Aspirine : usages, risques et prévention cardiovasculaire

Aspirine : usages, risques et prévention cardiovasculaire

L’aspirine, ou acide acétylsalicylique, sert surtout à calmer une douleur ou une fièvre, et, à petite dose prescrite, à limiter les caillots après un infarctus, un stent ou un accident vasculaire cérébral ischémique. Elle n’est plus un réflexe de prévention chez les personnes sans maladie cardiovasculaire connue, parce que les saignements digestifs et cérébraux pèsent souvent autant que le bénéfice attendu.

La recommandation USPSTF de 2016 poussait encore à commencer une petite dose entre 50 et 59 ans, y compris avec l’idée de protéger le côlon. Le document du 26 avril 2022 inverse une partie de ce raisonnement. Il déconseille de commencer cette prévention à partir de 60 ans, faute de bénéfice net face aux hémorragies.

Une analyse groupée de dix essais (119 130 personnes) associe la faible dose à une hausse de 58 % des hémorragies digestives majeures. Au Royaume-Uni, le NHS propose 75 mg une fois par jour pour la prévention, et 300 mg à la demande pour la douleur, avec un plafond de quatre prises. Une fièvre qui dure plus de trois jours, ou une douleur plus de dix, impose d’arrêter l’automédication et de consulter, selon MedlinePlus.

Comment l’aspirine agit sur la douleur et les plaquettes

À petite dose, l’acide acétylsalicylique bloque de façon irréversible la cyclo-oxygénase 1 (COX-1) des plaquettes, ce qui diminue la formation de thromboxane A2, un signal qui les fait s’agréger. Les plaquettes n’ont pas de noyau et ne fabriquent pas de nouvelle enzyme, donc l’effet antiagrégant dure jusqu’à ce que de nouvelles plaquettes les remplacent. C’est ce mécanisme, rappelé par l’USPSTF en 2022, qui explique l’intérêt après un infarctus ou un AVC ischémique, et aussi une partie du risque hémorragique.

La même enzyme produit des prostaglandines qui protègent la muqueuse de l’estomac et du duodénum. En l’inhibant, le médicament fragilise cette barrière. Le saignement digestif n’est pas un accident rare «réservé aux fortes doses», il apparaît aussi avec 75 à 100 mg par jour. La Food and Drug Administration souligne que l’effet sur les caillots est propre à l’aspirine parmi les antalgiques courants. Le paracétamol et l’ibuprofène calment la douleur, mais n’ont pas démontré le même bénéfice après un infarctus.

Pour la douleur et la fièvre, des doses plus élevées réduisent d’autres prostaglandines liées à l’inflammation et à la thermorégulation. Le NHS distingue clairement les deux usages. Un comprimé quotidien de 75 mg vise l’effet antiagrégant, des comprimés de 300 mg seulement quand la douleur l’exige. Avaler les deux logiques en même temps, sans regarder la boîte, est une source fréquente de surdosage ou d’association avec un autre anti-inflammatoire déjà présent dans un sirop contre le rhume.

L’effet antiagrégant n’est pas un «nettoyage des artères». Il n’abaisse pas non plus la tension de façon utile. Il rend seulement les plaquettes moins collantes. Chez une personne dont les artères sont déjà blessées par l’athérosclérose, cela peut éviter qu’un caillot ferme le vaisseau. Chez une personne sans plaque instable, le même effet ouvre surtout la porte aux saignements.

Image illustrant les utilisations de l'aspirine

Quelle dose pour la douleur et la fièvre ?

Pour un adulte, le NHS indique des comprimés de 300 mg, à raison d’une à trois unités à la fois, au moins quatre heures entre deux prises, au plus quatre prises dans la journée, de préférence pendant ou après un repas. MedlinePlus, de son côté, situe la prise antalgique toutes les quatre à six heures et demande d’arrêter puis d’appeler un médecin si la fièvre dépasse trois jours, si la douleur dépasse dix jours, ou si la zone douloureuse devient rouge et gonflée.

