Agranulocytose : symptômes, causes et risques

Agranulocytose : symptômes, causes et risques

L’agranulocytose est une baisse des polynucléaires neutrophiles (PNN) si profonde que des bactéries habituelles de la bouche ou de l’intestin peuvent déclencher une infection grave, parfois une septicémie. Elle est le plus souvent acquise, liée à un médicament, une chimiothérapie, une maladie de la moelle ou une infection, et plus rarement présente dès la naissance.

La chute des PNN elle-même reste silencieuse. Le premier signal est souvent une fièvre brutale ou une angine qui ressemble à un rhume, alors que le risque infectieux est déjà élevé. Dans les cohortes européennes récentes d’agranulocytose médicamenteuse, la mortalité tourne autour de 5 %, et elle peut approcher 20 % après 65 ans ou en cas de choc septique, d’après la revue de Lorenzo-Villalba, Andrès et coll. (2020).

Les revues actuelles parlent d’agranulocytose dès que les PNN passent sous 500/µL (0,5 G/L). Certains hématologues réservent le terme « vrai » aux comptes sous 100/µL avec fièvre. Sous clozapine, l’incidence cumulée atteint environ 0,4 à 0,8 %. Après l’arrêt du médicament en cause, les PNN remontent souvent en une à trois semaines.

Ce que mesure le compte de polynucléaires neutrophiles

L’agranulocytose désigne une disparition presque complète des PNN, les globules blancs qui arrivent les premiers sur une infection bactérienne ou fongique. Les granulocytes forment un groupe plus large, dont les neutrophiles sont le type le plus nombreux; les confondre revient à réduire toute une famille de cellules à une seule.

Deux seuils circulent, et ils se complètent s’ils sont nommés. La Cleveland Clinic, mise à jour en mars 2026, pose le diagnostic sous 100/µL, alors qu’un adulte a d’ordinaire au moins 1 500 neutrophiles. La revue de Rattay et Benndorf (2021) et le manuel Merck, révisé en 2025, appellent agranulocytose la neutropénie grave, sous 500/µL. Les mêmes auteurs réservent parfois « vraie agranulocytose » au compte sous 100/µL avec fièvre ou sepsis.

Le Merck classe ensuite la neutropénie en trois grades, auxquels s’ajoute le seuil sous 100/µL pour la forme profonde, utiles pour lire une numération formule sanguine (NFS).

Niveau PNN (par µL) Lecture clinique
Neutropénie légère 1 000 à 1 500 Risque infectieux encore limité
Neutropénie modérée 500 à 1 000 Risque accru, surveillance rapprochée
Neutropénie grave (revues) sous 500 Infections fréquentes, y compris par la flore interne
Forme profonde sous 100 Risque maximal, surtout avec fièvre

Sous 500/µL, les bactéries de la bouche ou de l’intestin suffisent à provoquer une infection. Sous 200/µL, les signes locaux (rougeur, pus, infiltrats) s’effacent souvent, ce qui trompe l’examen clinique. Un compte isolé ne suffit pas toujours. Les PNN varient d’un jour à l’autre selon le stress, une infection débutante ou un médicament; la Mayo Clinic (2025) demande donc de répéter la prise de sang avant de conclure.

Une autre nuance évite un diagnostic excessif. Chez une partie des personnes d’ascendance africaine, moyen-orientale ou juive, le Merck décrit une neutropénie ethnique bénigne, avec une limite basse proche de 1 200/µL et sans surcroît d’infections. La notice américaine de la clozapine (juin 2025) l’appelle aussi « Duffy-null associated neutrophil count ». Ce n’est pas une agranulocytose.

Illustration des globules blancs dans le système immunitaire.

Formes acquise et congénitale

On distingue une forme acquise, apparue au cours de la vie, et une forme congénitale, déjà là à la naissance. La Cleveland Clinic estime la première à 1 à 7 cas par million d’habitants, et la seconde, parfois appelée syndrome de Kostmann, à environ 1 naissance sur 200 000. La grande majorité des adultes concernés ont donc une cause apparue plus tard, le plus souvent un médicament.

