Supplément vitaminique et perte auditive : ce que l’on sait

Supplément vitaminique et perte auditive : ce que l'on sait

Aucun comprimé vitaminique n’a, à ce jour, démontré qu’il prévient ou arrête une perte auditive chez l’humain. Le nicotinamide riboside, une forme de vitamine B3, a protégé l’oreille interne de souris exposées au bruit, y compris lorsqu’il était donné après le traumatisme sonore, mais cette piste n’a pas encore été testée comme traitement de l’audition chez l’homme.

Plus de 1,5 milliard de personnes vivent avec une baisse d’audition selon le rapport mondial de l’OMS publié en 2021, et plus d’un milliard de jeunes risquent une lésion définitive en écoutant trop fort, trop longtemps. L’idée qu’une gélule puisse remplacer les bouchons d’oreille se heurte à cet écart entre le laboratoire et le cabinet.

Le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) des CDC place le seuil de prudence à 85 dB A sur huit heures. Une surdité qui s’installe en trois jours ou moins relève, dans le guide britannique NICE NG98, d’un avis ORL dans les 24 heures. L’Autorité européenne de sécurité des aliments a jugé le chlorure de nicotinamide riboside acceptable jusqu’à 300 mg par jour chez l’adulte en bonne santé, hors grossesse, sans en faire un médicament de l’oreille.

Un comprimé peut-il empêcher une perte auditive ?

Non. Aucun essai clinique n’a montré qu’un supplément oral de nicotinamide riboside, de niacine ou d’un cocktail de vitamines empêche une baisse d’audition chez l’humain. Les données les plus citées viennent de souris, et les études alimentaires chez l’adulte restent observationnelles.

L’intérêt pour cette piste vient d’un mécanisme plausible. Le bruit et le vieillissement épuisent le NAD+ dans la cochlée, le limaçon de l’oreille interne qui transforme le son en signal nerveux. Le nicotinamide riboside (NR) est un précurseur de ce cofacteur. Chez la souris, le donner par injection ou dans l’eau de boisson a limité les dégâts synaptiques. Chez l’humain, les essais publiés ont surtout mesuré la sécurité et le NAD+ sanguin, pas un audiogramme.

La méta-analyse de Wang et collègues, parue en 2025 dans Frontiers in Nutrition, a regroupé 33 études observationnelles. Une consommation alimentaire plus élevée de vitamine B2, de β-carotène, de fibres, de protéines et de poisson s’associait à un risque un peu plus bas. La vitamine B3 alimentaire, elle, n’atteignait pas le seuil de signification (odds ratio 0,992). Ces associations ne prouvent pas qu’une gélule change le seuil auditif.

Le message utile pour le lecteur est donc étroit. Corriger une carence réelle, discutée avec le médecin ou le pharmacien, reste raisonnable. Acheter un « protecteur auditif » en capsule pour un concert, un chantier ou une presbyacousie naissante n’a pas de base clinique. La prévention qui tient aujourd’hui, ce sont le volume, la durée d’exposition et, si besoin, une aide auditive prescrite après un bilan.

Homme avec une perte auditive, illustrant le risque associé à la perte auditive.

Ce que l’étude sur le nicotinamide riboside a montré chez la souris

Chez la souris, le NR a limité la perte d’audition après un bruit intense, avant comme après l’exposition. Brown, Jaffrey, Verdin et leurs collègues l’ont publié en décembre 2014 dans Cell Metabolism. Le protocole n’était pas une gélule du commerce. Les animaux recevaient 1 000 mg/kg par injection intrapéritonéale, deux fois par jour, une dose de laboratoire que l’on ne traduit pas en comprimé humain.

Le traumatisme était un bruit en bande d’octave à 90 dB pendant 120 minutes. Chez les souris témoins, le seuil auditif montait d’environ 38 dB à 32 kHz à 24 heures, et le décalage persistait à 14 jours, signe d’une lésion durable. Les animaux traités avaient des décalages transitoires faibles (6 et 8 dB à 8 et 16 kHz) et une protection aussi aux fréquences aiguës. Trois schémas marchaient à peu près autant : cinq jours avant plus quatorze jours après, cinq jours avant seulement, ou quatorze jours après seulement.

Le composé empêchait aussi la chute du NAD+ cochléaire, d’environ 60 % après le bruit chez les témoins. Les contacts entre cellules ciliées internes et fibres du ganglion spiral se rétractaient beaucoup moins. À 24 heures comme à 14 jours, le retrait des neurites restait minime sous NR.

