Carence en thiamine après bypass gastrique

Carence en thiamine après bypass gastrique

Après un bypass gastrique, la thiamine (vitamine B1) s’épuise vite si les comprimés prescrits ne sont pas pris chaque jour. Une carence peut, en quelques semaines, toucher les nerfs, le cœur et le cerveau, jusqu’à une encéphalopathie de Wernicke (souvent appelée Gayet-Wernicke en France).

Jusqu’à 29 % des personnes qui se préparent à une chirurgie bariatrique ont déjà un taux bas, et environ 25 % en ont un après l’opération, selon le groupe de travail Wernicke de l’American Society for Metabolic and Bariatric Surgery (ASMBS) en 2025. Le vertige ou le vomissement n’est donc pas toujours une simple déshydratation ; c’est parfois le premier maillon d’un déficit neurologique encore réversible.

Les mêmes auteurs américains recommandent au moins 12 mg de thiamine par jour, souvent 50 à 100 mg, et 100 mg pendant au moins deux semaines avant l’intervention. Dans 118 observations rassemblées par Oudman et ses collègues, 87,3 % des encéphalopathies commençaient par des vomissements. Une perfusion de glucose sans thiamine peut faire basculer le tableau. Le médecin ou le pharmacien appliquera le protocole français ; les chiffres ci-dessous viennent des guides américains et britanniques.

Pourquoi le bypass vide les réserves de thiamine

La thiamine est une vitamine hydrosoluble. Le corps n’en stocke qu’une petite réserve, surtout dans le foie, et l’excès part dans les urines. L’Office of Dietary Supplements des NIH, fiche mise à jour le 9 février 2023, situe ce stock adulte autour de 25 à 30 mg, dont environ 80 % sous forme de diphosphate de thiamine, le cofacteur des enzymes du glucose. Le groupe de travail ASMBS de 2025 parle de 30 à 50 mg, avec une demi-vie de 9 à 18 jours, et une vidange possible en deux semaines. Les deux sources s’accordent sur le point utile au quotidien : sans apport régulier, la réserve ne tient pas un mois.

Un bypass de Roux-en-Y réduit l’estomac et court-circuite le duodénum, zone où la vitamine passe dans le sang. Les volumes alimentaires chutent. Les vomissements, fréquents les premières semaines, emportent ce qui reste. Une diète liquide avant l’opération, déjà pauvre en micronutriments, peut avoir entamé le stock. L’ASMBS 2025 insiste aussi sur le magnésium, cofacteur indispensable : un magnésium bas empêche la thiamine d’agir, même si on en donne.

Les besoins de base d’un adulte restent modestes (1,1 mg par jour chez la femme, 1,2 mg chez l’homme, 1,4 mg pendant la grossesse ou l’allaitement, toujours selon les NIH). Après un bypass, ce n’est plus le bon ordre de grandeur. Un multivitamines de pharmacie généraliste contient souvent près de 1,5 mg, écrit l’ASMBS 2025, alors que les formules « bariatriques » visent 12 mg au minimum, mieux 50 mg une ou deux fois par jour. Avaler le comprimé ordinaire du rayon n’équivaut donc pas à suivre la prescription du centre.

Absorption plus faible, assiettes minuscules et vomissements se cumulent. Une perfusion sucrée ou une reprise alimentaire trop rapide consomme alors le peu de cofacteur encore disponible. Un oubli de quelques semaines suffit souvent à faire apparaître des signes.

Ce que le cas du Lancet a montré

En 2008, Rahman, Scobie, Batterham et leurs collègues ont décrit dans The Lancet une femme de 27 ans, vue aux urgences deux mois après un bypass gastrique proximal laparoscopique sans complication. Elle vomissait de temps à autre depuis trois semaines, mangeait peu et se plaignait de vertiges. À la sortie de l’opération, on lui avait prescrit des multivitamines et du lansoprazole.

