
Xofigo (dichlorure de radium-223) est un radiopharmaceutique réservé, dans l’Union européenne, aux hommes atteints d’un cancer de la prostate métastatique résistant à la castration (CPmRC), avec métastases osseuses douloureuses ou autrement symptomatiques et sans atteinte viscérale connue, après au moins deux lignes systémiques ou lorsque les autres traitements ne sont pas possibles. Il se comporte comme le calcium, se concentre dans l’os malade et y délivre des particules alpha à très courte portée, ce qui peut allonger la survie et retarder les complications squelettiques, sans promettre une guérison.
La notice européenne n’est plus celle de l’autorisation initiale. Après l’essai ERA-223, l’Agence européenne des médicaments a restreint l’usage. L’association avec l’acétate d’abiratérone et la prednisone ou la prednisolone est contre-indiquée, et le produit n’est plus proposé en première intention chez un homme peu ou pas symptomatique.
Six injections de 55 kBq par kilogramme, une toutes les quatre semaines, forment le schéma de la notice américaine DailyMed. Dans l’essai ALSYMPCA, la survie médiane est passée de 11,3 à 14,9 mois. Avant chaque dose, les neutrophiles, les plaquettes et l’hémoglobine doivent atteindre des seuils fixés par la notice. En dessous de ces valeurs, le cycle est reporté ou arrêté.
Qu’est-ce que Xofigo et à qui s’adresse-t-il ?
Xofigo est une solution injectable de dichlorure de radium-223, autorisée pour traiter un CPmRC avec métastases osseuses symptomatiques et sans métastases viscérales documentées. La formulation européenne précise qu’il s’emploie seul ou avec un analogue de la LH-RH, chez un adulte en progression après au moins deux lignes systémiques (hors analogues de la LH-RH) ou inéligible aux autres options. La notice américaine, plus large, ne formule pas cette exigence de deux lignes ; le médecin en France applique l’autorisation européenne et la pratique locale, pas le libellé de la FDA.
Le CPmRC désigne une maladie qui continue de progresser alors que la testostérone est déjà abaissée par la chirurgie ou par un traitement hormonal. Plus de 90 % des hommes à ce stade ont des foyers osseux visibles, et ces foyers expliquent une grande part de la douleur, des fractures et des compressions médullaires. Le programme SEER du National Cancer Institute estime, pour 2026 aux États-Unis, 333 830 nouveaux cancers de la prostate et 36 320 décès ; la survie relative à cinq ans tombe à 40,1 % lorsque le diagnostic est d’emblée métastatique. Ces chiffres américains ne décrivent pas l’épidémiologie française, mais ils rappellent pourquoi un médicament qui agit dans l’os intéresse cette population.
Trois conditions cliniques doivent être réunies avant d’envisager le radium-223. Les métastases doivent être osseuses et donner des symptômes, le plus souvent une douleur qui a déjà nécessité des antalgiques ou une radiothérapie externe. L’imagerie ne doit pas montrer d’atteinte viscérale (foie, poumon, autres organes) ni d’adénopathie maligne de plus de 3 cm, critères d’exclusion d’ALSYMPCA. Un capital médullaire suffisant est exigé, car le produit irradie aussi la moelle.
L’EMA déconseille le radium-223 lorsqu’il n’y a que peu de foyers ostéoblastiques ou lorsque les lésions osseuses restent muettes. Dans ALSYMPCA, le bénéfice de survie n’était pas démontré chez les hommes qui avaient moins de six métastases ou des phosphatases alcalines totales inférieures à 220 U/L. Un homme peu symptomatique, ou dont le squelette est encore peu atteint, n’est donc pas le candidat habituel.

Comment le radium-223 agit-il sur les métastases osseuses ?
