
Le trouble affectif saisonnier (TAS) est une dépression qui revient presque chaque année à la même saison, le plus souvent de la fin de l’automne au printemps, et qui dure en moyenne 4 à 5 mois. Il se distingue d’un simple coup de blues hivernal parce qu’il alourdit l’humeur, le sommeil, l’appétit et la capacité à tenir le travail, les études ou la vie de famille, d’après la publication du NIMH révisée en 2023.
Dès novembre, certains se lèvent plus tard, grignotent pain et sucreries et déclinent les sorties sans événement déclencheur clair. Ce n’est pas seulement la grisaille. La Cleveland Clinic (mise à jour 2022) estime qu’environ 5 % des adultes aux États-Unis remplissent le tableau d’un TAS, tandis que 10 à 20 % décrivent une forme plus légère de blues hivernal.
Le protocole de luminothérapie le plus cité par le NIMH est une lumière de 10 000 lux pendant 30 à 45 minutes le matin, de l’automne au printemps. Une méta-analyse de 2025 trouve la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) équivalente à cette lumière juste après le traitement, puis plus durable à 1 à 2 ans. Si des idées suicidaires apparaissent, appelez le 15 ou le 112.
Qu’est-ce que le trouble affectif saisonnier
Le TAS n’est pas, dans le DSM-5-TR, une maladie à part, mais un spécificateur « avec caractère saisonnier » posé sur un trouble dépressif caractérisé ou sur un trouble bipolaire, comme le rappelle la fiche StatPearls mise à jour le 20 avril 2024. Les épisodes commencent et s’atténuent à peu près aux mêmes dates chaque année, le plus souvent à la baisse de la lumière du jour.
La forme d’hiver, dite aussi dépression hivernale, démarre en fin d’automne ou en début d’hiver et s’estompe au printemps et en été. Une forme d’été existe, plus rare, avec un calendrier inverse. Le NIMH précise que le TAS ne se confond pas avec le « blues des fêtes ». La dépression suit la durée du jour, pas le calendrier des réunions de famille ou des examens.
Beaucoup de personnes se sentent un peu plus lentes quand les après-midi raccourcissent. Le seuil clinique, lui, exige des symptômes de dépression, un lien net avec une saison pendant au moins deux années de suite, et des épisodes saisonniers plus fréquents que ceux survenant hors saison. Toutes les personnes concernées n’ont pas de crise chaque hiver, souligne encore le NIMH.
Le nom courant en français est dépression saisonnière. Les textes anglais parlent de seasonal affective disorder. Le médecin cherche d’abord s’il s’agit d’une dépression, d’un trouble bipolaire ou d’une autre affection, puis s’il existe un rythme saisonnier. Autodiagnostiquer un TAS à partir d’un questionnaire trouvé en ligne ne remplace pas cet entretien.

Symptômes d’hiver et d’été à distinguer du blues
Les signes d’hiver les plus caractéristiques s’ajoutent au tableau dépressif habituel, avec hypersomnie, fringales de glucides et prise de poids, et un repli social décrit comme une envie d’« hiberner ». Le NIMH oppose ce profil à la forme d’été, où dominent plutôt l’insomnie, la perte d’appétit, l’amaigrissement, l’agitation, l’anxiété et, parfois, un comportement agressif.
Les symptômes communs aux dépressions, saisonnières ou non, restent le cœur du diagnostic. Ils durent le plus souvent au moins deux semaines, presque tous les jours.
- Une tristesse persistante, une anxiété ou un vide intérieur occupent la plus grande partie de la journée.
- L’intérêt pour les loisirs, le travail ou les proches s’émousse, parfois jusqu’à l’indifférence.
- La fatigue, le ralentissement ou, à l’inverse, une irritation constante gênent les gestes simples.
- La concentration, la mémoire et les décisions deviennent laborieuses, au-delà d’un simple coup de fatigue.
- Des idées de mort ou de suicide peuvent apparaître ; elles imposent un avis médical sans délai.
Les signes peuvent débuter de façon atténuée puis s’intensifier à mesure que la saison avance, note la Mayo Clinic (14 décembre 2021). Un blues hivernal laisse en général la personne capable de travailler et de s’occuper d’elle-même. Quand le sommeil, l’appétit et l’élan restent déréglés pendant des jours et que plus rien n’a de goût, le seuil d’une dépression est atteint.
