Belladone : usages médicaux et risques d’intoxication

Belladone : usages médicaux et risques d'intoxication

La belladone (Atropa belladonna), aussi appelée morelle furieuse, est une plante dont toutes les parties sont toxiques. Les médecins n’utilisent pas la plante entière à domicile. Ils administrent des alcaloïdes purifiés, surtout l’atropine et la scopolamine, dans des indications étroites et sous surveillance.

Deux à cinq baies noires, luisantes et sucrées peuvent suffire à intoxiquer un enfant, et une dizaine à une vingtaine un adulte, d’après une revue clinique allemande parue en 2022 dans Deutsches Ärzteblatt International. Ces fruits ressemblent à de petites cerises. Le goût agréable n’annonce pas le poison.

La notice américaine d’atropine injectable réserve le médicament au blocage temporaire d’effets muscariniques graves, notamment une bradycardie menaçante et certaines intoxications. En 2025, la FDA a ajouté au patch de scopolamine un avertissement d’hyperthermie, après 13 cas dont deux décès. Chez l’enfant, la même agence a indiqué au fabricant de comprimés de dentition qu’il n’existe pas de dose de belladone à la fois sûre et toxique, tant les facteurs individuels pèsent.

Qu’est-ce que la belladone et pourquoi est-elle toxique ?

La belladone est une solanacée européenne dont les feuilles, les racines, les fleurs et les baies renferment des alcaloïdes tropaniques. L’hyoscyamine, l’atropine (mélange racémique d’hyoscyamine) et la scopolamine bloquent les récepteurs muscariniques de l’acétylcholine, d’où un syndrome anticholinergique qui peut aller jusqu’au coma.

La revue de Wendt et de ses collègues classe la plante dans une catégorie de risque élevé. Toutes les parties sont toxiques, en particulier les baies sucrées, attrayantes pour les enfants de 1 à 6 ans. Dans le centre antipoison d’Erfurt, les questions sur les plantes ont représenté 15 % des appels pédiatriques entre 2011 et 2020, devant les champignons. Une étude du même groupe sur 7 607 expositions à des fruits de plantes (2010-2019) a montré que 69,5 % concernaient de jeunes enfants.

La teneur en alcaloïdes varie selon l’organe, la maturité et l’ensoleillement. Mâcher ou écraser les baies libère davantage de toxique. Une absorption à travers la peau est jugée possible, ce qui justifie de se laver les mains après un contact et de ne pas porter les doigts aux yeux. La plante est parfois détournée comme drogue hallucinogène, ce qui ajoute des intoxications volontaires aux accidents de cueillette.

Le nom italien « bella donna » rappelle l’usage cosmétique historique du jus pour dilater les pupilles. Cet usage n’a rien d’anodin, car la mydriase est déjà un signe d’intoxication. En médecine actuelle, on ne met pas de baie dans l’œil. On utilise un collyre d’atropine dosé, prescrit par un ophtalmologiste.

Les trois alcaloïdes principaux n’agissent pas de façon interchangeable.

  • L’hyoscyamine bloque les récepteurs muscariniques et tarit la salive, la sueur et le suc digestif.
  • L’atropine accélère le cœur et dilate les pupilles en s’opposant au nerf vague.
  • La scopolamine calme les nausées mais passe plus facilement dans le cerveau.
Plante de belladone avec des baies noires toxiques

Comment l’atropine et la scopolamine agissent-elles ?

Ces deux molécules sont des antimuscariniques, une famille qui empêche l’acétylcholine d’agir sur le cœur, le tube digestif, les glandes salivaires et sudorales, la vessie et l’œil. Elles figurent, dans la fiche de la Cleveland Clinic, comme les antimuscariniques de référence issus d’Atropa belladonna, à côté de molécules de synthèse utilisées pour la vessie hyperactive ou la BPCO.

Elles n’ont pas le même profil. D’après la notice d’atropine injectable (révision de 2025), l’atropine a un effet plus puissant et plus durable sur le cœur, l’intestin et le muscle bronchique que la scopolamine. Inversement, l’action sur l’iris, le corps ciliaire et certaines glandes est plus marquée avec la scopolamine. Une ancienne présentation inverse, qui faisait de l’atropine le plus faible régulateur du rythme, ne correspond pas à cette pharmacologie.