Ces plafonds viennent d’étiquetages britannique et américain. Les présentations vendues en pharmacie française n’ont pas forcément le même dosage en milligrammes. Le pharmacien relit la notice du produit que vous avez en main plutôt qu’un schéma importé. L’idée commune reste courte. On vise la plus petite dose qui soulage, le moins longtemps possible, sans empiler un second anti-inflammatoire non stéroïdien.

Le paracétamol peut être associé à l’aspirine si le médecin ou le pharmacien l’accepte, écrit le NHS. L’ibuprofène, le naproxène et le diclofénac, eux, appartiennent à la même famille, et les combiner augmente le risque d’ulcère et de saignement. Beaucoup de poudres «rhume et grippe» en contiennent déjà. Lire la ligne «principes actifs» évite de prendre deux AINS sans le savoir.

L’automédication antalgique ne remplace pas un diagnostic. Une douleur thoracique, un déficit brutal d’un bras ou de la parole, un ventre dur avec vomissements répétés ne se traitent pas par une boîte achetée au supermarché. Dans ces situations, le bon geste est d’appeler le 15 ou le 112, pas d’augmenter la dose.

Les personnes asthmatiques, celles qui ont déjà réagi à un AINS, celles qui ont un ulcère, une cirrhose, une maladie rénale ou qui boivent régulièrement de l’alcool doivent demander un avis avant même la première prise, comme le rappellent MedlinePlus et la FDA. Trois verres d’alcool ou plus chaque jour suffisent, selon ces sources, à faire basculer le rapport bénéfice-risque.

Après un infarctus, un stent ou un AVC ischémique

Chez une personne qui a déjà eu un infarctus, un angor, un pontage, une angioplastie avec stent, un accident ischémique transitoire ou un AVC ischémique, la petite dose quotidienne reste un traitement de fond, pas un «plus» optionnel. La FDA, le NHS et la Mayo Clinic (mise à jour du 27 septembre 2025) s’accordent sur ce point. Le bénéfice en prévention secondaire est établi, à condition qu’il n’existe pas d’allergie grave ou d’hémorragie active.

Les chiffres de dose varient selon les pays. Le NHS parle de 75 mg une fois par jour, souvent pour longtemps, parfois à vie. La Mayo Clinic situe le plus souvent la prévention entre 75 et 100 mg, fréquemment 81 mg aux États-Unis, avec une fourchette quotidienne qui peut aller jusqu’à 325 mg selon l’indication. Le résumé des caractéristiques britannique des comprimés à 75 mg retient 75 à 160 mg par jour après infarctus, angor stable, pontage ou angioplastie, et 75 à 300 mg après un AIT ou un AVC ischémique, une fois une hémorragie cérébrale écartée.

Cette dernière précision corrige une consigne trop courte encore répandue. On ne «donne pas d’aspirine pendant un AVC» dans le salon, parce qu’un AVC hémorragique et un AVC ischémique se ressemblent au début. Après l’imagerie, si le saignement est exclu, le médicament fait partie du traitement de l’infarctus cérébral ischémique. S’administrer un comprimé avant le SAMU peut aggraver une hémorragie.

En cas de douleur thoracique évocatrice d’infarctus, la Mayo Clinic demande d’abord d’appeler les secours. Le régulateur peut ensuite indiquer de mâcher un comprimé, après avoir vérifié l’absence d’allergie. À l’hôpital britannique, la dose de charge retenue par le RCP est de 150 à 300 mg, puis 75 à 160 mg par jour. Le médecin français appliquera le protocole local. L’essentiel, pour le patient, est de ne pas rester seul avec une boîte en attendant que la douleur passe.

Arrêter brutalement un traitement quotidien déjà prescrit peut, selon la Mayo Clinic, favoriser un caillot et un nouvel infarctus. Toute pause (chirurgie, extraction dentaire, hémorragie) se discute avec le prescripteur, pas avec le voisin.

