Omalizumab : moins de corticoïdes et d’exacerbations

Omalizumab : moins de corticoïdes et d'exacerbations

L’omalizumab (Xolair et biosimilaires) est un anticorps monoclonal anti-IgE, donné en injection sous-cutanée en plus du traitement inhalé. Chez des personnes bien sélectionnées, il peut réduire les exacerbations d’asthme allergique sévère et, chez une partie d’entre elles, le recours aux corticoïdes oraux. Il ne coupe pas une crise déjà commencée, et les corticoïdes ne s’arrêtent pas du jour au lendemain.

Le point qui a bougé n’est pas l’existence de cet effet, déjà vu dans les essais et en pratique. C’est la place du médicament parmi les autres biothérapies. Le guide CHEST de septembre 2025 suggère, pour un asthme dépendant des comprimés de cortisone, un inhibiteur de l’interleukine 5 ou le dupilumab plutôt que l’anti-IgE en premier choix. L’omalizumab reste une option quand le phénotype est clairement allergique et que d’autres critères collent.

Trois chiffres aident à cadrer l’attente. Une méta-analyse d’essais de 2020 situe la baisse des exacerbations chez l’adulte autour de 37 % contre placebo. En vie réelle britannique, l’enquête APEX a observé 53 % d’exacerbations en moins et 34 % de corticoïdes oraux en moins sur un an. La notice européenne fixe un bilan à 16 semaines avant de poursuivre les injections.

Qu’est-ce que l’omalizumab et comment agit-il ?

L’omalizumab est un anticorps monoclonal humanisé qui se fixe sur la partie Fc des IgE libres. Il empêche ces anticorps de se lier aux récepteurs FcεR1 des mastocytes et des basophiles. Moins d’IgE libres circulent, l’expression du récepteur diminue, et la cascade qui mène au bronchospasme allergique s’atténue. Il ne dilate pas les bronches et n’agit pas comme un corticoïde.

Quand une personne allergique inhale un pneumallergène présent toute l’année (acariens, poils d’animaux, moisissures), son organisme fabrique davantage d’IgE, ce qui resserre les bronches. On retrouve le même mécanisme sous le nom de « bloqueur d’IgE » dans la fiche Mayo Clinic de septembre 2026. MedlinePlus, en août 2025, le classe parmi les anticorps qui bloquent une substance naturelle impliquée aussi dans la polypose, l’urticaire et certaines allergies alimentaires.

Le produit se donne sous la peau, ventre, cuisse ou bras, toutes les deux ou quatre semaines. Une séance peut demander plusieurs piqûres. Stylos, seringues préremplies et un biosimilaire (Omlyclo) existent en Europe. Le mécanisme n’efface pas l’allergène. La notice européenne le réserve aux patients dont la dépendance aux IgE est établie, pas à tout asthme mal contrôlé.

Qui peut recevoir Xolair pour un asthme allergique sévère ?

Le médicament n’est pas un traitement de première ligne. Il s’ajoute à un fond déjà optimisé, chez une personne dont l’asthme allergique reste mal contrôlé. Les critères varient selon les pays. Le médecin français applique l’autorisation européenne et les règles locales de prescription ; ils ne se confondent pas avec ceux du Royaume-Uni ou des États-Unis.

D’après la notice européenne de l’omalizumab (EMA, 2025), l’indication asthme concerne l’adulte, l’adolescent et l’enfant à partir de 6 ans. Il faut un test cutané positif ou une réactivité in vitro à un pneumallergène perannuel, des symptômes diurnes ou des réveils nocturnes fréquents, et plusieurs exacerbations graves documentées malgré un corticoïde inhalé à forte dose associé à un bêta-2 de longue durée d’action.

À partir de 12 ans, le VEMS doit être inférieur à 80 % de la valeur théorique. Un taux d’IgE total et un poids compatibles avec le tableau de doses sont indispensables. En dessous de 76 UI/ml chez l’adulte, le bénéfice est moins probable ; le prescripteur doit alors disposer d’une réactivité allergénique claire.

L’avis britannique NICE TA278 (publié le 24 avril 2013, revu le 17 mai 2016) est plus étroit sur les corticoïdes. L’omalizumab y est une option à partir de 6 ans, en plus d’un fond optimisé, seulement si la personne a besoin d’une corticothérapie orale continue ou fréquente, définie comme au moins quatre cures dans l’année précédente. Le fond optimisé comprend un essai documenté, s’il est toléré, de corticoïdes inhalés à forte dose, de bêta-2 de longue durée, d’antileucotriènes, de théophylline, de corticoïdes oraux, et un sevrage tabagique si besoin.