À dose clinique, l’atropine n’endort pas. Elle peut même stimuler certains centres nerveux. La scopolamine traverse plus facilement la barrière hémato-encéphalique, d’où somnolence, confusion et, chez la personne âgée, un risque accru de trouble cognitif. MedlinePlus indique que les adultes de 65 ans et plus ne devraient en général pas recevoir le patch, d’autres options étant souvent plus adaptées.

Le délai d’action après ingestion d’un anticholinergique se situe souvent dans les deux heures, selon la fiche StatPearls mise à jour en 2023. Les effets centraux peuvent durer plus de huit heures. Un patch de scopolamine peut agir plus de 24 heures, ce qui explique des symptômes qui persistent après le retrait.

Dans quels cas l’atropine est-elle utilisée ?

L’atropine injectable n’est pas un « extrait de plante » à prendre en tisane. La notice DailyMed la réserve au blocage temporaire d’effets muscariniques graves ou vitaux. Elle sert à réduire les sécrétions, à contrer le nerf vague, à traiter une intoxication par organophosphorés ou par champignons muscariniques, et à prendre en charge un arrêt cardiaque avec bradysystolie.

Chez l’adulte, les posologies de cette notice sont de 0,5 à 1 mg pour l’effet antivagal, de 2 à 3 mg à répéter toutes les 20 à 30 minutes en cas d’intoxication par organophosphoré ou champignon muscarinique, et de 1 mg toutes les 3 à 5 minutes en arrêt bradysystolique, avec un total maximal de 3 mg dans cette dernière indication. Chez l’enfant, la dose initiale usuelle indiquée est de 0,01 à 0,03 mg/kg, les données d’essais étant limitées. Ces chiffres concernent l’hôpital. Ils ne s’appliquent ni à une baie ni à un complément.

La même notice rappelle qu’en pédiatrie, 10 mg d’atropine ou moins peuvent être mortels. La dose létale adulte n’est pas connue avec précision. Un surdosage se manifeste par une peau chaude et sèche, une soif, des pupilles dilatées, une agitation, des hallucinations, puis un coma et une défaillance respiratoire.

En ophtalmologie, l’atropine en collyre dilate la pupille avant un examen et peut soulager la douleur liée à une inflammation oculaire, d’après MedlinePlus (révision de janvier 2024). Ce n’est pas un traitement de la conjonctivite banale, et ce n’est pas le jus de la plante. Une absorption systémique reste possible, surtout chez l’enfant. Fièvre, irritabilité, pouls rapide ou confusion après un collyre imposent un avis médical rapide.

Le patch de scopolamine est-il sans risque ?

Le patch de scopolamine est un médicament d’ordonnance, autorisé aux États-Unis chez l’adulte pour prévenir le mal des transports et les nausées liées à l’anesthésie ou aux opioïdes périopératoires. Il n’est pas autorisé chez l’enfant. On n’en porte qu’un à la fois et on ne le coupe pas.

Pour le mal des transports, MedlinePlus indique de coller le patch derrière l’oreille au moins quatre heures avant l’effet souhaité, pour une durée allant jusqu’à trois jours. Après une chirurgie, le retrait se fait en général 24 heures après l’intervention, selon le schéma prévu par l’équipe. Il faut se laver les mains après la pose et le retrait, et éviter le contact avec les yeux, sous peine de mydriase unilatérale et de vision floue.

En 2025, la FDA a exigé un avertissement d’hyperthermie. L’agence a recensé 13 cas dans le monde jusqu’au 16 août 2024, dont 8 chez des moins de 18 ans et 4 chez des personnes de 60 ans ou plus. Quatre hospitalisations et deux décès (un enfant, un adulte âgé) ont été rapportés. La fièvre survenait le plus souvent dans les 72 heures suivant la première pose. Le patch n’est pas homologué pédiatrique aux États-Unis, mais il y est parfois prescrit hors indication autorisée pour réduire la sialorrhée.

Si la température monte ou si la sueur disparaît par temps chaud, il faut retirer le patch et contacter un professionnel. Les symptômes peuvent continuer des heures après le retrait, le produit restant dans l’organisme. Les couvertures chauffantes sont à éviter. Parmi les autres alertes de la notice figurent le glaucome par fermeture de l’angle, les effets neuropsychiatriques, les convulsions éclamptiques en cas de prééclampsie grave, la rétention d’urine, le sevrage possible 24 heures après le retrait, et des brûlures cutanées en IRM si le patch n’est pas enlevé.