La protéine mitochondriale SIRT3, une sirtuine qui dépend du NAD+, était indispensable. Les souris sans ce gène perdaient presque toute protection. Celles qui surexprimaient SIRT3 résistaient au bruit même sans NR. Le même schéma se retrouvait dans plusieurs lignées. Ces faits expliquent l’intérêt de 2014. Ils n’autorisent pas à conclure qu’une gélule avalée après une discothèque protégera votre oreille.

NAD+ et SIRT3 : pourquoi l’oreille interne est concernée

Le NAD+ alimente plus de 400 enzymes, dont celles qui réparent l’ADN et celles qui tiennent les mitochondries. L’Office of Dietary Supplements des NIH le rappelle dans sa fiche sur la niacine. Dans la cochlée, les cellules ciliées et les fibres du ganglion spiral brûlent beaucoup d’énergie pour encoder le son. Un choc sonore les pousse à l’excitotoxicité. Les synapses en ruban se décrochent, parfois avant que la cellule ciliée elle-même meure.

SIRT3 agit dans la mitochondrie. Quand le NAD+ baisse, son activité baisse, et le stress oxydant local monte. Le travail de 2014 a montré que remonter le NAD+ via le NR, ou augmenter SIRT3 par transgénèse, préservait les contacts synaptiques. Ce n’est pas une « vitamine miracle ». C’est une voie métabolique qui, chez le rongeur, limite un type précis de dégât, la rétraction des neurites après un bruit calibré.

Deux limites empêchent de sauter à l’ordonnance. D’abord, le NAD+ donné par la bouche chez l’humain se voit surtout dans le sang. Les essais de NR n’ont pas mesuré ce cofacteur dans la cochlée humaine. Ensuite, une injection de 1 000 mg/kg deux fois par jour n’a rien à voir avec 300 mg dans une gélule. Même si le mécanisme est réel chez la souris, la dose, la voie et le calendrier restent inconnus pour l’oreille humaine. Les niveaux de NAD+ baissent avec l’âge dans plusieurs tissus, y compris la cochlée de souris de 12 mois dans le travail d’Okur. Cela nourrit une hypothèse sur la presbyacousie, pas une indication.

Souris âgées, encore aucun essai d’audition chez l’humain

Un travail plus récent, publié en 2023 dans Aging Cell par Okur, Bohr et leurs collègues, a prolongé la piste au vieillissement. Deux lignées de souris sauvages ont reçu du NR dans l’eau de boisson (7 mg/mL) pendant des mois. Le traitement a ralenti la montée des seuils, surtout dans les aigus. Les amplitudes des ondes I et III des potentiels évoqués auditifs se maintenaient mieux. Les cellules ciliées externes, elles, ne semblaient pas le levier principal.

Ce résultat comble un trou de l’étude de 2014, limitée au bruit aigu. Il reste un résultat de rongeur. Les auteurs parlent d’un potentiel thérapeutique, pas d’une preuve humaine. Une revue de 2023 sur les essais de NR chez l’humain a conclu que les effets cliniques pertinents restent rares, les effectifs petits et les durées courtes. Aucun de ces essais n’avait l’audition pour critère principal.

Tant qu’un protocole avec audiométrie n’existe pas, présenter le NR comme prévention de la surdité relève du marketing, pas de la clinique. Les personnes exposées au bruit, ou qui commencent à faire répéter, ont besoin d’un audiogramme et d’une protection physique, pas d’un achat en ligne. Les questions d’un futur essai seront banales. Quelle dose, quel délai après le bruit, quel bénéfice en décibels, chez qui. En attendant, le composé reste un complément encadré pour la sécurité, pas un soin de l’oreille.

Autres vitamines et alimentation : ce que montrent les méta-analyses

Les vitamines A, C et E, souvent vendues comme « antioxydants de l’oreille », n’ont pas montré d’association nette avec le risque de perte auditive dans la méta-analyse de 2025. L’odds ratio groupé pour la vitamine A était de 0,979 (intervalle 0,902–1,062). Pour la vitamine C, 0,988. Pour la vitamine E, 1,019. Le magnésium alimentaire non plus (1,044). Seule la vitamine B2 sortait clairement (0,835, intervalle 0,731–0,954), ainsi que certains caroténoïdes.