Faut-il commencer une aspirine quotidienne sans antécédent cardiaque ?

Non, pas de soi-même, et de moins en moins sur un simple calcul de cholestérol ou de tabagisme. L’USPSTF, le 26 avril 2022, donne une recommandation de grade D contre le fait de commencer une faible dose en prévention primaire à partir de 60 ans. Entre 40 et 59 ans, si le risque d’événement cardiovasculaire à dix ans est estimé à 10 % ou plus, la décision devient individuelle (grade C). Le bénéfice net est petit, et il concerne surtout les personnes sans sur-risque hémorragique, prêtes à prendre un comprimé tous les jours.

Le même texte abandonne l’idée, encore présente en 2016, d’une prévention conjointe du cancer colorectal comme argument pour commencer. Il propose 81 mg par jour comme dose pragmatique aux États-Unis, et suggère, pour ceux qui ont déjà commencé, d’envisager l’arrêt vers 75 ans, parce que le risque de saignement grimpe plus vite que le bénéfice.

La Mayo Clinic ajoute que toutes les sociétés savantes ne coupent pas à 60 ans, et que certaines déconseillent le démarrage après 70 ans. Ces écarts ne se «moyennent» pas. Ils disent la même chose avec des seuils différents. Sans maladie vasculaire connue, le comprimé quotidien n’est plus un réflexe, surtout en avançant en âge. Le médecin traitant recalcule le risque, cherche un ulcère ancien, une anémie, un anticoagulant, un AINS au long cours, puis décide avec vous.

Avoir du diabète, une hypertension ou un tabagisme n’ouvre plus, à lui seul, le droit à l’automédication antiagrégante. Ces facteurs comptent pour estimer le risque d’infarctus, mais ils augmentent aussi, pour certains d’entre eux, le risque de saigner. Pour le grand public, la FDA rappelle que sans maladie vasculaire ni facteurs qui la rendent probable, les inconvénients d’un usage prolongé peuvent l’emporter.

Le NHS, de son côté, réserve la faible dose quotidienne à une prescription (cœur, vaisseaux, prééclampsie), pas à une habitude de comptoir. En France, la même prudence s’applique. On demande au médecin si le comprimé que l’on a commencé «pour le cœur» il y a des années correspond encore à une indication actuelle.

L’aspirine prévient-elle vraiment le cancer colorectal ?

Pas de façon assez nette pour justifier, à elle seule, un comprimé quotidien dans la population générale. L’USPSTF a jugé les preuves insuffisantes, en 2022, pour affirmer que la faible dose réduit l’incidence ou la mortalité du cancer colorectal. La revue Cochrane publiée le 1er avril 2026 (dix essais, 124 837 participants, recherches jusqu’en mars 2025) aboutit au même constat sur le délai qui compte pour un lecteur. Entre cinq et quinze ans de suivi, l’aspirine ne change probablement pas le nombre de nouveaux cancers du côlon et du rectum.

Au-delà de quinze ans, une baisse devient possible, mais les auteurs jugent cette piste peu fiable, parce qu’elle repose surtout sur le suivi observationnel d’essais, une fois le tirage au sort terminé. Sur la mortalité par cancer colorectal, le tableau est encore plus mêlé, avec une hausse possible entre cinq et dix ans, une baisse possible très tard, et un niveau de preuve faible. L’essai ASPREE, mené chez des personnes âgées, a même associé l’aspirine à davantage de décès par cancer colorectal à 4,7 ans, un signal que l’USPSTF a pris au sérieux sans en faire une certitude.

Le mal, lui, est immédiat. Cochrane estime avec un haut niveau de preuve que l’aspirine augmente les hémorragies graves hors du crâne, et avec un niveau modéré qu’elle augmente les AVC hémorragiques. Attendre quinze ans un bénéfice de cancer incertain, pendant que le risque de saigner est déjà là, n’est pas un calcul que l’on fait tout seul devant une boîte.