L’indication américaine (DailyMed, août 2026) vise l’asthme persistant modéré à sévère dès 6 ans, mal contrôlé par les corticoïdes inhalés, avec sensibilisation à un pneumallergène perannuel. Elle est plus large que le libellé européen, qui parle d’asthme persistant sévère. Aucun de ces textes ne remplace la décision du pneumologue qui vous suit en France.

Quelques éléments d’orientation reviennent dans ces documents.

  • Une sensibilisation à un pneumallergène présent toute l’année doit être documentée avant de commencer.
  • Le taux d’IgE total se mesure avant la première injection, car le médicament le fausse ensuite.
  • Le couple poids et IgE doit entrer dans le tableau de doses, sinon le produit n’est pas donné.
  • Un fond inhalé à forte dose, pris correctement, doit déjà avoir été essayé.
  • Le médicament ne vise pas un asthme déclenché surtout par autre chose que l’IgE.

L’omalizumab réduit-il vraiment les exacerbations ?

Oui, chez des patients sélectionnés, les essais et les cohortes montrent moins d’exacerbations. L’ampleur dépend du type d’étude. Les essais contre placebo donnent un effet plus modeste que les comparaisons avant-après de la vie réelle, qui n’ont pas de groupe témoin contemporain.

Henriksen et ses collègues ont publié en juin 2020 une revue systématique avec méta-analyse. Chez l’adulte, cinq essais (2 159 personnes, suivi moyen de 37 semaines) donnaient un rapport de taux de 0,63 (intervalle de confiance à 95 %, 0,50 à 0,79), soit environ 37 % d’exacerbations en moins. Les auteurs jugeaient cet écart supérieur à leur seuil de pertinence de 25 %, tout en classant la certitude comme très faible, avec une hétérogénéité modérée. Ils soulignaient que beaucoup d’essais n’avaient pas distingué un asthme difficile à traiter d’un asthme vraiment sévère, et que certains incluaient des formes seulement modérées.

La notice européenne rappelle un essai princeps chez 419 adultes et adolescents à fonction réduite. Le critère principal, les exacerbations nécessitant une corticothérapie systémique, n’a baissé que de 19 % (p = 0,153). Les exacerbations graves et les recours en urgence diminuaient tout de même. Quand les IgE de départ atteignaient au moins 76 UI/ml, la baisse des exacerbations était de 40 %. D’autres essais de soutien citaient 37,5 %, 40,3 % et 57,6 % contre placebo.

En pratique courante, on compare surtout le patient à lui-même, d’où des chiffres plus hauts. Bousquet et ses collègues (janvier 2021, 86 publications) trouvaient à 12 mois un rapport de risque de 0,41 pour les exacerbations graves, soit environ 59 % de moins qu’avant. L’évaluation globale (GETE) était bonne ou excellente chez 77 % des patients à 16 semaines et chez 82 % à un an. Le VEMS moyen gagnait 160 ml à 16 semaines et 250 ml à 12 mois. Ces études, souvent financées par le fabricant, ne sont pas des essais en aveugle.

L’enquête britannique APEX (Barnes et ses collègues, 2013) suivait 136 patients d’au moins 12 ans dans dix centres. Les exacerbations passaient de 3,67 à 1,7 par an (moins 53 %), les passages aux urgences de 1,52 à 0,46 (moins 70 %), les hospitalisations de 1,30 à 0,51 (moins 61 %). Le VEMS, en pourcentage de la valeur théorique, passait de 66,0 % à 75,2 % à la 16e semaine. APEX II (Niven et ses collègues, 2016, 258 adultes) voyait 82,4 % de répondeurs à 16 semaines et des exacerbations hospitalières de 1,66 à 0,69.

Critère Essais contrôlés Observations en vie réelle
Exacerbations Environ 37 % de moins contre placebo (Henriksen, 2020) Environ 59 % de moins contre l’année d’avant (Bousquet, 2021)
APEX Royaume-Uni Non (essai ouvert limité) 3,67 à 1,7 événements par an (Barnes, 2013)
Corticoïdes oraux Un essai ouvert, 82 patients Part des patients sous corticoïdes, rapport de risque 0,59
Réponse globale GETE Non regroupée de la même façon 77 % bonne ou excellente à 16 semaines
VEMS Gain souvent inférieur au seuil clinique +160 à +250 ml selon le délai (Bousquet)

Ces écarts n’annulent pas l’effet. Ils empêchent de promettre le chiffre de la vie réelle à chaque lecteur. Une personne hors indication, ou dont l’asthme n’est pas allergique, n’a aucune raison d’attendre la même baisse.