Le TAS d’été, rare, se reconnaît moins bien parce qu’on l’attend moins. Chaleur, nuits courtes et sommeil fragmenté peuvent aggraver l’insomnie et l’irritabilité ; le NIMH souligne toutefois que ces hypothèses n’ont pas été testées de façon aussi systématique que le modèle hivernal. Dans les deux cas, ce n’est pas « le caractère » ni un manque de volonté, mais un tableau dépressif calé sur la saison.
Critères de diagnostic et examens utiles
Le diagnostic repose sur l’histoire des humeurs, pas sur une prise de sang qui tranchera à elle seule. Le NIMH retient trois piliers, à savoir des symptômes de dépression (ou le profil hiver/été décrit plus haut), des épisodes liés à une saison pendant au moins deux années consécutives, et des épisodes saisonniers plus fréquents que les autres. La Cleveland Clinic reprend les mêmes critères et déconseille de poser soi-même l’étiquette.
Le médecin peut s’appuyer sur un questionnaire de saisonnalité. La fiche StatPearls cite le Seasonal Pattern Assessment Questionnaire, parfois jugé trop large, et le Seasonal Health Questionnaire, présenté comme plus fiable pour le dépistage. Ces outils aident à structurer l’entretien ; ils ne tranchent pas à eux seuls entre un TAS, une dépression non saisonnière, un trouble bipolaire ou une autre cause.
Parce que d’autres affections imitent ce tableau, un examen clinique a du sens. La Mayo Clinic mentionne notamment une numération sanguine et un bilan thyroïdien. Une hypothyroïdie, une anémie ou un médicament peuvent alourdir l’humeur et le sommeil. L’alcool, d’autres substances et un deuil ou un stress calé sur l’automne (rentrée, chômage saisonnier) font aussi partie du diagnostic différentiel, sans être un TAS.
Le DSM-5-TR, résumé dans StatPearls, exige que le schéma saisonnier prédomine sur la vie entière, et qu’il n’y ait pas, sur les deux années considérées, d’épisodes de même polarité hors saison. Le médecin traitant pose souvent le premier regard, puis oriente vers un psychologue ou un psychiatre si le tableau est grave, mixte ou résistant. Le cadre français, qui peut différer des textes américains ou britanniques, se discute au cabinet.
Fréquence, âge et personnes les plus concernées
Les chiffres varient selon le pays, la latitude et l’outil de mesure, et il faut les citer séparément. La Cleveland Clinic (2022) avance environ 5 % des adultes aux États-Unis pour le TAS, et 10 à 20 % pour un blues hivernal plus léger, avec un début fréquent entre 18 et 30 ans. La revue Cochrane de 2019 situe la prévalence du TAS entre 1,5 % et 9 % selon la latitude.
Aux États-Unis, des enquêtes anciennes compilées par StatPearls (2024) allaient de 1,4 % en Floride à 9,7 % dans le New Hampshire. La même fiche oppose une dépression d’hiver autour de 3 % à une forme d’été autour de 0,1 %, et rappelle que ces données mondiales ont souvent deux décennies. Le lien avec la latitude est plus net en Amérique du Nord qu’ailleurs, où il n’est pas toujours statistiquement solide.
Femmes et jeunes adultes sont plus souvent concernés, d’après la Mayo Clinic, le NIMH et la Cleveland Clinic. Un antécédent personnel de dépression ou de bipolarité, surtout de type II, élève le risque, de même qu’une histoire familiale de TAS ou d’autre trouble psychique. Le NIMH cite aussi, parmi les affections souvent associées, le TDAH, les troubles alimentaires, l’anxiété et le trouble panique.
Vivre loin de l’équateur, ou sous un ciel souvent couvert, revient dans les listes de facteurs. Cela n’implique pas qu’un habitant du sud de la France soit « à l’abri », ni qu’un hiver gris suffise à poser le diagnostic. La récidive d’un hiver à l’autre se situe souvent entre 50 % et 70 % dans les suivis cités par StatPearls, mais le schéma saisonnier n’est pas forcément définitif, puisque moins de la moitié des patients gardent ce rythme sur plusieurs années.
