
Les statines peuvent augmenter un peu le risque de diabète de type 2, surtout à dose élevée et chez les personnes déjà proches du seuil diagnostique. Le bénéfice cardiovasculaire mesuré dans les essais intègre déjà cet effet sur la glycémie, et une hausse isolée du sucre sanguin n’est pas, à elle seule, une raison d’arrêter le comprimé.
La méta-analyse sur données individuelles de la Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration, parue en 2024, a remplacé l’ancienne moyenne unique d’environ 9 %. Avec une intensité faible ou modérée, le risque relatif de diabète de novo vaut 1,10. Avec une intensité élevée, il atteint 1,36, alors que l’hémoglobine glyquée ne progresse en moyenne que de 0,06 à 0,08 point.
Environ 62 % des nouveaux diagnostics touchent des participants déjà situés dans le quartile le plus haut de la glycémie de départ. Au Royaume-Uni, la recommandation NG238 du NICE (mai 2023) demande de ne pas interrompre une statine pour une simple hausse de glucose ou d’HbA1c. Les Standards of Care 2026 de l’American Diabetes Association reprennent encore le calcul de Sattar et coll. (2010), selon lequel traiter 255 personnes pendant 4 ans produit un cas de diabète supplémentaire tout en évitant, dans ce même groupe, 5,4 événements vasculaires.
Les statines augmentent-elles vraiment le risque de diabète ?
Oui. Les essais randomisés en double aveugle le montrent de façon reproductible, avec un effet modéré et lié à l’intensité du schéma. Il ne s’agit pas d’une rumeur de forum ni d’un artefact isolé d’un seul laboratoire.
La collaboration CTT a rassemblé 19 essais statine contre placebo (123 940 participants, suivi médian de 4,3 ans) et 4 essais d’intensité plus forte contre intensité plus faible (30 724 participants, 4,9 ans). Dans le premier bloc, 2 420 personnes sous statine d’intensité faible ou modérée ont développé un diabète (1,3 % par an) contre 2 214 sous placebo (1,2 % par an). Dans les essais d’intensité élevée, les chiffres annuels étaient de 4,8 % contre 3,5 %. Le diagnostic reposait sur des événements déclarés, un nouveau médicament hypoglycémiant, une glycémie ou une HbA1c.
Ces pourcentages relatifs impressionnent plus que le déplacement biologique. La glycémie moyenne ne grimpe que de 0,04 mmol/L. Une personne déjà juste sous le seuil peut basculer dans la case « diabète » sans que son métabolisme ait basculé d’un seul coup. C’est pourquoi la majorité des cas nouveaux se concentrent là où la glycémie de départ était déjà haute.
Une synthèse plus ancienne, celle de Sattar et coll. dans The Lancet en 2010 (13 essais, 91 140 participants), concluait à un odds ratio de 1,09. En valeur absolue, un cas supplémentaire apparaissait pour 255 personnes traitées pendant 4 ans. Les référentiels 2026 de l’ADA citent encore ce calcul et y ajoutent 5,4 événements vasculaires évités dans le même groupe. La lecture actuelle ne contredit pas cette balance. Elle la précise en montrant que l’excès dépend surtout de l’intensité et du niveau glycémique initial.
Les études d’observation publient parfois des risques plus élevés. Le Cleveland Clinic Journal of Medicine le souligne en 2023. Les cohortes voient davantage de diabète incident que les essais, en partie parce que les patients suivis hors protocole sont plus souvent en surpoids, hypertendus ou déjà prédiabétiques. Cela n’efface pas le signal des essais. Cela rappelle que le risque absolu suit le terrain métabolique, pas seulement la molécule.

Pourquoi la glycémie peut monter sous traitement
Le mécanisme n’est pas entièrement fixé. Les données humaines montrent un petit glissement de la glycémie et de l’HbA1c. Les travaux de laboratoire décrivent une résistance à l’insuline dans le tissu adipeux et, pour certains auteurs, une gêne de la sécrétion pancréatique. Aucune de ces pistes n’autorise à présenter une « solution » médicamenteuse déjà prête.