Ces chiffres viennent de questionnaires alimentaires et d’audiométries, pas de gélules tirées au sort. Les auteurs le disent. La causalité n’est pas établie. Une personne qui mange du poisson, des fibres et des légumes colorés a souvent d’autres habitudes (moins de tabac, moins de bruit professionnel) qui brouillent le lien. Inversement, une carence vraie peut nuire à beaucoup de tissus, y compris l’oreille, sans que le comprimé de rattrapage répare des cellules ciliées déjà mortes.

Un essai ancien mérite une mention à part. Aux Pays-Bas, Durga et collègues ont donné 800 µg d’acide folique par jour pendant trois ans à 728 adultes avec homocystéine élevée, dans un pays alors sans enrichissement des farines. Le déclin aux fréquences de la parole a ralenti de 0,7 dB par rapport au placebo. Les aigus n’ont pas bougé. L’effet est réel, minuscule, et difficile à exporter vers un pays dont l’alimentation et le fortifiant diffèrent.

Nutriment ou schéma Type de données Résultat utile pour le lecteur
Nicotinamide riboside Souris, 2014 et 2023 Protège après le bruit et ralentit la presbyacousie chez le rongeur
Vitamine B2 alimentaire Méta-analyse 2025 Association inverse (OR 0,835), sans preuve de gélule
Vitamine B3 alimentaire Même méta-analyse Pas d’association nette (OR 0,992)
Vitamines A, C, E Même méta-analyse Intervalles qui croisent 1
Acide folique 800 µg Essai 2007, 728 adultes 0,7 dB d’écart aux graves, rien aux aigus
Magnésium alimentaire Méta-analyse 2025 Pas d’association nette

Manger assez de protéines, de fibres et de poissons gras s’inscrit dans une alimentation courante. Si une prise de sang montre une carence en B12, en folate ou en fer, le traitement se discute avec le médecin. Ce n’est pas la même chose que d’empiler des antioxydants « pour les oreilles ».

Nicotinamide riboside et vitamine B3 : sécurité et doses

Le NR n’est pas un poison aux doses étudiées chez l’adulte en bonne santé, et il n’est pas non plus un médicament de l’audition. L’avis EFSA de 2019 sur le chlorure de nicotinamide riboside, évalué comme nouvel aliment, fixe un usage acceptable jusqu’à 300 mg par jour pour l’adulte sain, hors femmes enceintes ou qui allaitent. Pour ces deux situations, le panel a retenu 230 mg par jour, faute d’une marge d’exposition suffisante au-delà.

Conze, Brenner et Kruger ont publié en 2019 dans Scientific Reports un essai randomisé de huit semaines chez 140 adultes en surpoids, sans maladie grave. Les bras étaient un placebo et 100, 300 ou 1 000 mg de NR par jour. Le NAD+ sanguin montait de 22 %, 51 % et 142 % en deux semaines, puis se maintenait. Aucune rougeur cutanée de type flush n’a été rapportée, à la différence de l’acide nicotinique. Les événements indésirables ne différaient pas du placebo. L’essai n’avait aucun critère auditif.

La fiche niacine de l’ODS (mise à jour en 2022) rappelle un autre plafond. Pour l’acide nicotinique et le nicotinamide en supplément, le Food and Nutrition Board américain pose une limite supérieure de 35 mg par jour chez l’adulte, calée sur le flush. Ce plafond ne s’applique pas aux doses prescrites sous surveillance. Il ne s’applique pas non plus, tel quel, au NR, que l’EFSA a évalué à part. En France, le pharmacien appliquera le cadre local. N’improvisez pas une dose « comme dans l’étude souris ».

Les formes de vitamine B3 ne se valent pas. L’acide nicotinique à 30 mg ou plus peut faire rougir le visage et, à 1 000 mg ou davantage en médicament, perturber le foie, le glucose et la tension. Le nicotinamide fait rarement rougir, mais à 3 000 mg il peut léser le foie. Le NR, aux doses de l’essai de 2019, n’a pas montré ce profil. Cela autorise un usage alimentaire prudent, pas un usage chez l’enfant, sous isoniazide ou en cas de maladie du foie, sans avis médical.

Les apports américains de référence sont de 16 mg d’équivalents niacine par jour pour un homme adulte et 14 mg pour une femme. Le poulet, le saumon et les céréales enrichies couvrent souvent ce besoin. Un déficit franc, la pellagre, est rare en Europe et se traite autrement qu’avec l’idée de « protéger ses oreilles ».

