Aspirine à faible dose et prévention du cancer

Aspirine à faible dose et prévention du cancer

L’aspirine à faible dose ne prévient pas le cancer de façon assez nette pour être prise chaque jour sans avis médical. Les données les plus récentes montrent un bénéfice colorectal incertain, un saignement plus fréquent, et, chez les personnes âgées en bonne santé, parfois plus de décès par cancer.

Le changement de cap est documenté. La recommandation américaine de 2016 proposait encore ce comprimé quotidien pour prévenir à la fois les maladies cardiovasculaires et le cancer colorectal chez certains adultes de 50 à 59 ans. La version du 26 avril 2022 de l’U.S. Preventive Services Task Force (USPSTF) retire le cancer colorectal de l’indication, car les preuves d’une baisse d’incidence ou de mortalité sont jugées insuffisantes.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) estime à plus de 2 millions les nouveaux cas de cancer colorectal en 2024, et à près de 920 000 les décès. Dans l’essai ASPREE, 19 114 adultes d’environ 70 ans ou plus ont pris 100 mg d’aspirine ou un placebo. Les décès attribués au cancer ont été plus fréquents sous aspirine (rapport de risques 1,31). La revue Cochrane de 2026, elle, ne voit pas de baisse claire des nouveaux cancers colorectaux entre 5 et 15 ans de suivi.

L’aspirine à faible dose prévient-elle vraiment le cancer

Pas de façon assez solide pour en faire un réflexe de prévention chez une personne sans facteur de risque particulier. L’idée vient surtout d’essais cardiovasculaires plus anciens, où l’on a regardé après coup les cancers, et d’études d’observation. Quand on isole les essais randomisés récents, le signal anticancer s’affaiblit.

La revue préparée pour l’USPSTF par Guirguis-Blake, Evans, Perdue, Bean et Senger, parue dans le JAMA le 26 avril 2022, a regroupé 11 essais (134 470 participants) d’aspirine à faible dose, au plus 100 mg par jour, en prévention cardiovasculaire primaire. Les événements cardiovasculaires majeurs baissaient (rapport de cotes 0,90). La mortalité cardiovasculaire et la mortalité totale, elles, ne diminuaient pas de manière significative. Le cancer colorectal n’apparaissait réduit que lorsque l’on ajoutait un suivi d’observation après la fin de l’essai randomisé, donc hors du cadre le plus fiable.

La synthèse Cochrane CD015266, dont les recherches s’arrêtent à mars 2025 et dont le résumé est daté du 1er avril 2026, va dans le même sens pour le cancer de l’intestin. Dix essais, 124 837 personnes, dont sept avec 75 à 100 mg par jour. L’aspirine ne change probablement pas le nombre de nouveaux cas entre 5 et 15 ans. Un recul possible après 15 ans reste de faible certitude. Les auteurs écrivent qu’on ne peut pas conclure à un usage de routine pour prévenir ce cancer.

Le mécanisme biologique n’est pas une preuve clinique. Une équipe d’Oregon Health & Science University a montré, en 2017, que des plaquettes humaines stimulent certaines lignées de cancer du côlon et du pancréas via la protéine c-MYC, et qu’une concentration antiagrégante d’aspirine peut interrompre ce dialogue en laboratoire. C’est une piste, pas un résultat chez des patients. Confondre une boîte de Petri et une recommandation de santé publique est l’erreur que les textes plus récents corrigent.

Pilules d'aspirine débordant d'une bouteille, représentant une prévention potentielle du cancer.

Ce que les recommandations disent aujourd’hui

Elles ne se ressemblent plus d’un pays à l’autre, et aucune ne présente l’aspirine comme un anticancer universel. La recommandation USPSTF du 26 avril 2022, destinée aux adultes de 40 ans ou plus sans maladie cardiovasculaire connue et sans risque hémorragique élevé, tient en deux phrases. Entre 40 et 59 ans, si le risque d’événement cardiovasculaire à 10 ans atteint au moins 10 %, la décision de commencer une faible dose est individuelle (grade C), car le bénéfice net est petit. À partir de 60 ans, le groupe déconseille de commencer l’aspirine en prévention primaire (grade D).