L’équipe a d’abord pensé à une obstruction de la petite poche gastrique. L’endoscopie n’a rien montré de décisif. La patiente avait perdu beaucoup de poids. Elle a reçu des solutés contenant du glucose et on lui a conseillé des boissons énergétiques sucrées. Le lendemain, elle s’est effondrée sous la douche, avec une tension très basse, des mouvements des yeux anormaux, des réflexes vifs aux bras, une faiblesse des cuisses et une sensibilité au toucher diminuée. Le diagnostic retenu a été une carence en thiamine. La perfusion de vitamine B1 a permis le rétablissement. Elle a alors indiqué qu’elle n’avait pas pris ses comprimés.

Les auteurs ont tiré deux leçons encore citées. L’encéphalopathie de Wernicke survient le plus souvent entre 4 et 12 semaines après ce type d’intervention, surtout quand la perte dépasse 7 kg par mois. Si l’on suspecte un déficit, la thiamine doit précéder une charge de glucose, parce que le glucose administré peut achever les dernières réserves. Ce n’est pas un récit isolé. La fiche NIH de 2023 rappelle la revue d’Aasheim (2008) : 84 encéphalopathies après chirurgie bariatrique, environ la moitié avec des séquelles neurologiques durables.

Ce cas sert de carte, pas de norme de dose. Les posologies actuelles viennent des documents de 2020 et 2025. Il montre surtout qu’un oubli de vitamines, des vomissements et un glucose en perfusion peuvent transformer un malaise en urgence neurologique.

Vomissements, vertiges et troubles de la marche

Les premiers signes sont souvent vagues. Fatigue, irritabilité, perte d’appétit, sommeil agité, malaise abdominal et amaigrissement figurent sur la page du Merck Manual révisée en juin 2026. La Cleveland Clinic, mise à jour le 21 novembre 2024, ajoute nausées, vomissements, fourmillements, troubles de l’équilibre, vision trouble et mémoire courte, parfois dès trois semaines. Après un bypass, cela se confond facilement avec l’adaptation alimentaire.

Les vomissements répétés ne sont pas un simple « effet de l’opération ». Dans la revue d’Oudman, Wijnia et leurs collègues (Obesity Surgery, 2018), ils précédaient 87,3 % des 118 encéphalopathies de Wernicke après chirurgie bariatrique. L’ataxie (marche instable, parfois impossibilité de se tenir debout) était présente dans 84,7 % des cas, une altération de l’état mental dans 76,3 %, des anomalies des mouvements des yeux dans 73,7 %. L’âge médian était de 33 ans, plus jeune que dans les séries médicales générales. Le bypass de Roux-en-Y représentait 52 % des descriptions, mais la gastrectomie en manchon (sleeve) figurait déjà, et le délai médian restait de 2 à 3 mois quelle que soit la technique.

L’ASMBS 2025 précise que nausées et vomissements sont à la fois cause et conséquence du déficit. Le cercle vicieux ressemble à celui de la déshydratation et survient souvent sans complication anatomique (sténose, hernie interne). Une perte supérieure à environ 8 % du poids total à trois semaines, nettement plus rapide que la courbe habituelle, place la personne dans le groupe à haut risque.

  • Des vomissements quotidiens pendant plusieurs jours justifient un appel au centre bariatrique le jour même, même sans fièvre.
  • Une marche qui titube, des chutes dans l’escalier ou une écriture devenue maladroite ne s’expliquent pas par la seule fonte musculaire.
  • Une vision double, un nystagmus (yeux qui battent) ou une paupière qui tombe demandent un avis urgent, pas un rendez-vous dans quinze jours.
  • Une confusion, un retrait inhabituel ou des trous de mémoire récents comptent autant que les signes oculaires, surtout après 30 ans.

Chez les plus jeunes, la confusion est parfois absente. Oudman a observé que l’état mental altéré touchait plutôt les patients plus âgés (médiane 36 ans contre 25,5 ans). Après un bypass à 20 ou 25 ans, il faut donc regarder la marche et les yeux, pas seulement l’orientation.