Le dépistage organisé du cancer colorectal, l’alimentation, l’activité physique et l’arrêt du tabac restent les leviers dont le rapport bénéfice-risque est autrement plus clair. Si un oncologue prescrit de l’aspirine dans un protocole précis, après une chirurgie et selon le profil tumoral, il s’agit d’un autre cadre, qui n’autorise pas l’automédication «anticancer».

Enfants, fièvre et syndrome de Reye

On ne donne pas d’aspirine à un enfant pour une fièvre, une grippe ou une varicelle, sauf prescription d’un spécialiste pour une maladie particulière. Le NHS l’interdit en pratique courante avant 16 ans. Les CDC, dans leur page grippe du 30 août 2024, élargissent la consigne aux adolescents jusqu’à 18 ans inclus dès qu’une grippe est confirmée ou suspectée, y compris pour les produits qui contiennent un salicylate sans porter le nom «aspirine».

Le syndrome de Reye est rare, mais grave. Il associe encéphalopathie et insuffisance hépatique aiguë, souvent dans les jours qui suivent une infection virale traitée par un salicylate. MedlinePlus relie le risque surtout à la varicelle et à la grippe. Les parents voient d’abord des vomissements, un comportement inhabituel, une confusion. Ce n’est plus une «petite fièvre», c’est une urgence (15 ou 112).

Le paracétamol est l’antipyrétique de premier recours dans ce contexte, sous réserve de la dose adaptée au poids. L’ibuprofène n’est pas un équivalent de l’aspirine sur le plan du Reye, mais il a ses propres limites, notamment en cas de varicelle ou de déshydratation. Le pédiatre ou le pharmacien tranche.

Il existe des exceptions encadrées. MedlinePlus cite la maladie de Kawasaki et, parfois, la prévention de caillots après une chirurgie cardiaque. Dans ces cas, l’aspirine est prescrite, dosée, surveillée. Ce n’est pas la même chose qu’ouvrir une boîte d’adulte pour un enfant de huit ans qui a 38,5 °C.

Les sirops, poudres et pastilles «rhume» peuvent cacher de l’acide acétylsalicylique. Lire la composition évite de contourner l’interdit sans le vouloir, surtout chez un adolescent qui se sert seul dans l’armoire à pharmacie.

Grossesse, prééclampsie et allaitement

La forte dose antalgique n’a pas sa place en automédication chez une femme enceinte. MedlinePlus avertit que des doses supérieures à 81 mg, autour de 20 semaines d’aménorrhée et après, peuvent nuire au fœtus et compliquer l’accouchement. Le RCP britannique des comprimés à 75 mg contre-indique les doses au-dessus de 100 mg par jour au troisième trimestre. Le NHS conseille le paracétamol comme antalgique habituel pendant la grossesse.

À l’inverse, une petite dose prescrite peut protéger certaines grossesses. L’American College of Obstetricians and Gynecologists, avec la Society for Maternal-Fetal Medicine, a aligné en décembre 2021 (réaffirmé en octobre 2022) sa conduite sur l’USPSTF. Ces deux sociétés retiennent 81 mg par jour en cas de haut risque de prééclampsie (antécédent de prééclampsie, grossesse multiple, hypertension chronique, diabète préexistant, maladie rénale, lupus ou syndrome des antiphospholipides, ou cumul de facteurs de risque modérés). Le traitement commence entre 12 et 28 semaines, idéalement avant 16 semaines, et se poursuit jusqu’à l’accouchement.

Ces 81 mg sont une dose américaine. Le gynécologue-obstétricien français choisira la présentation locale équivalente. Commencer tout seul un comprimé «bébé» trouvé dans une valise n’a aucun sens. Le bénéfice n’est démontré que chez les personnes identifiées à risque, et l’allergie à l’aspirine, un ulcère évolutif ou un asthme aux AINS restent des obstacles.