Peut-on diminuer les corticoïdes oraux avec l’omalizumab ?

Parfois, oui, mais il ne remplace pas les comprimés, et l’épargne stéroïdienne est moins bien démontrée que la baisse des crises. Henriksen et ses collègues n’ont trouvé, pour ce critère, qu’un seul essai ouvert chez 82 adultes. La part de patients qui réduisaient le traitement d’entretien baissait de 45 % sous omalizumab, contre une hausse de 18,3 % dans le groupe témoin. Le guide CHEST de 2025 ne retient pas l’anti-IgE comme premier choix quand l’asthme dépend des corticoïdes oraux.

Les cohortes donnent un signal plus large. Bousquet et ses collègues estimaient que la part de patients sous corticoïdes oraux diminuait d’environ 41 % à 12 mois (rapport de risque 0,59). Dans APEX, la quantité annuelle prescrite passait de 5,5 g à 3,6 g (moins 34 %). Soixante-quatre pour cent des patients arrêtaient ou réduisaient d’au moins 20 % ; 49 % arrêtaient complètement. Chez les 90 personnes sous corticoïdes continus, 38,9 % s’arrêtaient, et la dose les jours traités passait de 21,4 mg à 15,9 mg. APEX II ne voyait qu’une baisse de 1,61 mg par jour en moyenne.

Le NICE, dans le texte d’accompagnement de TA278, rappelle pourquoi l’enjeu existe. Une corticothérapie orale prolongée expose à une insuffisance surrénale, une intolérance au glucose, une baisse de densité osseuse, une cataracte, un glaucome et, chez l’enfant, un retard de croissance. Réduire les comprimés a donc un intérêt propre, à condition de le faire sous contrôle.

La notice européenne et la notice américaine interdisent le même geste. On n’arrête pas d’un coup les corticoïdes systémiques ou inhalés le jour où l’omalizumab commence. La baisse se fait progressivement, sous la responsabilité du médecin. Un sevrage trop rapide peut démasquer une vascularite à éosinophiles (tableau proche du syndrome de Churg-Strauss), avec éosinophilie, éruption, aggravation respiratoire, atteinte cardiaque ou neuropathie. DailyMed classe aussi ce risque parmi les mises en garde.

En France, le rythme de baisse, le cortisol du matin et la surveillance osseuse relèvent du pneumologue et, si besoin, de l’endocrinologue. La vitesse de baisse et la surveillance de la surrénale se discutent en consultation, pas à partir d’un pourcentage lu ailleurs.

Comment se passe le traitement, de la dose au bilan à 16 semaines ?

La dose n’est pas la même pour tout le monde. Elle dépend des IgE totaux mesurés avant la première injection et du poids. On ne réutilise pas un dosage fait sous traitement pour recalculer, car l’anticorps perturbe le test. Si le couple IgE-poids sort du tableau, le produit n’est pas administré.

Deux fourchettes officielles coexistent. D’après DailyMed (août 2026), l’asthme se traite aux États-Unis par 75 à 375 mg sous la peau toutes les deux ou quatre semaines. La notice européenne (EMA, 2025) retient 75 à 600 mg, en une à quatre injections par séance, avec un maximum de 600 mg toutes les deux semaines. La Mayo Clinic, pour les adultes et adolescents, cite souvent 150 à 375 mg. Ces écarts sont des règles de pays, pas une moyenne à inventer. Le prescripteur français suit le tableau de l’autorisation européenne et la pratique locale.

Le délai d’effet n’est pas celui d’un inhalateur de secours. La notice européenne indique qu’il faut au moins 12 à 16 semaines pour juger. À 16 semaines, le médecin évalue le contrôle global avant de poursuivre. S’il n’y a pas d’amélioration nette, on arrête. Bousquet et ses collègues retrouvaient une GETE bonne ou excellente chez 77 % des patients à ce terme, donc environ un sur quatre hors de cette catégorie. Le CHEST, en 2025, juge une biothérapie à 4 à 6 mois et, sans réponse, suggère de passer au mépolizumab, au benralizumab ou au dupilumab.

