pas les recommandations d’activité aérobie. Le manque de mouvement reste le problème de santé publique. Chez ceux qui s’entraînent presque tous les jours, parfois dans un seul sport, l’excès existe aussi. Le rapport clinique de l’American Academy of Pediatrics (AAP) sur les blessures de surcharge y relie le surentraînement et l’épuisement.

Trois chiffres cadrent la suite. L’OMS vise une moyenne d’au moins 60 minutes d’effort assez intense pour accélérer le souffle, chaque jour, entre 5 et 17 ans. L’AAP demande 1 à 2 jours par semaine sans compétition ni entraînement spécifique. Le texte grand public de la même académie estime qu’environ la moitié des blessures sportives de l’enfant viennent de la répétition, pas d’un choc unique.

Combien d’heures de sport par semaine pour un adolescent ?

Pour la santé générale, les documents officiels parlent d’une heure par jour en moyenne, pas d’un plafond de club. Les lignes directrices OMS 2020, exposées par Bull et ses collègues dans le British Journal of Sports Medicine, recommandent aux 5-17 ans une moyenne d’au moins 60 minutes d’activité d’intensité modérée à soutenue, surtout aérobie, répartie sur la semaine, plus des efforts vigoureux et des activités qui renforcent muscles et os au moins trois jours par semaine.

Ce « en moyenne » n’est pas un détail. En 2010, l’OMS demandait encore d’accumuler 60 minutes chaque jour. La révision de 2020 a aligné le libellé sur la façon dont les études mesurent réellement le mouvement, c’est-à-dire un seuil moyen plutôt qu’une obligation quotidienne stricte. Les auteurs notent aussi que dépasser 60 minutes peut encore apporter des bénéfices, sans fixer de maximum pour le jeune qui n’est pas athlète de club. Ces textes de santé publique ne sont pas des plans d’entraînement.

Aux États-Unis, les Physical Activity Guidelines for Americans reprises par les CDC restent plus strictes sur le rythme quotidien. Les 6-17 ans devraient cumuler 60 minutes ou plus d’effort modéré à vigoureux chaque jour, avec de l’aérobie vigoureuse, du renforcement musculaire et du travail osseux au moins trois jours par semaine. Ce n’est pas une norme française. Le médecin traitant ou le médecin du sport appliquera le cadre local. Les documents américains et ceux de l’OMS servent ici de repères chiffrés, pas de prescription.

Une heure par jour, c’est aussi la marche rapide, le vélo vers le collège, la récréation et l’EPS, pas seulement le match du samedi. L’OMS 2020 souligne qu’un peu d’activité vaut mieux que rien et qu’il faut commencer petit si le jeune est inactif. Le même texte rappelle que plus de trois adolescents sur quatre restent sous le seuil aérobie. Le débat sur « trop de sport » concerne donc une minorité très engagée, souvent déjà en club plusieurs soirs par semaine.

Le bien-être suit-il une courbe en U inversé ?

Chez 1 245 adolescents suisses de 16 à 20 ans, le bien-être n’a pas augmenté indéfiniment avec les heures de sport. Il a culminé vers 14 heures par semaine, puis s’est dégradé au-delà de 17,5 heures. Merglen, Flatz, Bélanger, Michaud et Suris ont classé la pratique en quatre bandes, soit faible (0 à 3,5 h), moyenne (3,6 à 10,5 h, autour des 7 heures alors recommandées), élevée (10,6 à 17,5 h, autour de 14 heures) et très élevée (plus de 17,5 h). Le bien-être était mesuré par l’indice WHO-5 de l’OMS.

Par rapport au groupe « moyen », le groupe très élevé avait un risque de mal-être multiplié par 2,29 (intervalle de confiance à 95 %, 1,11 à 4,72). Le groupe faible avait un risque du même ordre (rapport de cotes 2,33 ; 1,58 à 3,44). Le groupe « élevé », autour de 14 heures, avait au contraire un risque plus bas (rapport de cotes 0,46 ; 0,23 à 0,93). Les auteurs parlent d’une relation en U inversé et d’un facteur de risque indépendant au-dessus de la bande haute.