Le radium-223 est un analogue du calcium. Une fois injecté, il forme des complexes avec l’hydroxyapatite aux zones de fort remodelage, justement celles des métastases ostéoblastiques. Il émet surtout des particules alpha (95,3 % de l’énergie), dont le parcours est inférieur à 100 micromètres, soit moins de dix diamètres cellulaires. Cette courte portée casse les deux brins de l’ADN des cellules voisines (cellules tumorales, ostéoblastes, ostéoclastes) tout en limitant l’irradiation des tissus sains plus éloignés.
La demi-vie physique est de 11,4 jours. Quinze minutes après l’injection, il reste environ 20 % de la radioactivité dans le sang ; à 24 heures, moins de 1 %. À quatre heures, près de 61 % de la dose se trouve dans l’os et une part importante dans l’intestin. L’élimination est surtout fécale ; l’urine n’emporte qu’environ 2 % en 48 heures. Cette voie digestive explique une partie des nausées, diarrhées et vomissements.
Contrairement à une radiothérapie externe, le produit n’exige pas de masquer un champ, car il suit le remodelage osseux. Contrairement au lutétium-177-PSMA, il ne vise pas une protéine de surface de la cellule prostatique, mais le minéral osseux. Un homme dont la maladie est surtout viscérale, ou dont les foyers osseux sont peu ostéoblastiques, n’a donc pas la cible pour laquelle le radium-223 a été conçu. Les organes qui reçoivent la plus forte dose absorbée, d’après la dosimétrie de la notice DailyMed, sont les cellules ostéogéniques, la moelle rouge et les parois du gros intestin.
Xofigo prolonge-t-il vraiment la survie ?
Oui, dans l’essai de phase 3 ALSYMPCA, le radium-223 a allongé la survie globale par rapport au placebo, tous les patients recevant par ailleurs les meilleurs soins de support. Parker et coll. ont randomisé 921 hommes (ratio 2:1) qui avaient au moins deux métastases osseuses, une maladie symptomatique, pas d’atteinte viscérale, et qui avaient déjà reçu du docétaxel, le refusaient ou n’étaient pas en état de le recevoir. L’analyse actualisée, avant tout passage du placebo vers le produit, a donné une survie médiane de 14,9 mois contre 11,3 mois (rapport de risques 0,70 ; intervalle de confiance à 95 % 0,58 à 0,83). La réduction du risque de décès est d’environ 30 % ; l’écart médian est de 3,6 mois, pas d’une rémission durable.
Le délai jusqu’au premier événement squelettique symptomatique (radiothérapie antalgique, fracture pathologique symptomatique, compression médullaire ou chirurgie orthopédique liée à la tumeur) est passé de 9,8 à 15,6 mois. Une amélioration d’au moins 10 points au score FACT-P a été observée chez 25 % des hommes sous radium-223 contre 16 % sous placebo. Une baisse du PSA d’au moins 30 % à 12 semaines n’est survenue que chez 16 % des traités, ce qui montre que le PSA n’est pas un bon thermomètre unique de l’effet.
Ces résultats datent de 2013 et portent sur une population sélectionnée, souvent déjà exposée au docétaxel (58 % dans le bras traité). Ils ne disent pas ce que le produit fait chez un homme qui a déjà reçu abiratérone, enzalutamide et lutétium-177, séquence devenue courante. Une méta-analyse de 25 études observationnelles (8 795 patients), publiée en 2025 par Song et coll., estime que seulement 52,6 % des hommes terminent les six injections en vie réelle. Chaque injection supplémentaire s’associe à une meilleure survie dans ces cohortes, mais il s’agit d’une association, pas d’une preuve que « plus » est toujours mieux. Les hommes qui reçoivent les six cycles sont aussi ceux dont l’état général et les numérations le permettent.
Comment se déroulent les injections ?
Le schéma de la notice DailyMed, aligné sur celui de l’EMA, est 55 kBq (1,49 microcurie) par kilogramme, en injection veineuse lente d’environ une minute, toutes les quatre semaines, pour six cycles. L’efficacité et la tolérance au-delà de six injections n’ont pas été étudiées. Le produit n’est manipulé que par un personnel habilité, en service de médecine nucléaire. Le cathéter est rincé au sérum physiologique avant et après. Vous rentrez habituellement le jour même.