Les statines bloquent l’HMG-CoA réductase, enzyme de la voie du mévalonate. Au-delà du cholestérol, cette voie fournit des isoprénoïdes utiles à la prénylation des protéines. Dans un travail de 2014 publié dans Diabetes, Henriksbo, Schertzer et leurs collègues ont montré que plusieurs statines augmentaient la sécrétion d’interleukine-1β par des macrophages, signature d’une activation de l’inflammasome NLRP3. Chez la souris obèse, la fluvastatine diminuait la captation de glucose stimulée par l’insuline dans le tissu adipeux blanc. L’effet disparaissait en l’absence de NLRP3 et était bloqué, in vitro et ex vivo, par le glibenclamide (glyburide dans les textes anglais).
Cette expérience explique une partie du discours ancien sur une « association glibenclamide plus statine ». Elle reste préclinique. Aucun essai de grande taille n’a montré qu’ajouter du glibenclamide à une statine protégeait les patients d’un diabète de novo, et cette sulfonylurée a ses propres hypoglycémies. En présenter l’association comme une conduite à tenir serait une extrapolation.
D’autres hypothèses circulent, parmi lesquelles une moindre translocation du transporteur GLUT4, un stress des cellules bêta ou une légère prise de poids. La collaboration CTT juge peu plausible qu’un petit changement pondéral explique l’essentiel du signal. Quoi qu’il en soit, le déplacement glycémique moyen reste minuscule. Le tableau clinique habituel n’est pas un diabète brutal de type 1. C’est plutôt l’avancée de quelques mois ou années d’un trouble déjà en germe.
La notice américaine 2026 de la rosuvastatine (Crestor) le formule sans roman. Des hausses d’HbA1c et de glycémie à jeun ont été rapportées et, dans certains cas, elles franchissent le seuil du diagnostic. Dans l’essai JUPITER, un diabète a été déclaré chez 2,8 % des patients sous rosuvastatine 20 mg contre 2,3 % sous placebo, avec une HbA1c moyenne plus haute de 0,1 point.
Qui est le plus exposé au diabète sous statine
Le risque supplémentaire se voit surtout chez les personnes qui avaient déjà un terrain de diabète de type 2. La page MedlinePlus sur les statines le résume ainsi. Le signal concerne surtout le surpoids ou l’obésité, le prédiabète et le syndrome métabolique. L’ADA 2026 va dans le même sens en parlant de facteurs de risque ou d’une intolérance au glucose.
Dans la méta-analyse CTT, environ 62 % des diagnostics nouveaux, parmi les participants qui avaient une mesure glycémique de départ, sont survenus dans le quartile le plus élevé. Une personne dont l’HbA1c ou la glycémie à jeun flirte déjà avec le seuil a donc plus de chances de « basculer » si le traitement décale un peu la courbe. À l’inverse, un profil glycémique franchement normal absorbe plus facilement le même décalage.
Hoogwerf, dans sa revue de 2023, ajoute que l’intensité élevée pèse davantage, et que d’autres facteurs se superposent, dont le prédiabète, l’obésité abdominale, une dyslipidémie, l’hypertension, le terrain génétique, le mode de vie et des médicaments diabétogènes, au premier rang les glucocorticoïdes. Les analyses d’atorvastatine qu’il cite montrent peu d’écart lorsque la glycémie de départ est normale, et un écart plus net en cas de prédiabète, surtout à 80 mg par jour.
Quelques situations concrètes méritent d’être posées sur la table avec le médecin traitant.
- Un tour de taille élevé, un IMC au-dessus de 30 kg/m² ou une hypertension associée augmentent le risque de passage au diabète.
- Une glycémie à jeun déjà dans la zone du prédiabète rend un petit décalage plus visible sur les analyses.
- Une corticothérapie prolongée s’ajoute au signal des statines et justifie un suivi plus serré.
- L’âge avancé et des antécédents familiaux de diabète de type 2 appartiennent au même faisceau de risques.
Cela ne veut pas dire qu’une statine est « réservée » aux personnes sans aucun de ces traits. Ce sont souvent les mêmes profils qui ont le plus à gagner sur l’infarctus et l’AVC. La conversation utile porte sur le suivi, pas sur un refus automatique du traitement.
Intensité du traitement et différences entre molécules
L’intensité pèse plus que le nom commercial. La collaboration CTT trouve un excès relatif de 10 % avec les schémas faibles ou modérés et de 36 % avec les schémas intensifs. Une partie de l’écart absolu vient aussi du fait que les essais intensifs mesuraient plus souvent l’HbA1c, donc dépistaient plus de cas. L’effet reste néanmoins dose-dépendant.