Le cancer colorectal n’est plus un motif. Le texte le dit clairement. On ne sait pas si l’aspirine réduit l’incidence ou la mortalité de ce cancer. Pour celles et ceux qui commencent malgré tout, pour un motif cardiovasculaire, 81 mg par jour est présenté comme une dose raisonnable aux États-Unis. Ce milligrammage n’est pas une norme française, et le médecin traitant comme le pharmacien appliquent la présentation disponible et la règle locale.

Au Royaume-Uni, le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) a une position plus étroite. La recommandation 1.1.1 de la ligne NG151, formulée en janvier 2020, propose d’envisager l’aspirine quotidienne pendant plus de deux ans chez les personnes atteintes d’un syndrome de Lynch, pour réduire le risque de cancer colorectal. L’usage était alors hors autorisation de mise sur le marché britannique. Cela ne s’applique pas à la population générale.

Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), page du 16 janvier 2025, rappellent les leviers qui tiennent encore, parmi lesquels moins de tabac, moins d’alcool, l’activité physique, l’alimentation, les vaccins contre les papillomavirus et l’hépatite B, et les dépistages qui trouvent certains cancers plus tôt. L’aspirine n’y figure pas. En France, le calendrier de dépistage et les présentations d’acide acétylsalicylique se discutent avec le médecin ou le pharmacien, sans copier une notice américaine.

Situation Position citée Ce que cela change
40–59 ans, risque cardiovasculaire ≥ 10 % sur 10 ans, sans saignement excessif Décision individuelle (USPSTF, 26 avril 2022) Le cancer n’est plus un argument pour commencer
60 ans ou plus, prévention primaire Ne pas commencer l’aspirine (USPSTF, 2022) Le risque hémorragique pèse davantage avec l’âge
Syndrome de Lynch Envisager l’aspirine quotidienne plus de 2 ans (NICE NG151, 2020) Indication étroite, hors AMM au Royaume-Uni en 2020
Population générale, cancer de l’intestin Pas de conclusion pour un usage de routine (Cochrane, 2026) Le dépistage reste le levier mesurable

Plaquettes, protéine c-MYC et mécanisme proposé

À ces doses, l’acide acétylsalicylique agit d’abord sur les plaquettes, pas comme une chimiothérapie miniature. Il bloque de façon durable la cyclo-oxygénase-1 plaquettaire, ce qui réduit le thromboxane A2 et rend les plaquettes moins aptes à s’agréger. C’est le même effet qui sert à limiter certains caillots artériels. L’hypothèse anticancer consiste à dire que des plaquettes moins actives protègent moins une cellule tumorale qui circule dans le sang.

Mitrugno, Sylman, Ngo, Williams, McCarty et leurs collègues ont publié ce travail le 1er février 2017 dans l’American Journal of Physiology-Cell Physiology. Ils ont mis des plaquettes humaines en contact avec deux lignées de cancer du côlon issues du même donneur (SW480, peu métastatique ; SW620, métastatique) et avec la lignée pancréatique PANC-1. Les plaquettes, au repos ou activées par la thrombine, augmentaient la prolifération de ces cellules. Pour SW480 et PANC-1, cela passait par une hausse de c-MYC, un facteur de transcription qui orchestre plus de 15 % des gènes, dont ceux du cycle cellulaire et du métabolisme.

Une concentration antiagrégante d’aspirine (20 µmol/l, de l’ordre d’une dose antiplaquettaire) empêchait les plaquettes activées d’augmenter c-MYC et de pousser SW480 et PANC-1 à se multiplier. La lignée déjà métastatique SW620, très riche en c-MYC au départ, ne réagissait pas de la même façon. Les auteurs rappellent que c-MYC est élevé dans près d’un tiers des cancers du côlon et dans 42 % des cancers du pancréas avancés. Ils le disent aussi. Il s’agit d’un modèle cellulaire, et une dose anti-inflammatoire élevée (plusieurs millimoles) n’est pas celle que l’on atteint avec un comprimé quotidien de 75 ou 100 mg.

Cette piste explique pourquoi une faible dose a pu intéresser les épidémiologistes autant qu’une forte dose. Elle n’autorise pas à conclure qu’un comprimé du matin « coupe » une tumeur chez l’humain. Les essais chez des personnes âgées, détaillés plus bas, montrent même que le calendrier et l’âge changent le résultat.

Cancer colorectal, ce que montrent les essais

Le bénéfice, s’il existe, arrive tard et reste fragile. La revue JAMA de 2022 le résume ainsi. Dans les essais de prévention cardiovasculaire, le cancer colorectal ne diminue pas de façon robuste pendant la période randomisée. Une baisse n’apparaît que lorsque l’on prolonge le suivi après l’arrêt du comprimé, avec tous les biais d’une observation.