Comment le bruit endommage l’audition

Le bruit trop fort, trop long ou trop proche casse des structures qui ne se régénèrent pas chez l’humain. Le NIDCD le dit sans détour. Les cellules ciliées de la cochlée transforment la vibration en signal électrique. Une fois mortes, elles ne repoussent pas, contrairement à celles des oiseaux. Le dégât peut être immédiat (explosion, tir) ou s’étaler sur des années de tondeuse, de casque, de salle des machines.

Deux chiffres organisent la prudence. Les sons à 70 dB A ou moins, même prolongés, ont peu de chances de léser l’oreille, toujours selon le NIDCD (page revue en 2025). À partir de 85 dB A répétés, le risque devient réel. Le NIOSH, dans sa page de 2024, fixe sa limite recommandée à 85 dB A en moyenne sur huit heures, et divise le temps admissible par deux à chaque hausse de 3 dB. À 88 dB A, quatre heures. À 94 dB A, une heure. Une tondeuse, un outil électroportatif, un bar ou un concert dépassent souvent ces valeurs.

La conversation normale se situe vers 60–70 dB A. Un casque au maximum, un stade ou un concert montent souvent à 94–110 dB A, un feu d’artifice à 140–160 dB A, selon le NIDCD. Si vous devez crier pour être entendu à un mètre, le niveau est déjà dangereux. Des oreilles qui bourdonnent ou semblent ouatées en sortant d’un lieu bruyant sont un signal. Une partie du seuil peut revenir en 16 à 48 heures. Une partie des synapses peut rester abîmée.

Le vieillissement, les gènes, certains médicaments (gentamicine, doses élevées d’aspirine, quelques anticancéreux) et des infections comme la méningite s’ajoutent au bruit, selon la fiche Mayo Clinic de 2023. Le bouchon de cérumen, lui, donne une baisse souvent réversible. Confondre les deux retarde le vrai diagnostic. Près de la moitié des personnes de plus de 75 ans aux États-Unis ont une presbyacousie. Le bruit accumulé et l’âge s’additionnent.

Ce qui prévient vraiment la perte auditive liée au bruit

Réduire le niveau à la source, s’éloigner et porter une protection bien ajustée restent les seuls leviers solides. Le NIOSH classe les actions par efficacité. Enlever la machine bruyante ou l’isoler vaut mieux qu’un bouchon mal mis. Le salarié n’a pas toujours la main sur la machine. Il a la main sur le temps passé près d’elle, sur le volume du casque et sur le port correct des bouchons ou du casque antibruit.

Le NIDCD résume des gestes concrets, que l’on peut tenir hors du chantier.

  • Identifiez les bruits trop forts, trop proches ou trop longs avant d’y rester.
  • Mettez des bouchons ou un casque adapté pendant toute la durée de l’exposition.
  • Éloignez-vous des enceintes et des outils si vous ne pouvez pas baisser le volume.
  • Protégez aussi les enfants trop jeunes pour le faire seuls.
  • Demandez un audiogramme si vous travaillez dans le bruit ou si la conversation devient floue.

Les loisirs comptent autant que le travail, rappelle la fiche Mayo Clinic de 2023. Concert, chasse, jet-ski, bricolage ou tonte usent l’oreille si l’exposition se répète. Un casque de chantier mal choisi ou porté une minute sur dix ne sert à rien. Doubler bouchons et serre-tête augmente l’atténuation pour un outil très bruyant. Baisser le volume du casque audio et limiter la durée d’écoute protège autant qu’un comprimé imaginaire. Si votre métier impose le bruit, le médecin du travail et le parcours de santé au travail restent le cadre, pas un site de compléments.

Perte auditive : quand consulter

Une baisse brutale, surtout d’un seul côté, est une urgence médicale, pas un motif d’acheter des vitamines. La Mayo Clinic demande un avis immédiat. Le NIDCD décrit la surdité brusque neurosensorielle comme une perte inexpliquée, en quelques heures ou quelques jours, souvent unilatérale, parfois précédée d’un « pop », avec plénitude, vertige ou acouphènes. Environ une à six personnes sur 5 000 seraient touchées chaque année, probablement plus, car beaucoup attribuent le symptôme à un rhume.

Le critère audiométrique classique est une chute d’au moins 30 dB sur trois fréquences voisines en 72 heures. La conversation devient alors un murmure. Près de la moitié des personnes récupèrent une partie de l’audition en une à deux semaines. Attendre « pour voir » diminue l’intérêt des corticoïdes, traitement le plus courant lorsque la cause reste inconnue. Au-delà de deux à quatre semaines, le rattrapage devient moins probable, toujours selon le NIDCD.