La forme acquise peut s’installer en quelques heures quand les PNN sont détruits trop vite, ou s’étaler sur des mois si la moelle en produit trop peu. StatPearls (2023) rattache environ 70 % des cas à un médicament et note une fréquence plus élevée chez les femmes. Lorenzo-Villalba et coll. (2020) situent la forme idiosyncrasique, hors chimiothérapie, entre 1,6 et 9,2 cas par million et par an en Europe, contre 2,4 à 15,4 aux États-Unis.

Soit la moelle ne fabrique plus assez de granulocytes (aplasie, leucémie, syndrome myélodysplasique), soit les PNN déjà formés sont détruits, souvent par une réaction immunitaire. La revue de 2021 parle de réactions « de type B », mal prévisibles, peu liées à la dose, et souvent décalées de quelques semaines.

Les neutropénies congénitales graves du Merck montrent un arrêt de maturation et des PNN souvent sous 200/µL dès le nourrisson, avec des variants de ELANE, HAX1, CLPB ou GFI1. La forme cyclique, aussi liée à ELANE, fait osciller les comptes sur environ 21 jours, avec aphtes, angines et adénopathies à chaque creux. Les pneumonies y sont plus fréquentes que dans la neutropénie idiopathique chronique de l’adulte, parfois bien tolérée malgré un compte très bas.

Médicaments et autres causes

Un médicament est la première piste chez l’adulte, qu’il s’agisse d’un effet dose-dépendant attendu (chimiothérapie, radiothérapie) ou d’une réaction idiosyncrasique rare. La chimiothérapie détruit les cellules à division rapide, y compris les précurseurs de la moelle; les CDC indiquent que le creux des globules blancs survient souvent entre le 7e et le 12e jour après la perfusion, avec des variations selon le protocole.

Hors cancer, la clozapine occupe une place à part. Mijovic et MacCabe (2020) retiennent jusqu’à 0,8 % d’agranulocytose à un an (étude d’Alvir) et environ 0,4 % dans une méta-analyse de plus de 260 000 patients, soit près d’un cas sur 250, très au-dessus des 1,6 à 7 cas par million dans la population générale. Les antithyroïdiens (carbimazole, thiamazole, propylthiouracile) concernent environ 0,3 à 0,7 % des patients, d’après Rattay et Benndorf. La même revue cite le métamizole, la sulfasalazine, certaines bêtalactamines, le cotrimoxazole, la quinidine, le procainamide, la carbamazépine et la phénytoïne.

Parmi les molécules aussi signalées par la Cleveland Clinic figurent l’amoxicilline, le clotrimazole, le valganciclovir et le méthotrexate; l’événement reste rare pour une prescription isolée. La Mayo Clinic (2025) mentionne le lévamisole, non autorisé chez l’humain aux États-Unis mais parfois mélangé à de la cocaïne. L’entretien doit passer en revue ordonnances et produits sans prescription.

Hors comprimés, un lupus ou une polyarthrite rhumatoïde peut fabriquer des anticorps contre les PNN. VIH, hépatites, virus d’Epstein-Barr, cytomégalovirus, tuberculose ou fièvre typhoïde freinent la moelle ou accélèrent la destruction. Un déficit en vitamine B12, en folate ou en cuivre, une aplasie, une leucémie, un syndrome myélodysplasique ou une tumeur dans la moelle donnent le même compte bas. Le plomb et le mercure, à long terme, figurent aussi sur la liste de la Cleveland Clinic. Chez le nouveau-né, des anticorps maternels peuvent détruire les PNN du bébé.

Symptômes et tableau infectieux

L’agranulocytose ne provoque pas, à elle seule, de douleur ni de fatigue caractéristique. Ce que l’on ressent, ce sont les infections qu’elle autorise. Le Merck le dit nettement; la fièvre est souvent le seul signe, parce que rougeur, gonflement et pus manquent quand il n’y a plus assez de PNN pour construire une inflammation visible.

Quand des symptômes apparaissent, ils miment d’abord une grippe ou une angine. Fatigue marquée, frissons, mal de gorge, aphtes, gencives inflammatoires ou saignantes, difficulté à avaler, sueurs, maux de tête et ganglions du cou reviennent dans les fiches de la Cleveland Clinic. StatPearls insiste sur les lésions nécrosantes de la bouche, du plancher buccal et du pharynx, parfois associées à des abcès cutanés. Une pneumonie, une sinusite, une cellulite, un furoncle ou une inflammation autour de l’anus figurent parmi les foyers les plus fréquents du Merck.