Pendant l’allaitement, le NHS déconseille en général la dose antalgique, parce que le salicylate passe dans le lait et peut exposer le nourrisson. La faible dose antiagrégante se discute au cas par cas. Le paracétamol reste, là encore, l’antalgique le plus souvent proposé. Tout saignement inhabituel chez le nourrisson, toute somnolence anormale, se signalent sans attendre.

Médicaments et alcool à ne pas associer

Plusieurs associations augmentent le saignement ou la toxicité, et quelques-unes sont formellement contre-indiquées. Le RCP britannique interdit le couple aspirine et méthotrexate au-dessus de 15 mg par semaine. L’acide acétylsalicylique diminue l’élimination rénale du méthotrexate et peut faire monter ses concentrations jusqu’à une toxicité médullaire. En dessous de ce seuil, l’association reste délicate et ne se gère pas sans le prescripteur.

Les anticoagulants (warfarine, rivaroxaban, apixaban, héparine) et les autres antiagrégants (clopidogrel) additionnent les risques hémorragiques. La Mayo Clinic liste aussi les corticoïdes, certains antidépresseurs (paroxétine, clomipramine) et, en usage répété, l’ibuprofène. Le NHS y ajoute les stéroïdes, une partie des antihypertenseurs et, de façon générale, tout AINS. Ce n’est pas une liste exhaustive. La boîte entière, y compris les plantes vendues pour «fluidifier le sang» (ginkgo, par exemple, cité par la Mayo Clinic), se montre au pharmacien.

L’ibuprofène pose un problème double. D’une part, il irrite l’estomac comme l’aspirine. D’autre part, pris en même temps qu’une faible dose quotidienne, il peut occuper le site de la COX-1 et empêcher l’acétylation irréversible sur laquelle repose la protection cardiaque. La FDA demande d’en parler au médecin pour régler l’horaire si les deux médicaments sont vraiment indispensables. Le paracétamol n’a pas cet antagonisme plaquettaire.

Trois verres d’alcool ou plus par jour, selon MedlinePlus et la FDA, suffisent à faire grimper le risque d’hémorragie digestive. «Un verre pour faire passer le comprimé» n’est pas une stratégie. Le NHS demande simplement de limiter l’alcool tant que l’on prend de l’aspirine.

Avant une opération, même une extraction dentaire, le RCP britannique prévient que le temps de saignement s’allonge. Une pause temporaire est parfois nécessaire, parfois dangereuse si un stent récent impose de ne pas interrompre l’antiagrégant. Seul le binôme chirurgien-prescripteur tranche. Signaler le traitement reste non négociable.

Effets indésirables, saignements et signes d’alerte

Les effets les plus fréquents sont digestifs, avec brûlures, nausées, douleurs d’estomac, et un saignement qui se manifeste plus facilement après une coupure. Le NHS les classe parmi les réactions courantes. Ils ne justifient pas toujours l’arrêt, mais ils justifient un appel au pharmacien s’ils s’installent.

Les signes qui ne se discutent pas à la maison figurent chez MedlinePlus et le NHS. Il s’agit de vomissements de sang ou de matière noire comme du marc de café, de selles noires et poisseuses ou de sang rouge dans les selles, d’un sifflement, d’un gonflement du visage, des lèvres ou de la langue, d’une éruption brutale, d’acouphènes avec baisse d’audition, d’une respiration rapide ou d’une peau moite. Ces tableaux relèvent du 15 ou du 112, ou au minimum d’un avis médical immédiat.

L’AVC hémorragique est moins fréquent que le saignement d’estomac, mais c’est le contrepoint de la protection contre l’AVC ischémique. La Mayo Clinic le nomme clairement parmi les complications de l’aspirine quotidienne. Un mal de tête en coup de tonnerre, une faiblesse d’un hémicorps ou un propos confus imposent d’appeler les secours, sans ajouter un comprimé.