Pour le mal des transports, la bouche sèche, la somnolence, la vision floue et les pupilles dilatées figurent parmi les effets indésirables fréquents, gênants pour conduire. L’alcool majore ces effets. Un pharmacien ou un médecin indiquera si un équivalent est disponible en France et s’il convient à votre situation.

Les extraits de belladone aident-ils le côlon irritable ?

La plante broyée, la teinture « maison » et les gélules d’herbe n’ont pas démontré un rapport bénéfice-risque acceptable pour le syndrome de l’intestin irritable, l’ulcère, la maladie de Parkinson ou la conjonctivite. Des médicaments antimuscariniques purifiés peuvent, eux, être prescrits pour calmer des spasmes digestifs, une vessie hyperactive ou certains tremblements, comme le rappelle la Cleveland Clinic. Ce n’est pas la même chose que mâcher une feuille.

L’écart entre dose utile et dose toxique est étroit. Sans dosage standardisé, chaque récolte est une loterie. Les baies n’ont pas d’indication alimentaire. En France, le médecin traitant et le pharmacien s’appuient sur les spécialités autorisées localement, qui ne se confondent pas avec un complément vendu en ligne.

La maladie de Parkinson n’est pas une indication de la belladone végétale. Certains antimuscariniques de synthèse, par exemple la benzatropine citée par la Cleveland Clinic, relèvent d’une prescription spécialisée, avec un risque de confusion chez la personne âgée. Attribuer à la scopolamine un effet protecteur sur la mémoire inverse la pharmacologie. Les notices alertent au contraire sur la confusion, surtout après 65 ans.

Les produits homéopathiques à la belladone sont-ils sûrs ?

Un granule homéopathique n’est pas automatiquement inoffensif parce que la dilution est censée être extrême. En 2017, Standard Homeopathic Company a rappelé aux États-Unis les comprimés de dentition Hyland’s Baby Teething Tablets et Nighttime Teething Tablets. La FDA avait trouvé des teneurs en alcaloïdes de belladone incohérentes par rapport à l’étiquette.

L’agence a déclaré au fabricant qu’il n’existe pas, chez l’enfant, de dose de belladone connue comme sûre, ni de dose toxique bien définie, trop de facteurs influençant la réponse. Les effets y sont décrits comme imprévisibles. La production de ces lots avait cessé en octobre 2016. Le rappel visait les stocks encore en rayon.

Ces faits américains ne se transposent pas mot à mot au marché français. Ils montrent cependant qu’un produit « naturel » ou homéopathique peut contenir une quantité réelle d’alcaloïdes tropaniques, surtout s’il est destiné à un nourrisson. Le pharmacien reste l’interlocuteur pour vérifier la composition d’une spécialité vendue en France. Aucun de ces produits ne remplace un avis pédiatrique pour une poussée dentaire.

Ranger hors de portée des enfants tout flacon, patch ou complément. Un adulte qui s’automédique avec une teinture de belladone s’expose au même toxidrome que l’enfant qui croque des baies.

Femme souffrant de douleurs abdominales

Quels sont les signes d’une intoxication à la belladone ?

Le tableau est celui d’un syndrome anticholinergique. La fiche StatPearls de 2023 rappelle le classique « rouge comme une betterave, sec comme un os, aveugle comme une chauve-souris, fou comme un chapelier, chaud comme un lièvre, plein comme une flasque ». Cela correspond à une rougeur du visage, une absence de sueur, des muqueuses sèches, une mydriase, une confusion, de la fièvre et une vessie pleine. La révision d’avril 2025 du Merck Manual y ajoute convulsions et hallucinations pour la morelle mortelle.

Dans une série turque de 2024 portant sur 54 enfants hospitalisés en réanimation pour plantes toxiques, 24 cas (44,4 %) étaient dus à la belladone. Les signes les plus fréquents étaient rougeur, vomissements, mydriase, propos incohérents, bouche sèche et tachycardie. Trois enfants ont nécessité une ventilation mécanique. Aucun décès n’a été observé dans cette cohorte. Les formes graves avec encéphalopathie s’accompagnaient plus souvent de rétention d’urine, d’agitation, de léthargie, de convulsions et de coma.