Lumière, sérotonine et horloge interne
La cause exacte n’est pas établie. Trois pistes reviennent dans les textes du NIMH et de la Mayo Clinic. L’horloge interne (rythme circadien) se dérègle quand la lumière baisse, l’activité de la sérotonine diminue, et un excès de mélatonine en hiver favorise le sommeil et la somnolence. Ces mécanismes se recoupent plus qu’ils ne s’excluent.
La lumière qui atteint la rétine informe l’horloge située dans l’hypothalamus. Quand les jours raccourcissent, cette horloge peut se décaler par rapport au sommeil, aux repas et à l’humeur. Deux modèles, résumés par StatPearls, portent sur une sécrétion nocturne de mélatonine trop longue (photopériode) et sur un décalage de phase entre l’horloge et le sommeil. Chez certaines personnes, la rétine répondrait aussi trop faiblement à la lumière hivernale.
Le NIMH relie le TAS d’hiver à des niveaux plus bas de sérotonine, et à des molécules qui maintiennent ce neurotransmetteur, moins efficaces quand le jour est court. La vitamine D, produite en partie sous l’effet du soleil sur la peau, pourrait amplifier le problème si elle est basse, car elle favoriserait l’activité de la sérotonine. Cette piste reste une hypothèse de travail, pas une preuve d’un déficit unique à corriger.
Les pensées négatives sur l’hiver (obscurité, confinement, perte d’activités) sont fréquentes. Le NIMH laisse ouvert s’il s’agit d’une cause ou d’une conséquence ; elles deviennent en tout cas une cible utile de la TCC. Les gènes liés à la dopamine, aux protéines G ou à la sérotonine ont été explorés, mais StatPearls juge les résultats peu concordants. Il n’existe pas, à ce jour, de test génétique pour « personnaliser » le traitement.
Intensité, durée et précautions de la luminothérapie
Depuis les années 1980, la lumière vive artificielle est, aux États-Unis, un traitement de première ligne du TAS d’hiver. Le NIMH décrit une séance matinale devant un caisson d’environ 10 000 lux pendant 30 à 45 minutes, de l’automne au printemps, avec un filtre anti-UV. Cette lumière est présentée comme près de 20 fois plus intense que l’éclairage intérieur habituel.
Les protocoles voisins ne sont pas identiques, et il faut les nommer plutôt que les fondre. La Cleveland Clinic parle souvent de 15 à 30 minutes le matin, lampe à 60 à 90 cm, regard indirect. StatPearls retient 10 000 lux pendant 30 minutes à 60 à 80 cm, ou des durées plus longues à 2 500 ou 5 000 lux. S’asseoir le soir peut retarder le sommeil ; le matin, dans l’heure qui suit le réveil, revient dans les trois sources.
Une méta-analyse en réseau de 2024 (Chen, Zhang et Tu, 21 essais, 1 037 personnes) trouve un effet de la photothérapie supérieur aux autres bras, mais qualifie la preuve de faible. Au Royaume-Uni, la recommandation NICE NG222 (29 juin 2022, item repris de 2009) dit d’informer les personnes qui préfèrent la lumière aux médicaments ou à une psychothérapie que l’efficacité reste incertaine. Ce n’est pas la même lecture que celle du NIMH ; ni l’une ni l’autre ne s’applique automatiquement en France.
La Cleveland Clinic situe souvent une amélioration en 2 à 4 jours, plus nette vers deux semaines ; StatPearls parle plutôt de 2 à 3 semaines. Les symptômes peuvent revenir vite si l’on arrête en plein hiver. Fatigue oculaire, maux de tête, irritabilité et insomnie sont des effets indésirables fréquents et en général transitoires. Les cabines de bronzage ne sont pas un substitut, car elles délivrent des UV nocifs pour la peau et les yeux.
Certaines situations imposent un avis avant d’acheter une lampe. Une maladie de la rétine, un diabète avec atteinte oculaire, un médicament qui photosensibilise (certains antibiotiques ou anti-inflammatoires) et un trouble bipolaire figurent parmi les alertes de la Cleveland Clinic et de la Mayo Clinic. En cas de bipolarité, la lumière vive, comme un antidépresseur, peut déclencher une hypomanie ou une manie. Le marquage du dispositif et l’absence d’UV se vérifient avec le pharmacien ; le schéma exact se discute avec le médecin.