Cette enquête est transversale et déclarative. Elle ne prouve pas qu’ajouter des heures rend malheureux, ni qu’en retirer guérit un mal-être déjà là. Un jeune déjà anxieux ou blessé peut s’entraîner plus, ou moins. Les participants venaient de centres sportifs, de réseaux de pairs et de sites web, ce qui n’est pas un tirage au sort national. Les 14 heures ne sont donc pas une nouvelle recommandation officielle. C’est le sommet observé dans cet échantillon, publié en ligne le 20 novembre 2013 et daté mars 2014 au journal.

L’intérêt du papier, plus de dix ans plus tard, est surtout de casser l’idée qu’ajouter des heures améliore forcément le ressenti. Il ne remplace pas l’OMS 2020, qui continue de viser environ une heure par jour pour la santé cardiométabolique, osseuse, cognitive et l’humeur. Il complète ce plancher par un signal. Au-delà d’environ le double de cette cible, le bien-être n’est plus garanti. On ne prescrit pas 14 heures. On demande combien d’heures tiennent dans la semaine et comment le jeune dort, mange et se sent.

Qu’est-ce que le surentraînement chez l’adolescent ?

Le syndrome de surentraînement n’est pas une courbature du lundi. C’est une baisse persistante de performance, avec ou sans autres symptômes, qui ne cède qu’après des semaines ou des mois de repos. Le rapport clinique de Brenner et Watson pour l’AAP, publié le 22 janvier 2024, le place au bout d’une chaîne. Un bloc dur suivi d’une récupération suffisante donne un surmenage fonctionnel, puis souvent une surcompensation. Si la charge reste trop haute trop longtemps, on bascule vers un surmenage non fonctionnel, puis vers le syndrome lui-même.

La Cleveland Clinic, dans sa fiche mise à jour le 28 février 2024, décrit le même mécanisme. L’entraînement y est trop fréquent, trop intense ou trop long, sans assez de récupération. Chez l’enfant et l’adolescent, le risque augmente en cas de spécialisation précoce et de pression pour gagner à tout prix. Les sports chronométrés (course, natation, cyclisme) y sont plus souvent cités. Les symptômes peuvent être musculaires, du sommeil, de l’humeur, du poids, des infections à répétition, ou un pouls de repos inhabituel.

Il n’existe pas de test unique. L’AAP, dans ce rapport de 2024, rappelle que le diagnostic est un diagnostic d’élimination. On écarte d’abord une anémie, une infection, une maladie endocrinienne, un trouble psychique ou une autre cause de fatigue. La Cleveland Clinic mentionne parfois des prises de sang, une analyse d’urine ou un électrocardiogramme pour cette enquête, pas pour confirmer le surentraînement par un chiffre magique. Si le tableau colle et que les autres pistes sont vides, le traitement est la réduction de charge, parfois l’arrêt complet, plus le sommeil, l’alimentation et la baisse des autres stress.

La fréquence exacte chez l’adolescent est mal connue. Le rapport de Brenner et Watson cite des estimations selon lesquelles, une fois adultes, jusqu’à 35 % des jeunes sportifs auraient déjà traversé un épisode au cours de leur carrière. Une étude suédoise, dans le même texte, situe jusqu’à 9 % des athlètes adolescents d’élite dans les critères d’épuisement (fatigue, sentiment d’échec, dévalorisation du sport). Ces pourcentages ne s’appliquent pas au collégien qui fait deux entraînements. Ils montrent que le phénomène n’est pas rare dans le haut niveau.

Le surentraînement n’est pas le déficit énergétique relatif dans le sport (REDs). L’AAP les distingue. Le premier naît d’un déséquilibre entre charge et récupération, le second d’un apport calorique trop bas par rapport à la dépense. Les deux peuvent coexister. Une aménorrhée, une perte de poids ou une restriction alimentaire doit faire chercher le REDs en plus du planning.