Une numération précède chaque cycle. Avant la première injection, les neutrophiles doivent être au moins à 1,5 × 10⁹/L, les plaquettes à 100 × 10⁹/L et l’hémoglobine à 10 g/dL. Avant les cycles suivants, les seuils descendent à 1 × 10⁹/L pour les neutrophiles et 50 × 10⁹/L pour les plaquettes. Si ces valeurs ne reviennent pas en six à huit semaines malgré les soins de support, le traitement est arrêté.
| Moment | Neutrophiles | Plaquettes | Hémoglobine |
|---|---|---|---|
| Avant la première injection | ≥ 1,5 × 10⁹/L | ≥ 100 × 10⁹/L | ≥ 10 g/dL |
| Avant les injections suivantes | ≥ 1 × 10⁹/L | ≥ 50 × 10⁹/L | Non fixée par la notice |
| Arrêt si absence de récupération | 6 à 8 semaines | 6 à 8 semaines | 6 à 8 semaines |
Une fracture non stabilisée, une compression médullaire non traitée, une rectocolite ou une maladie de Crohn figuraient parmi les exclusions d’ALSYMPCA. La notice européenne demande d’évaluer l’état osseux (scintigraphie, densité minérale) et le risque de fracture avant de commencer, puis de surveiller au moins 24 mois. Une pause des compléments de calcium, de phosphate ou de vitamine D quelques jours avant la première injection peut être envisagée, car une interaction n’est pas exclue. Le médecin ou le pharmacien vous dira ce qui s’applique dans votre centre.
Quels effets secondaires faut-il surveiller ?
Les effets les plus fréquents, dans l’essai randomisé (600 hommes traités), sont digestifs et hématologiques. La nausée a touché 36 % des patients, la diarrhée 25 %, les vomissements 19 % et l’œdème des membres 13 %. Côté laboratoire, une anémie a été relevée chez 93 % des traités (grade 3-4 chez 6 %), une lymphopénie chez 72 % (grade 3-4 chez 20 %), une leucopénie chez 35 %, une thrombopénie chez 31 % et une neutropénie chez 18 %. Ces pourcentages de laboratoire sont plus élevés que les « effets déclarés » car ils comptent toute baisse, même minime, sur les prises de sang de routine.
Une insuffisance médullaire ou une pancytopénie persistante a concerné 2 % des hommes sous radium-223, contre aucun sous placebo ; deux décès ont été liés à cette défaillance. Quatre pour cent des traités ont définitivement arrêté pour myélosuppression. La déshydratation, souvent secondaire aux diarrhées et vomissements, est survenue chez 3 %. Une réaction au point d’injection (rougeur, douleur, gonflement) reste rare, de l’ordre de 1 %. L’EMA cite aussi la fracture parmi les effets fréquents (plus d’une personne sur dix dans sa synthèse).
MedlinePlus et la Cleveland Clinic demandent de signaler sans délai un saignement, des bleus inexpliqués, une fièvre, des frissons, un mal de gorge ou un essoufflement inhabituel. Ces signes peuvent traduire une chute des plaquettes ou des neutrophiles, dont le nadir survient plutôt deux à trois semaines après une injection. Une douleur osseuse qui augmente après un cycle n’est pas une raison de patienter jusqu’à l’injection suivante si elle s’accompagne d’une faiblesse des jambes ou d’une rétention d’urine.
Le risque théorique de second cancer (ostéosarcome, syndrome myélodysplasique, leucémie) existe parce que le produit ajoute une dose de rayonnement. Dans le suivi d’essai, jusqu’à trois ans, aucun cancer induit n’a été attribué au radium-223, et l’incidence de nouvelles tumeurs était même plus basse dans le bras traité (< 1 % contre 2 %). Ce suivi est trop court pour affirmer l’innocuité à très long terme.