Trois phrases du quotidien doivent faire penser à autre chose qu’un rhume si vous prenez un médicament à risque ou si une NFS récente était déjà basse.

  • Une fièvre isolée, surtout au-dessus de 38 °C, peut être le seul signe d’une infection déjà grave.
  • Une angine, des aphtes douloureux ou une gêne pour avaler demandent une NFS le jour même.
  • Des frissons, une peau moite ou une faiblesse soudaine orientent vers un sepsis naissant.

Le tableau peut basculer vite. StatPearls décrit des patients vus d’emblée avec une fièvre souvent supérieure à 40 °C, une tachycardie, une polypnée et une hypotension. Sans PNN, l’absence de pus n’est pas rassurante. Une réaction d’hypersensibilité peut ajouter une éruption et des adénopathies. Chez l’enfant suivi pour une forme congénitale ou cyclique, les creux se traduisent par des aphtes, une gingivite, des angines, parfois une omphalite chez le nouveau-né.

Fièvre et signes d’alerte, quand consulter

Toute fièvre chez une personne dont les PNN sont très bas, ou qui prend un médicament connu pour les faire chuter, est une urgence, pas un rhume à attendre. La Mayo Clinic demande d’appeler dès 38 °C en cas de neutropénie, ainsi que pour des frissons, une toux nouvelle, un essoufflement, une brûlure urinaire, une diarrhée, une raideur de nuque ou une douleur abdominale ou rectale. Le guide 2010 de l’Infectious Diseases Society of America (IDSA), écrit pour les patients atteints de cancer, définit la neutropénie fébrile par une température orale d’au moins 38,3 °C une fois, ou d’au moins 38,0 °C pendant une heure, avec des PNN sous 500/µL ou qui vont y passer dans les 48 heures.

La mise à jour ASCO/IDSA de 2018, aux États-Unis, maintient une première dose d’antibiotique dans l’heure qui suit le triage. Ce délai est nord-américain et oncologique. En France, l’équipe d’urgence applique le protocole local, mais l’idée reste de ne pas attendre les cultures pour commencer.

Situation Conduite
Fièvre ≥ 38 °C si vous êtes à risque (chimiothérapie, clozapine, antithyroïdien, PNN déjà bas) Contacter le médecin ou l’équipe de suivi le jour même, NFS en urgence
Angine, aphtes, frissons ou fatigue brutale sous un médicament à risque Même conduite, sans attendre « que ça passe »
Vertiges, pouls rapide, respiration rapide, confusion, peau moite, grande faiblesse Appeler le 15 ou le 112, tableau de sepsis
Fièvre ≥ 40 °C isolée, même sans autre signe Avis médical immédiat, comme le propose la Cleveland Clinic

Vertiges, pouls ou respiration accélérés, essoufflement, frissons, peau moite ou faiblesse brutale justifient les urgences, précise la Cleveland Clinic; ce sont les signes d’un sepsis. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 plutôt que de conduire vous-même si l’état général bascule. Chez l’enfant suivi pour une neutropénie congénitale, chaque fièvre se discute le jour même avec l’équipe qui le suit.

Examens pour confirmer le diagnostic

Le diagnostic tient d’abord dans une NFS avec formule. StatPearls exige, au sens le plus strict, un compte sous 100/µL; les revues de 2020 et 2021 retiennent 500/µL dès qu’une fièvre ou une infection l’accompagne. Le frottis montre une raréfaction, parfois une disparition, des neutrophiles. Un chiffre isolé n’a de sens qu’avec l’histoire récente (nouveau médicament, chimiothérapie, infection, auto-immunité, famille).

Si vous êtes fébrile, les cultures (sang, urines, crachat, plaie) partent avant les antibiotiques, sans en retarder l’injection. Une radiographie ou un scanner thoracique cherche une pneumonie peu parlante. Le Merck ajoute un examen de la bouche, de l’anus, des sinus, de la peau et des points de perfusion, souvent discrets. Le laboratoire peut doser la CRP, les anticorps antinucléaires, le facteur rhumatoïde, la vitamine B12, les folates, le cuivre et les fonctions hépatiques et rénales.