Les Standards of Care 2026 de l’ADA, rédigés pour les États-Unis, définissent l’intensité par la baisse attendue du cholestérol LDL. Une intensité élevée vise au moins 50 % de baisse, par exemple 40 à 80 milligrammes d’atorvastatine ou 20 à 40 milligrammes de rosuvastatine. Une intensité modérée vise 30 à 49 %, par exemple 10 ou 20 milligrammes d’atorvastatine, 5 ou 10 milligrammes de rosuvastatine, 20 à 40 milligrammes de simvastatine, 40 à 80 milligrammes de pravastatine. Ces doses servent de langage commun. Elles ne remplacent pas la posologie que votre médecin ou votre pharmacien appliquera selon les habitudes françaises.
| Intensité | Exemples de doses (tableau ADA 2026, États-Unis) | Baisse habituelle du LDL | Diabète de novo (CTT 2024) |
|---|---|---|---|
| Faible à modérée | 10 ou 20 mg d’atorvastatine ; 5 ou 10 mg de rosuvastatine | 30 à 49 % | RR 1,10 (plus 10 %) |
| Élevée | 40 ou 80 mg d’atorvastatine ; 20 ou 40 mg de rosuvastatine | au moins 50 % | RR 1,36 (plus 36 %) |
| Déjà diabétique, intensité faible à modérée | mêmes schémas | comme ci-dessus | aggravation, RR 1,10 |
| Déjà diabétique, intensité élevée | mêmes schémas | comme ci-dessus | aggravation, RR 1,24 |
Certaines revues attribuent un signal glycémique un peu plus marqué à l’atorvastatine à forte dose, et un signal plus discret à la pitavastatine. Hoogwerf le note, tout en rappelant que la pitavastatine manque d’essais cardiovasculaires de grande taille chez les personnes diabétiques. Changer de molécule pour « éviter le diabète » n’est donc pas une stratégie validée à elle seule. Le choix reste celui du rapport entre la baisse de LDL nécessaire et la tolérance.
La notice 2026 de la rosuvastatine confirme que, dans JUPITER, davantage de patients ont franchi une HbA1c supérieure à 6,5 % sous 20 mg que sous placebo. Ce seuil de 6,5 % est celui du diagnostic d’après l’hémoglobine glyquée dans beaucoup de référentiels. Un dépassement de quelques dixièmes chez une personne déjà à 6,3 ou 6,4 % suffit à changer l’étiquette, pas nécessairement le pronostic de la semaine suivante.
Faut-il interrompre une statine si la glycémie monte
Non, pas pour cette seule raison, sauf avis contraire de votre médecin. La recommandation britannique NG238 du NICE, actualisée en mai 2023, demande de ne pas arrêter une statine parce que la glycémie ou l’HbA1c a augmenté. Le service de santé britannique (NHS) demande aussi de parler à un médecin ou à un pharmacien avant toute interruption. La Mayo Clinic, dans sa mise à jour de juillet 2025, répète le même message.
L’argument n’est pas de minimiser le diabète. Il est que le bénéfice vasculaire des statines, y compris chez les personnes qui développent un diabète pendant l’essai, a déjà été mesuré « net ». La collaboration CTT insiste sur ce point. Tout inconvénient théorique lié à la petite hausse de glycémie est déjà compté dans la baisse globale des événements cardiovasculaires. Arrêter le traitement pour « protéger le sucre » revient souvent à perdre une protection déjà démontrée contre l’infarctus et l’AVC.
Si un diabète apparaît, on le traite comme un diabète de type 2 habituel, par l’alimentation, l’activité, éventuellement un médicament adapté, et le suivi de l’HbA1c. On ne retire pas la statine par réflexe. Chez une personne déjà diabétique, l’ADA 2026 continue de recommander une statine d’intensité au moins modérée entre 40 et 75 ans, et une intensité élevée s’il existe un risque cardiovasculaire plus haut ou une maladie athéromateuse.
Des motifs d’arrêt ou de pause existent, mais ce sont d’autres alertes, notamment une douleur musculaire inexpliquée avec CPK très hautes, une atteinte hépatique symptomatique, une grossesse ou une interaction médicamenteuse grave. La Mayo Clinic décrit aussi, très rarement, une rhabdomyolyse. Ces situations se gèrent avec le médecin, pas en laissant la boîte au fond du tiroir dès qu’une glycémie a bougé de quelques dixièmes.