Peut-on associer Xofigo à l’abiratérone ou à une chimiothérapie ?
Non pour l’abiratérone avec prednisone ou prednisolone, et non pour une chimiothérapie concomitante hors essai. L’essai ERA-223 a randomisé 806 hommes chimio-naïfs, asymptomatiques ou peu symptomatiques, entre radium-223 et placebo, tous recevant de l’abiratérone et un corticoïde. Smith et coll. n’ont pas montré de gain sur la survie sans événement squelettique (22,3 contre 26,0 mois). Les fractures de tout grade ont atteint 29 % contre 11 %. L’étude a été dévoilée par avance le 17 novembre 2017.
L’EMA a conclu, dans sa procédure de 2018, que les hommes sous association mouraient en moyenne 2,6 mois plus tôt (30,7 contre 33,3 mois) et que les fractures concernaient 28,6 % contre 11,4 %. La Commission européenne a rendu cette restriction opposable dans toute l’Union le 28 septembre 2018. La notice européenne ajoute de ne pas commencer le radium-223 dans les cinq jours qui suivent la dernière prise d’abiratérone et de corticoïde, et d’attendre au moins 30 jours après la dernière injection de radium-223 avant un autre traitement anticancéreux systémique.
La notice DailyMed déconseille aussi la chimiothérapie simultanée, en raison d’une myélosuppression additive. Si une chimiothérapie, un autre radio-isotope systémique ou une radiothérapie hémicorps devient nécessaire, Xofigo est interrompu. L’hormonothérapie de fond par analogue de la LH-RH, elle, se poursuit, car ALSYMPCA l’exigeait et l’EMA autorise cette association.
L’enzalutamide n’est pas l’abiratérone. L’essai PEACE-3 (EORTC 1333), publié en 2025, a comparé l’enzalutamide seul à l’enzalutamide plus six cycles de radium-223 chez 446 hommes. La survie sans progression radiologique est passée de 16,4 à 19,4 mois (rapport de risques 0,69). À l’analyse intermédiaire, la survie globale était de 42,3 contre 35,0 mois, avec plus d’effets de grade 3 ou plus (65,6 % contre 55,8 %) et plus de fractures (24,3 % contre 13,4 %). Ce résultat de recherche ne remplace pas, à lui seul, le libellé européen, qui continue de ne pas recommander les associations systémiques autres que les analogues de la LH-RH. La décision d’une combinaison se discute avec l’oncologue, au regard de l’autorisation en vigueur et des essais en cours.
Pourquoi les fractures et les protecteurs osseux comptent-ils ?
Le radium-223 se fixe là où l’os se reconstruit, y compris dans l’ostéoporose et les microfractures, ce qui peut fragiliser encore ces zones. ERA-223 a rendu ce risque visible, avec 29 % de fractures dans l’association contre 11 % avec l’abiratérone seule, surtout chez les hommes ostéoporotiques ou qui avaient moins de six métastases. L’EMA demande donc une évaluation osseuse avant le traitement et une surveillance d’au moins deux ans.
Un bisphosphonate (acide zolédronique) ou le dénosumab réduit ce risque. Dans PEACE-3, le comité de surveillance a rendu ces agents obligatoires à partir de mars 2018. Dans le bras combinaison, les fractures sont passées de 53,6 % chez les hommes inclus avant cette consigne à 14,2 % après ; dans le bras enzalutamide seul, de 20,3 % à 10,9 %. Le NCCN, dans sa version 4.2023, range le radium-223 en option de catégorie 1 pour les métastases osseuses symptomatiques sans atteinte viscérale, et indique que tous les patients qui le reçoivent devraient avoir du dénosumab ou de l’acide zolédronique.