La moelle (biopsie et aspiration) se discute quand la cause reste obscure, quand d’autres lignées sont touchées ou quand le frottis est anormal. Elle dit si la production est à l’arrêt, bloquée, envahie, ou au contraire conservée (destruction périphérique). Un test ELANE se discute chez l’enfant, ou chez l’adulte qui a des infections depuis le plus jeune âge. Pour une forme cyclique, le Merck propose trois NFS par semaine pendant six semaines.

Les anticorps antineutrophiles n’écartent pas un médicament et manquent souvent. Lorenzo-Villalba et coll. retiennent une imputabilité si le compte chute pendant le traitement ou dans les 7 jours après l’arrêt, remonte au-dessus de 1 500/µL en moins d’un mois, et si l’on a exclu une forme congénitale, une infection virale récente ou une hémopathie. Une réexposition volontaire n’est pas un test.

Chimiothérapie et ses effets sur le système immunitaire.

Arrêt du médicament, antibiotiques et G-CSF

Le premier geste, dès le compte confirmé, est d’arrêter le médicament suspect, même si vous n’avez pas encore de fièvre. StatPearls indique qu’après cet arrêt, les PNN reviennent souvent en une à trois semaines. Rattay et Benndorf parlent plutôt d’une à deux semaines lorsque le diagnostic a été précoce. Le médicament en cause reste en principe contre-indiqué; le pharmacien et le médecin notent l’allergie ou l’effet indésirable dans le dossier.

Une fièvre ou une hypotension fait présumer une infection grave. Le Merck demande alors des antibiotiques à large spectre par voie veineuse, sans attendre les cultures. Pour les patients à haut risque (PNN prévus sous 100/µL plus de 7 jours, hypotension, pneumonie, douleur abdominale, trouble neurologique), l’IDSA (2010) propose une monothérapie active sur Pseudomonas (céfépime, pipéracilline-tazobactam, méropénem ou imipénem-cilastatine). La vancomycine n’est pas systématique. Ces schémas sont nord-américains; en France, l’équipe choisit la molécule selon l’écologie de l’hôpital.

Si la fièvre dure plus de 3 à 4 jours, le Merck fait ajouter un antifongique. StatPearls cite l’amphotéricine B lipidique, le voriconazole ou une échinocandine. Un relais oral n’est envisagé, dans l’IDSA, que pour un bas risque. Cette décision se prend à l’hôpital, pas à domicile.

Les facteurs de croissance granuleux (G-CSF) accélèrent la production de PNN. La Cleveland Clinic cite le filgrastim, le pegfilgrastim et le léograstim. Après une chimiothérapie à haut risque, le Merck indique le filgrastim à 5 µg/kg en sous-cutané une fois par jour, ou le pegfilgrastim à 6 mg une fois par cycle, environ 24 heures après la fin de la chimiothérapie. Dans la forme idiosyncrasique, le G-CSF se discute surtout si les PNN sont sous 100/µL, si le patient a plus de 65 ans ou s’il existe déjà une infection grave; Lorenzo-Villalba et coll. notent un raccourcissement fréquent de la neutropénie, sans baisse constante de la mortalité. La prednisone se discute si une maladie auto-immune détruit les PNN. La greffe de cellules souches reste un recours si la moelle ne récupère pas.

Clozapine et surveillance des PNN

La clozapine est l’un des antipsychotiques les plus efficaces dans la schizophrénie résistante, et celui dont le risque d’agranulocytose est le mieux chiffré. Ce risque n’est pas lié à la dose, rappellent Mijovic et MacCabe. Il est maximal pendant les 18 premières semaines, puis baisse sans jamais tomber à zéro. La notice américaine de juin 2025 définit la neutropénie grave par des PNN sous 500/µL.

Aux États-Unis, la FDA a retiré le programme REMS de la clozapine le 13 juin 2025. Pharmacies, prescripteurs et patients n’ont plus à s’inscrire ni à transmettre chaque NFS à un registre pour délivrer le comprimé. Dans sa communication du 27 août 2025, l’agence précise que le risque demeure et que la surveillance des PNN reste recommandée. Cette décision américaine n’a pas force de règle en France; le psychiatre et le pharmacien suivent le calendrier local.