TCC, médicaments et vitamine D
La psychothérapie et les antidépresseurs traitent la dépression en général, y compris le TAS d’hiver et d’été ; le NIMH rappelle qu’il n’existe pas de traitement spécifique de la forme estivale. La TCC adaptée au TAS (TCC-TAS) travaille les pensées figées sur la saison et relance des activités plaisantes, même à l’intérieur. Dans les essais cités par le NIMH, le format a souvent été deux séances de groupe par semaine pendant six semaines.
Juste après le traitement, lumière et TCC se valent ; à 1 à 2 ans, la TCC l’emporte dans la méta-analyse de Melton, Wieland, Bastounis et Carter (17 septembre 2025), avec une différence moyenne d’environ 4,5 points sur l’échelle SIGH-SAD. Seuls trois essais randomisés (220 adultes) entraient dans le calcul, avec un risque de biais variable, ce qui rend le signal intéressant sans en faire une loi. Le NIMH note aussi que certains symptômes baissent un peu plus vite avec la lumière.
Les inhibiteurs de recapture de la sérotonine (ISRS) sont souvent proposés. La revue Cochrane actualisée le 4 mars 2021 n’a trouvé, pour l’efficacité, que trois petits essais de fluoxétine (204 personnes au total). Dans deux d’entre eux, lumière et fluoxétine se ressemblaient, avec environ 66 personnes sur 100 améliorées dans chaque groupe, preuve de faible certitude. Un essai contre placebo n’était pas assez puissant pour trancher. Jusqu’à un participant sur quatre a quitté une étude à cause d’effets indésirables dans les séries observationnelles colligées.
Pour la prévention, le bupropion à libération prolongée est, aux États-Unis, le seul antidépresseur dont la FDA a retenu l’indication de réduire les récidives saisonnières, pris du début de l’automne au début du printemps. La revue Cochrane du 18 mars 2019 (Gartlehner et coll., 3 essais, 1 100 personnes) donne un risque relatif de récidive de 0,56. Si le risque annuel est de 30 %, il faut traiter 8 personnes pour éviter un épisode ; même dans un groupe à haut risque, trois personnes sur quatre n’en tirent pas de bénéfice tout en s’exposant à maux de tête, nausées ou insomnie.
Les ISRS et le bupropion ont des effets indésirables, des interactions et des délais d’action. Le NIMH situe souvent 4 à 8 semaines avant un effet franc, le sommeil et l’appétit bougeant parfois avant l’humeur. En France, le médecin et le pharmacien indiquent quel médicament entre dans le cadre local, et la dose se décide au cabinet. La vitamine D, souvent basse en hiver, a donné des essais contradictoires d’après le NIMH, tantôt comparable à la lumière, tantôt sans effet. Un complément ne se commence pas sans avis, car il interagit avec certains traitements.
Lumière du jour, sommeil et activité physique
Les gestes du quotidien ne remplacent pas un traitement quand la dépression est installée, mais ils peuvent l’étayer. La Mayo Clinic conseille d’ouvrir les volets, de s’asseoir près des fenêtres et de sortir chaque jour, y compris par temps couvert, de préférence dans les deux heures après le réveil. La lumière extérieure d’un ciel gris reste plus riche que celle d’un salon.
Bouger régulièrement est l’un des rares conseils que la NICE NG222 a actualisés en 2022 pour l’ensemble des dépressions de l’adulte, qu’il s’agisse de marche, de natation, de jardinage ou d’une autre activité, avec un bénéfice souvent plus marqué dehors. La Cleveland Clinic propose, comme ordre de grandeur, 30 minutes au moins trois fois par semaine. L’exercice n’est pas une ordonnance miracle ; il peut réduire le stress et l’anxiété qui alimentent le repli.
Le sommeil mérite un cadre plutôt qu’un « rattrapage » le week-end. Pour la forme d’hiver, la Mayo Clinic suggère des heures de lever et de coucher stables et de limiter les siestes, parce que l’hypersomnie fait partie du tableau. Tenir le même lever les jours de repos limite le glissement vers une nuit trop longue.