Comment surveiller glycémie et hémoglobine glyquée
Les grandes agences ne fixent pas d’agenda unique du type « HbA1c tous les X mois uniquement parce qu’une statine a été commencée ». Le suivi se calque sur le risque personnel de diabète et sur les habitudes locales que votre médecin applique. L’ADA 2026, parlant des lipides plus que du sucre, demande un bilan lipidique à l’introduction, 4 à 12 semaines après un changement, puis une fois par an. Le NICE, de son côté, prévoit transaminases et bilan lipidique à 2 ou 3 mois.
Pour le glucose, le bon moment est souvent celui d’un bilan déjà prévu, ou d’un contrôle si vous avez un prédiabète, un surpoids, des antécédents familiaux ou des symptômes. Une HbA1c de départ, avant la première boîte, donne une ligne de base. Sans ce chiffre, on ne sait pas si une valeur à 6,2 % « vient de la statine » ou était déjà là.
Chez une personne déjà diabétique, Hoogwerf conseille de suivre l’HbA1c et d’adapter le traitement hypoglycémiant, en préférant si possible les molécules qui ont aussi montré un bénéfice cardiovasculaire. Un décalage de quelques dixièmes peut imposer d’ajuster les doses, pas d’abandonner la prévention lipidique.
Le NICE rappelle aussi de mesurer la créatine kinase si apparaissent une douleur, une sensibilité ou une faiblesse musculaire inexpliquée. Si la CPK reste sous 5 fois la normale, les symptômes ont peu de chances de venir de la statine et d’autres causes doivent être cherchées. Ce n’est pas un test du diabète, mais c’est le suivi de tolérance qui accompagne le même comprimé.
En France, le médecin traitant et le pharmacien traduisent ces repères dans le calendrier des analyses habituelles. N’achetez pas un lecteur de glycémie « au cas où » sans en parler, car l’intérêt dépend de votre situation, pas d’un réflexe de précaution générique.
Habitudes qui limitent le risque métabolique
La notice américaine 2026 de la rosuvastatine demande d’optimiser l’activité physique, le poids et les choix alimentaires. Ce n’est pas un slogan de bien-être. C’est la seule « contre-mesure » officiellement écrite sur l’étiquette à propos de la hausse d’HbA1c. Elle vise le même terrain que le diabète de type 2 habituel.
La Mayo Clinic, dans sa page sur l’indication des statines (2024), place ces habitudes avant et pendant le médicament. Il s’agit d’arrêter le tabac, de manger davantage de légumes, de légumineuses, de poisson et de céréales complètes, de limiter les graisses saturées et le sel, de bouger plus, de rester moins assis et de viser un poids plus sain. Ces gestes baissent aussi le risque cardiovasculaire, donc ils ne « concurrencent » pas la statine. Ils s’y ajoutent.
Trois leviers tiennent la route sans promesse de résultat garanti.
- Une activité régulière, même de marche soutenue, améliore la sensibilité à l’insuline et aide à limiter la prise de poids.
- Une perte de poids modeste, lorsqu’il y a un surpoids, recule souvent le passage du prédiabète au diabète.
- Une alimentation plus riche en fibres et moins chargée en produits ultra-transformés sucrés réduit les pics glycémiques au quotidien.
Aucun de ces points ne remplace le comprimé si votre risque vasculaire le justifie. Aucun n’a non plus été testé, dans les grands essais de statines, comme un antidote spécifique du signal diabète. Ils restent toutefois les seuls leviers que la FDA inscrit aujourd’hui à côté de l’avertissement glycémique, et ils ont une valeur propre contre l’infarctus.
Méfiez-vous des « solutions » vendues autour de ce sujet, qu’il s’agisse d’associations non éprouvées, d’extraits « naturels » censés bloquer l’inflammasome, ou d’un arrêt sauvage dès que l’HbA1c a bougé. Le glibenclamide expérimental de 2014 n’est pas devenu un protocole. Un complément alimentaire n’a pas la même preuve qu’une statine sur les événements vasculaires.