La notice de 2025 déconseille de commencer si les PNN de base sont sous 1 500/µL, ou sous 1 000/µL en cas de neutropénie ethnique bénigne. Le rythme proposé, hors cette variante, est hebdomadaire six mois, toutes les deux semaines jusqu’à un an, puis mensuel. Une fièvre d’au moins 38,5 °C fait interrompre le comprimé le temps d’une NFS. Après une neutropénie grave, une réintroduction est en général évitée; les échecs sont fréquents sous 500/µL. Rattay et Benndorf décrivent encore, en Allemagne (2021), une NFS hebdomadaire jusqu’à la 18e semaine, puis mensuelle. Demandez au prescripteur quel seuil s’applique à votre ordonnance.

Gestes pour limiter les infections au quotidien

Aucun geste quotidien n’empêche une agranulocytose médicamenteuse. Tant que les PNN sont bas, on peut seulement réduire les occasions d’infection. Lavage des mains, éloignement des personnes malades et cuisine qui évite les toxi-infections figurent dans la fiche de la Cleveland Clinic. La Mayo Clinic ajoute les vaccins contre la grippe et le Covid-19 selon l’avis du médecin, le masque dans les foules, la cuisson à cœur des viandes et des œufs, le lavage des fruits et légumes, et l’interdiction de partager verres, couverts ou brosse à dents.

Chez les patients sous chimiothérapie, les CDC situent le moment le plus fragile 7 à 12 jours après la perfusion; c’est dans cette fenêtre qu’il faut surveiller la température. Une prophylaxie par fluoroquinolone n’est envisagée, dans certains centres cités par le Merck, que si l’on attend des PNN sous 100/µL pendant plus de 7 jours. Ce n’est pas un réflexe de ville.

Quelques habitudes concrètes, adaptées de ces sources, aident le quotidien sans remplacer une NFS.

  • Lavez-vous les mains au savon avant de manger, après les transports et après être allé aux toilettes.
  • Évitez les personnes fiévreuses et les salles d’attente trop pleines tant que les PNN sont bas.
  • Faites cuire viandes et œufs à cœur, et lavez ou épluchez fruits et légumes.
  • Signalez tôt une plaie, une aphte ou une rougeur autour d’un cathéter, même peu douloureuse.
  • Gardez à portée la liste de vos médicaments, y compris ceux pris depuis peu ou sans ordonnance.

Bains de bouche salins ou à la chlorhexidine, gels anesthésiques et, en cas de candidose, nystatine ou fluconazole soulagent une bouche abîmée; le Merck les décrit comme des soins de confort. Les fleurs coupées et le jardinage ne sont plus des interdits systématiques dans ces encyclopédies; l’équipe peut toutefois limiter le contact avec la terre ou les litières si la neutropénie est profonde.

Chances de récupération

Lorsque la cause est un médicament arrêté à temps, les PNN reviennent souvent et le risque infectieux redescend, écrit la Cleveland Clinic. StatPearls et Rattay situent cette remontée entre une et trois semaines. Lorenzo-Villalba et coll. placent la mortalité de la forme idiosyncrasique autour de 5 % (2,5 à 10 %), contre 10 à 16 % dans des séries européennes plus anciennes, grâce à une reconnaissance plus précoce et à de meilleurs antibiotiques.

L’âge de plus de 65 ans, des PNN sous 100/µL, une septicémie, un choc ou une insuffisance d’organe aggravent le pronostic. Après 3 à 4 semaines sous 100/µL, l’incidence des infections approche 100 %, selon StatPearls. Une neutropénie ethnique bénigne n’exige aucun traitement. Une forme congénitale grave engage un suivi d’hématologie pédiatrique, souvent avec un G-CSF régulier, parfois une greffe.

Après l’épisode, des NFS de contrôle jusqu’au retour durable au-dessus de 1 500/µL, une déclaration de pharmacovigilance et l’inscription du médicament à ne plus reprendre ferment la boucle. Une autre molécule de la même classe, si elle est indispensable, se discute avec le spécialiste.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre agranulocytose et neutropénie ?

La neutropénie est un compte de PNN sous 1 500/µL. L’agranulocytose en est la forme la plus profonde; les revues la placent sous 500/µL, et certains textes sous 100/µL. Autrement dit, toute agranulocytose est une neutropénie grave, mais une neutropénie légère n’est pas une agranulocytose.