Béribéri et encéphalopathie de Wernicke

Quand le déficit s’aggrave, trois tableaux se dessinent. MedlinePlus (page revue le 23 juillet 2024) oppose le béribéri sec, qui frappe les nerfs, et le béribéri humide, qui frappe le cœur. Le premier donne une marche difficile, une perte de sensibilité des pieds et des mains, des douleurs, des fourmillements, parfois une paralysie des jambes et des mouvements oculaires étranges. Le second donne un pouls rapide, un essoufflement à l’effort, un réveil la nuit faute d’air et un gonflement des jambes. Non traité, le béribéri peut tuer.

Le Merck Manual décrit le mécanisme cardiaque. Les vaisseaux se dilatent, le cœur accélère, la peau devient chaude, puis la pompe cède (œdème, liquide dans les poumons, chute de tension, parfois choc). Le béribéri sec commence souvent par une brûlure des pieds, plus forte la nuit, des crampes de mollets et une difficulté à se relever d’accroupi.

L’encéphalopathie de Wernicke est la forme cérébrale aiguë. La triade classique (confusion, ataxie, troubles oculomoteurs) n’est complète que chez 10 à 20 % des patients, écrit l’ASMBS 2025. Dans la série bariatrique d’Oudman, elle atteignait pourtant 54,2 %, nettement plus que les 16 % des séries autopsiques liées à l’alcool. En France, on parle souvent d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke. Sans traitement, jusqu’à 20 % des personnes meurent ; parmi les survivants, environ 85 % évoluent vers un syndrome de Korsakoff (amnésie, fabulations, apathie), selon le même document de 2025. L’ASMBS situe aussi la mortalité de l’encéphalopathie autour de 17 % dans sa revue de 2025.

Le syndrome de Korsakoff n’est pas une fatalité automatique. Il survient surtout quand le traitement est tardif ou trop faible. Entre 56 et 84 % des encéphalopathies non traitées ou sous-traitées progressent vers cette forme chronique, toujours d’après l’ASMBS 2025. La mémoire des faits récents, l’apprentissage et parfois le comportement restent alors abîmés. MedlinePlus ajoute qu’un traitement précoce fait souvent reculer le langage, les yeux et la marche, mais qu’un Korsakoff peut apparaître quand les signes de Wernicke s’estompent.

Ces trois formes peuvent coexister. Le cas du Lancet mêlait des signes cardiaques (malaise, hypotension), des signes nerveux périphériques et des signes oculaires. Un œdème des jambes n’écarte donc pas une atteinte cérébrale, et l’inverse est vrai.

Le glucose peut-il aggraver une carence en thiamine

Oui, une charge de glucose peut faire apparaître ou aggraver les signes chez une personne déjà à sec. La thiamine sert de cofacteur pour oxyder le glucose. Si l’on injecte du sucre alors que le stock est presque vide, les dernières molécules sont consommées et le cerveau bascule. Le Merck Manual (juin 2026) le dit clairement pour les personnes à risque, notamment celles qui reçoivent une perfusion contenant du glucose : la vitamine doit être donnée d’abord. La recommandation britannique BOMSS de 2020 est encore plus nette. Le glucose oral ou intraveineux ne doit pas être administré avant la thiamine si un déficit est possible, car il peut précipiter un syndrome de Wernicke-Korsakoff.

L’ASMBS 2025 nuance un point d’urgence. La thiamine précède le glucose ou l’accompagne. En revanche, on ne retarde pas le traitement d’une hypoglycémie en attendant l’ampoule. Dans un service d’urgences français, le médecin décidera de l’ordre exact ; l’idée à retenir, pour vous, est d’annoncer d’emblée le bypass et l’absence éventuelle de vitamines, afin que le glucose ne parte pas seul.