La Cochrane de 2026 précise le calendrier. Entre 5 et 15 ans, l’aspirine ne change probablement pas le nombre de nouveaux cancers colorectaux. Au-delà de 15 ans, une réduction est possible, avec une confiance faible, parce que le suivi n’est plus un essai en intention de traiter au sens strict. Les mêmes auteurs notent que, sur 5 à 10 ans, la mortalité par cancer colorectal pourrait même légèrement augmenter, une hypothèse compatible avec l’idée qu’un cancer déjà avancé évoluerait plus vite sous aspirine chez certaines personnes.

Ce délai long a une conséquence pratique. Pour qu’un bénéfice tardif ait un sens, il faudrait une espérance de vie assez longue et une prise très régulière, tout en acceptant un saignement qui, lui, commence tôt. C’est exactement le raisonnement qui a fait basculer l’USPSTF. Le gain cardiovasculaire est petit, le gain anticancer n’est plus assez sûr, le mal hémorragique est immédiat.

Le CIRC classe le cancer colorectal au troisième rang des cancers les plus fréquents et au deuxième rang des décès par cancer, avec plus de 2 millions de cas et près de 920 000 morts en 2024. Ces chiffres justifient le dépistage organisé et les changements de mode de vie, pas un comprimé d’aspirine en vente libre. Les CDC le formulent sans ambiguïté. On peut abaisser le risque de plusieurs cancers courants par des choix quotidiens et des tests, sans passer par l’acide acétylsalicylique.

Un autre point se perd souvent dans les titres. Même les textes plus anciens qui voyaient un signal colorectal ne le transposaient pas au pancréas, au sein ou au poumon avec la même force. L’étude de laboratoire sur PANC-1 ne crée pas une indication « cancer du pancréas ». Elle décrit une lignée cellulaire.

Syndrome de Lynch, un cas à part

Chez les personnes porteuses d’un syndrome de Lynch, l’aspirine reste une option à discuter, pas un traitement que l’on commence seul. Ce syndrome, lié à une altération des gènes de réparation des mésappariements de l’ADN, élève fortement le risque de cancer colorectal et d’autres tumeurs. C’est le seul groupe pour lequel une grande agence de recommandations, le NICE, écrit encore « envisager l’aspirine ».

L’essai CAPP2, rapporté par Burn, Sheth, Elliott et leurs collègues dans The Lancet le 13 juin 2020, a suivi 861 participants (âge moyen 45 ans) tirés au sort entre 600 mg d’aspirine par jour et un placebo. Après un suivi moyen d’environ 10 ans, 40 des 427 personnes sous aspirine ont développé un cancer colorectal, contre 58 des 434 sous placebo (rapport de risques 0,65). Parmi celles et ceux qui avaient pris le traitement au moins deux ans, le rapport tombait à 0,56. Les cancers extra-colorectaux du spectre Lynch n’étaient pas réduits en intention de traiter.

Deux précautions s’imposent. La dose de CAPP2 est de 600 mg, donc bien au-dessus d’une « faible dose » de 75 ou 100 mg. Le NICE, en janvier 2020, ne fixe pas le milligrammage dans la recommandation 1.1.1. Il demande une prise quotidienne de plus de deux ans et renvoie à un outil d’aide à la décision. La dose, la durée et les contre-indications se règlent avec l’équipe de génétique et le gastro-entérologue. En France, l’indication, le remboursement et la présentation se discutent localement, sans recopier le protocole britannique.

L’aspirine ne remplace pas la coloscopie de surveillance. Le NICE le place dans un chapitre de réduction du risque, à côté du suivi habituel, pas à sa place. Commencer un comprimé et sauter une coloscopie serait l’inverse de ce que les essais ont testé.

Après 70 ans, l’essai ASPREE change la lecture

Chez des personnes âgées en apparente bonne santé, l’aspirine quotidienne n’a pas réduit les cancers et s’est associée à plus de décès par cancer pendant l’essai. ASPREE a inclus 19 114 habitants d’Australie et des États-Unis, de 70 ans ou plus (65 ans ou plus pour les minorités américaines), sans maladie cardiovasculaire, sans démence et sans handicap majeur. La moitié a reçu 100 mg d’aspirine gastro-résistante, l’autre un placebo, pendant une médiane de 4,7 ans.