Les premières injections ont lieu dans un lieu capable de traiter un choc. DailyMed demande d’observer le patient un temps adapté. La Mayo Clinic évoque souvent au moins deux heures au début. Une fois le traitement bien toléré, l’auto-injection peut se discuter. La notice européenne l’autorise à partir de la quatrième dose, par le patient ou un aidant formé, s’il n’y a pas d’antécédent d’anaphylaxie.

Oublier une séance n’autorise pas à doubler la suivante. MedlinePlus demande d’appeler le médecin dès qu’une dose est manquée. Le produit se conserve au réfrigérateur, sans congélation, et revient à température ambiante tout seul, jamais au micro-ondes.

Quels effets indésirables et quels signes imposent d’appeler le 15 ?

L’effet grave à connaître est l’anaphylaxie. DailyMed lui consacre un encadré. Dans les essais d’asthme avant commercialisation, elle concernait 3 patients sur 3 507 (0,1 %). Les notifications après commercialisation, entre 2003 et 2006, la situaient à au moins 0,2 % pour environ 57 300 personnes exposées. Elle peut survenir dès la première dose ou après plus d’un an. Environ 60 à 70 % des cas se produisent lors des trois premières doses. Un antécédent d’anaphylaxie à un aliment ou à un médicament augmentait le risque (rapport de cotes 8,1). La Mayo Clinic précise que la réaction peut être immédiate ou tarder jusqu’à quatre jours.

Bronchospasme, chute de tension, syncope, urticaire, gonflement de la langue ou de la gorge, sifflements, oppression, pouls rapide ou faible, sensation de malaise imminent font partie des signes. En France, cela justifie d’appeler le 15 ou le 112, sans attendre la prochaine injection. Le médicament n’est pas un traitement d’urgence de l’anaphylaxie ni d’une crise d’asthme. DailyMed le dit deux fois, parce que des patients ont confondu les deux usages.

Les effets fréquents sont plus banals. Chez l’adulte, DailyMed cite surtout les douleurs articulaires, la fatigue, les vertiges, le prurit et les réactions au point d’injection (au moins 1 %). Chez l’enfant de 6 à moins de 12 ans, fièvre, céphalées et rhume dépassent 3 %. Une fièvre, des douleurs musculaires, une éruption et des ganglions entre le 1er et le 5e jour évoquent une maladie sérique. Il faut alors arrêter et consulter.

Des tumeurs ont été observées chez 0,5 % des patients traités contre 0,2 % des témoins dans des essais précoces, sur un suivi souvent inférieur à un an. MedlinePlus demande de signaler un antécédent de cancer, de caillot ou d’infarctus. Le médicament peut aussi faciliter une infestation par des helminthes chez une personne exposée.

Voici les seuils qui changent la conduite, d’après ces notices et la Mayo Clinic.

  • Appelez le 15 ou le 112 si la respiration bloque ou si la gorge gonfle.
  • Contactez le médecin le jour même devant une éruption fébrile avec ganglions.
  • Signalez une aggravation respiratoire pendant une baisse de corticoïdes.
  • N’utilisez pas l’injection pour une crise d’asthme déjà commencée.
  • Gardez le rendez-vous de la 16e semaine pour juger le bénéfice.

Quelle place face aux autres biothérapies selon le guide CHEST 2025 ?

L’omalizumab n’est plus le seul anticorps de l’asthme sévère. Mépolizumab, reslizumab, benralizumab, dupilumab et tézépélumab ciblent d’autres bras de l’inflammation de type 2. Le CHEST estime que 5 à 10 % des personnes asthmatiques ont un asthme sévère, et que ce groupe concentre près de la moitié des coûts médicaux liés à la maladie.

Pour un adulte avec asthme allergique et au moins une exacerbation par an nécessitant des corticoïdes oraux, le panel suggère indifféremment omalizumab ou dupilumab (recommandation conditionnelle, certitude très faible). S’il y a au moins deux exacerbations, une hospitalisation, ou un VEMS sous 70 %, il penche pour le dupilumab. Si la qualité de vie est très altérée avec moins de deux exacerbations par an, il penche pour l’omalizumab.

Quand l’asthme dépend des corticoïdes oraux, le même guide suggère le mépolizumab, le benralizumab ou le dupilumab, pas l’anti-IgE en première intention. Entre dupilumab et tézépélumab, il penche pour le premier. Après 4 à 6 mois sans réponse, il propose de changer de cible. Ces choix sont américains, conditionnels, et sans essai tête-à-tête. Ils ne s’appliquent pas tels quels en France. Ils écartent toutefois l’idée que Xolair serait la seule voie pour alléger les comprimés.