Comment les blessures de surcharge s’installent

Une blessure de surcharge naît de microtraumatismes répétés sur un os, un tendon ou une apophyse qui n’ont pas le temps de réparer. Le texte HealthyChildren de Brenner et Watson, daté du 22 janvier 2024, estime qu’environ 50 % des blessures sportives de l’enfant viennent de ce mécanisme. La douleur suit souvent quatre temps. Elle vient d’abord après l’effort seulement, puis pendant l’effort sans gêner le jeu, ensuite pendant l’effort au point d’arrêter, enfin au repos.

L’os en croissance tolère moins le stress répétitif que l’os adulte. Le rapport de l’AAP cite l’apophysite tibiale (maladie d’Osgood-Schlatter), l’apophysite du calcanéum (maladie de Sever), l’épiphysiolyse de l’humérus proximal chez le lanceur et celle du radius distal chez le gymnaste, les tendinopathies patellaires, les fractures de contrainte du tibia ou des métatarsiens, et le syndrome fémoro-patellaire. Un jeune peut d’abord remarquer une perte de vitesse de balle ou de précision, pas un gonflement.

Plusieurs facteurs se cumulent. Une spécialisation dans un geste unique (tirs, lancers, foulées) charge toujours les mêmes structures. Un déficit calorique ou un manque de vitamine D fragilise l’os. Une technique pauvre, un indice de masse corporelle élevé, une reprise trop brutale après pause, un antécédent de blessure et un sommeil court pèsent aussi. Une hausse aiguë de charge par rapport à la charge habituelle est plus risquée qu’un volume haut mais stable. Chez l’adulte, un ratio de charge aiguë sur charge chronique autour de 1,5 a été associé à plus de blessures. Ce seuil n’est pas encore validé de la même façon chez l’enfant.

Le mythe qui consiste à jouer malgré la douleur allonge souvent le stade. Une gêne brève après un match n’est pas forcément une urgence. Une douleur qui gagne l’entraînement, qui change le geste ou qui réveille la nuit n’est plus un détail d’échauffement. Le médecin traitant, parfois orienté vers un médecin du sport, peut alors adapter la charge, demander une imagerie ou un avis de rééducation. En France, les examens et les délais suivent la pratique locale, pas le parcours américain de la visite de préparticipation à six semaines.

Un seul sport toute l’année, quels risques ?

Se spécialiser trop tôt, surtout avant la puberté, est associé à plus de blessures de surcharge, plus de stress et plus d’abandon. Le rapport clinique 2016 de Brenner pour l’AAP, réaffirmé en 2021, conseille pour la majorité des sports d’attendre la fin de l’adolescence, vers 15 ou 16 ans, avant de n’en garder qu’un. Jouer à plusieurs sports jusqu’à la puberté réduit, selon ce texte, les chances de blessure, de tension et d’épuisement.

Une étude chez des lycéens, citée dans ce rapport 2016, a lié un volume d’entraînement supérieur à 16 heures par semaine à un risque plus élevé de blessure. Une autre, de Jayanthi et de ses collègues, a trouvé que la spécialisation restait un facteur indépendant, que le ratio sport organisé sur jeu libre supérieur à 2 pour 1 augmentait les blessures de surcharge, et que dépasser en heures organisées l’âge en années (14 heures à 14 ans, par exemple) faisait de même. Brenner précise que ces règles « âge » et « moins de 16 heures » doivent encore être confirmées par d’autres suivis longs. Ce sont des garde-fous, pas des lois de la physique.

La promesse d’une carrière justifie rarement le calendrier. Toujours selon le rapport 2016, seulement 3,3 % à 11,3 % des lycéens sportifs américains atteignent le niveau universitaire NCAA, environ 1 % obtiennent une bourse sportive, et 0,03 % à 0,5 % passent professionnels. Ces chiffres sont américains. Ils servent à calmer une pression, pas à décrire le collège français. Même dans ce système, beaucoup d’athlètes d’élite ont pratiqué plusieurs sports jusqu’au lycée.