McNeil, Nelson, Woods et le groupe ASPREE ont publié la mortalité dans le New England Journal of Medicine en 2018. Le risque de décès toutes causes était de 12,7 pour 1 000 personnes-années sous aspirine contre 11,1 sous placebo (rapport de risques 1,14). Le cancer expliquait l’essentiel de l’écart, soit 1,6 décès supplémentaire pour 1 000 personnes-années. Les décès liés au cancer touchaient 3,1 % des participants sous aspirine et 2,3 % sous placebo (rapport de risques 1,31). Les auteurs soulignent que le résultat était inattendu au regard d’essais plus anciens, menés chez des adultes plus jeunes, et qu’il faut le lire avec prudence.

L’analyse détaillée des cancers, parue le 1er mars 2021 dans le Journal of the National Cancer Institute, n’a pas montré plus de cancers incidents dans l’ensemble (rapport de risques 1,04). En revanche, l’aspirine s’associait à plus de cancers déjà métastatiques (1,19) ou de stade 4 au diagnostic (1,22), et à une mortalité plus élevée lorsque le cancer se présentait au stade 3 ou 4. L’interprétation proposée est celle d’une accélération des stades tardifs chez la personne âgée, pas d’une épidémie de nouveaux cancers.

C’est l’un des arguments qui ont conduit l’USPSTF, en 2022, à déconseiller de commencer l’aspirine à 60 ans ou plus en prévention primaire. Un comprimé « pour le cœur et pour le côlon » après 70 ans n’est plus une idée neutre. Si l’aspirine a déjà été prescrite pour un infarctus, un stent ou un autre motif secondaire, l’arrêter sans avis peut être dangereux. La Mayo Clinic, page du 27 septembre 2025, rappelle qu’un arrêt brutal peut favoriser un caillot. La question n’est pas la même selon que l’on commence ou que l’on continue.

Doses, saignements et médicaments à ne pas associer

La dose dite faible, dans les essais et les notices, se situe surtout entre 75 et 100 mg par jour. La Mayo Clinic indique environ 75 à 100 mg, le plus souvent 81 mg aux États-Unis, et une fourchette quotidienne habituelle de 75 à 325 mg lorsqu’une aspirine au long cours a un motif cardiovasculaire. L’USPSTF retient 81 mg par jour si l’on décide de commencer. Il ne s’agit ni d’une dose anticancer validée, ni d’une invitation à acheter le dosage américain en ligne.

Le prix du comprimé se paie en sang. Dans la revue JAMA de 2022, cette dose augmentait les hémorragies majeures (rapport de cotes 1,44 ; excès absolu de 0,1 % à 1,0 % selon les essais). La Cochrane de 2026 confirme une hausse certaine des hémorragies graves hors du crâne et une hausse probable des accidents vasculaires cérébraux hémorragiques. L’âge, un ulcère, une maladie du foie ou du rein, un trouble de la coagulation et d’autres anticoagulants alourdissent ce risque.

La Mayo Clinic déconseille de commencer une aspirine quotidienne en cas de trouble hémorragique, d’allergie à l’aspirine (y compris un asthme déclenché par le produit), d’ulcère hémorragique ou d’antécédent de saignement digestif. Associer l’aspirine à l’ibuprofène ou au naproxène augmente encore le risque d’ulcère et de saignement. Certains antidépresseurs, les corticoïdes et les anticoagulants de prescription (warfarine, apixaban, rivaroxaban, dabigatran, héparine) vont dans le même sens. L’alcool, pris régulièrement, aggrave le saignement d’estomac.

MedlinePlus, notice révisée le 15 novembre 2025, ajoute des précautions que l’on oublie. Il ne faut pas donner d’aspirine à un enfant ou un adolescent sans avis, à cause du syndrome de Reye. Il faut signaler le comprimé avant une chirurgie ou des soins dentaires, et ne pas doubler une dose oubliée. Une forme gastro-résistante peut sembler plus douce pour l’estomac. La Mayo Clinic précise qu’elle n’a pas fait la preuve d’une baisse du saignement digestif.