Les boissons « énergétiques » sucrées posent le même problème à plus petite échelle. Dans l’observation du Lancet, elles ont suivi la perfusion. On continue de boire si l’on est déshydraté, mais on demande que la vitamine B1 soit prévue dès l’arrivée aux urgences, plutôt que de compenser avec du sucre concentré.

Le magnésium, le potassium et le phosphore entrent dans le même tableau quand on reprend trop vite les calories (syndrome de renutrition). L’ASMBS 2025 demande de les doser et de les corriger en même temps que la thiamine, car un magnésium bas peut rendre la vitamine inefficace.

Quelles doses de thiamine après un bypass

Les chiffres ci-dessous sont américains ou britanniques. Ils ne remplacent pas l’ordonnance française. Ils servent à comprendre pourquoi un comprimé « grand public » ne suffit pas et quelles questions poser au centre bariatrique.

La recommandation AACE/TOS/ASMBS publiée en février 2020 (Mechanick et al.) fixe un plancher de 12 mg par jour après la chirurgie, avec une préférence pour 50 à 100 mg issus d’un complexe B ou d’un multivitamines haute dose. On traite une suspicion sans attendre le laboratoire. Le document ASMBS de 2025 reprend ce plancher et l’allonge en amont. Le groupe de travail propose 100 mg par jour pendant au moins deux semaines avant l’opération (et pendant au moins trois mois sous médicaments amaigrissants), puis au moins 12 mg à vie. En cas de symptômes de déficit, 100 mg par jour jusqu’à disparition des signes et reprise d’une alimentation correcte. En cas d’encéphalopathie suspectée, 500 mg par voie veineuse trois fois par jour pendant au moins cinq jours, puis 300 mg deux ou trois fois par jour par la bouche tant que les facteurs de risque persistent.

Au Royaume-Uni, le BOMSS 2020 (O’Kane et al.) demande un multivitamines complet contenant au moins l’apport recommandé national de thiamine, et envisage un complément supplémentaire les trois ou quatre premiers mois. Devant vomissements, dysphagie, mauvaise prise alimentaire ou amaigrissement rapide, la dose orale citée est de 200 à 300 mg par jour, associée à un complexe B fort, ou une forme injectable si l’on ne peut plus avaler. Les deux rives de l’Atlantique convergent sur l’urgence, pas sur le milligramme exact.

Situation Dose citée dans un guide Document
Entretien après bypass (États-Unis) Au moins 12 mg/j, souvent 50 à 100 mg AACE/ASMBS 2020 et ASMBS 2025
Préparation à l’opération (États-Unis) 100 mg/j pendant au moins 2 semaines ASMBS 2025
Vomissements ou mauvaise alimentation (Royaume-Uni) 200 à 300 mg/j par voie orale BOMSS 2020
Encéphalopathie de Wernicke suspectée 500 mg IV 3 fois/j pendant au moins 5 jours ASMBS 2025

Aucune de ces posologies ne se copie sans avis. En France, le médecin traitant, le chirurgien ou le pharmacien du centre choisiront le produit disponible et la durée. Après un bypass, on reste au-dessus de l’apport alimentaire habituel, on ne s’arrête pas quand le poids cible est atteint, et l’on monte la dose dès que l’on vomit. La dose de 500 mg appartient à l’hôpital. L’excès de thiamine s’élimine dans les urines, ce qui n’autorise pas l’automédication à cette hauteur.

Comment le médecin pose le diagnostic

Le diagnostic de l’encéphalopathie de Wernicke est clinique. On ne l’attend pas d’une prise de sang. L’ASMBS 2025 souligne que le dosage de thiamine dans le sang total (diphosphate) est le plus sensible, mais qu’il peut rester dans les normes et qu’il met souvent plusieurs jours à revenir. On le prélève avant d’injecter, si possible, puis on traite tout de suite. Les contrôles ultérieurs n’orientent pas la durée, c’est la clinique qui le fait.