Deux règles de calendrier s’ajoutent dans le rapport plus récent de l’AAP. Une seule équipe par saison, et 2 à 3 mois dans l’année loin du sport principal, éventuellement en blocs d’un mois, avec d’autres activités ou du jeu libre. Si deux équipes se superposent, elles ne devraient pas jouer le même jour, et le temps total reste dans ces limites. Un week-end à quatre matchs crée une charge aiguë que le corps n’a pas le temps d’absorber, avec moins de sommeil et plus de chaleur dehors.

L’abandon n’est pas toujours un épuisement. Le texte de Brenner et Watson rappelle que la plupart des jeunes quittent un sport faute de plaisir, de temps, de progrès ou à cause d’une blessure. Environ 70 % des enfants américains cessent le sport organisé avant 13 ans, ce qui contribue au fait que plus de 75 % des adolescents du pays manquent les recommandations d’activité. Un planning qui brûle le plaisir à 12 ans rate donc l’objectif de santé à 17 ans.

Que se passe-t-il quand le corps manque d’énergie ?

Le déficit énergétique relatif dans le sport, désormais écrit REDs par le Comité international olympique, est un syndrome de fonctionnement physiologique ou psychologique altéré, chez la fille comme chez le garçon, causé par une disponibilité énergétique trop basse de façon prolongée ou marquée. Le consensus 2023 de Mountjoy et de ses collègues, qui actualise les textes de 2014 et 2018, place cette basse disponibilité au centre. L’apport alimentaire ne couvre plus ce que l’entraînement et le corps consomment.

Les conséquences listées ne se limitent pas aux règles absentes. Le consensus cite le métabolisme énergétique, la fonction reproductive, la santé musculosquelettique, l’immunité, la synthèse du glycogène, le cœur et le sang. Ensemble, ces atteintes peuvent dégrader le bien-être, augmenter les blessures et faire chuter la performance. Chez la jeune fille, une aménorrhée ou des cycles très irréguliers sont un signal classique. Chez le garçon, le tableau est plus discret (fatigue, blessures osseuses, baisse de la testostérone dans certaines séries) et encore moins étudié. Entre 2018 et 2022, seulement 20 % des études originales incluaient des hommes.

Le REDs n’est pas réservé aux sports d’esthétique. Les sports d’endurance à très haut volume, parfois plus de 30 heures par semaine au niveau élite, peuvent dépasser la capacité du tube digestif à absorber assez d’énergie. Un ado de club atteint rarement ce chiffre, mais un déficit peut naître aussi d’un régime pour « faire le poids », d’un oubli de collations après double entraînement, ou d’une restriction liée à l’image. Le consensus 2023 insiste sur le rôle croissant d’un apport trop bas en glucides, parfois même quand les calories totales semblent acceptables.

L’AAP demande de chercher un trouble alimentaire et des signes de REDs (cycles perturbés, fractures de contrainte) quand un surentraînement est évoqué. Le traitement du REDs ne se résume pas à un complément de fer. Il vise d’abord à rétablir l’énergie disponible, souvent avec un suivi pluridisciplinaire. En France, le médecin traitant, parfois avec un médecin du sport, un diététicien et, si besoin, un pédopsychiatre, adapte ce cadre. Ces documents ne remplacent pas une évaluation individuelle, surtout s’il existe une restriction alimentaire ou une idée suicidaire.

Quels signes imposent de consulter ?

Une douleur qui change le geste, une fatigue qui dure malgré des jours calmes, ou une baisse de performance inexpliquée justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, sans attendre la fin de saison. L’AAP demande d’évoquer surentraînement ou épuisement devant des douleurs musculaires ou articulaires peu spécifiques, une fatigue, un changement d’humeur ou une chute scolaire, et de poser la question de la motivation. La Cleveland Clinic conseille de consulter dès les premiers signes plutôt que de les ranger dans « le prix à payer ».