La revue allemande de 2022 insiste sur le refroidissement physique et déconseille les antipyrétiques pour cette fièvre-là, qui vient de l’impossibilité de transpirer et non d’une infection. Les benzodiazépines peuvent calmer une agitation. La physostigmine, antidote capable de passer dans le cerveau, est réservée aux signes centraux marqués (délire) et s’administre à l’hôpital, avec du matériel de réanimation à portée de main. Quand la physostigmine manque, la série pédiatrique de 2024 a utilisé la néostigmine, sans en faire une consigne universelle.

Le diagnostic est clinique. L’absence de sueur aide à le distinguer d’une intoxication sympathomimétique, où la peau est au contraire moite. Un dosage spécifique d’atropine n’est pas toujours disponible en urgence. Apporter un échantillon ou une photo de la plante accélère l’identification auprès d’un centre antipoison.

Signe observé Conduite
Ingestion de baies ou de feuilles, même sans symptôme Photographier la plante et demander l’avis d’un centre antipoison
Confusion, hallucinations, convulsions ou coma Appeler le 15 ou le 112, ne pas laisser la personne seule
Peau sèche et chaude, fièvre, absence de sueur par temps chaud Refroidir par des moyens physiques et appeler le 15 ou le 112
Patch de scopolamine et température qui s’élève Retirer le patch, éviter une source de chaleur, contacter un médecin
Douleur oculaire brutale, halos colorés, baisse rapide de la vue Urgence ophtalmologique ; appeler le 15 si la douleur est intense
Impossibilité d’uriner, ventre gonflé, vomissements répétés Avis médical rapide, risque de rétention ou d’occlusion

Que faire si un enfant a mangé des baies de belladone ?

Toute ingestion de baies, de feuilles ou de racine chez un enfant justifie un avis immédiat, même si l’enfant joue encore. Deux à cinq baies peuvent déjà rendre un enfant malade, d’après la revue de 2022. Les symptômes peuvent être retardés, parfois au-delà de plusieurs heures, parce que les alcaloïdes ralentissent le transit. Attendre « pour voir » fait perdre du temps.

Retirez ce qui reste dans la bouche avec un linge, rincez sans faire boire de grande quantité d’eau de force, et gardez un échantillon ou une photo. N’essayez pas de faire vomir à la maison, sauf consigne d’un professionnel. Le charbon activé peut encore être discuté plus d’une heure après l’ingestion, les anticholinergiques ralentissant l’estomac, mais cette décision appartient à l’équipe soignante. Appelez le 15 ou le 112 si l’enfant est somnolent, agité, convulsif, très rouge, ou s’il respire mal.

Quand vous joignez un centre antipoison, trois précisions accélèrent l’évaluation du risque.

  • Donnez l’âge de l’enfant, le nombre de baies estimé et l’heure approximative de l’ingestion.
  • Précisez s’il a vomi, s’il transpire encore et s’il reconnaît son entourage.
  • Gardez une photo de la plante et l’emballage de tout médicament déjà donné.

À l’hôpital, la prise en charge est d’abord un maintien des fonctions vitales, un monitorage cardiaque et un refroidissement si la température grimpe. Un antidote n’est pas systématique. La physostigmine n’est envisagée qu’en présence de signes centraux et périphériques francs, et plutôt dans une intoxication anticholinergique « pure », pas en cas de mélange suspect avec un antidépresseur tricyclique.

Pour un adulte qui a cueilli des baies « pour goûter » ou qui a pris une teinture, la même logique s’applique. La revue de 2022 situe le seuil approximatif à 10 à 20 baies chez l’adulte, avec une grande variabilité individuelle. Une personne âgée, un malade du cœur ou quelqu’un qui prend déjà un antihistaminique sédatif peut s’intoxiquer avec moins.

Quelles interactions et contre-indications surveiller ?

Cumuler deux anticholinergiques augmente le risque de tachycardie, de globe vésical, de constipation et de confusion. La notice d’atropine et celle de scopolamine citent notamment les antihistaminiques d’allergie ou de rhume, certains antidépresseurs, des antiparkinsoniens, des antispasmodiques et des collyres mydriatiques. Signalez au pharmacien chaque complément « sommeil » ou « rhume », souvent riches en diphénhydramine.