Ces protecteurs ont leur propre toxicité. Dans ALSYMPCA, une ostéonécrose de la mâchoire a été rapportée chez 0,67 % des traités contre 0,33 % sous placebo ; tous ces cas avaient aussi reçu un bisphosphonate et souvent du docétaxel. Un bilan dentaire avant de commencer le dénosumab ou l’acide zolédronique reste donc utile. Une fracture déjà présente doit être stabilisée avant d’injecter le radium-223.
Quand consulter pendant un traitement par Xofigo ?
Une fièvre, des frissons, un saignement, des bleus étendus ou une diarrhée qui empêche de boire justifient un avis médical le jour même, car la moelle et le tube digestif sont les deux organes les plus exposés. Une douleur osseuse nouvelle, un gonflement d’un membre, une faiblesse des jambes, une rétention d’urine ou une incontinence récente font craindre une fracture ou une compression médullaire. Dans ces derniers cas, appelez le 15 ou le 112.
| Signe | Conduite |
|---|---|
| Fièvre, frissons, mal de gorge, plaie qui ne ferme pas | Contacter l’équipe d’oncologie le jour même |
| Saignement, crachats sanglants, bleus étendus | Contacter l’équipe sans attendre la prochaine injection |
| Diarrhée ou vomissements persistants, soif, urine rare | Avis médical rapide ; 15 ou 112 si malaise grave |
| Douleur osseuse nouvelle ou gonflement d’un membre | Avis dans la journée, radiographie selon le médecin |
| Faiblesse des jambes, rétention d’urine, incontinence | Appeler le 15 ou le 112 (compression médullaire possible) |
Les numérations de contrôle ne sont pas une formalité. Un homme déjà traité par docétaxel a plus de thrombopénies et de neutropénies de grade 3-4 (4 % et 3 %) qu’un homme jamais exposé (1 % et 1 %). Si les chiffres ne remontent pas en six à huit semaines, la notice DailyMed demande d’arrêter. Signalez aussi tout autre anticancéreux, y compris une nouvelle hormonothérapie de seconde génération, avant qu’un cycle soit programmé.
Un projet de paternité change le calendrier. Le rayonnement peut altérer la spermatogenèse ; MedlinePlus conseille un préservatif pendant le traitement et six mois après la dernière injection, et une contraception efficace chez la partenaire. Une conservation de sperme se discute avant la première dose, pas après.
Quelles précautions radioactives à domicile ?
Une petite quantité de rayonnement peut persister dans les urines, les selles et les vomissements pendant au moins une semaine après chaque injection. MedlinePlus et la notice DailyMed demandent de tirer plusieurs fois la chasse, de laver séparément et sans délai le linge souillé, et de porter des gants pour nettoyer un accident. La Cleveland Clinic ajoute de boire suffisamment, d’uriner souvent et de se doucher régulièrement, afin de limiter le dépôt sur la peau et les objets.
Ces gestes protègent l’entourage plus que vous-même. La dose externe liée à une injection typique (moins de 8 000 kBq) reste faible, car 95,3 % de l’énergie part en particules alpha, arrêtées par quelques cellules. Il n’est pas nécessaire de s’isoler dans une chambre plombée. Il est en revanche utile d’éviter qu’un enfant ou une femme enceinte manipule du linge souillé, et de prévenir le personnel soignant (laboratoire, dentiste, urgences) que vous recevez un radiopharmaceutique.
- Asseyez-vous pour uriner les premiers jours, afin de limiter les éclaboussures sur la cuvette et le sol.
- Lavez-vous les mains après chaque passage aux toilettes, même si vous n’avez pas l’impression d’être souillé.
- Isolez le linge taché d’urine ou de selles et lavez-le à part, sans le mélanger au reste de la machine.
- Conservez vos rendez-vous de prise de sang, car une numération manquée retarde le cycle suivant pour une raison de sécurité.
Le produit contient jusqu’à 54 mg de sodium par dose, soit 2,7 % de l’apport maximal quotidien retenu par l’OMS. Ce n’est pas une raison d’arrêter un régime sans sel à votre initiative, mais le médecin peut en tenir compte si vous avez une insuffisance cardiaque.