Les stades de surcharge du texte HealthyChildren donnent un seuil simple. La douleur seulement après le match peut se discuter avec l’entraîneur (charge, chaussures, technique). La douleur pendant l’effort qui limite déjà le jeu, ou la douleur au repos, sort du bricolage familial. Une douleur brutale avec impotence, un traumatisme crânien, une douleur thoracique, un malaise à l’effort ou une confusion relèvent du 15 ou du 112, pas d’une glace et d’un report au lendemain.

Chez la jeune sportive, l’absence de règles à 16 ans, ou leur disparition alors que l’entraînement monte, n’est pas un avantage de légèreté. C’est un motif de consultation, comme une perte de poids rapide, une obsession pour la balance ou des fractures à répétition. Chez le garçon, les mêmes signaux alimentaires et osseux comptent, même sans équivalent menstruel. Le consensus CIO 2023 rappelle que filles et garçons sont concernés.

Le médecin écartera d’abord ce qui imite le surentraînement. Selon le tableau clinique, l’AAP cite un hémogramme, un bilan métabolique, la créatine kinase, un fer sérique, la thyroïde, parfois des sérologies. Ces examens ne sont pas une liste à exiger au laboratoire. Ils dépendent de l’examen clinique. Un ado triste, isolé ou qui parle de se faire du mal a besoin d’une évaluation psychique urgente, sport ou pas. En France, le 15 et le 112 restent les numéros si le danger est immédiat.

Comment doser l’entraînement sans tout arrêter

On ne soigne pas un excès en prescrivant l’immobilité. On rétablit des jours vides, on évite de monter la charge trop vite, et on garde d’autres formes de mouvement. L’AAP recommande 1 à 2 jours par semaine sans compétition ni entraînement spécifique, une seule équipe par saison, et 2 à 3 mois loin du sport principal. Pendant ces mois, le jeune peut rester actif autrement, ce qui permet encore d’approcher les 60 minutes de l’OMS.

La hausse de charge se mesure. HealthyChildren reprend la fourchette de 10 à 20 % d’une semaine sur l’autre. Une heure par jour aujourd’hui, ce n’est pas 1 heure 20 demain, plutôt 6 à 12 minutes de plus. Kilomètres, répétitions de lancers et nombre de matchs suivent la même logique. Un stage intensif après quinze jours d’arrêt scolaire est une hausse aiguë, même si le total annuel a l’air raisonnable.

Le tableau ci-dessous rassemble des repères publiés. Aucun n’est une ordonnance française. Ce sont des ordres de grandeur pour discuter avec le médecin et l’entraîneur.

Situation Repère publié Document
Cible santé 5–17 ans Moyenne d’au moins 60 min/jour d’effort assez intense Lignes directrices OMS 2020
Cible quotidienne aux États-Unis (6–17 ans) 60 min ou plus chaque jour CDC, page enfants
Pic de bien-être (enquête suisse) Environ 14 h de sport par semaine Merglen et al., 2014
Bande liée au mal-être (même enquête) Moins de 3,5 h ou plus de 17,5 h par semaine Merglen et al., 2014
Jours sans sport spécifique 1 à 2 par semaine Rapport clinique AAP, 22 janvier 2024
Pause loin d’un sport 2 à 3 mois dans l’année Rapport clinique AAP, 22 janvier 2024
Hausse de charge hebdomadaire Pas plus de 10 à 20 % d’une semaine à l’autre HealthyChildren / AAP, 22 janvier 2024

Quelques habitudes concrètes tiennent en phrases, pas en slogans.

  • Un jour sans club n’est pas un jour perdu. C’est le moment où l’adaptation biologique a lieu.
  • Deux matchs le même week-end comptent comme une charge aiguë, même si la semaine avait l’air légère.
  • Varier les sports jusqu’à la fin du collège répartit les contraintes sur d’autres articulations.
  • Une douleur qui impose de changer le geste mérite d’arrêter la séance, pas de finir le bloc à tout prix.
  • Le plaisir reste un critère clinique. Le jeune qui n’a plus envie d’y aller décrit déjà un signal d’épuisement.