L’atropine peut précipiter un glaucome aigu, transformer une sténose pylorique partielle en occlusion, et provoquer une rétention d’urine complète en cas d’hypertrophie de la prostate. Chez un patient atteint d’une maladie pulmonaire chronique, elle peut épaissir les sécrétions bronchiques. La scopolamine est contre-indiquée en cas de glaucome par fermeture de l’angle et d’hypersensibilité aux alcaloïdes de belladone. En prééclampsie grave, elle est à éviter, des convulsions éclamptiques ayant été décrites après injection.

Les données de grossesse pour l’atropine injectable sont observationnelles et ne permettent pas d’établir un risque malformatif. L’atropine traverse le placenta. La notice américaine souligne qu’une bradycardie menaçante ou une intoxication cholinergique chez une femme enceinte reste une urgence, et que le traitement vital n’est pas retardé par crainte d’un effet fœtal. Des traces d’atropine passent dans le lait. Pour limiter l’exposition du nourrisson après une injection, la notice propose de tirer et jeter le lait pendant 24 heures.

Avant de prendre un anticholinergique, préparez trois informations pour le pharmacien.

  • Signalez un glaucome, une prostate gênante ou une constipation opiniâtre déjà connue.
  • Citez les antihistaminiques, somnifères et collyres utilisés, même sans ordonnance.
  • Mentionnez une grossesse, un allaitement ou un âge supérieur à 65 ans.

Pour le patch, des études observationnelles n’ont pas identifié de lien clair avec des malformations majeures, mais le recul n’autorise pas l’automédication. Chez le jeune enfant, la demi-vie de l’atropine est plus que doublée par rapport à l’adulte, ce qui allonge les effets indésirables. La conduite, la baignade et les sports nautiques sont imprudents tant que la vision et l’équilibre ne sont pas revenus.

Peut-on confondre la belladone avec une plante comestible ?

Oui, et c’est le scénario le plus fréquent chez l’enfant. Les baies mûres, bleu-noir et brillantes, évoquent une cerise ou une baie de haie. Les feuilles ont déjà été prises pour une plante comestible. Wendt et ses collègues rappellent qu’une identification sur photo seule est peu fiable, car saison, lumière et stade de floraison changent l’aspect. En cas de doute, un botaniste ou un centre antipoison valident l’espèce mieux qu’une application grand public.

Toutes les parties restent toxiques. Un adulte qui « goûte une feuille pour vérifier » n’est pas protégé. Les animaux domestiques s’intoxiquent aussi. Un vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire est alors l’interlocuteur, distinct du circuit humain.

Après un contact cutané, lavez à l’eau et au savon. La revue de 2022 juge possible une absorption transcutanée. Un contact oculaire (doigt, sève, résidu de patch) peut dilater une pupille pendant des heures et donner l’impression d’un accident vasculaire. Rincer l’œil à l’eau tiède et consulter un ophtalmologiste si la vue reste trouble ou douloureuse.

Ne conservez pas de plants ornementaux de belladone à portée d’enfants. Si la plante pousse en lisière de bois ou au jardin, apprenez aux enfants qu’une baie luisante n’est pas un bonbon. Une photo de la touffe sur votre téléphone accélère l’aide en cas d’accident.

Questions fréquentes

L’atropine des collyres vient-elle encore de la belladone ?

Chimiquement, l’atropine est un alcaloïde de la belladone, aujourd’hui produit et dosé comme médicament. L’ophtalmologiste instille un collyre standardisé, pas le jus de la baie. Une dilatation pupillaire après un examen est attendue et réversible ; une fièvre ou une confusion après le collyre n’est pas normale et justifie un appel médical.

Une femme enceinte peut-elle poser un patch de scopolamine ?

Pas en automédication. La notice américaine déconseille le produit en cas de prééclampsie grave, des convulsions éclamptiques ayant été rapportées après injection. Les données observationnelles n’ont pas montré de surrisque malformatif évident, mais le médecin choisira, s’il le faut, une option adaptée à la grossesse. Le pharmacien indiquera ce qui est disponible en France.

Les feuilles sont-elles moins dangereuses que les baies ?