Un asthme clairement déclenché par un pneumallergène perannuel, avec IgE dans la fenêtre de doses, reste le terrain de l’anti-IgE. Un asthme éosinophilique avec peu d’allergie, ou une dépendance marquée aux comprimés, oriente plutôt vers d’autres cibles. Le pneumologue croise biomarqueurs, comorbidités et préférence. Le lecteur n’a pas à arbitrer seul entre cinq DCI.

Que garder comme traitement de fond et quand revoir le pneumologue ?

L’omalizumab s’ajoute au fond. Il ne le remplace pas. MedlinePlus et la Mayo Clinic le disent de la même façon. On ne baisse pas les inhalateurs, on n’arrête pas les comprimés, on ne jette pas le bronchodilatateur de secours, sauf consigne claire et progressive. Une crise se traite avec le plan d’action habituel. Si les crises se rapprochent après le début des injections, il faut le dire, plutôt que d’attendre le rendez-vous lointain.

Le NICE décrit le fond « optimisé » comme un essai réel, documenté, des paliers habituels, et un arrêt du tabac si besoin. Avant d’attribuer l’échec au seul IgE, le clinicien revoit la technique d’inhalation, l’observance, le tabagisme, le reflux, la rhinosinusite, le nez bouché, la dysfonction des cordes vocales et la respiration dysfonctionnelle. Le CHEST place ces points avant toute biothérapie. Une partie des « asthmes sévères » se révèle, après ce travail, un asthme difficile à traiter.

Une consultation spécialisée se discute quand, malgré un corticoïde inhalé à forte dose et un bêta-2 de longue durée bien pris, les symptômes diurnes ou nocturnes restent fréquents et que les exacerbations graves se répètent. Le bilan comprend au minimum un VEMS, un taux d’IgE total, des IgE spécifiques ou des tests cutanés, et souvent une éosinophilie sanguine. En France, une biothérapie d’asthme sévère se commence sous la responsabilité d’un médecin expérimenté dans cette maladie. Les délais, les centres et les critères de remboursement se demandent au médecin traitant ou au pneumologue, pas à une page générale.

Trois situations ne doivent pas attendre.

  • Une crise qui ne cède pas à l’inhalateur relève du 15 ou du 112.
  • Une réaction après une injection se traite comme une urgence allergique.
  • Une aggravation pendant une baisse de corticoïdes justifie un appel le jour même.

Entre deux extrêmes, le rendez-vous de la 16e semaine reste le bon moment pour décider si l’on continue, si l’on baisse les comprimés, ou si l’on change de cible. Apporter le carnet de crises, le nombre de cures de prednisolone et le VEMS des douze derniers mois rend cette décision lisible.

Questions fréquentes

L’omalizumab permet-il d’arrêter les corticoïdes oraux ?

Chez une partie des patients, la dose annuelle de corticoïdes oraux diminue, et certains arrêtent. Dans APEX, 49 % des 136 patients cessaient ces comprimés en un an, et 64 % les réduisaient d’au moins 20 %. Aucun résultat n’est garanti, et les essais en aveugle sur ce point restent rares. Toute baisse se fait sous contrôle, jamais le jour de la première injection.

Au bout de combien de temps l’omalizumab agit-il ?

La notice européenne situe le délai utile entre 12 et 16 semaines. On ne juge pas le traitement sur les quinze premiers jours. À 16 semaines, le médecin décide de continuer ou d’arrêter selon le contrôle global. En vie réelle, Bousquet et ses collègues rapportaient environ trois répondeurs sur quatre à ce terme.

Xolair soigne-t-il une crise d’asthme ?

Non. DailyMed, l’EMA et la Mayo Clinic excluent le bronchospasme aigu et l’état de mal asthmatique. L’injection n’a aucun rôle dans le plan d’urgence. Le traitement de la crise reste l’inhalateur de secours et, si besoin, les corticoïdes oraux prescrits pour cet usage, puis le 15 si la gêne ne cède pas.

Quels sont les effets indésirables les plus fréquents ?

Douleur au point d’injection, douleurs articulaires, fatigue, céphalées, vertiges et, chez l’enfant, fièvre ou rhume figurent parmi les plus cités. L’anaphylaxie est rare (0,1 % dans les essais, au moins 0,2 % après commercialisation) mais assez grave pour justifier une surveillance après les premières doses. Une fièvre avec éruption et ganglions dans les cinq jours doit faire arrêter et consulter.