Si le diagnostic de surentraînement est posé, la Cleveland Clinic décrit une descente par paliers. On coupe d’abord les séances au maximum, on réduit d’environ 50 à 70 % l’intensité et la fréquence, parfois on arrête tout. Reprendre trop tôt remet le compteur à zéro. La durée se compte en semaines pour les formes précoces, en mois pour les formes installées. Le médecin fixe le tempo, pas l’application d’entraînement.

Sommeil, assiettes et autres charges qui s’ajoutent

La charge d’entraînement n’est qu’une part de la charge totale. Le sommeil court, un contrôle continu, les devoirs et un climat familial tendu s’additionnent au même compteur. L’AAP insiste sur ce point. Un ado qui dort mal récupère moins entre deux séances, donc bascule plus vite vers le surmenage non fonctionnel pour un même kilométrage. HealthyChildren place le sommeil et l’alimentation au même rang que le pourcentage de hausse hebdomadaire.

Les calories manquantes sont une cause, pas un détail. Le consensus CIO 2023 rappelle qu’une basse disponibilité énergétique, volontaire ou non, peut précéder fractures, infections et chute de performance. Un goûter après le double entraînement, un petit-déjeuner avant un match à 9 heures et assez de glucides autour des séances longues sont des gestes de prévention, pas un régime d’athlète. Si le jeune saute des repas pour « être plus léger », le sujet sort du conseil nutritionnel de couloir et entre dans une consultation.

La pression extérieure pèse autant que les kilomètres. Le rapport de l’AAP lie l’épuisement à une motivation surtout extérieure (classement, regard parental, peur de décevoir), au perfectionnisme et à un entraîneur très contrôlant. À l’inverse, une motivation interne, des objectifs d’effort plutôt que de résultat, et une certaine autonomie protègent. Demander au jeune s’il choisit encore ses créneaux n’est pas une question naïve. Le sentiment de ne plus décider est un facteur de risque cité par l’académie.

Les compléments et les « boosters » n’ont pas leur place en automédication. L’AAP demande d’informer familles et coachs sur l’usage et le mésusage des suppléments. Un produit vendu pour récupérer plus vite ne remplace pas une nuit et un jour vide. En France, le pharmacien et le médecin restent les interlocuteurs pour tout comprimé, y compris ceux vendus comme anodins.

Questions fréquentes

Combien d’heures de sport par semaine pour un adolescent ?

Les textes de santé publique visent environ 7 heures d’effort assez intense pour accélérer le souffle, soit une moyenne de 60 minutes par jour selon l’OMS 2020, alors que les CDC américains parlent encore de 60 minutes chaque jour. Cela inclut l’EPS, les déplacements actifs et le jeu, pas seulement le club. Au-delà, l’enquête suisse de Merglen situait le meilleur bien-être vers 14 heures et un risque plus haut au-dessus de 17,5 heures, sans en faire une norme officielle.

Trop de sport peut-il être aussi mauvais que trop peu ?

Dans cette enquête suisse, le groupe au-dessus de 17,5 heures avait un risque de mal-être comparable à celui du groupe sous 3,5 heures (rapports de cotes 2,29 et 2,33). L’étude ne prouve pas la causalité. Elle suffit à ne plus traiter le planning le plus chargé comme une garantie de santé mentale.

Quels sont les signes de surentraînement chez un ado ?

Le signe central est une baisse de performance qui dure malgré le repos, souvent avec fatigue, sommeil cassé, irritabilité, infections ou blessures à répétition. L’AAP et la Cleveland Clinic décrivent aussi des changements de poids, une perte de motivation et un pouls de repos inhabituel. Ces signes imitent d’autres maladies. Seul un médecin fait le tri.

Faut-il se spécialiser dans un seul sport avant le lycée ?