Le comprimé gastro-résistant, conçu pour se dissoudre plus loin que l’estomac, peut sembler plus doux. La Mayo Clinic précise qu’aucune preuve solide n’en fait un bouclier contre l’hémorragie digestive. Il peut même moins convenir si l’on doit mâcher une dose au moment d’un infarctus. Le revêtement n’autorise pas à oublier le risque.

Les doses des sources anglophones, à titre de repère, se résument ainsi. Le médecin ou le pharmacien indiquera l’équivalent vendu en France.

Situation Dose citée par les sources Limite utile
Douleur ou fièvre chez l’adulte (NHS) Comprimés de 300 mg, 1 à 3, intervalle d’au moins 4 h, au plus 4 prises par jour Arrêt si fièvre > 3 jours ou douleur > 10 jours (MedlinePlus)
Prévention cardiovasculaire au Royaume-Uni (NHS) 75 mg une fois par jour Souvent au long cours après un événement, sur prescription
Prévention cardiovasculaire aux États-Unis (USPSTF, Mayo Clinic) 75 à 100 mg par jour, souvent 81 mg Ne pas commencer seul à partir de 60 ans
Infarctus aigu (RCP britannique) 150 à 300 mg puis 75 à 160 mg par jour Après appel des secours, pas en automédication
Prévention de la prééclampsie (ACOG, 2021) 81 mg par jour De 12 à 28 semaines, idéalement avant 16 semaines, jusqu’à l’accouchement

Quand l’aspirine impose de voir le médecin

Une prise ponctuelle pour une migraine ou une fièvre d’adulte, dans les limites de la notice, peut se faire sans rendez-vous. Tout le reste se discute, qu’il s’agisse d’un traitement quotidien, d’une grossesse, d’un enfant, d’un asthme, d’un ulcère, d’une opération prévue ou d’un autre anticoagulant. Le bon interlocuteur est le médecin traitant ou le pharmacien, qui verra la liste réelle des boîtes plutôt qu’un souvenir approximatif.

Certains seuils, tirés de MedlinePlus et du NHS, aident à ne pas attendre:

  • La fièvre qui dépasse trois jours, ou la douleur qui dépasse dix jours, n’est plus de l’automédication raisonnable.
  • Un ulcère ancien, une anémie inexpliquée ou des selles noires imposent d’arrêter et de consulter avant la prochaine prise.
  • Un sifflement nouveau, une éruption ou un gonflement du visage après un comprimé relèvent d’une urgence allergique.
  • Une grossesse en cours ou un projet de grossesse change la dose acceptable, parfois dès 12 semaines.
  • Un enfant ou un adolescent fébrile ne reçoit pas d’aspirine sans indication précise, telle que Kawasaki.

La douleur thoracique, la détresse respiratoire, le vomissement sanglant et le déficit neurologique brutal se gèrent au 15 ou au 112, pas sur un forum. Pour un infarctus, le régulateur peut proposer de mâcher un comprimé. Pour un AVC, l’imagerie passe avant.

Si vous prenez déjà une faible dose depuis des années «parce qu’on le faisait», un rendez-vous unique suffit souvent à classer l’indication. Soit il s’agit d’une prévention secondaire à poursuivre, soit d’une prévention primaire à revoir à la lumière du texte USPSTF de 2022 et de la mise au point de la Mayo Clinic en 2025.

Questions fréquentes

Peut-on prendre de l’aspirine tous les jours sans ordonnance ?

Non, pas pour «protéger le cœur» à titre personnel. La FDA et le NHS réservent l’usage quotidien à une décision médicale, surtout après un infarctus, un stent ou un AVC ischémique. Commencer seul expose à un saignement sans bénéfice net, en particulier après 60 ans selon l’USPSTF 2022.

L’aspirine gastro-résistante protège-t-elle vraiment l’estomac ?