Alcool et drogues non prescrites aggravent souvent l’humeur et interagissent avec les antidépresseurs, ce que Cleveland Clinic et Mayo Clinic disent clairement. Les fringales de sucres et de féculents sont un symptôme, pas une consigne diététique. Des repas plus réguliers aident à limiter la prise de poids hivernale sans transformer l’alimentation en combat moral. Rester en contact avec quelques personnes, même peu, contrecarre le réflexe d’hibernation mieux qu’une injonction à « se changer les idées ».
Signes qui justifient de voir un médecin
Un moral bas quelques jours ne suffit pas. La Mayo Clinic recommande de consulter lorsque la tristesse s’installe, que les activités habituelles n’ont plus d’attrait, que le sommeil ou l’appétit basculent, que l’alcool sert d’appui, ou que des idées de désespoir et de suicide apparaissent. Attendre avril « pour voir » laisse passer des semaines utiles.
Le médecin traitant est le premier interlocuteur en France. Il peut écarter une cause médicale, poser le cadre d’une dépression saisonnière et orienter vers une TCC, un psychiatre ou, le cas échéant, une lampe. Un antécédent de manie, d’hypomanie ou de moindre besoin de sommeil au printemps change le choix entre lumière, antidépresseur et surveillance. En cas d’idées suicidaires, de projet ou de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
| Situation | Ce que cela peut indiquer | Conduite |
|---|---|---|
| Tristesse et perte d’élan depuis plus de 2 semaines | Possible TAS ou autre dépression | Rendez-vous avec le médecin traitant |
| Sommeil, appétit et travail nettement déréglés | Tableau qui dépasse le blues hivernal | Ne pas attendre la fin de l’hiver |
| Alcool ou autres substances pour « tenir » | Risque d’aggravation et d’interactions | En parler clairement en consultation |
| Antécédent d’excitation ou de moins de sommeil au printemps | Possible bipolarité à caractère saisonnier | Le dire avant lumière ou antidépresseur |
| Maladie de la rétine, diabète oculaire, médicament photosensibilisant | Lampe parfois déconseillée | Avis médical avant tout achat |
| Idées de mort, projet suicidaire, danger immédiat | Urgence | Appeler le 15 ou le 112 |
Les complications listées par la Mayo Clinic — isolement, échec scolaire ou professionnel, usage de substances, anxiété, troubles alimentaires, conduites suicidaires — justifient d’agir tôt, sans dramatiser. Un proche qui se retire chaque hiver, dort beaucoup et se néglige peut être accompagné vers le cabinet ; on n’impose pas un diagnostic à sa place.
Prévenir un nouvel épisode avant l’automne
Parce que le calendrier est souvent prévisible, beaucoup d’équipes proposent de commencer lumière, TCC ou médicament avant la date habituelle des rechutes. Le NIMH le présente comme une option à discuter, tout en admettant que peu d’essais ont testé la prévention pour elle-même. La Mayo Clinic décrit deux styles, un traitement saisonnier anticipé, ou un traitement continu si les rechutes sont lourdes.
Le bupropion préventif a l’avantage d’essais de taille (1 100 personnes) et l’inconvénient d’un bénéfice individuel limité, comme le montre Cochrane 2019. Pour la lumière en prévention, les revues Cochrane colligées par StatPearls ne permettent pas de trancher, car les études sont trop petites et biaisées. La TCC, elle, semble laisser une trace l’hiver suivant dans le suivi à deux ans cité par le NIMH et confirmé, avec prudence, par Melton en 2025.
Un plan simple, écrit, évite de tout réinventer en octobre. On y note la date habituelle des premiers signes, le délai avant de rappeler le médecin, et ce qui a déjà aidé (lampe le matin, séances de TCC, médicament, sortie quotidienne). Commencer la lumière trop tard, quand l’hibernation est déjà là, est un motif fréquent d’échec apparent, car le caisson n’a alors pas été mis à l’épreuve dans les conditions des essais.
Rien ne garantit l’absence d’épisode. StatPearls rappelle que le schéma saisonnier s’estompe chez une part notable des personnes suivies, et qu’à l’inverse 15 à 25 % des troubles bipolaires ont une coloration saisonnière, plus souvent chez les femmes et dans le type II. Prévenir, ici, veut dire réduire la probabilité et la durée des rechutes, pas promettre un hiver sans ombre.
Questions fréquentes
Le TAS et le blues de l’hiver, est-ce la même chose ?