Qui peut recevoir l’omalizumab en France ?

L’autorisation européenne vise l’asthme allergique persistant sévère à partir de 6 ans, avec allergène perannuel, fond inhalé maximal et exacerbations graves répétées. À partir de 12 ans, le VEMS doit être sous 80 %. Les critères de prise en charge en France peuvent être plus précis. Seuls le pneumologue et le circuit local tranchent. Le NICE britannique, plus strict sur les corticoïdes oraux, ne s’applique pas tel quel.

Que faire si une réaction allergique apparaît après l’injection ?

Appelez le 15 ou le 112 dès que la respiration, la tension ou la conscience se dégradent. La réaction peut venir tout de suite ou, d’après la Mayo Clinic, jusqu’à quatre jours plus tard. Signalez aussi un antécédent d’anaphylaxie avant toute nouvelle dose. L’omalizumab ne sert pas à traiter cette réaction.

Faut-il continuer les inhalateurs pendant le traitement ?

Oui, tant que le médecin n’a pas décidé une baisse progressive. MedlinePlus demande de ne modifier aucun autre médicament d’asthme sans consigne. L’anti-IgE n’est pas un fond inhalé. L’arrêter trop tôt, ou baisser les corticoïdes inhalés trop vite, expose à une perte de contrôle.

Conclusion

L’omalizumab peut réduire les exacerbations d’un asthme allergique sévère et, chez certains, alléger la corticothérapie orale. L’effet sur les crises est plus solide dans les essais que l’effet d’épargne stéroïdienne, encore porté surtout par des cohortes et un essai ouvert. Le guide CHEST de 2025 a déplacé le curseur. Pour un asthme dépendant des comprimés, d’autres biothérapies sont désormais suggérées en premier, alors que l’anti-IgE garde sa place quand l’allergie perannuelle et la fenêtre d’IgE sont claires.

Le geste concret n’est pas d’arrêter les comprimés après avoir lu un pourcentage. C’est d’arriver à la consultation avec le nombre d’exacerbations de l’année, les cures de prednisolone, le dernier VEMS et le taux d’IgE d’avant traitement. À 16 semaines, ces mêmes chiffres disent s’il faut continuer, baisser les corticoïdes sous surveillance, ou changer de cible.

Gardez le plan de crise à portée de main. Une gêne respiratoire brutale, un gonflement de gorge ou un malaise après une injection relèvent du 15 ou du 112, pas d’une dose supplémentaire d’omalizumab.

Sources

  1. Henriksen DP, Bodtger U, Sidenius K et al. : Efficacy of omalizumab in children, adolescents, and adults with severe allergic asthma: a systematic review, meta-analysis, and call for new trials using current guidelines for assessment of severe asthma. Allergy, Asthma & Clinical Immunology, 18 juin 2020.
  2. Bousquet J, Humbert M, Gibson PG et al. : Real-World Effectiveness of Omalizumab in Severe Allergic Asthma: A Meta-Analysis of Observational Studies. The Journal of Allergy and Clinical Immunology: In Practice, 21 janvier 2021.
  3. Barnes N, Menzies-Gow A, Mansur AH et al. : Effectiveness of omalizumab in severe allergic asthma: a retrospective UK real-world study. The Journal of Asthma, 14 mai 2013.
  4. Niven RM, Saralaya D, Chaudhuri R et al. : Impact of omalizumab on treatment of severe allergic asthma in UK clinical practice: a UK multicentre observational study (the APEX II study). BMJ Open, 9 août 2016.
  5. Omalizumab for treating severe persistent allergic asthma. National Institute for Health and Care Excellence, 24 avril 2013.
  6. Oberle AJ, Abbas F, Adrish M et al. : Biologic Management in Severe Asthma for Adults. CHEST, 24 septembre 2025.
  7. Omlyclo, INN-omalizumab. European Medicines Agency, 11 septembre 2025.
  8. U.S. National Library of Medicine : XOLAIR- omalizumab injection, solution. DailyMed, 13 août 2026.
  9. Omalizumab Injection: MedlinePlus Drug Information. MedlinePlus, 15 août 2025.
  10. Omalizumab (subcutaneous route) – Side effects & dosage. Mayo Clinic, 1er septembre 2026.
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