Déjà diabétique, la statine reste-t-elle indiquée
Oui, dans la grande majorité des cas, et souvent à une intensité au moins modérée. Le diabète lui-même élève le risque d’athérome. Les essais et les méta-analyses chez les personnes diabétiques montrent une baisse de la mortalité vasculaire lorsque le LDL diminue. L’ADA 2026 rappelle qu’une méta-analyse portant sur plus de 18 000 personnes diabétiques (14 essais, suivi moyen 4,3 ans) trouvait 9 % de mortalité toutes causes en moins et 13 % de mortalité vasculaire en moins pour chaque baisse de 1 mmol/L de LDL.
Entre 40 et 75 ans, le référentiel américain pose une statine d’intensité modérée en prévention, en plus des mesures d’hygiène de vie. S’il existe un risque plus élevé (hypertension, tabac, maladie rénale, obésité, ou LDL qui reste trop haut), une intensité élevée est recommandée, avec un objectif de LDL souvent inférieur à 1,8 mmol/L, voire 1,4 mmol/L s’il y a déjà une maladie athéromateuse. Ces cibles sont américaines. En France, votre médecin appliquera les seuils locaux.
La collaboration CTT montre aussi que, chez les participants déjà diabétiques, le risque d’aggravation glycémique (plus de médicaments, complication du contrôle, ou HbA1c en hausse d’au moins 0,5 point) augmente de 10 % avec une intensité faible ou modérée et de 24 % avec une intensité élevée. C’est un argument pour surveiller l’HbA1c, pas pour priver de statine une personne dont le risque d’infarctus est déjà haut.
Si une statine n’est vraiment pas tolérée, l’ADA 2026 discute l’acide bempédoïque, l’ézétimibe ou un inhibiteur de PCSK9 selon le niveau de risque. Le NHS cite les mêmes familles, plus l’inclisiran. Ces options existent pour l’intolérance musculaire ou l’échec lipidique. Elles ne sont pas des « statines sans diabète » magiques. Leur effet propre sur la glycémie n’est pas le sujet des grands essais de statines analysés par la CTT.
Le bon réflexe, si vous êtes déjà diabétique et qu’on vous propose une statine, est de demander l’intensité prévue, l’objectif de LDL, et la date du prochain contrôle d’HbA1c. Ce sont trois questions concrètes. Elles évitent le faux dilemme « mon diabète ou mon cœur ».
Signes d’alerte sous statine et quand consulter
Le diabète lié aux statines se présente en général comme un diabète de type 2 peu bruyant. Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC, 2024) listent pourtant des signes qui justifient une prise de sang et un avis médical, que vous preniez ou non une statine. Figurent parmi ces signes une soif persistante, des urines très fréquentes, une faim inhabituelle, un amaigrissement non recherché, la fatigue, une vision trouble, des infections urinaires ou mycoses à répétition, des plaies lentes à cicatriser et des fourmillements des pieds.
Ces signes ne prouvent pas que la statine « a créé » un diabète. Ils disent que le sucre mérite d’être mesuré. Prenez rendez-vous avec le médecin traitant plutôt que d’interrompre le traitement en attendant.
D’autres alertes tiennent au médicament lui-même. La Mayo Clinic demande un avis rapide en cas de fatigue extrême, de perte d’appétit, de douleur du haut du ventre, d’urines foncées ou de jaunisse (peau ou yeux). Le NICE veut un dosage de CPK si les muscles font mal, sont sensibles ou faibles sans explication. Une douleur musculaire violente avec urines très foncées et malaise grave n’attend pas le lendemain.
Appelez le 15 ou le 112 si une soif extrême s’accompagne de vomissements, d’une confusion, d’une grande faiblesse ou d’une respiration très anormale. Ces tableaux évoquent une décompensation hyperglycémique, rare dans le petit décalage décrit par la CTT, mais trop graves pour le seul report au lundi matin. Dites que vous prenez une statine et, le cas échéant, un antidiabétique. Ne conduisez pas vous-même.
Questions fréquentes
Une statine provoque-t-elle forcément un diabète ?
Non. La plupart des personnes traitées ne deviennent pas diabétiques. L’excès tient à un petit décalage de la glycémie, visible surtout si vous étiez déjà proche du seuil. Dans les essais d’intensité faible ou modérée de la CTT, l’incidence annuelle passait de 1,2 % à 1,3 %.
Quelle intensité de statine expose le plus ?