  • Une faible dose quotidienne se discute avec le médecin, jamais à partir d’un titre d’étude de laboratoire.
  • Le milligrammage usuel des essais se situe entre 75 et 100 mg, souvent 81 mg aux États-Unis.
  • Un saignement digestif ou cérébral peut survenir même à ces doses, surtout après 60 ans.
  • L’ibuprofène, le naproxène, l’alcool et les anticoagulants augmentent le risque hémorragique.
  • Un comprimé enrobé ne protège pas de façon prouvée contre une hémorragie digestive.

Aspirine quotidienne, quels signes imposent de consulter

Un saignement digestif ou une réaction allergique grave ne se « surveillent » pas à la maison. MedlinePlus demande d’appeler un médecin tout de suite en cas de vomissements sanglants ou couleur marc de café, de selles rouge vif ou noires goudronneuses, de gonflement du visage, des lèvres ou de la langue, de sifflement ou de gêne à respirer, de bourdonnements d’oreilles ou de baisse d’audition. En France, ces tableaux justifient le 15 ou le 112, surtout s’ils s’accompagnent d’un malaise, d’une pâleur ou d’une douleur thoracique.

La Mayo Clinic décrit aussi l’accident vasculaire cérébral hémorragique comme une complication possible de l’aspirine quotidienne. Le comprimé peut prévenir un AVC par caillot et, en même temps, favoriser un AVC par rupture de vaisseau. Une faiblesse brutale, une parole brouillée, une déviation de la bouche ou un mal de tête d’apparition soudaine relèvent du même appel au 15 ou au 112.

Les brûlures d’estomac persistantes, les douleurs abdominales, les nausées qui ne passent pas méritent un rendez-vous avec le médecin traitant sans attendre une hémorragie visible. C’est aussi le moment de faire le point si vous avez commencé un comprimé « pour le cancer » sans prescription, si vous avez plus de 60 ans, ou si un proche vous a conseillé l’aspirine parce qu’il en prend après un infarctus. Le motif secondaire (déjà un caillot, un stent, un pontage) n’est pas le motif « je voudrais éviter un cancer ».

Signe Conduite
Vomissements sanglants ou aspect marc de café Appeler le 15 ou le 112
Selles noires goudronneuses ou sang rouge vif Appeler le 15 ou le 112
Gonflement du visage, sifflement, gêne respiratoire Appeler le 15 ou le 112
Faiblesse brutale, parole brouillée, mal de tête soudain Appeler le 15 ou le 112
Brûlures d’estomac durables, douleur abdominale Voir le médecin traitant sans délai
Projet de commencer l’aspirine « contre le cancer » En parler d’abord au médecin ou au pharmacien

Questions fréquentes

Peut-on prendre ce comprimé chaque jour pour éviter un cancer ?

Pas en routine. L’USPSTF, en 2022, juge les preuves insuffisantes pour le cancer colorectal, et la Cochrane de 2026 ne voit pas de baisse claire des cas avant 15 ans. Le saignement, lui, est démontré. La décision se prend avec le médecin, le plus souvent pour un motif cardiovasculaire, rarement pour le cancer seul.

Quelle dose correspond à une aspirine à faible dose ?

Dans les essais et les notices, on parle surtout de 75 à 100 mg par jour, 81 mg étant la présentation la plus citée aux États-Unis. L’USPSTF retient 81 mg si l’on commence. En France, le dosage exact dépend de la spécialité délivrée. Le pharmacien et le médecin l’indiquent, sans imiter le comprimé américain.

Faut-il de l’aspirine en cas de syndrome de Lynch ?

C’est le seul groupe pour lequel le NICE propose encore d’envisager une prise quotidienne de plus de deux ans. L’essai CAPP2 a utilisé 600 mg, pas une mini-dose, et a réduit le cancer colorectal après une dizaine d’années. La coloscopie de surveillance reste indispensable. La dose et la durée se règlent avec l’équipe qui suit le syndrome.

Peut-on commencer l’aspirine après 60 ans pour se protéger d’un cancer ?

L’USPSTF déconseille de commencer l’aspirine en prévention primaire à 60 ans ou plus. ASPREE, chez des personnes d’environ 70 ans, n’a pas réduit les cancers incidents et a montré plus de décès par cancer pendant l’essai. Si l’aspirine est déjà prescrite après un infarctus ou un stent, on ne l’arrête pas sans avis.

L’aspirine remplace-t-elle le dépistage du cancer colorectal ?