Quelle place parmi les autres traitements ?
La place de Xofigo n’est pas la même selon le pays, parce que les agences n’ont pas réécrit leur texte au même moment. Aux États-Unis, la FDA le réserve au CPmRC avec métastases osseuses symptomatiques sans atteinte viscérale, sans exiger deux lignes préalables. Dans l’Union européenne, l’EMA a ajouté, après la procédure de 2018, la condition des deux lignes ou de l’inéligibilité, et la contre-indication formelle avec l’abiratérone plus corticoïde. Au Royaume-Uni, le NICE (TA412, 28 septembre 2016) ne le recommande que si le docétaxel a déjà été reçu, ou s’il est contre-indiqué ou inadapté.
Le NCCN américain (version 4.2023) en fait une option de catégorie 1, toujours avec la castration médicale, jamais avec une chimiothérapie hors essai, et avec un protecteur osseux. Il attendait encore, à cette date, des données d’efficacité plus solides avant de recommander une association avec une hormonothérapie de seconde génération. PEACE-3, paru en 2025, rouvre cette discussion pour l’enzalutamide, sans modifier à lui seul les notices.
D’autres outils occupent des créneaux voisins. Le lutétium-177-PSMA (vipivotide tétraxétan) vise les cellules PSMA-positives, y compris hors de l’os, après une imagerie TEP dédiée ; le NCCN le place après une hormonothérapie de seconde génération. Une radiothérapie externe reste utile sur un foyer douloureux unique. Le docétaxel et le cabazitaxel restent des chimiothérapies de référence lorsque la moelle et l’état général le permettent. Ces options se succèdent plus souvent qu’elles ne se superposent. L’ordre dépend des lignes déjà reçues, du volume viscéral, du statut PSMA et BRCA, et de votre préférence.
Le pharmacien hospitalier et l’oncologue restent les interlocuteurs pour l’accès en France (centre autorisé, circuit des radiopharmaceutiques). Il n’existe pas d’équivalent en officine de quartier, le flacon n’y est pas délivré.
Questions fréquentes
Le traitement hormonal de fond doit-il être arrêté ?
Non. ALSYMPCA exigeait de poursuivre la suppression androgénique, et l’EMA autorise Xofigo avec un analogue de la LH-RH. C’est l’abiratérone avec corticoïde, et la chimiothérapie concomitante, qui posent problème, pas l’analogue qui maintient la castration.
Le PSA doit-il baisser pour que le traitement soit utile ?
Pas nécessairement. Seulement 16 % des hommes d’ALSYMPCA avaient une baisse d’au moins 30 % à 12 semaines, alors que la survie et le délai jusqu’à un événement osseux s’amélioraient dans le groupe. Le médecin s’appuie aussi sur la douleur, les phosphatases alcalines et l’état général.
Combien de temps après la dernière injection le produit agit-il encore ?
La demi-vie physique est de 11,4 jours, et la plus grande partie de la radioactivité quitte le corps en une semaine. L’effet clinique, lui, se mesure en mois. Dans ALSYMPCA, le bénéfice de survie et le retard des événements osseux se lisent sur le suivi, pas sur les sept jours qui suivent une injection.
Peut-on recevoir du lutétium-177 après Xofigo, ou l’inverse ?
Les deux médicaments n’ont pas la même cible. Le lutétium-177-PSMA demande une TEP PSMA positive et, dans les recommandations américaines du NCCN, intervient souvent après une hormonothérapie de seconde génération. L’EMA demande d’attendre au moins 30 jours après la dernière injection de radium-223 avant un autre traitement systémique. La séquence exacte se décide selon les lignes déjà reçues et l’imagerie.
Faut-il arrêter l’aspirine ou l’ibuprofène ?