Le guide britannique NICE NG98 (2018, revue en 2023) donne des délais que le médecin français n’est pas tenu d’appliquer mot à mot, mais qui aident à juger l’urgence. Une perte apparue en trois jours ou moins, dans les 30 derniers jours, doit être vue par un ORL ou aux urgences dans les 24 heures. Une aggravation en 4 à 90 jours relève d’un avis sous deux semaines. Une faiblesse faciale du même côté que la surdité unilatérale impose un avis immédiat, et le 15 ou le 112 si un accident vasculaire est possible.

Situation Délai raisonnable Conduite
Baisse brutale en ≤ 3 jours, surtout unilatérale Dans les 24 h ORL ou urgences, sans gélule en attendant
Perte et faiblesse du visage, propos confus Immédiat Appelez le 15 ou le 112
Aggravation en 4 à 90 jours Sous 2 semaines Avis ORL (repère NICE NG98)
Acouphène pulsatile ou unilatéral nouveau Sous quelques jours Médecin traitant, puis ORL
Baisse lente, télévision trop fort, phrases à faire répéter Rendez-vous programmé Médecin traitant puis audiométrie

Les signes plus lents comptent aussi. Faire répéter, monter le son au point que l’entourage se plaint, perdre le fil à table, éviter les dîners. Ce n’est pas une fatalité à cacher. C’est un motif de bilan, surtout après 60 ans ou après des années de bruit. Un supplément ne remplace pas cet examen.

Examens et aides : ce que le médecin peut proposer

Le premier geste est d’écarter un bouchon de cérumen et une otite externe, puis de faire une audiométrie. Le NICE le place en tête du parcours adulte. L’examen regarde l’oreille et mesure les seuils. Une asymétrie, un vertige qui dure, un acouphène unilatéral ou pulsatile orientent vers l’ORL. Une IRM se discute devant des signes de localisation ou une asymétrie d’au moins 15 dB sur deux fréquences voisines, toujours dans ce guide britannique.

Pour une surdité brusque idiopathique, le NICE propose d’envisager un corticoïde. Le NIDCD rappelle qu’un essai de 2011 a montré qu’une injection intratympanique valait les comprimés. Les antibiotiques n’ont de place que si une infection est identifiée. Les vitamines n’apparaissent dans aucun de ces documents comme traitement de première ligne.

Quand la perte gêne la communication, le NICE recommande de proposer des aides auditives, deux si les deux oreilles sont appareillables. L’appareil restitue des décibels que le NR n’a jamais rendus à un patient dans un essai. Le pharmacien et le médecin traitant vous diront ce qui est prescrit et remboursé en France. Apportez la chronologie, le côté atteint, un concert ou un nouveau médicament, pas une marque de complément.

Questions fréquentes

Le nicotinamide riboside soigne-t-il déjà la surdité ?

Non. Les bénéfices auditifs publiés concernent des souris, en 2014 pour le bruit et en 2023 pour le vieillissement. Aucun essai humain n’a pris l’audiogramme comme critère principal. Le NR peut élever le NAD+ sanguin. Cela ne suffit pas à en faire un traitement de l’oreille.

Faut-il prendre de la vitamine B3 pour protéger ses oreilles ?

Pas à titre préventif, d’après les données actuelles. La méta-analyse de 2025 n’a pas lié la B3 alimentaire à un moindre risque. Les doses de NR évaluées par l’EFSA (jusqu’à 300 mg par jour chez l’adulte sain) portent sur la sécurité, pas sur l’audition. Un besoin nutritionnel se discute avec le médecin ou le pharmacien, surtout en cas de régime très restreint ou de maladie du foie.

Une alimentation riche en vitamines suffit-elle à éviter la presbyacousie ?

Elle ne l’annule pas. Manger des aliments sources de B2, de caroténoïdes, de fibres et de poisson s’associe, dans les études de 2025, à un risque un peu plus bas, sans preuve de cause. L’âge, le bruit accumulé et certains médicaments pèsent davantage. L’alimentation complète la protection physique, elle ne la remplace pas.

Les acouphènes après un concert sont-ils un signal d’alerte ?

Oui, surtout s’ils s’accompagnent d’une oreille « dans le coton ». Le NIDCD décrit ce bourdonnement comme un effet classique du bruit excessif. Une part peut passer en un à deux jours. Une part des synapses peut rester lésée. Recommencer le week-end suivant sans bouchons accumule le dégât. Une surdité qui s’installe vraiment d’un seul côté dans les heures suivantes relève de l’urgence, pas d’un repos « pour voir ».