Non. Les CDC placent le dépistage parmi les moyens qui trouvent certains cancers plus tôt. Ni CAPP2 ni les revues de prévention primaire n’ont testé l’aspirine à la place d’une coloscopie ou d’un test de selles. Un comprimé ne corrige pas un rendez-vous de dépistage manqué.

Quels médicaments ne faut-il pas associer à l’aspirine quotidienne ?

L’ibuprofène et le naproxène augmentent le risque d’ulcère et de saignement, selon la Mayo Clinic. Les anticoagulants de prescription, certains antidépresseurs et les corticoïdes vont dans le même sens. Signalez aussi les plantes vendues pour « fluidifier le sang ». Le paracétamol est souvent discuté comme alternative antalgique, mais le choix reste médical.

Une aspirine enrobée protège-t-elle l’estomac ?

Pas de façon démontrée contre l’hémorragie digestive. La Mayo Clinic indique que le comprimé gastro-résistant peut sembler plus doux, sans preuve d’un saignement moindre, et qu’il est moins adapté si l’on doit mâcher une aspirine lors d’une douleur thoracique, après avoir appelé les secours.

Conclusion

L’histoire de l’aspirine et du cancer a changé de chapitre. Une étude de laboratoire de 2017 sur les plaquettes et c-MYC reste utile pour comprendre un mécanisme possible. Elle ne justifie pas un comprimé quotidien dans l’armoire à pharmacie. Les textes de 2022 et 2026, américains et Cochrane, décrivent un bénéfice colorectal incertain, un saignement certain, et, après 70 ans, un signal de mortalité par cancer qui interdit l’enthousiasme.

Si vous n’avez jamais eu d’infarctus ni d’AVC et que vous pensiez « une petite aspirine pour le côlon », la question à poser au médecin traitant est simple. Mon risque cardiovasculaire à 10 ans et mon risque de saignement justifient-ils vraiment ce comprimé, ou le dépistage et les habitudes de vie suffisent-ils ? Apportez la liste de vos médicaments, y compris l’ibuprofène et les plantes.

Un syndrome de Lynch, un cancer déjà traité, un stent ou un infarctus placent la discussion ailleurs. Dans ces cas, l’aspirine n’est plus un sujet de titre de presse. C’est une décision d’équipe, avec une dose, une durée et une surveillance du sang dans les selles ou du creux de l’estomac. Le 15 ou le 112 restent le bon numéro dès qu’un saignement visible ou un malaise brutal apparaît.

Sources

  1. Aspirin Use to Prevent Cardiovascular Disease: Preventive Medication. U.S. Preventive Services Task Force, 26 avril 2022.
  2. Guirguis-Blake JM, Evans CV et al. : Aspirin Use to Prevent Cardiovascular Disease and Colorectal Cancer: Updated Evidence Report and Systematic Review for the US Preventive Services Task Force. JAMA, 26 avril 2022.
  3. McNeil JJ, Nelson MR et al. : Effect of Aspirin on All-Cause Mortality in the Healthy Elderly. New England Journal of Medicine, 2018.
  4. McNeil JJ, Gibbs P et al. : Effect of Aspirin on Cancer Incidence and Mortality in Older Adults. Journal of the National Cancer Institute, 1 mars 2021.
  5. Burn J, Sheth H et al. : Cancer prevention with aspirin in hereditary colorectal cancer (Lynch syndrome), 10-year follow-up and registry-based 20-year data in the CAPP2 study: a double-blind, randomised, placebo-controlled trial. The Lancet, 13 juin 2020.
  6. NICE : Colorectal cancer. National Institute for Health and Care Excellence, janvier 2020.
  7. Daily aspirin therapy: Understand the benefits and risks. Mayo Clinic, 27 septembre 2025.
  8. Cai Z, Meng Y et al. : What are the risks and benefits of taking aspirin or other nonsteroidal anti-inflammatory medicines (NSAIDs) to prevent bowel cancer in the general population?. Cochrane Database of Systematic Reviews, 1 avril 2026.
  9. Aspirin: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 novembre 2025.
  10. Mitrugno A, Sylman JL et al. : Aspirin therapy reduces the ability of platelets to promote colon and pancreatic cancer cell proliferation: Implications for the oncoprotein c-MYC. American Journal of Physiology-Cell Physiology, 1 février 2017.
  11. Colorectal cancer. International Agency for Research on Cancer, 2024.
  12. Preventing Cancer. Centers for Disease Control and Prevention, 16 janvier 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.