Non. Toutes les parties contiennent des alcaloïdes tropaniques. Les baies causent plus d’accidents parce qu’elles sont sucrées et ressemblent à un fruit comestible. Des intoxications graves ont suivi l’ingestion de feuilles crues prises pour une plante comestible. La dose toxique dépend de la teneur réelle, impossible à lire à l’œil nu.

Faut-il garder un morceau de plante après une ingestion ?

Oui, dans un sac, avec une photo de la touffe et des baies. Wendt et ses collègues recommandent aussi de conserver un échantillon de vomissure si des vomissements surviennent. Ces éléments aident le centre antipoison à identifier l’espèce et à estimer le risque, alors qu’un dosage sanguin d’atropine n’est pas toujours accessible en urgence.

La belladone soigne-t-elle encore la maladie de Parkinson ?

La plante entière n’a pas cette indication. Certains antimuscariniques de synthèse peuvent entrer dans une stratégie spécialisée, au prix d’une confusion fréquente chez la personne âgée. La scopolamine n’améliore pas la mémoire ; elle peut au contraire l’altérer transitoirement. Un neurologue choisit, si besoin, un médicament évalué, pas une teinture.

Peut-on utiliser un complément de belladone pour dormir ?

C’est une mauvaise idée. L’effet sédatif de la scopolamine s’accompagne d’un risque de confusion, de rétention d’urine et de coup de chaleur. La plante n’a pas d’usage validé contre l’insomnie, et sa teneur en atropine n’est pas contrôlée. Pour un trouble du sommeil, parlez-en à votre médecin traitant.

Vision floue due à la belladone

Conclusion

La belladone n’est pas un remède de placard. C’est une plante dont deux à cinq baies peuvent intoxiquer un enfant, et dont les seuls usages médicaux encore défendables passent par des médicaments dosés, l’atropine et la scopolamine, dans des situations précises. Les notices et alertes de 2025 confirment que l’atropine reste l’outil du rythme lent et de certaines intoxications cholinergiques, tandis que le patch de scopolamine, utile contre le mal des transports, a gagné un avertissement officiel sur l’hyperthermie.

Si vous trouvez des baies noires luisantes au jardin ou en lisière, photographiez la plante et tenez les enfants à distance. Après une ingestion, même minime, un centre antipoison oriente sans attendre les premiers signes ; le 15 ou le 112 s’impose dès qu’apparaissent confusion, convulsions, fièvre sèche ou détresse respiratoire. N’administrez ni sirop ni tisane « pour faire passer ».

Avant d’acheter un produit homéopathique, un patch contre le mal de mer ou un collyre atropinique, demandez au pharmacien la composition exacte et signalez vos autres médicaments, un glaucome, une prostate gênante ou une grossesse. Cette liste tient en une phrase et évite de cumuler deux anticholinergiques sans le savoir.

Sources

  1. Wendt S, Lübbert C, Begemann K et al. : Poisoning by Plants. Deutsches Ärzteblatt International, 6 mai 2022.
  2. Broderick ED, Metheny H, Crosby B : Anticholinergic Toxicity. StatPearls, 30 avril 2023.
  3. Antimuscarinic Drugs (Muscarinic Antagonists). Cleveland Clinic, 15 mai 2026.
  4. ATROPINE SULFATE injection, solution. DailyMed, septembre 2025.
  5. Scopolamine Transdermal Patch. MedlinePlus, 15 juillet 2025.
  6. Atropine Ophthalmic. MedlinePlus, 15 janvier 2024.
  7. FDA adds warning about serious risk of heat-related complications with antinausea patch Transderm Scōp (scopolamine transdermal system). U.S. Food and Drug Administration, 18 juin 2025.
  8. Standard Homeopathic Company Issues Nationwide Recall of Hyland’s Baby Teething Tablets and Hyland’s Baby Nighttime Teething Tablets Due to Mislabeling. U.S. Food and Drug Administration, 13 avril 2017.
  9. O’Malley GF, O’Malley R : Plant Poisoning. Merck Manual Professional Edition, avril 2025.
  10. Botan E, Boyraz M, Yüce S et al. : Deadly Nightshade (Atropa belladonna) and Other Weed Poisonings in the Pediatric Intensive Care Unit: Analysis of 54 Children. Turkish Archives of Pediatrics, 1er novembre 2024.
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