Les critères de Caine demandent seulement deux signes parmi quatre (carence alimentaire, anomalies oculomotrices, trouble cérébelleux, trouble de l’état mental ou de la mémoire), avec une sensibilité d’environ 85 %. Après un bypass, le premier critère est presque toujours présent. Un seul signe neurologique de plus suffit donc à ouvrir le dossier.

L’IRM aide parfois à confirmer (hypersignaux autour de l’aqueduc, thalamus médial, corps mamillaires). Elle ne sert pas à écarter le diagnostic. L’ASMBS 2025 cite une sensibilité de 52 à 65 %. Dans la série d’Oudman, le scanner était toujours normal. Un cliché « propre » n’autorise pas de renvoyer quelqu’un qui vomit et titube avec un simple soluté sucré. Le médecin cherche aussi les autres carences (B12, cuivre, vitamine E) et une complication chirurgicale. Rien de cela n’interdit de commencer la thiamine. Le BOMSS 2020 le dit clairement. On traite d’abord, on enquête en parallèle.

Que faire si une carence est suspectée

Dès que le déficit est plausible, on commence la thiamine, par la bouche si l’on avale encore, par la veine si l’on vomit, si l’on est confus ou si l’on ne tient plus debout. On n’attend pas le laboratoire. C’est le point commun de l’ASMBS 2025, du BOMSS 2020 et du Merck Manual.

À l’hôpital, le schéma américain pour une encéphalopathie suspectée est 500 mg intraveineux trois fois par jour pendant au moins cinq jours, avec réévaluation quotidienne de la marche, des yeux et de l’état mental. Les signes commencent souvent à bouger en 24 à 48 heures. L’EFNS, rappelée par les NIH, proposait 200 mg trois fois par jour. Les deux chiffres sont des ordres de grandeur hospitaliers, pas une recette de domicile. Dans la revue d’Oudman, 77,2 % des traitements décrits en détail restaient sous 500 mg par jour, un seuil que les auteurs jugeaient insuffisant. Un tiers des dossiers (31,6 %) s’aggravaient encore après le premier contact, faute d’avoir été reconnus.

Le cœur répond souvent plus vite que les nerfs. La Cleveland Clinic indique que certains signes cardiaques reculent en quelques heures ou quelques jours, alors que la force et la sensibilité peuvent mettre jusqu’à six mois. Un dégât nerveux traité trop tard peut rester. MedlinePlus dit la même chose. Le cœur se rétablit en général si l’on traite avant l’insuffisance aiguë ; la mémoire et la marche laissent parfois une trace.

Après la phase aiguë, l’ASMBS 2025 propose 300 mg deux ou trois fois par jour tant que vomissements, amaigrissement rapide ou très faible alimentation persistent, puis un entretien à vie. Le magnésium se corrige en même temps s’il est bas. Vous ne décidez pas seul d’une ampoule de 500 mg. Vous allez aux urgences en disant « bypass, vomissements, vitamines non prises », et vous refusez qu’on referme le dossier sans avoir parlé de la B1.

Quand voir le médecin après un bypass

Un malaise isolé après un repas trop copieux n’est pas une encéphalopathie. Des vomissements qui durent, une marche qui change ou une confusion récente le sont peut-être. Le BOMSS 2020 demande de renvoyer vers le centre bariatrique toute personne qui vomit longtemps ou qui avale mal, et de donner tout de suite de la thiamine supplémentaire. L’ASMBS 2025 va plus loin pour les urgences. Toute personne qui se présente avec une alimentation très pauvre, un amaigrissement rapide, des vomissements prolongés, un état mental modifié ou une instabilité tensionnelle doit être traitée d’emblée comme un déficit, à haute dose veineuse.