Pas de façon démontrée contre l’hémorragie digestive, d’après la Mayo Clinic en 2025. Le revêtement peut réduire une irritation locale, mais il ne change pas l’effet systémique sur les plaquettes ni sur les prostaglandines protectrices. Il ne justifie ni une dose plus forte, ni un oubli des signes de saignement.

Peut-on associer aspirine et paracétamol ?

Oui, le NHS indique que les deux peuvent se prendre ensemble si besoin, alors qu’il déconseille d’associer aspirine et ibuprofène. Si la douleur cède avec un seul des deux, il est plus simple de ne pas cumuler. Les plafonds de chaque notice restent à respecter, le paracétamol ayant sa propre toxicité hépatique.

Que faire si l’on oublie une dose d’aspirine à faible dose ?

Prenez-la dès que vous y pensez, sauf s’il est presque l’heure de la suivante, écrit le NHS, et l’on ne double pas. MedlinePlus dit la même chose pour un schéma régulier. Un oubli isolé n’est pas une raison d’arrêter le traitement prescrit.

Faut-il arrêter l’aspirine avant une extraction dentaire ?

Parfois oui, parfois non. Le RCP britannique signale un allongement du temps de saignement même pour un geste mineur, et une pause peut s’imposer. Après un stent récent, l’arrêt intempestif est dangereux. Prévenez le dentiste et le prescripteur, sans décider seul.

L’aspirine fait-elle baisser la tension artérielle ?

Non, ce n’est pas un antihypertenseur. Son intérêt vasculaire, quand il existe, passe par les plaquettes, pas par une baisse utile de la pression. Une hypertension non contrôlée figure même parmi les situations où la FDA demande un avis avant d’utiliser le médicament au long cours.

Conclusion

Le comprimé le plus banal de l’armoire n’a pas un mode d’emploi unique. Contre une douleur d’adulte, à dose antalgique et quelques jours, l’aspirine reste un AINS classique, avec un estomac à surveiller et une notice à respecter. Contre un caillot, à 75 ou 81 mg, elle peut réduire le risque d’un nouvel infarctus ou d’un nouvel AVC ischémique, et elle peut provoquer une hémorragie grave si on la commence trop tard, trop tôt, ou pour le mauvais motif.

Si une boîte de «petite dose» traîne dans votre cuisine, posez au médecin traitant une question précise. Ce traitement est-il une prévention secondaire (infarctus, stent, AIT, AVC ischémique) ou une habitude de prévention primaire jamais réévaluée depuis le texte USPSTF de 2022 ? Apportez la liste des autres médicaments, y compris l’ibuprofène du placard et un éventuel anticoagulant. N’arrêtez rien le soir même sans consigne, surtout après un stent.

Gardez l’aspirine hors de portée des enfants. Pour une fièvre pédiatrique, le réflexe est le paracétamol dosé au poids, pas le comprimé d’adulte. Vomissements sanglants, selles noires, gêne respiratoire brutale ou déficit neurologique relèvent du 15 ou du 112, sans ajouter un cachet de votre propre initiative tant que le type d’AVC n’est pas connu.

Sources

  1. Aspirin Use to Prevent Cardiovascular Disease: Preventive Medication. U.S. Preventive Services Task Force, 26 avril 2022.
  2. Daily aspirin therapy: Understand the benefits and risks. Mayo Clinic, 27 septembre 2025.
  3. Aspirin: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 novembre 2025.
  4. Aspirin for Reducing Your Risk of Heart Attack and Stroke: Know the Facts. U.S. Food and Drug Administration, mis à jour en 2026.
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  7. Low-Dose Aspirin Use for the Prevention of Preeclampsia and Related Morbidity and Mortality. American College of Obstetricians and Gynecologists, décembre 2021.
  8. Flu: What To Do If You Get Sick. Centers for Disease Control and Prevention, 30 août 2024.
  9. Aspirin 75 mg tablets – Summary of Product Characteristics (SmPC). Electronic Medicines Compendium, 27 août 2026.
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