La Cleveland Clinic déconseille de prendre, de votre propre initiative, de l’aspirine, du paracétamol, de l’ibuprofène ou du naproxène, parce que ces médicaments peuvent masquer une fièvre. Si vous avez un traitement antiagrégant prescrit, ne l’interrompez pas sans avis. Le risque hémorragique lié aux plaquettes se discute avec le cardiologue et l’oncologue.
Un homme sans douleur osseuse peut-il quand même recevoir Xofigo ?
L’indication autorisée vise des métastases osseuses symptomatiques. L’EMA ne le recommande pas en cas de lésions uniquement asymptomatiques, et ERA-223 a été mené précisément chez des hommes peu ou pas symptomatiques, avec un excès de fractures. Un bénéfice théorique chez un homme sans douleur n’a pas été démontré dans ce contexte.
Conclusion
Xofigo n’est ni un antalgique de confort ni un traitement de première ligne pour tout CPmRC. C’est un radiopharmaceutique osseux qui, dans ALSYMPCA, a allongé la survie médiane de 3,6 mois et reculé les événements squelettiques, au prix d’une toxicité digestive et médullaire surveillée par des seuils sanguins stricts. La restriction européenne née d’ERA-223 a changé la question à poser. Il ne s’agit plus de savoir si l’on peut l’ajouter à l’abiratérone, mais si l’homme a déjà reçu deux lignes, s’il a une maladie osseuse symptomatique sans atteinte viscérale, et si un protecteur osseux est en place.
Avant d’accepter une date d’injection, demandez à l’oncologue de relire avec vous trois documents. Il s’agit du compte rendu d’imagerie (os contre viscères), de la dernière numération (neutrophiles, plaquettes, hémoglobine) et de la liste des hormonothérapies et chimiothérapies déjà reçues. Si une faiblesse des jambes, une rétention d’urine ou une fièvre apparaît entre deux cycles, le 15 ou le 112 prime sur le calendrier de médecine nucléaire.
Les essais récents, PEACE-3 en tête, montrent qu’une association avec l’enzalutamide plus un protecteur osseux peut retarder la progression, sans effacer le libellé actuel des notices. La décision reste individuelle, et aucun texte de ce site ne remplace l’avis de l’équipe qui vous suit.
Sources
- XOFIGO- radium ra 223 dichloride injection. DailyMed, mis à jour le 2 mars 2026.
- Xofigo (radium Ra223 dichloride). European Medicines Agency, mis à jour en 2026.
- Xofigo – referral. European Medicines Agency, 28 septembre 2018.
- National Institute for Health and Care Excellence : Radium-223 dichloride for treating hormone-relapsed prostate cancer with bone metastases. NICE, 28 septembre 2016.
- Parker C, Nilsson S et al. : Alpha emitter radium-223 and survival in metastatic prostate cancer. New England Journal of Medicine, 18 juillet 2013.
- Smith M, Parker C et al. : Addition of radium-223 to abiraterone acetate and prednisone or prednisolone in patients with castration-resistant prostate cancer and bone metastases (ERA 223): a randomised, double-blind, placebo-controlled, phase 3 trial. The Lancet Oncology, mars 2019.
- Tombal B, Choudhury A et al. : Enzalutamide plus radium-223 in metastatic castration-resistant prostate cancer: results of the EORTC 1333/PEACE-3 trial. Annals of Oncology, 30 mai 2025.
- Song B, Shao H et al. : Prognostic factors for overall survival in patients with metastatic castration-resistant prostate cancer treated with radium-223: a meta-analysis of real-world evidence. Frontiers in Oncology, 19 novembre 2025.
- Radium Ra 223 Injection. MedlinePlus, 15 janvier 2026.
- Radium-223 dichloride solution for injection. Cleveland Clinic, mis à jour en 2026.
- National Cancer Institute : Cancer Stat Facts: Prostate Cancer. SEER, estimations pour 2026.
- Schaeffer EM, Srinivas S et al. : Prostate Cancer, Version 4.2023, NCCN Clinical Practice Guidelines in Oncology. Journal of the National Comprehensive Cancer Network, octobre 2023.