Quels médicaments font le plus souvent baisser les PNN ?

La clozapine (environ 0,4 à 0,8 % des patients) et les antithyroïdiens (environ 0,3 à 0,7 %) reviennent le plus souvent dans les revues, hors chimiothérapie. Sulfasalazine, métamizole, certains antibiotiques, anticonvulsivants et antiarythmiques sont aussi cités. Le risque de chaque boîte reste faible; il justifie une NFS si une fièvre ou une angine apparaît.

Faut-il une biopsie de moelle pour le diagnostic ?

Non, pas en premier. Une NFS avec formule suffit souvent, surtout si un médicament suspect vient d’être introduit. La moelle se discute quand la cause reste obscure, quand d’autres lignées sont touchées, ou quand on cherche une leucémie, une aplasie ou une forme congénitale.

Combien de temps faut-il pour que les PNN remontent ?

Après l’arrêt du médicament en cause, StatPearls et la Cleveland Clinic situent le retour habituel entre une et trois semaines. Le G-CSF peut raccourcir ce délai, surtout si le compte est très bas. Une maladie de moelle ou une forme congénitale suit un autre calendrier, fixé par l’hématologue.

Une neutropénie ethnique bénigne est-elle une agranulocytose ?

Non. C’est un compte de PNN bas, parfois proche de 1 200/µL, sans surcroît d’infections, décrit chez certaines personnes d’ascendance africaine, moyen-orientale ou juive. Elle n’est pas une maladie et ne se traite pas. Elle change en revanche les seuils de la clozapine dans la notice américaine de 2025.

Les enfants peuvent-ils naître avec cette affection ?

Oui, rarement. Le syndrome de Kostmann et les autres neutropénies congénitales graves touchent environ 1 naissance sur 200 000 selon la Cleveland Clinic. Des infections précoces, une omphalite ou des aphtes récidivants doivent conduire à une NFS. Le suivi se fait en hématologie pédiatrique.

Hygiène personnelle et prévention des infections.

Conclusion

L’agranulocytose est un compte de PNN si bas que les bactéries déjà présentes dans le corps peuvent envahir l’organisme. Les deux chiffres à retenir sont 1 500/µL, seuil habituel de la neutropénie, et 500/µL, seuil le plus souvent retenu pour parler d’agranulocytose, avec une zone encore plus critique sous 100/µL.

Si vous prenez de la clozapine, un antithyroïdien, une chimiothérapie ou un autre médicament signalé comme à risque, notez le seuil de PNN de votre suivi et la conduite prévue dès 38 °C. Une fièvre, une angine ou des frissons demandent une NFS le jour même, pas un « repos » en attendant. En cas de malaise, de pouls rapide ou de confusion, le 15 ou le 112 restent le bon numéro.

Apportez au médecin la liste des comprimés, gouttes et plantes des dernières semaines. C’est souvent cette liste, plus qu’un scanner, qui désigne le produit à arrêter.

Sources

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  2. Dale DC : Neutropenia (Agranulocytosis; Granulocytopenia). Merck Manual Professional Edition, février 2025.
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  4. Rattay B, Benndorf RA : Drug-Induced Idiosyncratic Agranulocytosis – Infrequent but Dangerous. Frontiers in Pharmacology, 13 août 2021.
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  6. CLOZARIL (clozapine) tablets, for oral use. U.S. Food and Drug Administration, juin 2025.
  7. Neutropenia – Causes and definition. Mayo Clinic, 23 janvier 2025.
  8. Freifeld AG, Bow EJ et al. : Clinical practice guideline for the use of antimicrobial agents in neutropenic patients with cancer: 2010 update by the Infectious Diseases Society of America. Clinical Infectious Diseases, 15 février 2011.
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  10. Lorenzo-Villalba N, Alonso-Ortiz MB et al. : Idiosyncratic Drug-Induced Neutropenia and Agranulocytosis in Elderly Patients. Journal of Clinical Medicine, 10 juin 2020.
  11. Mijovic A, MacCabe JH : Clozapine-induced agranulocytosis. Annals of Hematology, 20 août 2020.
  12. Neutropenia and Risk for Infection. Centers for Disease Control and Prevention, 13 février 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.