Pour la plupart des sports, l’AAP 2016 conseille d’attendre après la puberté, vers 15 ou 16 ans. Se spécialiser plus tôt est lié à plus de blessures de surcharge et à plus d’abandon. Quelques sports à entrée très précoce existent, mais ils ne justifient pas un calendrier sans pause pour tous les autres.

Une douleur après chaque entraînement est-elle normale ?

Une gêne brève qui disparaît avant la séance suivante est fréquente. Une douleur qui apparaît pendant l’effort, qui limite le geste ou qui reste au repos correspond aux stades plus avancés décrits par HealthyChildren et justifie une consultation. Finir coûte que coûte allonge souvent la saison d’arrêt.

Un adolescent peut-il préparer un marathon ?

Le rapport de Brenner et Watson n’interdit pas les épreuves d’endurance longues s’il y a une motivation interne, un plan progressif supervisé, une croissance normale et un suivi. Il n’existe pas d’âge minimal unique dans ce texte. La décision se prend avec le médecin, pas sur un forum, et n’annonce ni une carrière ni une sécurité à vie.

Comment savoir si le problème vient d’un manque d’énergie ?

Des règles absentes ou très irrégulières, des fractures de contrainte, une restriction alimentaire et une fatigue qui s’aggrave malgré le repos orientent vers un REDs, distinct du seul surentraînement. Le consensus CIO 2023 concerne les filles et les garçons. Le médecin traitant décide des examens et d’un éventuel relais vers un médecin du sport ou un diététicien.

Conclusion

Le plancher de santé reste proche d’une heure d’activité par jour en moyenne. C’est le message de l’OMS depuis la révision de ses lignes directrices, et il concerne d’abord les jeunes trop sédentaires. Le plafond, lui, n’est écrit dans aucun décret. Il se lit dans le bien-être (l’enquête suisse et sa bande au-dessus de 17,5 heures), dans le calendrier (jours vides et mois loin d’un sport) et dans le corps (douleur de surcharge, performance qui recule, règles qui s’arrêtent).

Cette semaine, un geste utile consiste à additionner les heures de club, de match et de musculation, puis à regarder s’il reste un jour sans sport spécifique et si la charge a grimpé de plus de 10 à 20 % d’un lundi à l’autre. Si le total dépasse l’âge en années, ou si une douleur impose déjà de changer le geste, le rendez-vous chez le médecin traitant n’est pas une faiblesse. C’est la façon d’éviter qu’une douleur encore localisée devienne une saison blanche.

Apporter le calendrier, le carnet de douleurs et, pour une jeune fille, le calendrier des règles donne au médecin de quoi distinguer une semaine dure d’un syndrome qui demande des semaines de repos. Le 15 ou le 112 restent le bon appel si un malaise, une douleur thoracique ou un traumatisme grave survient à l’entraînement. Le sport garde sa place. Il la garde plus longtemps quand le planning laisse au corps de quoi réparer.

Sources

  1. Merglen A, Flatz A, Bélanger RE et al. : Weekly sport practice and adolescent well-being. Archives of Disease in Childhood, 20 novembre 2013.
  2. Bull FC, Al-Ansari SS, Biddle S et al. : World Health Organization 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour. British Journal of Sports Medicine, 2020.
  3. Child Activity: An Overview. Centers for Disease Control and Prevention, 4 décembre 2025.
  4. Brenner JS, Watson A : Overuse Injuries, Overtraining, and Burnout in Young Athletes. Pediatrics, 22 janvier 2024.
  5. Brenner JS : Sports Specialization and Intensive Training in Young Athletes. Pediatrics, 1 septembre 2016.
  6. Overtraining Syndrome. Cleveland Clinic, 28 février 2024.
  7. Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM et al. : 2023 International Olympic Committee’s (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). British Journal of Sports Medicine, septembre 2023.
  8. Brenner JS, Watson A : Preventing Overuse Injuries in Young Athletes: AAP Policy Explained. HealthyChildren.org, 22 janvier 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.