Appelez le 15 ou le 112 si la personne ne répond plus clairement, ne tient plus debout, a une vision double brutale, un essoufflement intense, un gonflement rapide des jambes ou une tension qui s’effondre. Dites le bypass, la date de l’opération et si les vitamines ont été oubliées. Aux urgences, demandez que la thiamine soit prévue avant ou avec le glucose.

Situation Conduite raisonnable
Vomissements plusieurs jours, appétit nul, oubli des vitamines Centre bariatrique ou médecin traitant le jour même
Marche instable, vision double, confusion récente Urgences ; préciser le bypass au 15 ou au 112
Œdème des jambes, essoufflement, pouls très rapide Urgences (béribéri cardiaque possible)
Perte de poids nettement plus rapide que prévu à 3 semaines Appel au centre pour un plan de thiamine et un bilan

Le médecin traitant reste le bon interlocuteur pour un oubli de comprimés sans signe neurologique, pour renouveler l’ordonnance et pour les prises de sang prévues. Le pharmacien vérifie que le produit contient assez de B1, de cuivre et de zinc, et que le fer et le calcium ne sont pas avalés dans la même minute. Aucun de ces deux professionnels ne remplace les urgences si la marche ou la parole bascule.

Autres vitamines à surveiller après l’opération

La thiamine n’est pas la seule pièce du puzzle. Le BOMSS 2020 recommande, après toutes les techniques, un multivitamines complet qui contient aussi fer, sélénium, zinc et cuivre. Après sleeve, bypass ou dérivation biliopancréatique, un complément de fer est souvent nécessaire, surtout chez les femmes qui menstruent. La vitamine B12 se donne fréquemment en injection tous les trois mois dans le schéma britannique, parce que le facteur intrinsèque et l’acide gastrique manquent. Le calcium et la vitamine D se titrent sur les analyses, pas sur un ressenti.

Ces déficits donnent d’autres tableaux (anémie, fourmillements plus lents, ostéoporose) et se corrigent sur des semaines. Ils n’ont pas la même urgence que la B1, mais expliquent pourquoi l’on continue les gélules des années après le poids visé. Le BOMSS 2020 prévoit un suivi à 3, 6 et 12 mois la première année, puis au moins une fois par an, moment où l’on redemande aussi les vomissements et la marche.

La sleeve n’exonère personne. Oudman a montré que le délai médian de l’encéphalopathie était le même qu’après bypass, parce que le vomissement suffit à vider le stock. Les ballons intragastriques et certains médicaments amaigrissants ont aussi donné des observations isolées, rappelle l’ASMBS 2025. Toute perte très rapide avec vomissements mérite de la thiamine, quelle que soit la technique. Le détail des spécialités et du remboursement se décide avec l’équipe française qui vous opère.

Questions fréquentes

Faut-il prendre des vitamines à vie après un bypass gastrique ?

Oui, c’est le principe retenu par l’ASMBS 2025 (au moins 12 mg de thiamine par jour, souvent plus) et par le BOMSS 2020 (multivitamines complet au long cours). Le stock corporel est trop petit pour compter sur l’alimentation seule une fois l’estomac réduit et le duodénum court-circuité. Le médecin adaptera le produit français et les doses des autres micronutriments selon vos analyses.

Une sleeve peut-elle aussi provoquer une carence en vitamine B1 ?

Oui. La revue d’Oudman de 2018 a rassemblé des cas après gastrectomie en manchon, avec le même délai médian de 2 à 3 mois qu’après bypass. Le vomissement prolongé est le dénominateur commun, plus que le type exact de suture. La vigilance sur les comprimés et sur les signes neurologiques reste la même.

Les analyses de sang suffisent-elles pour écarter une carence ?

Non. L’ASMBS 2025 écrit que le taux sanguin peut être normal alors que le cerveau manque déjà de cofacteur, et que le résultat arrive souvent trop tard (plusieurs jours). On prélève si l’on peut, on traite tout de suite. Une IRM normale n’écarte pas non plus le diagnostic (sensibilité d’environ 52 à 65 %).