Un supplément peut-il remplacer les bouchons d’oreille ?

Non. Ni le NR, ni les vitamines A, C et E n’ont démontré qu’ils protègent l’oreille humaine à la place d’une atténuation physique. Le NIOSH et le NIDCD fondent la prévention sur le niveau sonore, le temps d’exposition et le port correct d’une protection. Avaler une gélule avant un festival ne change pas le niveau au tympan.

La perte auditive liée à l’âge peut-elle régresser avec des vitamines ?

Les cellules ciliées humaines mortes ne repoussent pas. Le NR a ralenti, chez la souris, la progression des seuils aigus. Chez l’humain, l’essai d’acide folique de 2007 n’a gagné que 0,7 dB aux graves. Les aides auditives améliorent la communication quand le seuil gêne déjà, ce que le NICE propose d’offrir.

Conclusion

Le NR a un dossier animal cohérent. Il remonte le NAD+ cochléaire, passe par SIRT3, limite la rétraction des fibres après un bruit de 90 dB et, donné longtemps dans l’eau de boisson, freine la presbyacousie murine. Chez l’humain, le même composé élève le NAD+ sanguin à 100, 300 ou 1 000 mg par jour, avec un profil d’effets indésirables proche du placebo sur huit semaines. Il n’a pas, pour autant, gagné le droit d’être présenté comme une stratégie contre la surdité.

La prévention qui a des chiffres et des guides s’appelle 85 dB A sur huit heures, pauses, bouchons bien mis, volume du casque raisonnable. La méta-analyse de 2025 autorise à soigner son assiette, pas à croire qu’un flacon de B3 compensera dix ans de concerts. Une carence documentée se corrige. Une oreille déjà lésée se réhabilite, elle, avec un bilan et, si le seuil gêne, une aide auditive.

Si votre audition a chuté d’un coup, surtout d’un côté, allez à l’ORL ou aux urgences dans la journée. Composez le 15 ou le 112 si une faiblesse du visage ou un propos confus s’y ajoutent. Si la baisse est lente, prenez rendez-vous pour une audiométrie et apportez la liste de vos médicaments, pas un ticket de complément. La question utile au médecin n’est pas « quelle vitamine pour mes oreilles », c’est « mon seuil a-t-il bougé, et que fait-on maintenant ».

Sources

  1. Brown KD, Maqsood S, Huang JY et al. : Activation of SIRT3 by the NAD+ precursor nicotinamide riboside protects from noise-induced hearing loss. Cell Metabolism, 2 décembre 2014.
  2. Okur MN, Sahbaz BD, Kimura R et al. : Long-term NAD+ supplementation prevents the progression of age-related hearing loss in mice. Aging Cell, 3 juillet 2023.
  3. Wang L, Tang R, Xiong J et al. : Protective effects of dietary nutrients on hearing loss: a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Nutrition, 9 mai 2025.
  4. Conze D, Brenner C, Kruger CL : Safety and Metabolism of Long-term Administration of NIAGEN (Nicotinamide Riboside Chloride) in a Randomized, Double-Blind, Placebo-controlled Clinical Trial of Healthy Overweight Adults. Scientific Reports, 5 juillet 2019.
  5. EFSA NDA Panel : Safety of nicotinamide riboside chloride as a novel food pursuant to Regulation (EU) 2015/2283 and bioavailability of nicotinamide from this source, in the context of Directive 2002/46/EC. EFSA Journal, 1er août 2019.
  6. Niacin – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, mis à jour le 18 novembre 2022.
  7. National Institute for Occupational Safety and Health : Noise-Induced Hearing Loss. Centers for Disease Control and Prevention, 30 janvier 2024.
  8. National Institute on Deafness and Other Communication Disorders : Noise-Induced Hearing Loss. National Institutes of Health, mis à jour le 16 avril 2025.
  9. National Institute on Deafness and Other Communication Disorders : Sudden Sensorineural Hearing Loss (SSHL). National Institutes of Health, 14 septembre 2018.
  10. Hearing loss – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 30 mars 2023.
  11. WHO: 1 in 4 people projected to have hearing problems by 2050. World Health Organization, 2 mars 2021.
  12. National Institute for Health and Care Excellence : Hearing loss in adults: assessment and management. NICE guideline NG98, 21 juin 2018, mis à jour le 2 octobre 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.