Non. Le blues laisse en général la personne capable de vivre sa journée, alors que le TAS est une dépression récurrente, avec des signes qui durent des mois et gênent le fonctionnement, d’après la Cleveland Clinic et le NIMH. Le diagnostic clinique exige un rythme saisonnier sur au moins deux années.
Une lampe de bureau ordinaire suffit-elle ?
Non. Les protocoles du NIMH et de la Cleveland Clinic parlent d’un caisson d’environ 10 000 lux, sans UV, utilisé le matin à distance indiquée par le fabricant. Un éclairage domestique est nettement moins intense ; acheter un appareil sans avis peut être inadapté en cas de maladie oculaire ou de bipolarité.
Les cabines de bronzage peuvent-elles remplacer la lumière ?
Non. La Cleveland Clinic déconseille formellement les lits de bronzage pour traiter un TAS, parce qu’ils exposent à des UV qui abîment la peau et les yeux. La luminothérapie utile est une lumière blanche filtrée, pas un bronzage.
Faut-il commencer un traitement avant l’arrivée des symptômes ?
Souvent, oui, si les hivers précédents ont déjà tracé un calendrier clair. NIMH et Mayo Clinic proposent d’anticiper lumière, TCC ou médicament avant la date habituelle, tout en soulignant que les preuves de prévention sont plus solides pour le bupropion américain que pour la lampe. Le médecin adapte le calendrier à votre histoire.
Le TAS peut-il s’accompagner d’un trouble bipolaire ?
Oui. Le NIMH et StatPearls soulignent le lien avec la bipolarité, surtout de type II, et un rythme saisonnier possible des manies au printemps. Lumière vive et antidépresseurs peuvent alors basculer l’humeur vers le haut ; ce point se dit en consultation avant tout schéma.
Combien de temps avant qu’un antidépresseur agisse ?
Le NIMH situe souvent 4 à 8 semaines, avec un sommeil ou un appétit qui bougent parfois plus tôt que l’humeur. Interrompre trop vite, ou trop tôt au printemps sans plan, se discute avec le médecin, jamais seul.

Conclusion
Si votre humeur s’enfonce chaque année quand les jours raccourcissent, le geste le plus utile n’est pas d’attendre avril. Tenez deux semaines un carnet de sommeil, d’appétit, d’élan et de pensées sombres, puis montrez-le à votre médecin traitant. Demandez-lui si une lampe à 10 000 lux, une TCC ou un médicament a un sens dans votre cas, et signalez tout antécédent d’excitation printanière.
Les chiffres américains et la prudence britannique de la NICE ne dictent pas à eux seuls la prescription en France. Pharmacien et médecin appliquent le cadre local, les contre-indications oculaires et le risque bipolaire. Un caisson mal choisi ou un antidépresseur pris sans suivi n’est pas un détail.
Les idées de mort, un projet suicidaire ou un danger immédiat relèvent du 15 ou du 112, pas d’un rendez-vous dans trois semaines. Pour les autres situations, un rendez-vous avant que novembre ne bascule suffit souvent à raccourcir l’hiver.
Sources
- Seasonal Affective Disorder. National Institute of Mental Health, révisé en 2023.
- Seasonal affective disorder (SAD) – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 14 décembre 2021.
- Seasonal affective disorder (SAD) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 14 décembre 2021.
- Seasonal Depression (Seasonal Affective Disorder). Cleveland Clinic, 10 avril 2022.
- Depression in adults: treatment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 juin 2022.
- Gartlehner G, Nussbaumer-Streit B, Gaynes BN et al. : Antidepressants for prevention of winter depression. Cochrane Database of Systematic Reviews, 18 mars 2019.
- Nussbaumer-Streit B, Thaler K, Chapman A et al. : Second-generation antidepressants for treatment of seasonal affective disorder. Cochrane Database of Systematic Reviews, 4 mars 2021.
- Melton S, Wieland S, Bastounis A et al. : Cognitive behavioural therapy for seasonal affective disorder: a systematic review and meta-analysis. the Cognitive Behaviour Therapist, 17 septembre 2025.
- Munir S, Gunturu S, Abbas M : Seasonal Affective Disorder. StatPearls, 20 avril 2024.
- Chen ZW, Zhang XF, Tu ZM : Treatment measures for seasonal affective disorder: A network meta-analysis. Journal of Affective Disorders, 1 avril 2024.