Les schémas d’intensité élevée (haute dose d’atorvastatine ou de rosuvastatine dans le tableau américain 2026) portent le risque relatif à 1,36. Les schémas plus doux restent autour de 1,10. L’intensité se choisit d’abord selon le risque vasculaire, pas pour « économiser » un diagnostic de diabète.
Le glibenclamide empêche-t-il le diabète sous statine ?
Non dans la pratique clinique. Le glibenclamide a bloqué l’activation de l’inflammasome NLRP3 dans des cellules et des tissus de souris (Henriksbo et coll., 2014). Cela n’en fait pas un traitement préventif à demander au pharmacien. Cette sulfonylurée peut provoquer des hypoglycémies et n’a pas été validée dans cet usage.
Que surveiller si l’on a déjà un prédiabète ?
Une HbA1c ou une glycémie à jeun avant le premier comprimé, puis un contrôle selon l’avis du médecin, souvent dans les mois qui suivent. Les mesures d’activité, de poids et d’alimentation restent le levier inscrit sur la notice américaine. N’arrêtez pas la statine si le chiffre bouge un peu.
Une autre molécule hypolipémiante évite-t-elle ce risque ?
Pas de façon démontrée comme stratégie anti-diabète. Ézétimibe, acide bempédoïque ou inhibiteurs de PCSK9 servent surtout lorsque la statine ne suffit pas ou n’est pas tolérée. Leur place se discute avec le cardiologue ou le médecin traitant, selon le LDL et le risque d’athérome.
L’arrêt de la statine fait-il redescendre la glycémie ?
On ne le sait pas clairement, car les grands essais ont en général poursuivi la statine après un diagnostic de diabète. Même si le chiffre baissait après un arrêt, le prix serait la perte de la protection vasculaire. Toute pause se décide avec le médecin.
Conclusion
Le lien entre statines et diabète de type 2 n’est plus une hypothèse de laboratoire. Il est quantifié, plus fort à haute intensité, et concentré chez les personnes déjà au bord du diagnostic. Le déplacement moyen de l’HbA1c reste de l’ordre de 0,06 à 0,08 point, et le bénéfice sur l’infarctus et l’AVC a déjà été mesuré en tenant compte de cet inconvénient.
La conduite utile n’est pas d’ajouter un ancien antidiabétique expérimental, ni de jeter la boîte. Elle consiste à connaître votre glycémie de départ, à renforcer l’activité et l’alimentation si le terrain est déjà fragile, et à traiter un diabète qui apparaîtrait comme on le traite d’habitude, tout en maintenant la prévention cardiovasculaire.
Apportez à votre médecin traitant la dernière HbA1c, le poids et le tour de taille, et demandez si un contrôle glycémique a un sens dans votre cas. Si une soif intense, des urines très fréquentes ou un amaigrissement inexpliqué apparaissent, prenez rendez-vous sans attendre. En cas de vomissements, de confusion ou de grande faiblesse, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration : Effects of statin therapy on diagnoses of new-onset diabetes and worsening glycaemia in large-scale randomised blinded statin trials: an individual participant data meta-analysis. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 27 mars 2024.
- Sattar N, Preiss D et al. : Statins and risk of incident diabetes: a collaborative meta-analysis of randomised statin trials. The Lancet, 27 février 2010.
- American Diabetes Association Professional Practice Committee : 10. Cardiovascular Disease and Risk Management: Standards of Care in Diabetes—2026. Diabetes Care, 2026.
- National Institute for Health and Care Excellence : Cardiovascular disease: risk assessment and reduction, including lipid modification. NICE guideline NG238, 2 septembre 2025.
- U.S. Food and Drug Administration : CRESTOR (rosuvastatin) tablets, for oral use. FDA prescribing information, 2026.
- Statin side effects: Weigh the benefits and risks. Mayo Clinic, 21 juillet 2025.
- Statins. MedlinePlus, National Library of Medicine, mis à jour en 2026.
- Henriksbo BD, Lau TC et al. : Fluvastatin causes NLRP3 inflammasome-mediated adipose insulin resistance. Diabetes, novembre 2014.
- Symptoms of Diabetes. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Statins. National Health Service, 5 mai 2026.
- Hoogwerf BJ : Statins may increase diabetes, but benefit still outweighs risk. Cleveland Clinic Journal of Medicine, janvier 2023.
- Statins: Are these cholesterol-lowering drugs right for you?. Mayo Clinic, 6 mars 2024.