Que faire si je vomis trop pour avaler mes gélules ?

Contactez le centre bariatrique le jour même. Le BOMSS 2020 prévoit alors 200 à 300 mg de thiamine par voie orale si elle passe encore, ou une forme injectable, et un retour vers l’équipe chirurgicale pour chercher une cause. Ne remplacez pas les gélules par des sodas sucrés en attendant.

Combien de temps après l’opération le risque existe-t-il ?

Le pic se situe dans les 3 à 4 premiers mois (ASMBS 2025) ; le délai médian des cas publiés est de 2 à 3 mois (Oudman 2018). Des observations plus tardives existent, surtout s’il y a une infection, une reprise d’alcool, une nouvelle opération ou un arrêt durable des vitamines. Le risque n’est donc pas limité au premier trimestre.

Le magnésium change-t-il quelque chose ?

Oui, c’est un cofacteur de la thiamine. L’ASMBS 2025 demande de le doser et de le corriger en même temps, car un magnésium bas peut rendre la vitamine inefficace. Ce n’est pas une raison d’acheter un sachet en grande surface sans avis. C’est une information à donner au médecin qui prescrit la perfusion.

Conclusion

Après un bypass, la thiamine n’est plus un détail d’ordonnance. Les réserves tiennent deux à trois semaines, jusqu’à 25 % des opérés ont un taux bas, et les vomissements ouvrent la porte à une encéphalopathie encore trop souvent sous-traitée. Les documents de l’ASMBS 2025 et du BOMSS 2020 ont remplacé l’idée d’un simple comprimé de pharmacie par des doses clairement au-dessus de l’apport alimentaire, et par une règle simple. On injecte la vitamine dès que l’on suspecte, avant le glucose.

Si vous vomissez depuis plusieurs jours, si votre marche a changé ou si un proche vous trouve confus, allez aux urgences ou appelez le 15 ou le 112 en indiquant la date du bypass et l’observance des vitamines. Demandez que la B1 soit prévue d’emblée. À la consultation du centre, faites vérifier que votre boîte contient bien plus de 1,5 mg de thiamine, plus le fer, la B12 et le calcium du protocole local.

Le cas du Lancet n’est plus qu’une illustration. On n’attend plus le laboratoire, on ne se fie plus à la triade complète, et l’on ne considère plus la sleeve comme une technique à l’abri. Tenir les comprimés et reconnaître tôt les vomissements reste le geste qui évite le passage aux 500 mg veineux.

Sources

  1. Rahman S, Scobie AI et al. : Can glucose make you faint?. The Lancet, 11 octobre 2008.
  2. Patterson E, Kurian M et al. : ASMBS literature review & clinical guidelines on prevention, diagnosis, and treatment of Wernicke’s encephalopathy and Wernicke-Korsakoff syndrome. Surgery for Obesity and Related Diseases, 9 avril 2025.
  3. Mechanick JI, Apovian C et al. : Clinical practice guidelines for the perioperative nutrition, metabolic, and nonsurgical support of patients undergoing bariatric procedures – 2019 update. Surgery for Obesity and Related Diseases, février 2020.
  4. O’Kane M, Parretti HM et al. : British Obesity and Metabolic Surgery Society Guidelines on perioperative and postoperative biochemical monitoring and micronutrient replacement for patients undergoing bariatric surgery-2020 update. Obesity Reviews, novembre 2020.
  5. Oudman E, Wijnia JW et al. : Preventing Wernicke Encephalopathy After Bariatric Surgery. Obesity Surgery, juillet 2018.
  6. Thiamin – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, 9 février 2023.
  7. Thiamine Deficiency. Cleveland Clinic, 21 novembre 2024.
  8. Beriberi. MedlinePlus Medical Encyclopedia, 23 juillet 2024.
  9. Johnson LE : Thiamine Deficiency. Merck Manual, juin 2026.
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